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Angel Pino (Traducteur)Isabelle Rabut (Traducteur)
ISBN : 2742774378
Éditeur : Actes Sud (09/04/2008)

Note moyenne : 4.16/5 (sur 143 notes)
Résumé :
A travers le portrait de deux adolescents qui atteignent l’âge adulte au moment où la Chine entre dans l’ère tumultueuse des « réformes » et de « l’ouverture », le roman de Yu Hua oppose les années 1960 et 1970 – marquées en Chine par la répression morale et les atrocités politiques – aux vingt dernières années, où les énergies individuelles se libèrent dans un désordre épique.

Premier roman chinois à aborder de front la réalité souvent incohérente o... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (33) Voir plus Ajouter une critique
caro64
12 avril 2010
★★★★★
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Cet épais roman (700 pages, pas moins) dresse le récit de deux demi-frères, Li Guangtou et Song Gang qui, se retrouvant orphelins à l'aube de la période de la libéralisaion, suivront des destins opposés mais bien caractéristiques de ce qu'il advient aujourd'hui de pas mal de citoyens chinois : réussite rapide et mirifique pour certains, souffrances, misères et échecs pour les autres, les laissés pour compte de ce formidable "bond en avant" de la société chinoise. On suit donc avec passion le destin de ces deux frères, leur vies sentimentales parfois rocambolesques, leurs réussites et leurs déboires. On y découvre aussi le quotidien chinois d'hier et d'aujourd'hui et c'est cela qui est tout particulièrement passionnant : voir un pays évoluer, passer de l'obscurantisme à la modernité, du XXe siècle finissant et qui semblait voir la Chine somnoler jusqu'à ce que l'aube du XXIe siècle, elle se révèle un microcosme parfaitement représentatif de ce qui s'est passé un peu partout en Chine depuis vingt ans.
Yu Hua montre comment l'évolution du pays est vécue par ses acteurs et dénonce les absurdités commises par les responsables du pays au nom du sacro-saint développement.
Ce qui m'a frappé en lisant ce gros livre, c'est le plaisir indéniable et visible que prend l'auteur à nous relater cette histoire : des personnages meurent, d'autres apparaissent, les scènes se succèdent à vive allure, on y pleure parfois, on y rit beaucoup ; l'invention y est permanente, la fantaisie sans limite, la bouffonnerie, le grotesque et la gaudriole rabelaisienne y côtoient l'émotion et la tragédie poignantes, le sentimentalisme ou la poésie tout simplement.
J'avais adoré "Vivre" et "Brothers" est un véritable coup de coeur. Ce livre marque une nouvelle étape dans la découverte de la littérature chinoise puisqu'il s'étend jusqu'aux toutes dernières années de la Chine et parle de ces décennies extraordinaires de développement frénétique qui ont laissé le peuple chinois ravi de connaître la croissance et la modernité, mais aussi parfois meurtri et malmené par les dérives du capitalisme le plus sauvage.
N'ayez pas peur de vous attaquer à ce pavé, les pages se tournent à vive allure et on ne voit assurément pas le temps passer avec Yu Hua.
La sortie de "Brothers" en livre de poche (mars 2010) est l'occasion de (re) découvrir un écrivain talentueux et un conteur magique.
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litolff
08 janvier 2012
★★★★★
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Avec l'histoire de ces deux faux-frères (le père de l'un a épousé la mère de l'autre) nés pendant la révolution culturelle, c'est la Chine de Mao, d'abord, puis la Chine contemporaine que l'on découvre avec bonheur au gré des truculences de l'auteur.
Brothers, c'est un pavé de plus de 900 pages à la fin duquel on aura un peu découvert et compris la mentalité chinoise. Car évidemment, pour comprendre un tant soit peu la Chine actuelle, il faut d'abord décrypter l'anéantissement des valeurs et l'"aculturation" dans lesquels la Chine a été plongée pendant toutes les années Mao, jusqu'à l'aube du 21e siècle. Mais loin d'un roman "intellectuel", Brothers se pose comme une saga picaresque et truculente, pleine d'humour et de réalisme, un réalisme à la chinoise où les petits garçons dont les parents sont accusés d'être des ennemis capitalistes, en sont réduits à avaler leur salive pour déjeuner... Dans une langue très crue, Yu Hua décrit la vie de villageois ordinaires au cours des 40 années qui ont bouleversé et transformé la Chine quand il a fallu des siècles en Europe pour sublir les mêmes transformations. Et c'est aussi de la solidarité qui unit ses frères chinois que Yu Hua nous parle, des liens d'amour fraternel, filial ou conjugal qui unit ses héros, de sexe et d'argent, de pragmatisme et d'opportunisme. Dans les destins tragiques et burlesques de ces deux frères, c'est une Chine très politiquement incorrecte que nous découvrons ébahis et réjouis !
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Ichirin-No-Hana
27 juillet 2016
★★★★★
★★★★★
Le vendeur de sang de l'auteur chinois Yu Hua avait été une super découverte et c'est donc tout naturellement que je me suis penché vers un des romans les plus connus de l'auteur : Brothers.
Joli petit pavé de 700 pages, Brothers est un roman qui nous raconte l'histoire d'une famille et plus particulièrement de deux frères. Ces deux frères ne sont pas mêlés par le sang, mais par une histoire commune (en premier lieu par le mariage de leurs parents). Nous suivons donc Sun Gang et Li Guangtou de leurs enfances jusqu'à leurs vie d'adulte. Et il s'en passe des choses. En dehors de leurs histoires personnelles et des chemins différents qu'ils vont prendre, les deux protagonistes vivront de grands chamboulements dus à leur époque. Bien que vivant dans un village assez éloigné de toutes capitales, le bourg des Liu sera touché par la grande révolution culturelle et également, plus tard, aux grands chamboulements économiques des années 70.
Dans Brothers, j'ai retrouvé ce qui m'avait énormément plu dans le vendeur de sang : les personnages très attachants et assez comiques par certains côtés, le décor campagnard toujours très attachant et surtout les différentes péripéties et intrigues qui sont dévoilées de façon comique mais quelquefois (surtout dans Brothers) de façon assez émouvante et dramatique. Malgré ses 700 pages, Brothers se lit parfaitement et l'on rentre facilement dedans car on s'attache réellement aux différents personnages, qu'ils soient principaux ou secondaires. Brothers nous propose différentes intrigues à différents moments de la vie de ses deux frères, quelque unes ne sont pas nécessairement intéressantes ou nous interpellent peut-être moins mais la majorité reste malgré tout très plaisante à lire.
Yu Hua est un auteur chinois très intéressant à lire. On découvre la culture chinoise et l'époque de la révolution culturelle (et tout ce qui a suivi) de façon enrichissante et non trop lourde, je lirai donc d'autres de ses romans avec plaisir et c'est un auteur que je conseille pour tous les curieux de ce pays !
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Rhodopsine
05 octobre 2014
★★★★★
★★★★★
Challenges ABC 2014-2015 et pavés
Li Guangtou a perdu son père dans des circonstances peu avouables, Song Gang a perdu sa mère: un remariage et les voilà frères. La révolution culturelle de Mao n'est pas un long fleuve tranquille, les enfants se soutiennent devant l'horreur, ils grandissent, aiment, travaillent . Li Guangtou, contre toutes les prévisions, fait fortune, Song Gang épouse sa belle, mais dans la vie n'est prévisible et les deux frères ont un destin peu commun.
Beaucoup de redites et de longueurs, mais malgré tout, un roman passionnant: de la Chine de Mao avec autocritiques et rééducation à la Chine d'aujourd'hui, décomplexée et prête à dominer le commerce mondial.
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JeanPierreV
23 décembre 2016
★★★★★
★★★★★
Li Guangtou et Song Gan sont deux gamins qui deviendront "frères" quand leurs parents, veufs tous deux se rencontreront, s'aimeront et se marieront. Deux gallopins qui se promettent assistance et des liens indéfectibles, à la vie, à la mort se créent entre eux.
Li Guangtou est un petit taureau trapu, hâbleur, rustre, canaille et farceur, Song Sang est plus mesuré, plus droit. C'est le plus grand des deux. Ils vivent dans le Bourg des Liu cette Chine pauvre, et sale d'avant la Révolution Culturelle. Celle-ci va tout bouleverser, va les rendre orphelins. Ils devront affronter les enfants de ceux qui ont tué leur père Song Fanping, accusé par les Gardes Rouges d'être un propriétaire terrien, leur a appris, ils devront se battre, utiliser cette technique du balayage qui faisait son invincibilité...
Après cette Révolution culturelle violente, cette Chine s'est éveillée, elle est progressivement devenue cette Chine que nous connaissons, cette Chine un peu folle, riche en Milliardaires faisant de l'argent avec tout.
Je n'en dirais pas plus afin de ne pas dévoiler la trame de l'histoire dont les deux frères seront les personnages principaux. D'autres personnages plus secondaires allant de Tong le forgeron à Yu l'arracheur de dents en passant par Liu l'écrivain, Zhao le poète et d'autres dont Liu l'écrivain vous accompagneront tout au long du livre.
N'oublions pas non plus le beau postérieur de Mademoiselle Lin Hong qui fera basculer toute l'histoire...
Brothers est un pavé de 700 pages, que j'ai lues avec bonheur, des pages qui alterne un humour gouailleur, scatologique pendant les premières pages, qui ne doit pas dérouter le lecteur, un humour beaucoup plus fin aussi, et des pages dures, violentes, décrivant cette Révolution culturelle, ce basculement, puis cette violence du monde des affairistes prêts à tout pour quelques yuans.
A partir de là, au cours de cette deuxième partie du livre, le récit s'emballe. Cette Chine qui vivait au rythme des charrettes à bras, s'ouvre au modernisme, et au monde et découvre la collusion entre les hommes de l'Administration communiste et le monde des affairistes sans scrupule, nés de leurs rangs parfois. Les vieux villages dont les maisons appartenaient à l'État sont détruits afin des immeubles modernes, loués par des promoteurs privés soient construits. La Chine dans laquelle de très riches côtoient les plus pauvres est née : le vélo que l'on attendait plusieurs années et qui faisait la fierté de son propriétaire est supplanté par les Santana puis par les BMW et Mercédès
Cette évolution économique et politique s'accompagne d'une évolution des meurs, d'une évolution des mentalités, que tous ne peuvent suivre. La naïveté de certains, en Chine et ailleurs est exploitée par des charlatans sans scrupule qui leur vendent des contrefaçons, des pilules miracles, des concours de beauté, qui reconstruisent des hymens, ou les vendent en sachets....Auto dérision garantie.
Ces 700 pages d'humour, de drame, d'amour, de violence, d'immoralité aussi sont autant de clins d'oeil à l'histoire de la Chine, à ses traditions. Yu Hua, utilise souvent les petits mots chers à Mao, les situations décrites par d'autres auteurs classiques chinois. Alors les renvois vers les pages de références sont culturellement enrichissants et ne doivent pas être négligés. Loin de là.
Yu Hua écrit dans sa postface de Brothers : "Seul un occidental qui aurait vécu quatre cents ans aurait pu vivre deux époques aussi dissemblables , quand il n'aura fallu que quarante ans pour les connaitre toutes les deux. Quatre cents ans de bouleversements résumés en quarante années, l'expérience n'a pas d'équivalent. C'est donc un couple de frères qui fait le lien entre les deux époques : leurs existences se fissurent dans un monde qui se fissure, leurs joies, leurs peines explosent dans un monde qui explose, leurs destins sont emportés dans les bouleversements de ces deux époques, et finalement, ils sont contrains de récolter ce qu'ils ont semé, dans un mélange d'amour et de haine."
Alors oui, si vous souhaitez mieux connaitre cet immense pays, tentez ce long voyage, vous ferez un Grand Bond en avant

Lien : https://mesbelleslectures.co..
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Citations & extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
TaltanTaltan28 août 2011
Li Guangtou passa à l’offensive et, dès l’après-midi, ses troupes étaient sous les murs de la ville. Flanqué de ses quatorze fidèles boiteux, idiots, aveugles et sourds, il arpenta les rues de notre bourg des Liu, et les nombreux spectateurs qui assistèrent à cette joyeuse parade s’en firent mal au ventre et s’éraillèrent la voix de rire. Li Guangtou, craignant que les deux boiteux, qui se déplaçaient trop lentement, ne se laissent distancer, les avait placés en tête de cortège. Si bien que toute la troupe des soupirants était sans arrêt gênée dans sa progression, et qu’elle avançait en ordre dispersé. Les deux boiteux qui ouvraient la marche penchaient l’un à gauche, l’autre à droite, et au bout d’un moment le premier se retrouva à l’extrême gauche de la rue, et le second à l’extrême droite. De sorte que les trois idiots qui venaient derrière ne savaient pas qui suivre, effectuant quelques pas vers la gauche pour se rabattre immédiatement vers la droite. Bras dessus, bras dessous, ils faisaient bloc, et comme ils oscillaient continuellement de gauche à droite et de droite à gauche, les quatre aveugles qui les suivaient en se guidant avec leur perche de bambou se cognèrent violemment contre eux et tombèrent par terre. Quand ils se furent relevés, un seul continua à avancer, deux autres partirent en sens inverse, et le dernier se dirigea vers le côté de la rue où il fut arrêté par un platane […] Li Guangtou ne savait plus où donner de la tête. A peine avait-il ramené les deux aveugles repartis en arrière que celui qui marchait dans la bonne direction fut une nouvelle fois renversé par les trois boiteux tandis que le quatrième, à côté de son platane, continuait à appeler au secours. […] Ce fut notre spectacle curieux d’aujourd’hui et d’autrefois. Les gens couraient pour se faire part de la nouvelle […] Dans les magasins, les vendeurs avaient sollicité une autorisation de sortie, et dans les usines un nombre encore plus grand d’ouvriers s’étaient éclipsés. La foule grossissait dans la rue. Les masses de notre bourg des Liu jouaient des coudes, et telles des ondes qui se forment autour des tourbillons ils entouraient la troupe des soupirants de Li Guangtou...
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BMRBMR03 septembre 2008
[...] Avant de quitter le bourg des Liu pour prendre son deuxième envol, Li Guangtou se rendit comme l'autre fois à la boutique de dim sum de la mère Su pour y manger des petits pains farcis à la viande. Tout en mastiquant, il sortit son passeport de sa veste râpée et le montra à la mère Su pour élargir son horizon. La mère Su prit le document avec curiosité, l'examina sous toutes les coutures et, comparant la photo du passeport avec l'individu qu'elle avait sous les yeux, elle remarqua :
- On dirait vraiment que le type sur la photo c'est toi.
- Comment ça, on dirait ? mais c'est moi, répliqua Li Guangtou.
La mère Su n'arrivait pas à détacher ses yeux du passeport :
- Et avec ça, tu peux sortir de Chine et aller au Japon ? s'étonna-t-elle.
- Évidemment, répondit Li Guangtou, qui reprit son passeport des mains de la mère Su : Tu as les mains grasses.
La mère Su, confuse, s'essuya les mains sur son tablier, et Li Guangtou frotta le passeport avec sa manche râpée pour en effacer les taches de gras.
- Tu vas aller au Japon habillé comme ça ? demanda la mère Su en regardant les vêtements râpés de Li Guangtou...
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TaltanTaltan28 août 2011
Les six brassards rouges un peu requinqués se ruèrent sur Song Fanping et le plaquèrent au sol. Song Fanping ne résistait plus et il commença à demander grâce. Lui qui ne se soumettait jamais, à présent il aurait tant voulu continuer à vivre. Rassemblant ses dernières forces, il s'agenouilla. Alors, crachant le sang à pleine bouche, soutenant de sa main droite son ventre d'où le sang s'échappait à flots, il supplia en pleurant les six brassards rouges de ne plus le frapper. Ses larmes étaient mêlées de sang. Il sortit de sa poche la lettre de Li Lan, et bien que son bras gauche disloqué fût devenu raide il réussit tout de même à l'ouvrir. Il voulait leur prouver qu'il ne songeait nullement à s'enfuir.
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litolfflitolff04 janvier 2012
Une bicyclette Forever, qu'est-ce-que c'était ? A l'époque, l'équivalent d'une Mercedes ou d'une BMW, et notre district n'en touchait que trois par an. En ce temps-là, même quand on en avait les moyens financiers, on ne pouvait pas s'en procurer une neuve.
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gridougridou29 octobre 2010
Li Guantou, un nabab de chez nous, au bourg des Liu, avait conçu l'idée insensée de dépenser 20 millions de dollars rien que pour s'acquitter du droit d'aller faire du tourisme dans l'espace à bord d'un vaisseau Soyouz. Assis sur la lunette de ses toilettes en plaqué or, dont la renommée avait franchi les limites de nos murs, il imaginait déjà, les yeux clos, sa vie future de vagabond intersidéral lancé sur orbite: dans le silence insondable, il se penchait en avant et voyait la surface magnifique de la Terre se dérouler progressivement.
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