Note moyenne : 4.22/5 (sur 23 notes)
Oceania, Tome 3 : Sur les Ailes du Vent0Ajouter à mes livres
Malmené par les courants et guidé par les oies, le brick goélette Samantha conduit Flavia dans les eaux turquoise du Pacifique jusqu’à l’île préservée de Laluk. Là elle retrouve sa mère, une brillante chercheuse qui a été contrainte par de tout-puissants intérêts écono... > voir plus
Néanmoins, en dépit du froid, du danger, de l’incertitude, Noémie baignait dans ce bonheur subtil
que lui procurait l’imaginaire des romanciers dont
elle dévorait les œuvres. Inlassablement, elle poursuivait en pensée les aventures des personnages et,
perdue dans ses rêves, se mêlait à la foule des NewYorkais.
C’est peut-être pour cette raison qu’elle ne réagit
pas quand elle l’aperçut. Il entra tout naturellement
dans ses rêveries et y trouva aussitôt sa place, apportant une touche de bonheur supplémentaire qui la
fit frissonner.
Cet état de grâce ne dura pas.
Un coup de klaxon retentit dans son dos, elle sursauta et reprit pied dans le monde réel.
Un déclic se fit dans son esprit et elle s’arrêta net.
Les yeux écarquillés, elle fixa le grand adolescent
debout devant une vitrine, à quelques pas seulement.
Elle l’apercevait de trois quarts, mais sa stature
ne trompait pas, ni cette façon de se balancer d’une
jambe sur l’autre. Son visage se reflétait dans la vitre,
la bouche boudeuse, le nez enfantin, les yeux…
– Benjamin, murmura-t-elle.
Son cœur se mit à battre à toute allure. Elle eut
une envie folle de courir vers lui, de se jeter à son
cou, de hurler sa joie. Elle se contint. Tommy lui
avait enseigné la prudence. Ils ne survivaient dans
cette ville que s’ils restaient dans l’anonymat le plus
complet, que s’ils n’accordaient leur confiance à personne. Pas question de parler à un inconnu.
Et si elle s’était trompée ? Si ce n’était pas lui ?
Elle se força à respirer calmement. Elle ne s’était
pas t rompée, el le en étai t cer taine. Pour tant , la
présence de Benjamin ici relevait de l’impossible
Noémie accéléra. D’abord parce que le vent soufflait et qu’elle avait besoin de se réchauffer, ensuite
parce qu’elle était en retard. Elle avait rendez-vous
avec Chris et Noël Nora mais, plongée dans la lecture
d’un roman passionnant entamé la veille, elle n’avait
pas vu le temps passer.
Elle eut un petit sourire. L’héroïne de son roman
n’avait pas froid aux yeux. Elle combattait dragons,
elfes et nains et évoluait sans crainte dans un univers
couvert de forêts profondes et parcouru de fleuves
secrets. Noémie aurait aimé lui ressembler et cheminer à ses côtés le long des sentiers millénaires
dessinés par les fées.
Mais New York ne ressemblait pas à la forêt de
son roman. Les gratte-ciel hérissaient la ville et leur
sommet disparaissait dans la grisaille hivernale.
Quant aux rues, elles n’avaient rien de secret, elles
étaient juste dangereuses pour Noémie qui vivait là
sans papiers, dans la clandestinité. Elle pouvait être
arrêtée à tout moment, et alors…
Nul ne savait ce qu’il advenait des clandestins
Il avait quitté clandestinement la ville avec leurs
parents et les autres scientifiques des mois auparavant pour gagner la base de recherche du pôle Nord,
comment aurait-il pu revenir ?
Elle s’approcha avec circonspection. C’était lui,
aucun doute. Que devait-elle faire ?
Il releva la tête et son regard rencontra le sien.
Lentement , son vi sage s ’ i l lumina tandi s que ses
lèvres articulaient son nom :
– Noémie.
Alors elle sut ce qu’elle devait faire. Elle franchit à
pas vifs les quelques mètres qui les séparaient, glissa
son bras sous le sien, se serra contre lui et l’entraîna
dans la foule. Ils ressemblaient à n’importe quel
couple d’amoureux.
Mais Benjamin n’était pas son amoureux.
Benjamin était son frère.
Au-dessus de leurs têtes, le feuillage bruissait et des éclats de lumière scintillaient dans les feuilles argentées tandis que les lèvres de Tommy rejoignaient celles d'Amalia.