ISBN : 2848051078
Éditeur : Sabine Wespieser (2012)


Note moyenne : 4/5 (sur 8 notes) Ajouter à mes livres
Quand il arrive à Irun où il espère rejoindre sa famille, Aïta trouve la maison vide. Le gâteau de riz abandonné révèle un départ précipité. En ce mois d'août 1936, le Pays Basque espagnol risque de tomber entre les mains des franquistes. Aïta sait que ses beaux-frères ... > voir plus
Ajouter une critique Ajouter une citation

> voir toutes (8)

Critiques et avis

> Ajouter une critique

    • Livres 4.00/5
    Par caro64, le 20 mai 2012

    caro64
    Quand on doit fuir pour sauver sa vie et celle de sa famille, "être ensemble, c'est tout ce qui compte". Tel sera le leitmotiv d'Aïta et Ama en quittant l'Espagne en guerre en 1936. Mais l'exil qu'ils affrontent côte à côte demeure une souffrance intime qui bouleverse les vies et les âmes.
    Il suffit de quelques kilomètres et d'un fleuve pour faire de vous un exilé. C'est ce que découvrent Aïta et sa famille quand ils sont obligés de quitter Irún pour se réfugier à Hendaye en août 1936. Il y a là Aïta et sa femme Ama, leurs trois fils, jusque-là petits garçons insouciants, les vieux parents d'Ama que "le destin ébranle à l'hiver de [leurs] jours" et les deux oncles dont les activités aux côtés des républicains valent à la famille la haine et, s'ils ne fuient pas, la mort. Ils partent donc en laissant tout derrière eux, leurs biens et leurs vies. "Pour combien de temps ? " C'est la question que tous se posent, espérant que ce séjour forcé en France ne sera l'affaire que de quelques jours. Mais les jours se succèdent, puis les semaines et les mois. Dans la maison de l'amie qui les accueille, leur vie est paisible, heureuse même, car, au fond, "à part les lieux, quel est le véritable changement ?". Mais le souvenir de leur vie d'avant, de leur pays est comme une blessure dont la cicatrice et la douleur sont indélébiles. Pour mieux comprendre "le chavirement de [leurs] vies", Ama tient un journal dans lequel elle raconte les menus événements du quotidien, ses états d'âme et ses secrets. Ainsi, quand elle comprend que le retour au pays n'était qu'une illusion, elle écrit ce qui semble constituer une juste définition de l'exil : "Je ressens une blessure vive, une blessure de chair indescriptible, l'amour d'une terre, de ses odeurs, de ses rires, de sa langue que je perds irrémédiablement." Plus tard, c'est encore au prix du déchirement de kilomètres supplémentaires au-delà de la frontière qu'Aïta assure la sécurité et la liberté de sa famille en obtenant un emploi de métayer dans un grand domaine des Landes. A travers la vie simple de cette famille, à travers ses espoirs toujours déçus de rentrer au pays, on découvre que, dans l'exil, au-delà des difficultés matérielles ou d'intégration, la plus grande souffrance est sûrement le sentiment de perte, le renoncement à ce qui aurait pu être, la tension vers un lieu et une vie qui n'existent plus.
    Dans Rêves oubliés, Léonor de Récondo nous fait vibrer avec chacun de ses personnages dont l'intériorité nous est dévoilée par petites touches, comme autant de variations autour du sentiment d'injustice lié à l'exil. Grâce à une grande maîtrise de l'écriture, sans emphase ni pathos, simplement avec sensibilité et intelligence, elle a su construire un roman plein d'humanité, portrait d'une famille ordinaire aux prises avec L Histoire.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (15 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par sylvaine, le 17 avril 2012

    sylvaine
    Avril 1936 à Aranjuez, près de Madrid, Aïta dirigeant d'une fabrique de céramique, menacé par deux types éméchés qui veulent sa peau, quitte la ville et se précipite à Irún pour y rejoindre Ama sa femme, leurs 3 enfants partis chez les parents de sa femme en pays basque.
    Quand il arrive dans la maison familiale, c'est pour la trouver vide, le gâteau d'anniversaire de Zantzu, intact sur la table. Prévenus de leur arrestation imminente, au vu des activités des fils de la maison, ils sont tous partis à pied pour Hendaye, empruntant le pont qui surplombe la Bidassoa ce petit fleuve côtier qui sépare la France de l'Espagne. Ils se rejoindront tous à Hendaye chez une amie proche Mademoiselle Eglantine qui va leur offrir l'hospitalité.
    Cette période troublée marque l'avancée des troupes franquistes et après la reprise progressive de plusieurs régions par les phalangistes, le pays basque vient de tomber entre leurs mains et « sus aux républicains » est alors le mot d'ordre.
    Nous allons accompagner Aïta et les siens dans leur exil. Ils seront rattrapés par la déclaration de guerre entre la France et l'Allemagne, il leur faudra alors quitter Hendaye pour aller s'installer dans une ferme isolée près de Dax. Les conditions de vie y sont certes très difficiles mais ils sont isolés et à l'abri des regards.
    Léonor de Récondo, violoniste virtuose, déjà remarquée pour son premier roman La grâce du cygne, signe là un petit bijou.
    Dans ce texte à plusieurs voix, celle du père qui se tait peu à peu, celle de la mère et de son petit carnet intime, celles des enfants Otzan l'aîné, musicien, poète, Zantzu l'éternel assoiffé de connaissance, et Iduri le dernier rêveur avec ses qualités de dessinateur, chacun nous parle de cet exil, de la guerre, de la résistance à l'horreur.
    Avec un art maîtrisé une écriture d'une musicalité extraordinaire, c'est l'histoire d'une famille, de son déchirement à l'idée de quitter leur pays, puis de leur résignation quand les frontières se ferment définitivement pour eux. Mais c'est surtout l'histoire de l'amour qui les unit, cet amour de plus en plus fort. Être ensemble, c'est tout ce qui compte est le leïtmotiv d'Aïta.
    Les mots s'enchaînent, les phrases coulent de source, un pur bonheur de lecture
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (22 votes positifs)
  • Par krol-franca, le 21 janvier 2012

    krol-franca
    C'est l'histoire d'une famille d'exilés espagnols, de 1936 jusqu'à 1949, de l'avènement du franquisme à la fin de la seconde guerre mondiale, qui a trouvé refuge en France à Hendaye puis dans les Landes.

    Ama, la femme, écrit dans un petit carnet ses impressions, ses souvenirs, sa vie. Ecrire pour mieux comprendre la situation, écrire pour mieux la supporter. Les mots d'Ama donne au roman une authenticité, une force particulière, ils lui donnent de la vie.
    Mais à la fin, ce besoin d'écrire disparaîtra, « je veux danser, libre, et oublier les mots qui m'enchaînent ». Intéressante cette réflexion sur la dépendance que l'on a vis-à-vis de l'écriture. Ecrire pour qui ? A quelle fin ? Ecrire pour être lu ou simplement pour transcrire ses pensées ? Lorsqu'Ama se rend compte que son mari a découvert qu'elle écrivait, l'envie de continuer la quitte. Vivre ou écrire ? « Ne plus écrire, pour vivre le plus humblement possible, pour retrouver mon insouciance de jadis et déposer un baiser sur l'épaule d'Aïta. »

    Mais ce roman n'est pas seulement un « carnet intime », c'est aussi une histoire racontée par un narrateur extérieur, avec les grands événements qui s'inscrivent dans l'Histoire et les petits faits du quotidien, les doux, les drôles et les terribles, les douloureux…
    Sans aucun pathos, l'auteur nous livre une histoire difficile mais dont on ne retient que l'amour qui s'en dégage. Tout en délicatesse, tout en finesse, les mots tissent un doux canevas derrière lequel se cache une réalité rude.
    Mon libraire m'a mis ce livre dans les mains en me disant : « Si vous avez aimé Les trois lumières, vous aimerez celui-ci ! » Gagné ! J'ai aimé ! Et oui, il y a un lien de parenté entre ces deux textes, (sans parler de l'éditeur) c'est la douceur apparente des mots, la pudeur des sentiments, la beauté de la langue qui cache des situations dramatiques.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (12 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par seriephile, le 22 janvier 2012

    seriephile
    Aïta et Ama forme un couple que la vie va venir tourmenter. Ils sont obligés de quitter leur pays, l'Espagne, pour venir se réfugier à Hendaye, car la situation politique des années trente les pousse à fuir. Et c'est en famille, qu'ils tentent de se reconstruire. Grands parents, parents, enfants, oncles et cousins se retrouvent ensuite dans une maison vétuste en France, où le seul fait d'être ensemble leur permet de vivre sans trop de problèmes. La vie suit son cours, les enfants vont à l'école, Ama écrit dans son journal dans le but de se libérer de ses peurs, Aïta cultive la terre, et les oncles reviennent d'un camp où ils furent enfermés dans le but de continuer leurs démarches résistantes.
    Un roman magnifiquement bien écrit, où seules les dates (celles du journal tenu par Ama) permettent de restituer le contexte historique. Car la volonté de l'auteur n'est pas de donner un cours d'histoire, mais plutôt de mettre en avant la vie de cette famille soudée devant les épreuves. L'émotion prime tout au long du livre, jusqu'à la fin.
    Il est aussi question de la douleur de l'exil, de l'impression que finalement, il ne sera peut-être jamais possible de rentrer dans ce pays tant aimé.
    Je ne saurais que dire de plus, car j'ai l'impression de ne pas trouver les mots pour exprimer ce que j'ai ressenti à la lecture de ce livre. Un vrai coup de cœur.
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par TRIEB, le 25 janvier 2012

    TRIEB
    C'est le récit de l'odyssée d'une famille basque espagnole, vivant des jours heureux à Irun, durant l'été 1936. Aïta y veut rejoindre sa famille mais il trouve la maison vide, et un gâteau de riz frais, révélant le caractère récent du départ .Le pays basque risque d'être conquis par les troupes franquistes .Les beaux-frères d'Aïta, Sebastiàn et Andrés, sont des militants activistes, très impliqués dans le camp républicain.
    Aïta est informé par une voisine du départ des siens pour Hendaye.
    Il parvient à retrouver Ama, son épouse, et Iduri, Zantzu, Otzan ; ses trois fils à Hendaye .Après l'armistice de juin 1940, la famille est contrainte de se cacher dans une ferme des Landes.
    Au début de l'ouvrage, la ligne de conduite est tracée : « Etre ensemble, c'est tout ce qui compte », et l'auteure va nous décrire d'une façon toute en retenue, très pudique, les déchirures de cette famille, ses douleurs, occasionnées par cet exil : « Iduri mon petit, c'est cela aussi l'exil .Ne pas savoir dire, ne pas être là où nous devrions .Et à chaque instant, avaler cette honte indigeste qui nous brûle le ventre. »
    Le récit s'organise autour de dates, et par l'exposition de monologues intérieurs des personnages, principalement Aïta et Ama.
    L'adversité peut être combattue aussi par la découverte d'un talent .Ainsi ,Iduri , le cadet de la famille, exorcise-t-il le déracinement par le dessin : « Iduri, le crayon à la main , oublie le basque, l'espagnol, le français, tous ces mélanges absurdes de mots qui s'entrechoquent dans sa tête et se perdent .Iduri sait qu'il est encore maladroit , mais il devine aussi que la trame du tapis volant a commencé à prendre forme, et que chaque ligne tracée tisse silencieusement le dialecte de son âme . »
    La qualité du récit, l'authenticité des personnages, la sobriété des descriptions des sentiments, font de « Rêves oubliés » un grand récit qu'il faut découvrir de toute urgence.


    Lien : http://bretstephan.over-blog.com
    > lire la suite
    Critique de qualité ? (3 votes positifs)

Critiques presse (1)


  • Actualitte , le 25 mai 2012
    Léonor de Recondo écrit avec douceur des pages pleines de tendresse, d'amour, de nostalgie, mais aussi de fureur, d'effroi et de cette folie qu'ont les hommes en eux.
    Lire la critique sur le site : Actualitte

> voir toutes (6)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par caro64, le 20 mai 2012

    Nous sommes ici depuis de si nombreux mois et je réalise seulement au soir de cette triste journée que nous avons vécu uniquement dans l’espoir du retour. Ce rêve a lentement embrumé nos esprits, et maintenant la réalité nous frappe de plein fouet, fermant brutalement les frontières. Tant que le dictateur sera au pouvoir, nous ne pourrons pas revenir, nous le savons. Je ressens une blessure vive, une blessure de chair indescriptible, l’amour d’une terre, de ses odeurs, de ses rires, de sa langue que je perds irrémédiablement. J’y laisse mon insouciance, une légèreté de l’âme qui depuis trois ans s’est plombée de silences et de faux espoirs.
    > lire la suite
    Citation de qualité ? (2 votes positifs)
  • Par caro64, le 20 mai 2012

    Iduri, le crayon à la main , oublie le basque, l’espagnol, le français, tous ces mélanges absurdes de mots qui s’entrechoquent dans sa tête et se perdent. Iduri sait qu’il est encore maladroit , mais il devine aussi que la trame du tapis volant a commencé à prendre forme, et que chaque ligne tracée tisse silencieusement le dialecte de son âme .
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par caro64, le 20 mai 2012

    Aïta tourne et retourne la terre, sème les légumes d’hiver en espérant récolter l’oubli, déracine d’un coup de pioche les mauvaises herbes et le passé.
    Citation de qualité ? (1 votes positifs)
  • Par sylvaine, le 13 avril 2012

    Iduri,mon petit, c'est cela aussi l'exil.Ne pas savoir dire, ne pas être là où nous devrions.Et à chaque instant,avaler cette honte indigeste qui nous brûle le ventre.
    Citation de qualité ? (7 votes positifs)
  • Par TRIEB, le 25 janvier 2012

    Iduri mon petit, c’est cela aussi l’exil .Ne pas savoir dire, ne pas être là où nous devrions .Et à chaque instant, avaler cette honte indigeste qui nous brûle le ventre
    Citation de qualité ? (2 votes positifs)






Acheter sur Amazon

Faire découvrir Rêves oubliés par :

  • Mail
  • Blog

Autres livres de Léonor de
Recondo(1) > voir plus

> voir plus

Lecteurs (19)

> voir plus

Quiz

    initiales et prénoms

    Né à Belfast, C.S. Lewis est entre autres l'auteur des "Chroniques de Narnia". Il était ami et collègue de Tolkien à Oxford. C.S. pour :

    •   Charles Spencer
    •   Christian Serge
    •   Clive Staples
    •   Chris Samuel

    8 questions - 30 lecteurs ont répondu