"Dans le monde du cirque, un sujet est un animal hors du commun, un animal qui prend plaisir à travailler et qui apprend tout seul. C'est très rare et nous avons eu la chance d'en rencontrer un. Grâce à ce chien, nous nous sommes dit que, peut-être, on pourrait monter n... > voir plus
Les Baltringues sont des personnes qui montent les chapiteaux du cirque. Plutôt que des longs discours, un bon extrait pour vous donner envie de lire ce livre qui m'a fait hurler de rire (même si c'est pas toujours drôle ce que vivent les personnages, le ton et les situations font que...)
Donc, voir plutôt les citations...
Habituellement, lorsque l'on s'intéresse de plus près aux coulisses du cirque, on trouve les directeurs avide de pouvoir, les artistes désenchantés, ou encore les animaux maltraités. Mais personnes ne parle jamais de tous les autres, ces techniciens, mécaniciens et autres petites mains sans qui la roue ne pourrait pas tourner. Ludovic Roubaudi répare cet oublie et nous présente Les Baltringues.
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Qui avait eu l’idée saugrenue d’envoyer le Belge faire les courses pour le déjeuner ? Mystère. Mauvaise idée en tout cas. Ce type était une calamité sans cervelle et totalement pochetron. Une fois, un matin, on l’avait envoyé en course chez Massila… De toute la journée plus de nouvelle du Belge. C’est le soir, quand on avait traversé le terrain vague sur lequel on montait notre chapiteau pour aller claper chez Maman Rose, qu’on l’avait enfin retrouvé. Il y était bien allé chez Massila… mais en s’arrêtant dans presque tous les troquets pour des blancs secs ou des rouges lime.
Toute sa paye de la semaine y était passée. Une fois sa commission faite, il était revenu à Balard en titubant mais sans trop de retard. Il devait être alors dans les deux heures à ce qu’il nous raconta. Sur le terrain vague à cause de sa démarche et de son esprit embrouillé d’alcool, il n’avait pu éviter de tomber dans un trou rempli de vieux bouts de grillage et de fil de fer. Il s’était tant tortillé pour en sortir qu’il s’était retrouvé saucissonné comme un jésus. Au début, sans paniquer, il avait récupéré de sa balade en piquant un roupillon.
À son réveil, il s’était mis à brailler qu’on vienne le libérer de sa prison. Mais impossible pour nous de l’entendre : la distance d’abord et puis le tintamarre des outils qu’on utilisait. Alors il avait passé toute son après-midi à beugler...
Leponte, patron de Balard comme il l’avait été de Pantin, avait eu une idée. D’après lui toute la partie ouverte du bâtiment pouvait, avec quelques travaux bien sûr, devenir une salle de réception très correcte.
– Et d’ailleurs il l’a déjà louée au parti communiste pour le 24 ! nous a annoncé Marco. (En fait, il l’avait louée à la section communiste du quartier mais pour nous c’était le parti et c’est ainsi qu’on en parlait entre nous.)
– Il a loué quoi ? Y a rien comme salle, a dit le Belge.
– C’est pour ça qu’il va falloir bosser toute la nuit pour qu’elle soit prête demain à dix-huit
heures. Faut poser une cloison et un parquet.
Tony va s’occuper de l’électricité et du chauffage. Vous autres, vous courrez à la cabane me trouver de quoi monter la cloison. Pour le parquet, je vais aller le chercher à Pantin avec d’Artagnan.
– Y me font chier, les cocos. Moi, je les emmerde. Et puis d’abord pourquoi ils fêtent Noël, ces cons? Je croyais qu’ils n’y croyaient pas au bon Jésus.
– Me fais pas chier, le Belge, ce n’est pas le moment. Alors arbeit et fissa.
Marco nous a donné ses consignes et il est parti.
Alors on est allé à la cabane chercher la cloison. La cabane c’était l’ancienne usine Citroën qui bordait notre terrain et qui servait en partie de fourrière à la préfecture de Paris. Dans le fouillis à l’abandon de l’autre partie on trouvait tous les matériaux de
construction nécessaires à nos travaux. Bois et ferraille surtout. En un peu plus d’une heure de temps, nous avions trouvé tout ce dont nous avions besoin pour monter une cloison digne de ce nom. Quand Marco et d’Artagnan sont revenus de Pantin, nous avions fini de monter et fixer la structure métallique sur laquelle nous allions poser la cloison. Il était pas loin de huit heures du soir et on avait faim.
– Et où il est ton parquet ?
– Y en a pas. Y a des vandales qui nous l’ont taxé.