ISBN : 2266061755
Éditeur : Pocket (1999)


Note moyenne : 3.55/5 (sur 22 notes) Ajouter à mes livres

Lorsque Béatrice a négligemment quitté Édouard cinq ans plus tôt, il a été vite remplacé. Il faut dire que ce garçon, bien que séduisant, était très jeune et manquait d’avenir. Mais le voil&#x... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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  • Par asphodele85, le 04 mai 2011

    asphodele85
    Roman écrit en 1977, soit vingt ans après "Dans un mois, dans un an" d'où elle exhume deux personnages secondaires, Edouard Maligrasse et Béatrice Valmont mais en situant l'action cinq ans après leur rupture... Pour notre plus grand bonheur !
    Edouard Maligrasse ne croit pas à sa chance quand le hasard le remet en présence de la "belle et violente" Béatrice et surtout s'étonne de l'aimer comme s'il n'avait pas souffert, prêt à endurer à nouveau les tourments que sait distiller la belle : jalousie, infidélité, indifférence affichée et assumée et j'en passe. L'action commence et finit dans une chambre aux draps bleus, aux rideaux bleus, à la moquette bleue, Béatrice dormant, le bras replié sous sa nuque sous l'oeil amoureux d'Edouard.
    Il eût été ennuyeux de passer 300 pages dans cette chambre à regarder se prendre et se déprendre ce couple improbable au départ mais qui va gagner en densité au fil du récit. Et c'est mal connaître Sagan qui encore une fois, en profite pour laisser parler Françoise à la fois par la bouche d'Edouard qui lui ressemble comme deux gouttes d'eau depuis qu'il est devenu un auteur de théâtre reconnu, "théâtre intellectuel" aux prises avec ses doutes quant à son talent en ce domaine et par celle de Béatrice, antipathique, énervante, capricieuse mais intelligente (elle a lu Proust, Paul Valéry et beaucoup de Série Noire) et qui sait se montrer attendrissante quelquefois...entre deux sorties mondaines obligatoires et deux amants facultatifs. Car c'est bien de théâtre dont il s'agit dans ce roman, le théâtre d'auteur, et celui de Béatrice, désormais célèbre actrice "de boulevard", deux mondes qui s'opposent mais se rejoignent dans les mêmes codes du snobisme parisien. Les deux "théâtre" en prennent pour leur grade : celui d'auteur où huit cents mondains s'ennuient en se pâmant comme les dix critiques accourus voir la dernière pièce à la mode, incompréhensible mais vitale pour alimenter les dîners en ville. C'est Béatrice, sortie de rien, qui réhabilitera (un peu) ce théâtre de boulevard boudé de l'intelligentsia par son talent réel qu'elle découvrira, mêlé à sa "vocation" d'actrice. Et chacun ne veut mélanger sa partie à celle de l'autre, en cela bien résumée par le triste Jolyet que l'on retrouve ici atteint d'un cancer en phase terminale, il fraternisera avec Edouard pour le "protéger" de Béatrice en disant à cette dernière : "Il y a une grande différence, c'est que toi, en jouant, tu cherches à t'oublier. Alors que lui, Edouard, en écrivant, il cherche à se trouver. de plus, toi (...), tu as des échos, des preuves immédiates de ton talent : les silences de la salle et ses bravos, tu as des plaisirs immédiats et physiques, sensuels même, qu'un écrivain n'a jamais. Sauf parfois, à l'aube, quand il a l'impression de découvrir ce qu'il savait déjà, mais c'est un plaisir abstrait et inconnu des autres."
    En se cherchant, le timide et un peu fade Edouard (malgré son charme), cherche aussi à garder Béatrice telle qu'elle est, libre, sensuelle, infidèle et féroce. Un jour, alors qu'elle le trompe une nouvelle fois, voici ce que l'auteure (Béatrice) en pense : " Car c'était bien la seule circonstance où un homme et une femme se retrouvaient à égalité, puisque soumis à la même délicieuse nécessité : celle de se rejoindre." Ce jeu du chat et la souris n'est ni blanc ni noir chez Sagan, mais tortueux, douloureux pour celui qui aime toujours plus que l'autre. Alors certes, Béatrice est théâtrale, ne sachant jamais quel "jeu" elle doit adapter à la situation mais la témérité, la persévérance et les ruses d'Edouard, son amour sincère et gratuit (valeurs qui lui sont totalement inconnues) viendront à bout de sa carapace surjouée. Son succès mondial et l'argent qu'il gagnera ne seront peut-être pas tout à fait étrangers à cette reddition...L'amour aussi : " (...) ; Edouard, abasourdi, chancelant de bonheur, pensa très vite qu'il ne pourrait jamais, au grand jamais, s'habituer à elle, ni par conséquent se déshabituer de l'aimer".
    MON SENTIMENT...
    J'ai eu un peu peur au départ, au début de la passion réciproque (si si) des deux amants de m'ennuyer, et très vite, à l'image des bolides qu'elle affectionnait tant, Sagan nous entraîne dans le tourbillon parisien habituel, plus axé sur le monde du théâtre mais très intéressant en faisant même un clin d'oeil à "L'orage immobile", roman qu'elle ne publiera qu'en 1983 et qui, dans le livre, est une pièce à succès... Enfin, quand les sentiments des deux amants terribles glissent vers le bonheur à deux et non plus à trois comme le concevait aisément Béatrice, ne se privant pas de tromper Edouard sous son nez, on y retrouve la Sagan des "Bleus à l'âme", elle s'épanche par la voix d'un des deux, certes, mais on sait qui nous parle et on aime entendre inlassablement cette petite musique qui décidémment n'arrive pas à rayer bien que le disque ait été mis plusieurs fois sous le vieux saphir... "Comme si la mémoire était, tout autant que l'intelligence, délibérement insoumise aux mouvements du coeur".
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    • Livres 5.00/5
    Par canel, le 16 mars 2012

    canel
    Sagan est/était un GENIE !
    Béatrice, actrice vedette, et Edouard, dramaturge en pleine ascension, sont amants. le jeune homme est très amoureux, quant à elle... ? Ils ont déjà eu une brève liaison cinq années plus tôt, dont Edouard ne s'est jamais remis. Béatrice est capricieuse, fantasque, volage, cruellement bête et bêtement cruelle. Elle collectionne les aventures, qu'elle soit ou non en couple, et soumet son entourage à rude épreuve en soufflant le chaud et le froid.
    Quel talent, quelle plume et quelle finesse d'analyse ! Sagan dissèque brillamment la passion qui brûle le corps et l'esprit, la palette des sentiments amoureux, les comportements humains, conjugaux et individuels. Elle nous ballotte sans cesse entre la douleur d'Edouard - follement épris, rêveur et doux - et la sensualité gourmande, animale, de ce couple et de Béatrice (sans une seule scène torride - tour de force !).
    Revers de la médaille, ce roman est tellement brillant qu'on le lit comme un essai, attentif à chaque phrase, chaque mot. J'ai de ce fait éprouvé une légère lassitude aux deux tiers, trouvant de surcroît que le récit tournait en rond, à l'instar de ce couple dont la flamme semble s'essouffler. Léger bémol également sur le parisianisme et le milieu dans lequel les protagonistes évoluent : le gratin du show-biz. J'étais agacée de m'y sentir totalement étrangère, tout en ayant connu cette époque (les années 70), cherchant vainement de qui Sagan s'était inspiré... en plus d'elle-même, très probablement.
    Malgré ces minuscules réserves, j'ai adoré ce roman d'une acuité rare.
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    Critique de qualité ? (9 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par msprot, le 05 novembre 2011

    msprot
    Edouard, meilleur auteur dramatique de sa génération, Béatrice, brillante comédienne de boulevard, s'adonnent à une lutte incessante contre une passion dévorante
    Critique de qualité ? (0 votes positifs)

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Citations et extraits

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  • Par canel, le 13 mars 2012

    Comme il était étrange aussi de penser que cet amant si éperdu, ce garçon si bien élevé écrivait des pièces, et que ces pièces avaient du succès auprès des plus difficiles critiques dans cette ville déjà si difficile.
    Et quand elle regardait de près, de très près cet homme, si visiblement, si passionnément occupé d'elle, elle se demandait dans quelle soupente cachée dans sa tête, sous ces cheveux si doux, ces cheveux d'enfant, pouvait bien se dissimuler cette force inconnue, bizarre, peut-être malsaine, mais qu'elle respectait instinctivement : la possibilité d'écrire. (p. 52)
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  • Par canel, le 13 mars 2012

    Les mots étaient ses maîtres et ses valets à la fois. Il savait que dans la vie, souvent, il n'était devant les autres qu'un partenaire désolant, désolé, dans cette mauvaise pièce réaliste, qu'ils s'obstinaient tous, tous les vivants, à jouer gravement ou platement selon les jours. Il savait qu'il balbutiait devant eux et commettait des erreurs de psychologie ou de conduite, et qu'il s'en voudrait en les quittant. (p. 70)
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  • Par canel, le 15 mars 2012

    Elle aurait dû savoir pourtant, comme il l'avait lui-même toujours su, qu'entre un homme et une femme qui s'aiment, la confiance, l'estime et la fidélité étaient aussi obligatoires et nécessaires que le plaisir physique.
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  • Par lapucelaurence, le 04 mai 2011

    "Sur ce sentiment inconnu dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse. C'est un sentiment si complet, si égoïste que j'en ai presque honte alors que la tristesse m'a toujours paru honorable. Je ne la connaissais pas, elle, mais l'ennui, le regret, plus rarement le remords. Aujourd'hui, quelque chose se replie sur moi comme une soie, énervante et douce, et me sépare des autres. Cet été-là, j'avais dix-sept ans et j'étais parfaitement heureuse."
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  • Par canel, le 13 mars 2012

    Sans le savoir, Edouard construisait son amour comme il construisait ses pièces. Il ignorait qu'en se faisant ainsi à la fois l'objet et le sujet de sa passion, il risquait d'en devenir deux fois l'esclave - voire la victime. (p. 49)
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