«
Bonjour Tristesse» fut le premier roman de
Françoise SAGAN. Sur un fond d'amour insouciant, l'auteure nous fait un récit sublime du dernier été adolescent de Cécile.
« Sur ce sentiment inconnu, dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse.»
Dans un souci permanent de protéger l'histoire, au point de ne jamais dévoiler par simple maladresse le moindre soupçon que peut contenir une intrigue, je préfère privilégier l'œuvre en l'approchant au mieux de son auteur.
Françoise Quoirez, alias
SAGAN est une romancière hors du commun, vous pouvez le croire.
D'ordinaire, ses
Romans se limitent aux figures du trio et du couple. Sur fond de solitude, «l'étonnant cadeau» d'un amour à la fois interdit et fou jette l'un contre l'autre les héros saganiens. Alors, comme souvent dans tout rêve romanesque, c'est la fête secrète, sacrèe, sacrilège; Cécile doit son indépendance à l'indulgence complice de son père, tout comme Lucile (dans
La Chamade) est redevable de la générosité d'un amant quelque peu fané.
Bref, il n'existe aucun immobilisme dans l'univers de
Françoise SAGAN, son talent n'a rien de répétitif.
Dans cette primeur synonyme de foudroyante réussite littéraire, nous découvrons un pastiche qui demeurera classique à l'auteure; son écriture évoquera la transparence d'un
Radiguet. La brièveté de ses ouvrages la modestie d'une écrivaine consciente de ses limites, prudente, mais dont la suprême ambition demeure d'écrire un grand livre. Rien n'est incompatible.
Du moins fait-elle entendre une voix originale et envoutante où tremble une émotion que d'heureuses métaphores libèrent en un éclair: la solitude, «une soie énervante et douce».
Effectivement,
Françoise SAGAN porte avec élégance le masque de la désinvolture, mais derrière celui-ci s'affiche un être humain, qui lui a du mal à se dissimuler.
On se souvient d'une phrase curieusement belle, écrite par
Paul VALERY:
« Une manière d'Ange était assis sur le bord d'une fontaine. Il s'y mirait et se voyait Homme et en larmes et il s'étonnait à l'extrême de s'apparaître dans l'onde nue cette proie d'une tristesse infinie.»
«
Bonjour Tristesse» a été écrit en 1954, et ce roman ne possède aucune poussière dans l'âme.