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A tort ou à raison, à la lecture de pilote de guerre je me suis fait la réflexion que St Ex c'est un peu, toutes proportions gardées (et surtout celles des origines sociales), notre Jack London à nous : un homme entier, riche d'un flux vital hors du commun qui s'exprime dans l'action, une hauteur et une profondeur de vue puissante et authentique, un aventurier mort jeune, doublé d'un écrivain de grand talent, reconnu comme tel mais qui ne saurait pourtant se contenter d'un rôle de témoin. St Exupéry me fascine depuis très longtemps, et c'est avec bonheur que je revisite son oeuvre et en élargis ma connaissance.

Pilote de guerre m'a éblouie. C'est la surhumaine expérience de l'aviation encore primitive en cette année 1940, c'est une plongée saisissante dans le chaos et la violence de l'exode, vu du ciel, et du ciel en plongée vers le sol dans l'intimité du drame, peint avec un réalisme encore plus fort que celui d'Irène Nemirovsky dans Suite française ou Ian McEwan dans Expiation, c'est la parabole de toute l'absurdité de la guerre dans l'ordre donné de survoler Arras quand les chances de survie sont infimes et l'utilité de la mission perdue dans les déboires de l'armée en déroute.
Mais c'est aussi un autre envol, grandiose celui-là, dans la conception supérieure que l'auteur - acteur se fait de son époque, de ce qui fait que les hommes sont des hommes et quel est son propre rôle dans celle-ci, un envol de mot édifiant au rang de cathédrale le sens du sacrifice.

Un homme et un auteur hors du commun, à tous points de vue, dont la lecture nourrit et élève en même temps qu'elle rend humble.
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A 30 000 pieds Saint-Exupéry nous livre ses pensées sur l'Homme et sur la guerre. Il est en partance pour une mission dont on ne revient pas. Tout l'équipage le sait mais personne ne le dit.
On devient Homme en se confrontant aux évènements, en les subissant pour éventuellement en sortir vainqueur. La chance à tant de part dans la survie.
Saint-Exupéry nous livre un discours amer dans la défaite de l'armée française qu'il sait inéluctable et place pourtant tant de foi en l'homme. Son texte est comme toujours empreint de poésie même dans les moments les plus terribles qu'il arrive à magnifier, si bien qu'il apporte de l'apaisement aux plus terribles passages de la vie.
Après sa mission dont il revient miraculeusement indemne, c'est un nouvelle esprit qui s'éveille.
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Cet ouvrage de St Exupéry a été magnifiquement réédité par Gallimard dans une version grand format illustrée par Bernard Lamotte en 1942.
Il retrace une mission de reconnaissance de St Ex et de son équipage composé des lieutenants observateurs Dutertre et Azambre et du mitrailleur Moreau.
Alors que l'armée française est en pleine déroute, au printemps 1940, il se voit confier une mission par le commandant Alias pour survoler Arras à bord de son avion Bloch, au départ d'Orly.
Le groupe 2/33, auquel appartient l'auteur, a perdu dans ce court printemps la plupart de ses équipages, et la mission, quelque peu vide de sens, a toutes les chances d'être un voyage sans retour.
Ce voyage au bout de lui-même qu'accomplit St Exupéry avec son équipage, est l'occasion d'une introspection et de nombreuses réflexions qu'il nous livre au fil des chapitres.
Se succèdent ainsi des réflexions sur le sens de cette guerre, sur le commandement, les états-majors et leur vain dogmatisme, l'Etat et les fonctionnaires censés servir l'intérêt général, mais réduits à de stériles rouages d'une mécanique aveugle.
On y trouve aussi de magnifiques passages sur l'humanisme, la fraternité, le sens de notre civilisation et la foi inaltérable que l'auteur a placée en l'homme.
Il n'est pas question ici d'aviation et de récits héroïques de missions de guerre, mais d'une réflexion profonde sur le sens des choses et sur l'humanité.
Un ouvrage à conserver près de soi et à consulter régulièrement. On y trouvera des phrases maintes fois citées, et souvent déformées ou sorties de leur contexte réel.
Un repère essentiel pour comprendre St Ex et son univers, servi par une écriture belle et limpide et par un ton particulièrement juste.
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À enchaîner les oeuvres majeures de Saint-Exupéry, je leur trouve une parenté qui me fait les confondre: c'est toujours autobiographique, intelligent et empreint de poésie en dépit de la menace omniprésente de mort qui guette les pilotes de cette époque, que ce soit en mission pour l'Aéropostale ou, dans le cas présent, les batailles aériennes de la dernière guerre mondiale.
Ce que j'ai surtout retenu de ce livre, c'est la conscience que Saint-Exupéry avait de n'être qu'un pion sur l'échiquier de la guerre que d'autres avaient décidée; et que eux-mêmes se trouvaient pris à leur propre jeu, la différence entre jouer à la guerre et la faire « pour de vrai » n'apparaissant, finalement, que lorsqu'on fait le bilan. Et j'ai poursuivi la réflexion en pensant moi-même que l'on passait son temps à jouer à la vie, à l'inventer comme un roman dont on se ferait le héros…
C'est assez court, bien écrit, empreint de réflexions pertinentes; tout-à-fait typique de cet auteur. Malgré tout, il n'arrive pas à m'enthousiasmer.
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Aviateur au sein du groupe 2/33 de l'armée de l'air française, Antoine de Saint-Exupéry effectue le 23 Mai 1940, une mission de reconnaissance photographiques au-dessus de la ville d'Arras, accompagné d'un observateur et d'un mitrailleur.
Mission aussi périlleuse qu'inutile.
Dans la confusion de ces temps tourmentés, tout est dévasté.
L'Etat est dépassé, et ce printemps 1940 voit la débâcle de l'armée Française.
Le chaos règne ….
Devant l'obligation de « collaborer », les populations telles « un interminable sirop qui n'en finit pas de couler », désespérées, irraisonnées et incontrôlables, fuient vers le sud pour échapper à la reddition allemande.
Antoine de Saint-Exupéry assiste, impuissant, à la perte des valeurs et du sens de cette guerre.
Entre ses souvenirs d'enfance et son regard d'adulte, Antoine de Saint-Exupéry dans son récit tout en poésie, « Pilote de guerre », nous livre ses témoignages de combats et ses réflexions philosophiques sur la condition humaine.
« Pilote de Guerre » est un appel à la responsabilité et à la résistance de chacun face à la désillusion et aux échecs de cette période de la « drôle de guerre ».
Né le 29 Juin 1900, Antoine de Saint-Exupéry aurait eu 120 ans cette année 2020.
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Dans ce court texte, Saint-Exupéry synthétise son expérience de pilote militaire pendant la désastreuse campagne de 1940. Paru paru aux Etats-Unis (en français et en anglais) début 1942 a été autorisé par Vichy, puis interdit un an plus tard sur décision de l'occupant... L'essentiel du livre - également sous-titré "Mission sur Arras" raconte une expédition aérienne, hasardeuse, voire suicidaire, car les pilotes engagés n'ont plus aucune confiance en l'issue de la guerre ou en la pertinence des ordres donnés par la hiérachie militaire. La critique, assez virulente, ainsi que le récit du courage de ces hommes, mus par le patriotisme et le sens de l'honneur, permet par contre de comprendre la démarche de ceux qui, dans les mois qui suivent, vont reprendre le combat dans la clandestinité. le tout avec le souffle de Saint-Exupéry !
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J'ai abordé ce livre suite à la lecture des mémoires de guerre de Clostermann ; avec à l'esprit l'idée de trouver une aventure, une somme d'actions ébouriffantes, où les prouesses d'un pilote d'avion me feraient oublier le morne trajet quotidien en train et en métro ; avec peut-être cette manière subtile qui distingue le héros de l'écrivain de renom. C'était très largement sous-estimer l'oeuvre et la pensée de Saint-Éxupery, dont c'est le premier ouvrage dans lequel je m'absorbe.

La guerre n'est pas une aventure.
Le temps d'un vol, nous accompagnons un équipage dans une mission de reconnaissance, sur un objectif de feu au-dessus d'une France en déroute. Cette supervision est l'occasion cauchemardesque de réflechir à ce qui fonde l'Homme et la civilisation. Et l'auteur d'évoquer son enfance, et le lecteur d'envisager sa contribution à la paix.
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Dans Pilote de guerre, on à affaire à une drôle de guerre. Il y a une rhétorique qui est créée. Il y a aussi un certain sens spirituel mis en place. On est face à la rhétorique de la guerre qui mènera plus tard à l'attente. Dans Pilote de guerre, on n'a pas l'idée de se battre, de se faire la guerre. Plusieurs thématiques se croisent d'ailleurs.
Il y a une vaine thématique de la peur. On trouve une attente mélancolique. Ensuite, la guerre perd dans le récit, elle devient absurde et drôle. La tuerie est commandée par les Instances Supérieures. Saint-Exupéry attend dans son avion et en profite pour écrire ses textes. Il a peur de la situation.
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Ecrit quelques mois après la défaite de la France submergée par les troupes allemandes en 1940, cet ouvrage est un chaos de réflexions jetées sur le papier par celui qui n'est pas encore en 1942 l'auteur du Petit Prince, pris de saisissement qu'il fut par la déroute de son pays.

Attentif à n'en culpabiliser aucunement ses compatriotes, que son humanisme de croyant lui interdit de juger, Saint-Exupéry cherche à comprendre mais plus urgemment à mobiliser le peuple américain autour du sort des Européens. Avec cet ouvrage il se fait l'avocat de ses compatriotes et veut faire comprendre qu'ils n'ont pas démérité, et qu'il y a urgence à leur venir en aide pour éradiquer la peste brune répandue en son pays.

Sur fond d'un amour patriotique blessé, aux préoccupations d'ordre technique – il est pilote avant tout – se mêlent les réflexions de l'humaniste qui s'est découvert aux yeux du public au gré de ses précédents ouvrages. Les insinuations spirituelles du croyant sont plus sibyllines. Elles seront plus évidentes dans Citadelle. Sans doute veut-il s'exonérer de toute allusion à une forme de punition céleste contre quelque jouissance terrestre coupable de ses compatriotes assoupis par le pacifisme rampant du lendemain de la première guerre mondiale.

Il ne veut en tous cas et à toute force ne pas rester passif face au désastre car « l'inertie est une forme fruste du désespoir », un ultime abandon dont il se défend tant il veut croire au sursaut. Qu'il ne connaîtra malheureusement pas. Cet ouvrage est avant tout celui d'un amoureux de son pays offusqué par la débâcle. Sa cohérence n'est pas dans une intrigue, une histoire, un récit de guerre, elle est dans ce fil rouge qu'est la détermination du patriote à mobiliser les énergies pour restituer à son pays sa fierté, sa liberté. Ce n'est pas une lecture facile.


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Saint-Exupéry, de la guerre aux mots

J'avais – un peu comme tout le monde au final – lu le Petit Prince il y a de cela quelques temps. Je n'en avais pas forcément gardé un souvenir impérissable. Puis je suis tombé sur le documentaire d'Arte consacré à Antoine de Saint-Exupéry (le lien pour les curieux : http://www.arte.tv/guide/fr/064446-000-A/antoine-de-saint-exupery-le-dernier-romantique), qui m'a donné envie de redécouvrir l'auteur. Je suis donc allé faire un tour dans un des bouquinistes de ma ville, et j'ai déniché un exemplaire jauni de Pilote de guerre. Dès les premières pages, j'ai été happé par le style simple mais terriblement efficace et entrainant de l'auteur. Oscillant entre le témoignage de guerre, les réflexions philosophiques et la poésie, ce livre se savoure tranquillement, comme on laisserait fondre un bonbon sous sa langue.

Saint-Exupéry est arrivé au monde avec le nouveau siècle, né le 29 juin 1900 à Lyon. Issu d'une ancienne famille aristocratique, le jeune Antoine a une enfance privilégiée, entouré de sa mère, de ses trois soeurs et de son frère. Il projette de rentrer à l'Ecole Navale, après des études secondaires moyennes, trop dissipé et rêveur pour se conformer. Malheureusement, l'entrée lui est refusée pour une mauvaise note en géographie. Pour se venger, Antoine simulera une fausse alerte à la bombe. Si la mer se dérobe à lui, alors ce sera les airs ! Il s'engage dans l'armée, et après de longues persuasions, on le laisse voler. Il est quand même de naissance aristocrate… Il entre en 1926 à l'Aéropostale sous la direction de Didier Daurat, où il apprend selon ses dires « à casser un avion tout seul ». Au printemps 1927, il est choisi pour assurer le courrier entre Toulouse et Casablanca, puis plus tard entre Toulouse et Dakar. Il devient ensuite chef d'aéroplace à Cap Juby où il restera dix-huit mois, entre sable et océan. Il ne passait pas grand monde, et plusieurs semaines pouvaient se dérouler sans que la base soit fréquentée. Il est également chargé, et c'est pour cela qu'on l'a choisi, de renouer un dialogue avec les tribus insoumises locales (sahraouies et maures) et de collaborer à la libération d'otages. C'est une mission extrêmement dangereuse. de ce long séjour dans le désert émergera son premier livre, Courrier Sud. de retour d'Afrique, il est nommé directeur de la section sud-américaine de l'Aéropostale et s'envole pour Buenos Aires. Mais le krach de 29 n'épargne personne, et la France préfère investir dans une nouvelle compagnie aérienne, Air France, et donc l'Aéropostale de Saint-Exupéry tombe en liquidation judiciaire. C'est un coup dur pour lui, et il revient en France. Il met à profit son retour au pays pour écrire un second roman, inspiré de son périple sud-américain. C'est Vol de nuit. S'il devient un auteur de plus en plus en vogue, reconnu, c'est aussi son succès qui va l'éloigner petit à petit de l'univers des pilotes, lui reprochant de trahir son milieu en livrant leurs secrets et leur vie. de ce long désamour, Saint-Exupéry ne s'en remettra jamais vraiment. Mais il fait des pieds et des mains pour retrouver de l'embauche dans la profession. On l'embauche finalement chez Air France, d'abord comme pilote d'essai, puis finalement comme conférencier. Que cela ne tienne, Saint-Exupéry a maintenant de l'argent et a pu s'offrir un avion ! Il essaie de battre des records, comme celui de Paris – Saigon en 1935, qui le voit s'écraser une première fois dans le désert de Lybie, ou celui de Ney York – Terre de Feu, qui le voit s'écraser cette fois au Guatemala. La santé du pilote entame alors une pente descendante. Notons encore que pendant ces années, il prend la plume pour des journaux : il part Au Viêt Nam (1934) et à Moscou (1935) enquêter pour Paris-Soir, puis il est envoyé en Espagne pour couvrir la guerre civile. de ces différents voyages, il accumule une très importante somme de souvenirs, d'émotions et d'expériences, qui lui servent à nourrir sa réflexion sur le sens à donner à la condition humaine. Ce qui aboutit à l'écriture de Terre des hommes, son troisième livre, qui est publié en 1939 et qui reçoit le prix de l'Académie française. Saint-Exupéry a tout pour être heureux. Mais il est triste, il se morfond, se sent seul, ses camardes éloignés. Ce mal-être trouve également résonnance dans l'enfance du jeune Antoine : il a quatre ans lorsqu'il perd son père, dix-sept lorsqu'il perd son seul frère. Ses expériences réussies dans les airs ne suffisent pas à masquer sa solitude, lui qui a été abandonné du jour au lendemain par sa première fiancée, Louise de Vilmorin, puis lui qui a connu un mariage tourmenté avec Consuelo, veuve d'un journaliste paraguayen. Mais il est un auteur reconnu ! Enfin… Renié par sa famille des airs qui ne voyaient pas d'un bon oeil ce pilote-faiseur de livres, il est également renié par toute une caste d'intellectuels qui ne verront en lui qu'un « aviateur égaré ». Il perdra encore ses compagnons Jean Mermoz et Henri Guillaumet, tous deux morts avant lui, en vol. Puis le drame : le 15 août 1943 à 8h30, le Lightening P-38 du commandant Saint-Exupéry n'apparaît plus sur les radars. Il se serait écrasé près des côtes de la Provence. Mais les recherches ne peuvent pas être menées, nous sommes encore en temps de guerre. Tout un mystère enveloppe alors la mort de Saint-Exupéry

1939, Saint-Exupéry est mobilisé. 1944, il est porté disparu. En moins de cinq ans, sa production littéraire n'a de cesse de s'accroître, et son nom être connu des milieux littéraires et du grand public. Trois temps se succèdent pendant cette période charnière : d'abord la Campagne de France du 4 septembre 1939 au 5 août 1940, puis le séjours aux Etats-Unis de janvier 1941 à février 1943, et enfin le transfert en Méditerranée (Maroc, Algérie, Tunisie, Sardaigne, Corse) et le retour au combat malgré sa forme physique et son âge : il a dépassé la quarantaine. Il effectuera huit missions. La huitième lui coûtera la vie.
Le premier de ces trois intervalles est marqué par l'insistance de ses amis à le protéger, en lui donnant des missions d'ordre administratif dans différentes secteurs, et surtout par son acharnement à rester attaché à son escadrille et à multiplier les missions de reconnaissance. Saint-Exupéry ne se sent libre que dans les airs, c'est là qu'il peut prendre du recul et méditer sur lui, sur la condition humaine, sur l'existence. Sa vie durant, il n'aura de cesse de chercher à s'extraire du sol.
La troisième période le rend à l'action militaire. Il est à l'entraînement à Oujda lors de la parution du Petit Prince. Malgré son âge canonique, au sens strict du terme, il obtient l'autorisation de piloter l'appareil le plus rapide, le Lightening P-38. Mais la joie des airs ne suffit pas à dissiper son angoisse : Saint-Exupéry est dépassé par son temps, il ne retrouve pas ses impressions de vol et la complexité du pilotage et du tableau de bord d'un tel engin le font pester. Durant ces six derniers mois, il s'attèle à son dernier livre, Citadelle, qu'il laissera inachevé après sa mort.
Mais la période qui nous intéresse tout particulièrement ici s'étend de 1941 à 1943. Pilote de guerre sera écrit en 1941 à New-York, Lettre à un otage et le Petit Prince l'année suivante. Leur succès sera éclatant. Désormais démobilisé, Saint-Exupéry se rend à New-York pour, en vertu de son statut d'écrivain reconnu, convaincre les Américains d'entrer en guerre. Puis lorsque cela sera chose faite avec Pearl Harbour, pour les inciter à débarquer en Afrique du Nord. Ce qui se produira également. Il appelle ensuite à l'unité des tous les Français, et refuse de prendre position pour le général De Gaulle ou le maréchal Pétain. Ce qui le placera dans une situation inconfortable, les deux camps jugeant qu'il oeuvrait pour l'autre. Saint-Exupéry est une nouvelle fois incompris… Mais revenons un peu au contexte d'écriture et de publication de Pilote de guerre. le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre à l'Allemagne. Saint-Exupéry est mobilisé et obtient son affectation au groupe d'aviation 2/33 où il y accompli des missions de reconnaissance photographique. le livre est précisément le témoignage d'une de ces missions, au-dessus de la ville d'Arras. Alors que les panzers allemands envahissent les rues de la ville, le capitaine Saint-Exupéry, assisté de son officier observateur et de son mitrailleur, doit survoler la zone pour faire le maximum de photographies. Même en sachant que ces clichés ont bien peu de chance d'atterrir dans les mains de l'état-major… Au regard de la débâcle militaire et de l'ampleur de l'exode civil, l'armée française est en effet plus préoccupée par ses manoeuvres de repli que par l'utilisation de renseignements. Publié simultanément en anglais et en français aux Etats-Unis sous le titre de Flight to Arras en 1940, le livre ne paraît en France que deux ans plus tard, aux éditions Gallimard. le gouvernement de Vichy accepte sa diffusion, puis se ravise sous la pression des pétainistes et de la censure allemande, en février 1943. Malgré cette censure, Pilote de guerre se diffuse clandestinement et se lit sous le manteau. Durant six mois en tête des ventes aux USA, le livre contribue activement à rectifier l'image de la France aux yeux de l'opinion publique et politique américaines. Saint-Exupéry y raconte la guerre avec recul, ses horreurs, l'humiliation de la défaite, l'humanité qui s'en va, la spiritualité qui essaie de la remplacer. le récit bouleverse les Américains et leur permet de comprendre qu'avant d'être écrasée par l'armée allemande, la France s'est courageusement battue, et que son armée de l'air considérée par beaucoup comme absente du ciel, n'a pas démérité. Pilote de guerre est donc un double livre de combat : il raconte le combat de Saint-Exupéry, ses hommes et la France, mais il est aussi un manifeste de combat pour que les USA prennent part à la guerre. Ce qui fait que ce livre a été couronné de succès, et plutôt deux fois qu'une.

Nous avons énormément parlé de la vie de Saint-Exupéry, du contexte politique et historique, mais son oeuvre et surtout son livre Pilote de guerre sont restés en filigrane. Il était cependant prépondérant de bien présenter l'auteur, ses combats, ses idées, pour que le propos du livre trouve un vrai écho. Car si parfois parler de l'auteur pour expliquer les ressorts de l'oeuvre est une facilité et amène à des contresens, chez Saint-Exupéry c'est une condition essentielle. Michel Quesnel le montre bien : « Il n'était guère possible de parler de la création chez Saint-Exupéry sans esquisser les grandes lignes de son destin, tant l'existence et l'écriture s'imbriquent étroitement chez lui. » Il ne faut pas oublier que nulle part sur l'édition Gallimard ne figure le terme « roman ». Il est dit que c'est un « récit ». Ainsi, on ne peut mettre de côté la vie de l'auteur pour s'intéresser uniquement à la fiction du texte, puisque ce n'est pas de la fiction pure ! C'est un témoignage, et un témoignage de guerre à laquelle l'auteur a pris directement part. Ne pas poser le contexte aurait été fallacieux, car c'est ce qui porte le livre, et de plus, Pilote de guerre a influencé cette guerre, en convainquant les Américains de débarquer à Pearl Harbour. L'existence de Saint-Exupéry commandait la forme même de cet article.

Pilote de guerre est bien plus qu'un manifeste. le récit, entrecoupé de méditations, se déroulant sur une trame sensible et imaginaire, est d'une puissance folle. le sentiment d'extrême proximité avec le narrateur et même la guerre plonge le lecteur au plein coeur de la narration, il est balloté par les phrases lapidaires de Saint-Exupéry autant que par les événements.

« Nous sommes fin mai, en pleine retraite, en plein désastre. On sacrifie les équipages comme on jetterait des verres d'eau dans un incendie de forêt. Comment pèserait-on les risques quand tout s'écroule ?... En trois semaines, nous avons perdu dix-sept équipages sur vingt-trois. Nous avons fondu comme une cire... Nous savons bien que l'on ne peut faire autrement que de nous jeter dans le brasier, si même le geste est inutile. Nous sommes cinquante, pour toute la France. Sur nos épaules repose toute la stratégie de l'armée française. »

Saint-Exupéry nous livre un récit au plein coeur de la guerre, et pourtant empreint d'un très grand recul. C'est un témoignage lucide, mais désemparé. Il ne cherche pas à expliquer la guerre, elle ne s'explique pas, elle n'est qu'un lent exode, pour les deux camps. Elle frappe de plein fouet, sans regarder. « La guerre n'est pas une aventure. La guerre est une maladie. » La menace de la mort plane sans discontinuer, elle s'intercale dans les petites habitudes comme dans les grandes manoeuvres. Elle n'est pas une conséquence de la guerre, elle fonctionne comme un tout avec elle. Sous sa plume, elle devient une logique.

« La mort est une grande chose. Elle est un nouveau réseau de relations avec les idées, les objets, les habitudes du mort. Elle est un nouvel arrangement du monde. Rien n'a changé en apparence, mais tout a changé. Les pages du livre sont les mêmes, mais non le sens du livre. »

Bien plus qu'un simple récit de guerre, Pilote de guerre est une interrogation. Interrogation sur l'humanisme, sur l'amitié, mais également sur la défaite française. Saint-Exupéry ne fustige pas les erreurs individuelles ou l'impéritie du haut commandement, il pose le constat amer que tout simplement, les rapports de force n'étaient pas égaux. La défaite française résulte, selon lui, d'un déclin de la civilisation qui a tout entrainé avec lui. Il tire de son expérience individuelle des leçons universelles, parmi lesquelles les concepts d'Homme, de Civilisation, d'Idée, d'Humanisme, de Société ou encore de Spiritualité. L'auteur se mue alors en un philosophe, nous expliquant pourquoi les notions d'Homme et de Civilisation sont à même de régler ce chaos. Il puise chez Nietzsche également cette distanciation de l'opposition trop facile entre bien et mal :

« Les historiens oublieront le réel. Ils inventeront des êtres pensants, reliés par des fibres mystérieuses à un univers exprimables, disposant de solides vues d'ensemble, et pesant des décisions graves selon les quatre règles de la logique cartésienne. Ils distingueront les puissances du bien des puissances du mal. Les héros des traîtres. »

Mais que restera-t-il de la guerre ? L'amitié par exemple. Saint-Exupéry la découvre en la vivant, peu à peu. C'est en travaillant au même ouvrage que l'on tisse ces liens-là, en suant tous ensemble. Mais c'est aussi au travers des rencontres, qui se multiplient lors des escales, que l'on se noue d'amitié. Il approfondit encore plus cette notion dans Terre des hommes. Mais l'amitié demeure toujours ? Malheureusement non, Saint-Exupéry se rend là aussi à l'évidence.

« Il est difficile d'exister. L'homme n'est qu'un noeud de relations, et voilà que mes liens ne valent plus grand-chose. »

Alors, vers quoi se tourner pour se raccrocher à quelque chose ? Saint-Exupéry croit à la victoire car il croit aux vertus d'une tradition spirituelle qui offre à chacun de se dépasser, se développer, de se sacrifier pour bâtir le monde. Et cette spiritualité se traduit avec des mots nouveaux, des idées nouvelles : la mort prend une réalité très concrète, le mot « Esprit » est employé d'une manière plus dense et le mot dieu arrive premièrement avec une minuscule, puis avec une majuscule. « La vie de l'intelligence n'est pas celle de l'Esprit » nous dit Marie-Claire Lefeuvre. « Se battre jusqu'au bout, bien que la défaite soit assurée ; aller consciemment vers la mort… voilà la supériorité de l'esprit sur l'intelligence. Avoir tout essayé ; laisser sa chance à Dieu, jusqu'au bout.»

Un aspect encore oublié lors de cette auscultation de Pilote de guerre est l'aspect très formel de la narratologie. Parole de narrateur, parole de penseur, parole de poète ; où se situe Saint-Exupéry avec son Pilote de guerre ? Pour ses deux premiers ouvrages, Courrier Sud et Vol de nuit, la dimension narrative l'emporte. Désormais Saint-Exupéry n'écrira plus de textes romancés. https://eterneltransitoire.w..
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