En ouvrant ce petit opuscule de
Saint-Exupéry, je m'attendais à trouver le pendant de Lettres à un ami allemand d'
Albert Camus, deux cris humanistes adressés de part et d'autre de la ligne de front. C'est effectivement ce que l'on trouve dans la seconde partie du texte, tandis que la première moitié m'a plutôt fait penser à
Citadelle, célébrant la beauté de la vie dans sa simplicité insondable, telle une maison ou un sourire. Ce livre est dans la droite ligne des écrits de
Saint-Exupéry, ces phrases sans rugosité et d'une philosophie douce et sans complication qui décrivent si bien la vie, qu'elle soit aventureuse ou banale.
Son exaltation du voyage, qui ne nie pas, bien au contraire, le lien avec ses racines, sa famille, m'a beaucoup touchée, probablement parce que qu'elle me rappelle ma propre situation, vivant loin des miens, mais comprenant mieux d'où je viens, qui je suis et ce qui est important depuis que j'ai mis quelques kilomètres entre la France et moi. J'aime
Saint-Exupéry quand il sait mettre des mots sur mes sentiments et qu'il exprime ce que je ne sais pas dire.
Ce texte, initialement écrit pour la préface du livre
33 jours dans lequel
Léon Werth (celui à qui
Le Petit Prince sera dédié) raconte à chaud sa fuite de Paris après la débâcle de 1940, a ensuite été remanié pour devenir un texte indépendant, où
Léon Werth n'est plus mentionné mais représente le Français, juif de surcroit, otage dans son propre pays occupé par les Nazis.
Saint-Exupéry décrit sa vision de l'humanité, ou plus exactement des relations humaines, qui sous-tend son ralliement à la France libre, il condamne au passage les rivalités entre mouvements résistants et veut croire en des lendemains qui chanteront et où le sourire de l'ami sera à nouveau là pour éclairer ses jours. Ce texte est surtout un plaidoyer pour la tolérance et, plus même, pour le respect. J'ai été surprise de voir à quel point certaines phrases font écho à la situation actuelle. « Quand [l'homme] respecte exclusivement qui lui ressemble, il ne respecte rien que soi-même (…) et fonde pour mille ans, en place d'un homme, le robot d'une termitière. » (p. 21, Chapitre 5).
Mais puisque des hommes ont pu hier se lever contre le Nazisme, j'ose croire que d'autres se lèvent aujourd'hui pour refuser la frilosité et la peur de l'autre, et je veux finir sur cette phrase, qui est à la fois toute la simplicité et tout l'espoir de la philosophie de vie de
Saint-Exupéry : « Nous nous rejoignons dans le sourire au-dessus des langages, des castes, des partis. (p. 20, Chapitre 4).