Bleeding Heart Square est une place londonienne ; la légende veut qu'elle tire son nom d'une belle dame qui y vivait et qui fut retrouvée le cœur arraché le lendemain d'un bal dont elle était partie au bras d'un mystérieux inconnu… le diable dit la légende.
Au milieu des années 30, l'endroit est plutôt sinistre et misérable : un pub, un immeuble de rapport où vivent des gens sans beaucoup de revenus, une étude d'avocats, une vieille chapelle et une bibliothèque où sont affichées des offres d'emploi et où se regroupent les chômeurs du quartier.
Bleeding Heart Square est aussi le lieu d'un mystère contemporain : qu'est devenue la propriétaire de cette maison, Philippe Penhow, dont des extraits du journal intime ponctuent le roman ? Pour l'inspecteur Narton et pour Roderick Wentwood, fiancé à la nièce de la disparue, aucun doute : elle a été assassinée par Serridge, devenu propriétaire des lieux ! Sa recherche amène Roderick Wentwood à s'installer sur place pour essayer d'en savoir plus.
C'est dans cette maison aussi que Lydia Langstone va trouver refuge après avoir fui son domicile. Jeune femme élégante de la bonne société qui a toujours eu l'habitude d'être servie, elle se retrouve chez un père, un ivrogne décati, qu'elle ne connait pas et est obligée de se trouver un travail, elle qui ne sait rien faire. La voilà aux prises avec les appétits à peine dissimulés de deux occupants de l'immeuble et poursuivie par Marcus, son mari désireux de la ramener à la maison et de lui faire oublier les brutalités qui l'ont décidée à tout plaquer. L'instant était mal choisi : Marcus, membre du parti fasciste, est le principal appui de Rex Fisher, le leader qui va bientôt épouser la demi-sœur de Lydia. Inutile de dire que ce sont des hommes qui sont prêts à écarter ceux qui se mettent en travers de leur route à n'importe quel prix.
Ce roman se lit d'une traite, même s'il est épais : enquête policière, itinéraire d'une femme, peinture de la Grande dépression en Angleterre, évocation de l'action, méconnue de ce côté du Channel, des fascistes anglais, les divers thèmes sont tissés avec une habileté diabolique et les rebondissements se multiplient jusque la surprise finale qui survient à la toute dernière page, le mystère étant entretenu les interpellations adressées sans cesse à qui ? on ne le sait qu'à l'ultime fin.
Bref, un très bon roman d'enquête, enraciné dans la réalité sociale d'une époque, comme les Anglais savent les écrire. À ne pas rater si on amateur du genre…
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