[ Incipit ]
La nuit d'avant le jour où rien ne va plus, je suis réveillé en sursaut par les secousses d'un tremblement de terre et tends aussitôt le bras vers Tamara, sauf que ce n'est pas Tamara, bien sûr, mais Hope. Il n'y a même aucune chance que ç'ait jamais pu être Tamara. Pourtant, depuis quelque temps, lorsque je me réveille, mon premier réflexe confus avant que la réalité ne reprenne le dessus est d'imaginer que le corps étendu, là, à côté de moi, est celui de Tamara. Il faut croire que dans mes rêves, pas les deux ou trois dont j'arrive à me souvenir mais les millions d'autres, ceux qui disparaissent dans le néant telles des mouches à peine a-t-on esquissé un geste, la main tendue, dans leur direction, bref, dans ces rêves-là, il faut croire que Tamara est mienne, encore et encore. Voilà pourquoi j'éprouve toujours cette sensation troublante, au réveil, ce sentiment d'avoir été transplanté dans un univers parallèle où mon existence a amorcé un virage inattendu à cause d'une décision quelconque, en apparence insignifiante mais ô combien cruciale, prise à propos d'une fille, d'un baiser, d'un rencard, d'un boulot, du café Starbucks où je suis entré... bref, quelque chose.
Pendant ce temps, dans le monde réel, l'Upper West Side de Manhattan tremble comme un quai de métro : les fenêtres vibrent, les poubelles s'arrachent du trottoir et les hurlements perçants des alarmes de voitures s'élèvent au-dessus de Broadway, déchirant le coeur de la nuit dans son plus pur silence, une heure à peine avant l'aurore.
«Zach !» s'écrie Hope en m'agrippant d'une main fébrile, le volume de sa voix presque aussi affolant que les secousses elles-mêmes, ses ongles manucures s'enfonçant douloureusement dans mon épaule. Hope, pas Tamara. C'est ça. Ma belle Hope.
J'ouvre les yeux.
«Qu'est-ce qui se passe ?»
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