ISBN : 2253146080
Éditeur : Le Livre de Poche (1999)


Note moyenne : 3.33/5 (sur 3 notes) Ajouter à mes livres
Le jeune Léon Tarassov a dû fuir avec sa famille la Russie déchirée par la révolution bolchévique. Dans le Paris des années vingt, pris entre un univers familial que hante encore le passé russe et un univers français où tout est à découvrir, le jeune émigré doit s'inven... > voir plus
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Critiques et avis(3)

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    • Livres 3.00/5
    Par LiliGalipette, le 08 janvier 2011

    LiliGalipette
    Autobiographie d'Henri Troyat. Lettre T de mon Challenge ABC critiques Babelio.
    La famille Tarassof a fui la Russie bolchévique. Les parents, le jeune Léon, ses aînés Alexandre et Olga, la grand-mère et La Gouvernante française arrivent en France. "Nous arrivions, à bout de souffle et d'argent, de la lointaine Russie, après un exode périlleux qui nous avait promenés en zigzag à travers le pays déchiré par la révolution bolchévique. [...] Il fallait fuir, passer à l'étranger, perdre sa patrie pour sauver sa peau." (pp. 7 et 8) À Paris, la famille Tarassof vit chichement, bien loin du faste de sa vie bourgeoise en Russie. "Maman avait raison: il fallait se restreindre sur tout quand on avait choisi de vivre à la française." (p. 37) Il retrouve le jeune Nikita Voïevodoff, rencontré sur le bateau qui les emmenaient tous loin de la Russie. Les jeunes garçons décident d'écrire un roman d'aventure, intitulé Le fils du satrape, d'après des principes idéalistes: "Si tu veux intéresser, il faut mentir." (p. 45) ou "Tant qu'une histoire est rêvée, pensais-je, on a le droit de la prendre pour un chef-d'oeuvre. C'est en l'écrivant qu'on risque de la gâcher." (p. 59) L'écriture de ce roman fait ressurgir des souvenirs de la fuite, certains nourrissent la jeune histoire des deux amis. Léon grandit et devient plus qu'un émigré russe, il devient français, jusqu'à sa demande de naturalisation, jusqu'à la reconnaissance de son talent d'écrivain et son changement de nom. Léon Tarassof devient Henri Troyat quand Plon accepte de publier son premier roman Faux-jour. "Le titre était de moi, le texte était de moi, mais l'auteur était certainement quelqu'un d'autre. Son nom - Henri Troyat - ne me disait rien. En me faisant naturaliser, j'avais fait naturaliser mon livre. Sous cette identité d'emprunt, il ne m'appartenait plus. Il était l'oeuvre de n'importe qui." (p. 136) Henri Troyat relate avec tendresse et nostalgie sa vie d'exilé, d'enfant et ses débuts d'écrivain.
    Le fils du satrape, c'est un roman d'adolescent à jamais inachevé, parce qu'entrepris avec trop légèreté et parce que la vie a pris soin de séparer les amis en dépit de leur pacte d'écriture. le satrape, c'est un "dignitaire qui, dans l'ancienne Perse, exerçait une autorité despotique sur une province." (p. 46) Le fils du satrape, c'est surtout Henri Troyat, malmené par l'Histoire, chassé de Russie et accueilli par la France, mais ni vraiment russe ni jamais complètement français.
    Henri Troyat parle de son père avec beaucoup de tendresse. Il se rappelle les illusions de celui-ci et ses rêves de retour en Russie, ses ambitions bafouées d'homme valeureux. Il mesure aussi la fracture qui s'opère entre eux. Alors qu'il prend son envol vers une autre réalité et une autre patrie, son père s'accroche à ses souvenirs et à ses regrets. "Pendant qu'il relisait ces papiers qui n'étaient plus que des trompe-l'oeil, il se donnait l'illusion de prendre, pour quelques heures, une juste revanche. C'était sa façon à lui de jouer au Fils du satrape. Je le trouvais ridicule dans son entêtement à remuer ce tas de feuilles mortes et, en même temps, j'avais envie de l'embrasser pour lui demander pardon d'être jeune et de ne pas souffrir autant que lui d'avoir perdu ma patrie. Entre maman qui tirait l'aiguille [...], et papa qui additionnait infatigablement des roubles de fumée et des certificats factices, je me sentais doublement en exil. Séparé de mon pays d'origine, je l'étais aussi de la réalité. Je flottais entre deux univers." (p. 67)
    Dans cette courte autobiographie, on découvre la naissance de la passion d'écrire qui a animé très tôt le jeune Léon. La découverte des auteurs français et la lecture des grands génies de la littérature russe font bouillonner en lui le besoin d'écrire. Son changement de nom, pour des raisons commerciales, est vécu comme un affront faits aux écrivains russes qui ne percent pas en France. Tout en pudeur, il exprime ses aspirations d'écrivain et ses débuts timorés.
    Henri Troyat est connu pour être un biographe prolixe. En lisant son autobiographie, je craignais qu'il n'use des mêmes ficelles que celles employées dans ses récits biographiques. Mais il évite l'écueil et j'ai retrouvé ici la fine plume de l'auteur qui m'a conquise avec son recueil Le geste d'eve et son roman L'Araigne.

    Lien : http://lililectrice.canalblog.com/archives/2011/01/07/20057842.html
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  • Par Sellig, le 23 février 2011

    Sellig
    Ce récit paru en 1998 raconte l'amitié entre le jeune Léon Tarasoff qui est loin d'être le futur Henri Troyat, et Nikita, un immigré plus aisé, Russe comme lui. De par leurs liens tissés autour du passé de la Russie et de leur jeunesse, ils se décident à écrire un roman ensemble, dont le titre, choisi en prenant un mot au hasard dans le dictionnaire, est "Le fils du satrape".
    Les deux écrivains en herbe font lire leur oeuvre à leur entourage respectif. On ne les encourage guère.
    Au fil des ans, les deux amis se perdront de vue sans renoncer à leur amour de la littérature. Léon, devenu Henri Troyat, reverra la veuve de son ami Nikita. Elle lui remet le manuscrit commun de leur jeunesse. Après l'avoir relu, il le jugera sans intérêt, et procédera à un autodafé volontaire. Au-delà du récit de jeunesse, l'auteur propose une réflexion sur la création littéraire et la tentation qu'a l'auteur de s'auto-censurer.
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    • Livres 4.00/5
    Par araucaria, le 07 mai 2012

    araucaria
    Un bien joli livre. Toujours la superbe plume de Troyat...

    Lien : http://araucaria.20six.fr/
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Citations et extraits

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  • Par Adrienne, le 03 novembre 2011

    - On n'a pas le droit, quand on est à Venise, de s'en aller sans l'avoir visitée! soupirait maman. Une telle occasion ne se retrouvera peut-être jamais! Il suffirait de changer la date des billets...
    - Je sais quelques mots d'italien, précisa Mlle Boileau. Si vous voulez, monsieur, je peux très bien aller discuter à la gare, tâcher d'arranger les choses...
    Mais "monsieur" fut intraitable. Ayant épuisé tous ses arguments, maman se résigna. Pourtant, elle suggéra qu'à titre de "compensation" nous nous rendions à la gare non dans un de ces canots à moteur rapides et bruyants, qui fendent l'eau avec insolence, mais dans une idyllique gondole. Papa sourit avec mansuétude, sous sa courte moustache, à cette manifestation d'un romantisme désuet chez son épouse. Mais elle avait un si joli regard qu'il céda:
    - Seulement, dit-il, je crois que nous sommes trop nombreux et que nous avons trop de bagages pour une seule gondole. Nous en prendrons deux, par précaution.
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  • Par Adrienne, le 03 novembre 2011

    La seconde gondole, qui avait réglé son allure sur la nôtre, accosta derrière nous au débarcadère de la gare du chemin de fer de Santa Lucia. Sans doute ne nous restait-il plus maintenant qu'à faire demi-tour et à regagner piteusement l'hôtel. Papa avait l'air si désespéré que personne n'osait ouvrir la bouche pour le consoler du désastre. Cependant, maman lui conseilla d'aller se renseigner, pour plus de sûreté, au guichet. Il s'y rendit en traînant les pieds. Trois minutes plus tard, il revenait transfiguré: par chance, à cette époque, les trains étaient rarement à l'heure en Italie. Le nôtre n'était même pas tout à fait formé. Nous avions juste le temps de l'attraper en courant. Nous coltinâmes les bagages et nous ruâmes, encadrant grand-mère qui gémissait et boitillait, vers le quai où le convoi attendait encore sa locomotive. Lorsque toute notre famille se fut affalée sur les sièges du compartiment, j'eus l'impression que nous venions d'échapper, par miracle, à la dernière attaque des bolcheviks. Reprenant sa respiration, maman dit, avec un rien de reproche dans la voix:
    - Comme toujours, Aslan, tu as eu tort de t'inquiéter: à cause de ton impatience, tu n'as même pas vu Venise!
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  • Par LiliGalipette, le 08 janvier 2011

    "Pendant qu'il relisait ces papiers qui n'étaient plus que des trompe-l'oeil, il se donnait l'illusion de prendre, pour quelques heures, une juste revanche. C'était sa façon à lui de jouer au Fils du satrape. Je le trouvais ridicule dans son entêtement à remuer ce tas de feuilles mortes et, en même temps, j'avais envie de l'embrasser pour lui demander pardon d'être jeune et de ne pas souffrir autant que lui d'avoir perdu ma patrie. Entre maman qui tirait l'aiguille [...], et papa qui additionnait infatigablement des roubles de fumée et des certificats factices, je me sentais doublement en exil. Séparé de mon pays d'origine, je l'étais aussi de la réalité. Je flottais entre deux univers." (p. 67)

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  • Par Adrienne, le 03 novembre 2011

    Habitué à recevoir des couples en voyage de noces, des amants clandestins, des esthètes écumeurs de musées, des touristes pour qui le fin du fin est de visiter le plus de monuments possible en un minimum de temps, le concierge de ce grand hôtel de Venise, que mon père avait choisi sur la recommandation d'un porteur de bagages, dut être désagréablement surpris en voyant débarquer, au mois de mars 1920, dans le hall somptueux du palace, la famille Tarassof au complet, avec ses visages anxieux, ses vêtements défraîchis et ses valises de pauvres aux couvercles consolidés par des ficelles.
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  • Par Adrienne, le 03 novembre 2011

    Au jour dit, à l'heure dite, nous embarquâmes dans deux gondoles commandées pour nous par le concierge de l'hôtel. En mettant le pied dans le bateau, papa avait l'air soucieux d'un général à la veille d'une bataille. Je pris place avec lui, maman et grand-mère dans le premier de ces esquifs à la silhouette élégante et funèbre, mon frère, ma soeur et Mlle Boileau s'installant dans le second. Et la lente glissade commença, dans un silence religieux, entre les orgueilleuses façades des palais vénitiens, échelonnés de part et d'autre du Grand Canal.
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