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ISBN : 2266028642
Éditeur : Pocket (1989)


Note moyenne : 3.32/5 (sur 22 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Pour le petit Jean, orphelin de mère, la vie s'écoule, monotone et triste, entre le lycée et l'appartement de sa tante.
Mais une secrète attente illumine sa vie. L'attente d'un père parti faire fortune en Amérique et dont le seul nom évoque pour lui la fantaisie,... > voir plus
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Critiques, analyses et avis (3)

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    • Livres 4.00/5
    Par LiliGalipette, le 29 juillet 2011

    LiliGalipette
    Pour Jean, son père est « cet homme aux larges épaules et aux yeux d'enfant dont les belles mains laissaient couler sur nous une intarissable pluie de miracles », un être fabuleux sorti des meilleures histoires. À la mort de sa mère, Jean est envoyé chez sa tante, loin de son père. Chérissant le souvenir d'un modèle, Jean est surpris de retrouver un homme à qui rien ne réussit. Guillaume brasse mille idées, milles projets dont aucun ne prend forme. Avide de gloire et de richesse rapides, il dilapide les quelques économies de la famille et entreprend des investissements qui mènent à la ruine et à la pauvreté. Mais l'échec n'est pas tout : Guillaume n'est plus l'homme superbe des souvenirs d'antan. « Je souffrais de voir que ces étrangers, non seulement n'admiraient pas mon père, mais encore le méprisaient et parfois se moquaient de lui. »
    Car Guillaume, bel homme aux manières charmantes et au bagout indéniable, est un fantoche. Il jette de la poudre aux yeux et tente d'éblouir avec des discours éculés et mille fois répétés. Désormais, quand Jean regarde son père, il n'éprouve plus aucune admiration, mais plutôt « le sentiment d'une duperie grotesque, d'une infinie dérision. » La révélation de la véritable nature du père, d'abord douloureuse, finit par alimenter une haine intense. L'enfant assiste avec dégoût à l'éternelle représentation que donne son père. « C'est qu'à présent, je ne me bornais pas à mépriser mon père, mais il m'en coûtait de savoir que d'autres ne le méprisaient pas. Toute admiration qu'on lui portait révoltait en moi un obscur sentiment de justice. Je la sentais imméritée, volée. Je m'irritais à la pensée que ma qualité de fils, non seulement m'interdisait de dévoiler aux yeux du monde la véritable nullité de mon père, mais encore m'associait à lui dans le mensonge, m'obligeait à le suivre, à le soutenir, à le couvrir contre mon gré. »
    Alors que Guillaume ne cesse de former des plans sur la comète, qu'il fréquente des femmes falotes et qu'il traite avec des filous, Jean se surprend à devenir la réplique de son père. La même inertie brièvement parcourue d'éclairs d'énergie se saisit de lui. Mais cette assimilation est écœurante. « J'avais fini d'espérer en mon père. » Ce dernier aveu formulé, Jean assiste placidement à la déchéance de Guillaume. le dénouement, nécessairement tragique, laisse un enfant seul, à tout jamais privé de figure paternelle.
    Henri Troyat s'y connaissait dans la peinture des nauséabonds sentiments familiaux, ainsi qu'il l'a prouvé avec L'Araigne, prix Goncourt en 1938. Ici, c'est la relation père-fils qui est mise au pilori. Si Jean tue symboliquement le père, il n'en retire aucune gloire et il ne dépasse en rien le modèle renversé. Guillaume a saboté tout seul l'emprise qu'il avait sur son fils et l'issue n'est qu'un gâchis de sentiments : Jean aurait voulu aimer ce père, en être le digne prolongement. Il n'est en fait que l'aboutissement nécrosé d'une vie médiocre et vulgaire. Pour Jean, peu d'espoir, même pas celui de perpétuer le souvenir de son père.
    Le sujet est gênant et le lecteur est plusieurs fois mis en position de voyeur, étant brutalement introduit dans l'intimité chiche du couple père-fils. Et c'est l'enfant, avec la narration directe, qui attire ainsi le lecteur dans un maelström de dégoût et de rejet. du père, on ne voit que les manifestations extérieures de ridicule comme on assisterait aux gesticulations bouffonnes d'une marionnette trop souvent sortie de son coffre. Peut-on avoir pitié de Guillaume ? Rien n'est moins sûr. Mais on aimerait vraiment que Jean lui pardonne tout et soit un véritable soutien. Assister à l'inexorable détachement de l'enfant est le plus douloureux.
    Le texte est brillamment écrit et rend parfaitement les brefs emportements du père et le lent recul de l'enfant. La scène initiale, au pied d'un lumineux arbre de Noël, porte en elle tout le drame à venir. de fait, on entre dans le récit au moment du climax, la suite n'est que dégringolade. Et Henri Troyat saisit cette débandade familiale avec une plume toujours talentueuse.
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    • Livres 2.00/5
    Par Bunee, le 30 mai 2008

    Bunee
    Personnellement je connaissais Troyat -- de son vrai nom, Lev Tarassov -- essentiellement pour ses ouvrages biographiques qui ne représentent pourtant qu'une infime part d'une bibliographie prolifique .
    Faux jour est son premier roman, et a été couronné du prix populiste de 1935.
    Dans un discours de 1960 à l'Institut de l'Académie Française, au sujet de ce premier roman, le Maréchal Juin dira à Troyat:
    "Mais ayant eu la surprise de constater dans vos premiers essais que votre écriture ne manquait pas de métier, vous vous avisâtes que vous pourriez bien être le grand écrivain anonyme que vous aviez si ardemment souhaité.
    « Faux jour », votre premier roman, édité en 1935 à l'âge de vingt-quatre ans, avait réalisé ce miracle....
    http://lelabo.blogspot.com/2006/09/henri-troyat-Faux-jour.html
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    • Livres 3.00/5
    Par coca, le 02 décembre 2012

    coca
    Les parents ne doivent-ils pas être un modèle pour leurs enfants ? On les admire, comme Jean qui est fier de son père, car c'est son père. L'amour qu'il lui voue est puissant et tant pis s'il n'était pas comme il l'aurait souhaité ! il l'aime malgré tout ! Très beau roman !
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Citations et extraits

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  • Par LiliGalipette, le 29 juillet 2011

    . « C’est qu’à présent, je ne me bornais pas à mépriser mon père, mais il m’en coûtait de savoir que d’autres ne le méprisaient pas. Toute admiration qu’on lui portait révoltait en moi un obscur sentiment de justice. Je la sentais imméritée, volée. Je m’irritais à la pensée que ma qualité de fils, non seulement m’interdisait de dévoiler aux yeux du monde la véritable nullité de mon père, mais encore m’associait à lui dans le mensonge, m’obligeait à le suivre, à le soutenir, à le couvrir contre mon gré. »
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  • Par coca, le 02 décembre 2012

    Se taira-t-il ? pensais-je. La vieille haine que j'avais endormie se réveillait en moi. Je me récitais avec un enivrement furieux la liste interminable de ses torts. Brassant d'inconsistantes affaires, multipliant d'inutiles amités, se dépensant en paroles creuses, en gestes sans lendemain, accumulant les erreurs, les parades, les mensonges, il nous avait en quelques mois amenés à la ruine. Mieux, il nous avait dépouilllés de cette considération des honnêtes gens, de cette estime propre, de cette fierté intime qui m'étaient si chères. Il nous avait déclassés.
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  • Par LiliGalipette, le 29 juillet 2011

    « cet homme aux larges épaules et aux yeux d’enfant dont les belles mains laissaient couler sur nous une intarissable pluie de miracles »,

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  • Par genou, le 21 juin 2013

    Le coup de bélier qui bousculera, jupes en l'air, cette vieille garce d'Europe peinturlurée et malade, d'où viendra-t-il ? Du Nord, du Sud, de l'Ouest ? Non ! Mais de l'Orient, mon cher. De l'Orient ...

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  • Par genou, le 21 juin 2013

    Et, comme je poursuivais l’évocation de cette période fébrile, un véritable affolement s’emparait de moi. Je sentais que, privé de mon père, je perdais la force et le goût de vivre. J’avais besoin de ce halo de gestes, de paroles, de regards, qu’il transportait avec lui. J’essayais d’espérer. Je me fixais une date à l’avance. Je m’affirmais que, ce jour-là, rentrant du lycée

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