> René Sieffert (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070720632
Éditeur : Gallimard (1990)


Note moyenne : 3.64/5 (sur 11 notes) Ajouter à mes livres
Ueda Akinari (1734-1809) a consacré huit ans de sa vie aux Contes de pluie et de lune, considéré aujourd'hui comme un chef-d'oeuvre de la littérature classique japonaise. Le temps après la pluie, alors que la lune est encore cachée par la brume, est le moment propice au... > voir plus
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Critiques et avis(2)

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 05 octobre 2010

    Woland
    Ugetsu Monogatari
    Traduction, préface & notes : Roger Sieffert
    Voici une anthologie à recommander et à recommander encore. Neuf contes à connotation fantastique rassemblant tous les types de fantômes de la tradition japonaise et chinoise à l'exception - la vie de l'auteur l'explique facilement - du fantôme-renard. Outre les notes rassemblées à la fin du volume, le traducteur nous offre, pour chacun d'eux, deux ou trois pages destinées à replacer l'histoire dans son contexte - ce qui se révèle d'ailleurs indispensable pour le premier conte. Pour apprécier cet ouvrage aussi poétique que raffiné, il faut par conséquent ne négliger aucun des outils mis à notre disposition d'Occidental pour saisir au mieux l'art de Ueda Akinari. Ne lire que le texte des contes, à moins d'être un japonisant expert, ne suffit pas. Pire : agir ainsi vous fera automatiquement passer à côté de cette petite merveille qu'est l'"Ugatsu Monogatari."
    Il convient de rappeler avant tout que, pour Le Japon, la Chine classique a tenu un rôle à peu près similaire à celui que jouèrent pour nous - et jouent toujours, quoi qu'en disent certains - la Grèce et la Rome antiques. Il faut aussi préciser que le concept asiatique du fantôme diffère sensiblement du nôtre, ainsi qu'on peut s'en assurer par exemple dans les "Fantômes du Japon" de Lafcadio Hearn ou même dans les films d'épouvante venus non seulement du Japon mais aussi de Chine et de Corée.
    Dans son "Ugetsu Monogatari", Ueda Akinari poursuit un but bien précis : raconter, d'une façon inédite, des histoires de fantômes tirées pour la plupart d'un vieux fond chinois, en donnant à son lecteur le plaisir d'y retrouver, dépeints de façon résolument moderne, des faits, des personnages, des intrigues mais aussi des pans entiers de récits qu'il a déjà rencontrés dans des recueils chinois. Pour le lettré nippon, c'était là une satisfaction d'un raffinement profond dont nous ne pouvons que très difficilement percevoir l'intérêt.
    En second - et en second seulement - vient le désir de constituer une anthologie réunissant les types classiques de fantômes : le spectre assoiffé de vengeance et ses variantes, guerrier ou femme abandonnée ("Shiramine - Buppôsô - le Chaudron de Kibitsu"), celui qui revient remplir sa promesse ("La Maison dans les Roseaux - le Rendez-vous aux Chrysanthèmes"), l'animal qui, sous le coup de la passion, s'incarne en un être maléfique ("L'Impure Passion d'un Serpent"), la folie conçue comme une possession démoniaque - idée par contre commune à l'Orient et à l'Occident ("Le Capuchon Bleu") et enfin non pas des spectres mais des incursions humoristiques dans le surnaturel ("Carpes tel qu'en songes ... - Controverse sur la Misère & la Fortune").
    L'atmosphère qui se dégage de l'ensemble devient, pour le lecteur, un réceptacle précieux où gisent, entremêlés, des rayons de lune que cachent à demi les nuages ou un fin brouillard venu d'on ne sait où, des sources invisibles et moussues au chant cristallin, des crépuscules qui n'en finissent pas de frissonner, des samouraïs en armures émergeant soudainement de l'ombre pour reprendre une bataille qui s'est déroulée bien des siècles auparavant, des temples shintô abandonnés aux ombres et aux renards, des masques de théâtre s'animant tout seuls, des créatures belles et perfides, de sournois démons poussant de pauvres moines au cannibalisme ... tout l'univers, en fait, du surnaturel japonais dont les racines s'enfoncent dans le vivifiant terreau chinois.
    Et au-dessus de tout cela, souveraine, innée, plane l'élégance d'un style qui, par delà la traduction, peut à bon droit prétendre à l'universalité - le style du grand poète que fut Ueda Akinari. ;o)
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 3.00/5
    Par chocobogirl, le 29 juin 2011

    chocobogirl
    Les "Contes de pluie et de lune" est un des classiques de la littérature japonaise. Ce recueil de nouvelles est paru en 1776 environ sous le titre "Ugetsu Monogatari" et contient 9 histoires tournant autour du fantastique et des fantômes.
    Shiramine :
    Le moine Sagyo, dans son cheminement, décide de s'arrêter au mausolée de l'empereur retiré Sutoku, au lieu-dit de Shiramine. le spectre de ce dernier lui apparait et les 2 hommes y discourt politique et philosophie.
    Le rendez-vous aux chrysanthèmes :
    Hasabe Samon , un jeune lettré, découvre un guerrier fort malade. Alors qu'il lui prodigue des soins, une amitié forte nait entre les 2 hommes. le guerrier reprend la route et promet à son ami de revenir pour la fête des chrysanthèmes. Prisonnier d'un seigneur, l'homme revient vers son ami sous forme d'esprit.
    La maison des roseaux :
    Katsushirô est un homme de condition modeste aux grandes ambitions. Afin de retrouver la prospérité de sa famille autrefois, il décide d'accompagner un marchand d'étoffe à la capitale pour faire fortune. Laissant sa femme Miyagi au village, Katsushirô restera finalement de longues années. de plus, la guerre entre les seigneurs fait rage et le désordre gagne le pays. Dépouillé de ses richesses, 7 ans plus tard, il reprend le chemin de son village d'origine et découvre sa femme qui l'attendait toujours à la maison. Au matin, pourtant, que tout n'était qu'illusion...
    Carpes telles qu'en songe... :
    Le moine Kogi est également peintre. Spécialiste des animaux et de la nature, il aime à représenter les carpes. Depuis qu'un jour, une sorte de songe lui ai fait partager la vie de ces poissons, le moine s'émeut désormais de la sort, destiné à être découpé et mangé.
    Buppôsô :
    Un vieil homme et son fils errent dans les montagnes et s'arrêtent au Mont Koya. Ne trouvant pas d'abri pour la nuit, ils sont contraint de coucher dehors. Au cours de la nuit, leur apparait le prince Hidetsugu Toyotomi et toute sa cour qui leur demande bientôt de réciter quelques poèmes.
    Le chaudron de kibitsu :
    Shôtarô est un homme marié qui s'est quelque peu lassé de sa femme Isora. Prenant une maîtresse, il abandonne son épouse qui se laissera alors mourir de faim. Revenant sous forme de fantôme, cette dernière est bien décidée à se venger.
    L'impure passion d'un serpent :
    Toyoo est le 3ème fils d'un pêcheur. N'ayant aucune aptitude pratique, il s'est plutôt dirigé vers les lettres. Un jour de pluie, il s'abrite dans une cabane de pêcheur. Peu après, une belle dame très distinguée vient également s'y réfugier. Subjugué par le charme de Manago, il n'hésite pas à lui prêter son parapluie. Quand celui-ci vient à son domicile, récupérer l'objet, il ignore qu'il vient de tomber sous la séduction d'un serpent transformé en femme dont il va être difficile de se défaire de sa magie.
    Le capuchon bleu :
    Un moine itinérant atteint le village de Toda. L'ayant pris pour le démon de la montagne, son hôte lui conte l'histoire d'un saint homme devenu fou qui hante désormais la région. S'enfonçant dans la montagne, le moine décide d'aller à sa rencontre.
    Controverse sur la misère et la fortune :
    Un homme fortuné et quelque peu avare est réveillé en plein nuit par une voix. C'est l'esprit de l'or qui s'adresse à lui. Débute alors entre 2 une grande discussion philosophique sur le pouvoir de l'argent.
    Vous l'aurez donc noté : ces 9 contes s'attachent chacun à présenter une apparition ou un fait surnaturel. le titre du recueil vient du fait que ces apparitions étaient favorisées par un ciel pluvieux à la tombée de la nuit.
    Le terme de Monogatari renvoit à tout type de récit n'étant pas de la poésie pure. A cheval entre nos romans et nos contes d'aujourd'hui, c'était un genre littéraire très prisé vers le 13ème siècle. On peut citer d'autres Monogatari célèbres : le dit du Genji, le dit des Heike.
    A l'époque de UEDA, le genre est plutôt tombé en désuétude. Pourtant l'auteur fait preuve d'une grand innovation et lance un nouveau genre : le Yomihon, courts récits fantastiques. Reprenant de nombreuses légendes chinoises ou s'appuyant sur des contes japonais, l'auteur réécrit à sa manière des histoires connues de tous. Grand stylisticien, grand lettré, ses textes sont bourrés d'allusions littéraires et peuvent être considérés comme une anthologie de style dont il joue avec son lecteur. On peut y voir aussi une anthologie des différents types de revenants : femme vengeresse, animal maléfique, guerrier fidèle, ...
    Chaque récit évoque donc la rencontre d'un homme avec un spectre dans une ambiance souvent crépusculaire. Mais au delà de l'aspect fantastique, UEDA fait intervenir également dans son récit des morceaux philosophiques et des reflexions de tout ordre sur la vie en général : débat sur le pouvoir, sur l'argent, sur l'éthique bouddhiste, ...
    Il en ressort que ces textes sont malgré tout très datés et difficilement accessibles au profane. Heureusement une introduction et une cinquante de pages de notes du grand spécialiste René Sieffert viennent expliquer les récits de UEDA. Indispensables à la lecture, elles expliquent le contexte historique et les nombreuses références implicites que nous ne savons pas relever. Il est donc difficile pour un lecteur contemporain d' apprécier toute la finesse du style et de réécriture. Pour ma part, je dois avouer que je ne m'attendais pas du tout à ce que j'ai lu. Je pensais qu'il s'agissait de simples récits folkloriques, faisant intervenir fantômes et démons. Et je dois dire que l'aspect historique, politique, philosophique m'a un poil rebuté et ennuyé, n'ayant donc pas les clés pour tout comprendre malgré le riche appareil critique.
    Certaines histoires sont plus passionnantes que d'autres, s'attardant plus des sentiments humains que sur une réflexion plus poussée. On y trouve de très belles pages descriptives de décor, de la nature.
    "Conte de pluie et de lune" est pourtant un recueil de référence en littérature classique japonaise. Seuls les aficionados sauront apprécier cette plongée fantastique et historique dans des temps éloignés où l'apparition de spectres n'étonnait personne. Un ouvrage de qualité évidente mais qui ne se livre pas facilement et nécessite une mise en condition culturelle !
    Il est à noter que le réalisateur japonais Kenji MIZOGUCHI a tourné une adaptation de cet ouvrage.
    La dernière réédition de l'ouvrage dans la collection L'imaginaire de chez Gallimard propose par ailleurs en bonus le DVD du film, le tout pour 12,50€ ! ça vaut le coup :)

    Lien : http://legrenierdechoco.over-blog.com/article-contes-de-pluie-et-de-..
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 08 octobre 2010

    [...] ... Au village d'Ôka, [dans la province] d'Ise, un homme de la famille Hayashi avait très tôt cédé [les biens de] ce monde à ses héritiers ; sans aucun sujet de crainte, il avait fait tomber sa chevelure (1), et avait changé son nom en celui de Muzen ; il n'avait jamais souffert d'aucune maladie, aussi faisait-il des nuits passées ici et là, au hasard des voyages, le divertissement de sa vieillesse. Le caractère mal dégrossi de son dernier-né, Sanoji, lui donnait de l'inquiétude ; voulant lui faire voir les gens de la capitale, il demeura [avec lui] un mois et plus dans sa villa de la Deuxième Avenue ; à la fin de la troisième lune, ils virent les fleurs [des cerisiers] à l'intérieur des montagnes de Yoshino, et furent sept jours environ à s'entretenir avec les moines d'un monastère où ils étaient connus ; à cette occasion : "Nous n'avons pas encore vu le mont Kôya ; eh ! bien, allons-y !" se dirent-ils, et aux premiers jours de l'été, se frayant un passage à travers l'exubérante végétation, ils traversèrent Ten-no-kawa et, à partir de là, parvinrent à la sainte montagne Mani. L'escarpement du chemin avait retardé leur marche et le soleil avait décliné sans même qu'ils s'en fussent aperçus.

    Ils s'inclinèrent successivement, sans en omettre aucun, devant tous les autels, les temples et le sanctuaire [dédiés à Kôbô-daishi] ; mais ils avaient beau demander l'hospitalité, nul ne leur répondait. Ils s'enquirent des règles du lieu auprès de quelqu'un qui passait par là : "Qui n'a de relations dans un monastère ou une communauté de moines, il lui faut descendre au pied de la montagne et y passer la nuit. Sur cette montagne, on ne donne l'hospitalité pour la nuit à aucun voyageur," leur dit-il. Que faire ? Il était naturel qu'un vieillard, en entendant cette explication, alors qu'il venait déjà de parcourir un abrupt chemin de montagne, se sentît découragé et à bout de forces. ...

    (1) : il s'était fait moine et avait adopté un nom religieux.

    (2) : Kôbô-daishi : Grand Maître, titre donné à de nombreux saints bouddhiques.[...]
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  • Par Woland, le 07 octobre 2010

    [...] ... Il y a de cela bien longtemps - c'était aux environs de l'Ere Enchô (923 - 930) - vivait au temple de Mii un moine du nom de Kôgi. Par son talent de peintre, il avait acquis un nom dans le monde. Ce qu'il peignait habituellement, ce n'étaient pas les images de Bouddhas, les monts et les eaux, les fleurs et les oiseaux. (1) Les jours où le service du temple lui laissait des loisirs, il faisait voguer sa barque sur le lac ; aux pêcheurs qui tiraient leurs filets ou pêchaient à la ligne, il donnait quelques piécettes, et relâchait dans l'onde natale les poissons qu'ils avaient pris (2) ; quand il voyait les poissons s'ébattre, il les peignait ; et de la sorte, les années s'écoulant, il avait atteint une merveilleuse précision.

    Un jour qu'il concentrait son esprit sur une peinture, il s'était laissé aller à s'assoupir, et voilà qu'en songe, il pénétrait dans l'onde et s'ébattait en compagnie de poissons, grands et petits. Sitôt revenu à lui, il les peignit tels qu'il les avait vus, fixa [la peinture] au mur et s'exclama : "Carpes telles qu'en songe ! ..." Ainsi la nomma-t-il. Ceux qui, appréciant le caractère merveilleux de cette peinture, désiraient l'acquérir, se la disputèrent, mais lui qui cédait aux prières et donnait [ses oeuvres] lorsque ce n'étaient que monts et eaux, fleurs et oiseaux, il gardait jalousement la peinture des carpes et, à tout un chacun, il déclarait, plaisantant : "A des laïcs qui tuent des êtres vivants et mangent du poisson cru, je ne donnerais certes point des poissons élevés par moi, un maître de la Loi !" Dans tout l'empire, on parla de cette peinture, en même temps que de cette boutade.

    (1) : "sanshui kachô" = "monts et eaux, fleurs & oiseaux" ou, dit en d'autres termes, "paysages et scènes de la nature."

    (2) : pour un bouddhiste, relâcher des êtres vivants est une oeuvre méritoire. ... [...]
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  • Par Woland, le 05 octobre 2010

    [...] ... Derechef, avec plus de ferveur encore, [Saigyô] pria. La rosée, ô combien ! devait imprégner ses manches ! ( 1 ) Comme le soleil se couchait, le caractère de cette nuit, au coeur de la montagne, lui parut insolite. Pour lit, une pierre ; pour couverture, bien froide, des feuilles d'arbres ; l'esprit clair, glacé jusqu'aux os, il éprouvait, sans raison aucune, de l'appréhension. La lune s'était levée ; toutefois, comme les bois épais étaient impénétrables à sa clarté, dans l'indécise obscurité, il fut envahi de tristesse ; il ne sommeillait pourtant pas lorsque, distincte, une voix s'éleva qui appelait : "En.i ! En.i !"

    Ouvrant les yeux, il glissa un regard : un homme d'allure étrange, de haute taille, maigre et décrépit, dont il ne pouvait apercevoir ni la forme du visage, ni la couleur, ni le dessin du vêtement qu'il portait, se tenait là, tourné vers lui ; Saigyo, en moine depuis longtemps [averti] des principes de la Voie ( 2 ) ne s'en alarma point et l'interrogea : "Celui qui vient là, qui donc est-il ?" L'homme dit : "Je voudrais te faire entendre la réplique aux paroles que tu viens de réciter ; voilà pourquoi je me suis montré !" Il dit, puis :

    A Matsuyama
    sur les flots de l'exil
    entraînée, ma barque
    n'a guère tardé, las !
    à disparaître !


    "Ta visite m'est une joie !" A ces paroles, Saigyo connut qu'il était le fantôme du Second Empereur-retiré. Il toucha le sol du front et, versant des larmes, il dit : "Pourquoi errez-vous ainsi ? ( 3 ) Pour moi qui, vous enviant, certes, d'avoir fui, dégoûté, ce monde impur, cette nuit récitais la loi conformément à votre karma, vous avez daigné prendre une forme visible : je vous en suis reconnaissant et, cependant, j'en éprouve de la tristesse. Détaché de cette vie, l'ayant sincèrement oubliée, veuillez monter au rang de Parfait Bouddha !" Ainsi l'exhortait-il de tout son coeur.

    ( 1 ) : le rapprochement de "rosée" avec "manches" suggère l'idée de larmes.

    ( 2 ) : la Voie du Bouddha.

    ( 3 ) : l'homme qui meurt sans que ses passions se soient apaisées est condamné à errer, en proie à ces passions, jusqu'à ce qu'il ait atteint l'"illumination" (ou "satori"). Ce qui explique que, dans les nô en particulier, des moines puissent sermonner des fantômes. ... [...]
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  • Par Woland, le 13 octobre 2010

    [...] ... Déjà, le ciel de la cinquième veille [de 4 à 6 heures du matin] était traversé par les lueurs de l'aube. Ce fut comme si [Shôtarô] s'éveillait d'un long rêve ; il s'empressa d'appeler Hikoroku [qui l'avait assisté dans son exorcisme] ; celui-ci s'approcha de la cloison : "Eh ! bien ?" répondit-il. [Shôtarô] lui dit : "Voilà enfin accomplies ces sévères abstinences. De tout ce temps, je n'ai point vu votre visage. Je brûle de vous revoir, et puis, je voudrais me remettre des peines et des terreurs de ce mois, en m'entretenant avec vous à coeur ouvert. Réveillez-vous, je vous en prie ! Je vais vous rejoindre dehors." Hikoroku, homme sans prudence, dit : "Que pourrait-il vous arriver maintenant ? Allons, passez de mon côté. !" Il n'avait pas ouvert sa porte à demi qu'une voix qui, sous l'auvent voisin, criait [de désespoir] lui perça les oreilles, et sans qu'il en eût conscience, il se retrouva assis sur son séant.

    "Il en va de la vie de Shôtarô", se dit-il et, une hache à la main, il sortit sur la route : la nuit qu'ils avaient cru voir s'éclairer était noire encore ; la lune, au beau milieu du ciel, répandait une clarté diffuse, le vent était glacial ; avec cela, la porte de Shôtarô était grande ouverte, et l'homme était invisible. Peut-être s'était-il réfugié à l'intérieur ? [Hikoroku] se précipita et regarda mais il n'y avait là nul endroit où il pût se cacher ... Serait-il donc tombé sur la route ? Il eut beau chercher, de ce côté-là non plus, il n'y avait rien. Qu'était-il devenu ? Interdit et terrifié, il éleva sa lampe et regarda autour de lui, de-ci, de-là : c'est alors qu'il aperçut, sur le mur, à côté de la porte grande ouverte, du sang à l'odeur âcre qui dégoulinait jusqu'au sol. Cependant, on ne voyait ni cadavre, ni ossements. Au clair de lune, il avisa un objet, au rebord de l'avant-toit. Il éleva sa lampe et l'éclaira : il vit que, seul, le toupet d'une chevelure masculine (1) y était suspendu.

    (1) : à cette époque, en tous cas chez les hommes, les cheveux des tempes et de l'arrière de la tête étaient traditionnellement ramenés en toupet au milieu et vers l'avant du crâne rasé. ... [...]
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  • Par Woland, le 07 octobre 2010

    [...] ... A cette heure, déjà, le soleil avait sombré à l'occident ; sous les nuages de pluie sur le point de tomber, il faisait sombre, mais, se disait-il, il ne pouvait s'égarer, puisque c'était un village qu'il avait longtemps habité ; il allait, écartant les herbes de l'été : l'antique pont s'était écroulé dans le cours de la rivière, et le sabot des poulains n'y résonnait plus ; les champs, délaissés, étaient retombés en friche, et l'on n'y distinguait plus les chemins d'antan ; les demeures de ceux qui avaient vécu là n'existaient plus. De-ci, de-là, quelques rares maisons qui subsistaient, paraissaient habitées, mais elles ne ressemblaient plus à ce qu'elles avaient été jadis. Il se tenait là, perplexe, à se demander laquelle de ces maisons il avait habitée quand, à une distance de vingt pas à peine, il distingua, à la lueur des étoiles qui se glissait entre les nuages, un pin brisé par la foudre, qui dominait les alentours ; c'était assurément celui qui marquait sa maison ; son premier mouvement fut de joie, et il s'avança ; la maison n'avait subi aucun changement. Il semblait que quelqu'un l'habitait ; par les fentes de la vieille porte, filtrait, scintillante, la lumière d'une lampe : était-ce un étranger qui l'habitait ? et si, par hasard, c'était [sa femme] qui s'y trouvait ? A cette idée, son coeur battit, il s'approcha du portail et toussota pour s'annoncer ; à l'intérieur, on l'avait aussitôt remarqué et l'on demanda, d'un ton soupçonneux : "Qui est là ?" Quoique très vieillie, la voix qu'il entendait était à coup sûr celle de sa femme ; - était-ce un rêve ? L'angoisse au coeur, il dit : "C'est moi ! me voici de retour ! Comme par le passé, vous habitez, seule, cette lande couverte de roseaux ; voilà qui est stupéfiant !" Reconnaissant sa voix, elle ouvrit aussitôt la porte ; toute noire et couverte de crasse, les yeux caves, les cheveux noués retombant dans le dos, il ne pouvait imaginer que ce fût là la femme d'autrefois. A la vue de son époux, sans mot dire, elle fondit en larmes. ... [...]
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