Lutz Bassmann n'est qu'un des hétéronymes de Volodine. Il s'agit d'un récit d'amour, de mort et parfois même d'humour. Nathan Golshem est mort, son corps a été déchiqueté, éparpillé sur une décharge, brisé par les soldats défenseurs d'un ordre auquel ne peuvent pas accéder Nathan et les Untermenschen, les sous-hommes qui sont ses compagnons de combat, un combat de vaincu mais un combat absolu pour la défense d'une société digne. Une fois par an, Djennifer Goranitzé, sa femme, accomplit un périple de plusieurs semaines pour venir accomplir un rite sur cet amas de détritus, rite qui lui permet de retrouver le contact avec Nathan, de dialoguer avec lui par delà la mort. Ils reparlent de leur vie passée, de leurs compagnons de combat, de leurs échecs et surtout de leur Amour. L'Homme peut apparaître comme ' un sac rempli de viandes molles, de liquides et de mort', il n'en a pas moins envie de 'plaisanter amoureusement' avec sa compagne. Il règne sur ce roman une spiritualité de l'univers et de la nature, une violence totale dans la description de la misère, de la défaite annoncée, une telle oppression que j'ai pensé au roman "La route"; et pourtant Djennifer danse sur la décharge absolue et recrée un monde de fusion avec Nathan qui reprend ' de la substance et de l'énergie' malgré les tortures et la mort. D' un côté la civilisation, le bonheur, l'individualisme satisfait, l'économie de la réussite, de l'autre, les laissés pour compte, la viande gémissante révoltée et condamnée, les mondes sombres et fétides mais aussi Djennifer et Nathan. Vous avez compris que ce roman est un bouleversement pour moi, une symphonie des mots, une réflexion sur les totalitarismes et la société de l'indifférence.