> Jean-Patrick Manchette (Traducteur)

ISBN : 2869309589
Éditeur : Payot et Rivages (1995)


Note moyenne : 4/5 (sur 11 notes) Ajouter à mes livres
Cadre supérieur dans une usine de papier pendant vingt-cinq ans, Burke Devore vient d’être licencié, pas pour faute professionnelle. Non, il est tout simplement victime des compressions, dégraissages, restructurations. Avec la perte de son emploi, c’est toute l’existenc... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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    • Livres 4.00/5
    Par Malaura, le 16 avril 2012

    Malaura
    « -Hey, Orry. T'as jamais dit que t'avais été marié à Dawn Dewayne. Bon Dieu, Orry, c'est marqué noir sur blanc dans ce putain de journal ! »
    C'était vrai, une photo du Matelot Première Classe Ordo Tupikos s'étalait dans ce journal où l'on pouvait lire un long article consacré à la célèbre vedette de cinéma Dawn Dewayne, la nouvelle incarnation de tous les fantasmes de blonde explosive.
    Ordo en était resté sonné.
    S'il avait bien été marié à une fille dans le temps, c'était avec une dénommée Estelle Anlic et elle n'avait vraiment rien à voir avec la pin-up du magazine !
    La mère avait d'ailleurs fait annuler le mariage car sa fille était encore mineure à l'époque ; elle avait dit qu'elle avait 19 ans, en réalité elle n'en avait que 16. Heureusement la Marine lui avait évité un tas de tracas en l'affectant au loin sur un navire.
    Seize ans s'étaient écoulés, ils ne s'étaient jamais revus et jamais il n'avait pensé que la star hollywoodienne, dont il avait vu quelques films, n'était autre qu'Estelle Anlic ! Elle avait tellement changé ! Rien à voir avec ce qu'elle était autrefois, on ne la reconnaissait tout simplement pas, « comme une maison de bois se transformerait en maison de brique ».
    Alors que lui à l'inverse n'avait pas changé d'un pouce, il était resté exactement le même type qu'auparavant, plus âgé certes mais pas différent.
    Cette histoire l'avait à ce point perturbé qu'il avait pris une permission, destination Los Angeles, dans le but de rencontrer Dawn Dewayne pour tenter de comprendre cette si radicale transformation.
    Pendant plusieurs jours, des bureaux d'impresarios aux plateaux de tournages en passant par les luxueuses résidences de Bel Air, il avait partagé un peu de ce monde de paillettes, de strass et de faux semblants, des stars du cinéma d'Hollywood.
    Comment une personne peut-elle devenir totalement quelqu'un d'autre ? Comment quelqu'un peut-il changer à un point aussi radical que tout ce qui le caractérisait auparavant a complètement disparu ?
    Toutes ces questions apparemment anodines que se pose le marin Ordo Tupikos sur le changement de personnalité, sont la base d'un roman d'atmosphère totalement captivant qui va nous asservir jusqu'à la dernière ligne car la maîtrise de Donald Westlake en matière de suspense est vraiment d'un très haut niveau.
    Il ne faut pourtant pas s'en étonner car Donald Westlake (1933-2008) est l'auteur d'une bonne centaine d'ouvrages et principalement de romans noirs ou policiers dont plusieurs ont été adaptés au cinéma.
    C'est le cas d'« Ordo », adapté en France en 2004 par Laurence Ferreira-Barbosa avec Marie-José Croze dans le rôle de l'actrice métamorphosée.
    « Ordo » n'a pourtant rien à voir avec un roman policier, pas d'enquête, pas de meurtre, pas de flic ni de détective. Mais l'ambiance générale de ce court roman qui traite de l'identité, du souvenir et de la mémoire, est saisissante dès le départ, car caractérisée par un style épuré et nerveux et un rythme impeccablement balancé sans aucun temps mort.
    Les questions qui perturbent Ordo sont de celles qui vont avoir une résonnance dans sa propre existence et inévitablement dans notre propre conscience. Ainsi, jusqu'à quel point faut-il haïr sa vie et son être pour désirer que plus une seule partie n'en émerge ? Dans quel recoin caché les souvenirs, que l'on sait souvent tenaces, se nichent-ils afin d'être entièrement occultés?
    Et le bonheur ne passe-t-il que forcément par l‘oubli ?
    Beaucoup de questions identitaires auxquelles Ordo tentera de trouver les réponses dans un milieu où justement les faux-semblants sont légion.
    En élaborant son récit dans le monde du cinéma, Donald Westlake égratigne en même temps un milieu où il est bien difficile de démêler le vrai du faux, les acteurs endossant leurs rôles de célébrités bien au-delà des scènes de tournages…
    « Tout le monde sait que les noms de stars de cinéma sont gravés sur les trottoirs d'Hollywood Boulevard. Chaque année, ces noms perdent un peu plus de leur signification. L'idée de ces noms, c'est l'immortalité, mais ce qu'ils révèlent vraiment, c'est la mort»…La mort de l'ancienne vie et de l'ancienne personnalité de bon nombre de vedettes que l'on crée de toute pièce pour alimenter le fantasme du public.
    Le sacrifice en vaut-il la chandelle ? le bonheur est-il au prix de l'oubli et de la négation de l'être ?
    En ne changeant pas, Ordo a-t-il finalement raté sa vie ?
    Chacun se fera son opinion au terme de ce bref roman plein de subtilité, traduit de l'américain par Jean-Patrick Manchette - un autre auteur de polars - lequel a su retranscrire toutes les finesses et le charme de ce très bon scénario.
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    Critique de qualité ? (19 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par muet-comme-un-carpe-diem, le 23 juillet 2009

    muet-comme-un-carpe-diem
    "Quand cesse-ton d'être la personne qu'on est et devient-on quelqu'un d'entièrement différent ? Qu'est-ce que cela vous fait ?"
    Selon les cercles que nous cotoyons nous ne serons pas perçus de la même façon car inéluctablement nous n'y avons pas le même statut, le même rôle, la même place. Rares sont les personnes qui nous voient évoluer dans tous les milieux. Aussi les représentations vont bon train, y compris et peut-être surtout dans les transports amoureux. Prétendre connaître quelqu'un tient de la gageure car l'individu lui-même est souvent surpris de ses propres réactions devant certaines situations.
    De même, lorsque l'on n'a pas vu quelqu'un depuis assez longtemps on oscille généralement entre deux surprises : celle provoquée par la permanence de certains traits physiques et de certains traits de caractère que les années écoulées ne semblent pas en mesure d'éroder et a contrario celle provoquée par la découverte de changements plus ou moins subtils, plus ou moins radicaux.
    L'une comme l'autre sont susceptibles de nous rassurer comme de nous perturber car elles questionnent les souvenirs, les certitudes.
    Le récit de vie d'Estelle Anlic devenue comédienne à succés sous le pseudonyme de Dawn Devayne ressemble à un parcours erratique dans un palais des glaces. Où se situe vraiment la personnalité de cette femme qu'avait épousée Ordo Tupikos ? Ce dernier ne l'avait d'ailleurs pas reconnue lorsqu'il avait vu ses films !
    Après avoir constaté non sans ironie et cynisme comment son entourage modifie sa façon de l'interpeller depuis qu'un magazine a révélé qu'il avait convolé en injustes noces avec Estelle/Dawn alors qu'elle était encore mineure, ce banal marin qui par contre n'a pas bougé d'un iota va chercher à comprendre comment Estelle a pu se métamorphoser à ce point.
    Au-delà de ses joues rondes qui ont fait place à des pommettes saillantes, il ne parvient pas à saisir ce qui a pu se passer pour qu'elle incarne à juste titre aujourd'hui pour des millions de spectateurs la quintessence de la sensualité et de la beauté. "Tout le monde a des fantasmes, mais ce n'est pas tout le monde qui jette sa personnalité réelle pour vivre dans le fantasme."
    Comme de si de rien n'était, il redevient son amant après seize ans d'absence, l'accompagne sur les tournages, s'installe de fait dans la luxueuse maison de la star puis soudain est finalement implicitement convié à quitter les lieux et sa vie.
    Pourquoi ? La réponse de Donald Westlake est à la fois simple et complexe. Comme l'évidence en somme.
    Autre titre de Donald Westlake

    Lien : http://muet-comme-un-carpe-diem.over-blog.com/article-20245828.html
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    Critique de qualité ? (5 votes positifs)
  • Par Ecarlate, le 15 septembre 2011

    Ecarlate
    Donal Westlake est essentiellement connu comme auteur de romans policiers, quel que soit le pseudonyme sous lequel il travaille. Avec Ordo, il nous présente bien une enquête mais qui n'a rien à voir avec le genre qu'il affectionne. le postulat de départ est simple : son personnage, un matelot de la marine, part à la rencontre d'une actrice d'Hollywood. Pourquoi ? Elle aurait été sa femme des années plus tôt, il veut en être sûr. Voilà, le talent de Westlake fait le reste : humour, légèreté, amertume, nostalgie. Il signe là un très beau livre sur les choix que l'on fait dans l'existence, l'impossibilité de revenir en arrière, sans parler des sentiments, ces choses impalpables qui créent des liens ou des haines inaltérables entre les humains. Il y a ceux qui connaissent plusieurs vies, ceux qui ne dévie pas leur trajet d'un pouce, mais qui change vraiment ? Plaisant et profond à la fois.
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    Critique de qualité ? (4 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par bouma, le 12 novembre 2010

    bouma
    Loin d'être un polar, ce roman est surtout introspectif, fait de questionnement. Comment peut-on changer au point de ne plus se connaître soi-même ? Comment peut-on vivre sans jamais parler de son passé ? en ayant occulter une partie de sa vie ? car au final Estelle Anlic et Dawne Devayne ne forme qu'une seule et même personne et on l'apprend très vite dans le récit. Point de suspens, ni d'enquête, juste la rencontre de deux personnages fort bien décrit...
    http://boumabib.over-blog.com/article-Ordo-de-donald-westlake-73051457.html
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Citations et extraits

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  • Par Malaura, le 16 avril 2012

    Los Angeles ressemble à un très vieux village d’Indiens Pueblos où des promoteurs auraient ajouté du néon.
    On dirait un endroit qui a presque eu un Age d’Or, il y a longtemps, mais il n’est rien arrivé et maintenant c’est trop tard.
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