> Armand Lanoux (Autre)

ISBN : 2253002852
Éditeur : Le Livre de Poche (1971)


Note moyenne : 4.01/5 (sur 510 notes) Ajouter à mes livres
Qu'est-ce qui nous fascine dans la vie « simple et tranquille » de Gervaise Macquart ? Pourquoi le destin de cette petite blanchisseuse montée de Provence à Paris nous touche-t-il tant aujourd'hui encore? Que nous disent les exclus du quartier de la Goutte-d'Or version ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par ahasverus, le 21 février 2012

    ahasverus
    C'est l'histoire en pente douce, mais sûre, de Gervaise. Coincée entre l'alcool et la violence des autres, elle ne demandait pas grand chose, la Banban, et pas fort en plus : travailler tranquille, manger toujours du pain, avoir un trou un peu propre pour dormir.
    Elle y parviendra, rue de la Goutte d'Or. Elle aura son heure de gloire, un grand repas, sa cène. Pas facile de savoir lequel dans cette assistance la trahira tant il y en a des hypocrites, et des sacrés ! Et elle reprendra, un peu poussée dans le dos, un peu résignée, sa descente jsuqu'aux genoux, jusqu'au cou, dans la fange.
    """Les hommes, souvent, se marient pour une nuit, la première, et puis les nuits se suivent, les jours s'allongent, toute la vie, et ils sont joliment embêtés...""".
    Elle a raison de penser ça, Gervaise : les hommes, c'est son fléau. Ils dépensent tout L'Argent, vomissent, manipulent, battent, poussent, tuent. Sous les ricanements et les revirements des femmes spectatrices et commères.
    Ah ! Les hommes, Mesdames ! Lantier, malhonnête depuis toujours ; Coupeau, qui l'a épousée "pendant une absence du Bon Dieu". Bien propre, bien gentil, qui boit pas, Coupeau. Mais "l''habitude use l'honnêteté comme autre chose" ; Bijard qui tue et Bazouge qui emballe...
    Au suivant !
    Pas grand monde pour racheter l'autre. Goujet, peut être...Et Lalie.
    C'est un livre noir : c'est du Zola. Avec des images si fortes que c'est le cinéma d'avant le cinéma. Avec des grands seconds rôles, des gueules, un cocu transparent qui fabrique des petites boites en bois pour ses amis. Avec un alambic, un alambic sans gaieté qui n'arrête jamais, qui "à la longue devait envahir la salle, se répandre sur les boulevards extérieurs, inonder le trou immense de Paris".
    C'était écrit. La machine tue l'homme partout.
    A lire absolument au risque d'avoir envie de lire Tous les autres avant la noyade générale.
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    • Livres 5.00/5
    Par nastasiabuergo, le 08 mars 2012

    nastasiabuergo
    Assommoir (n. m.) : livre percutant, machine à donner des coups de poing en pleine face au lecteur.
    Pourquoi ce septième roman des Rongon-Macquart a-t-il connu plus de succès que Tous ceux qui ont précédé et jouit-il d'une plus grande notoriété? A priori, il n'est pas fondamentalement différent des autres. La recette de Zola semble toujours un peu la même, le couple subissant une lente agonie et une spirale descendante a déjà été dépeint dans La Conquete de Plassans. Ici, c'est la cousine des Mouret, la célèbre Gervaise Macquart, devenue Coupeau qui est sur le gril. Zola nous embarque dans les arcanes du monde d'ouvriers et de petits commerçants de Paris, et comme dans les ouvrages précédents, la part faite à la description est grande. Vous découvrirez les lavoirs, les blanchisseries, l'atelier miteux du chaîniste de la Goutte d'Or, les toits de Paris couverts de zinc, la forge, qui ressemble à celle de Vulcain, les fleuristes, et même l'auteur nous emmène au Louvre, puis bien évidemment, dans l'antre fétide et maléfique des débits de boisson où les ouvriers viennent s'abîmer. Qu'est-ce qui est si différent des autres romans? Sur le fond, probablement rien, Zola continue de dérouler son œuvre sociale sur un nouveau pan de la société, en l'occurrence les classes ouvrières qu'il avait déjà un peu visité dans Le Ventre de Paris. Gervaise n'est pas si loin de réussir dans la blanchisserie comme sa sœur Lisa dans la charcuterie. Ici, selon moi, la grande différence provient du style qu'Émile Zola va employer et faire éclore. A force de s'accoquiner au phrasé et à l'argot le plu cru de l'époque (pour faire plus vrai), la prose de Zola s'est révélée, transfigurée par ce mélange de langue érudite et de langue fangeuse. J'en veux pour preuve l'évolution du style au sein même du livre où on y découvre au chapitre 10 un mélange de lyrisme des miasmes absolument nouveau, même pour Zola et d'une fluidité, d'une force absolument prodigieuse, qui deviendront la "marque de fabrique" de l'auteur, qui annonce le grand Céline, et qui a éclos ici, à l'écriture de L'assommoir. Ainsi, à baigner dans le jus de l'argot, la prose du naturaliste a acquis une dimension supplémentaire, Zola a fait évoluer son style pour coller à la violence, à la médisance et à l'indigence qu'il décrit. C'est, volontairement ou non, car on le sentait en germe dans les ouvrages précédents (il avait un peu raté le coche dans Le Ventre de Paris), mais jamais encore il n'avait pleinement épanoui une telle verdeur de style, une certaine révolution, qui fait qu'aujourd'hui Zola est Zola. Bref, on a le sentiment qu'à décrire la lente et inéluctable descente aux enfers de Gervaise dans la puanteur et le désespoir, l'auteur s'est trouvé lui-même et a franchi le seuil de son identité littéraire. Il y aura un "avant" et un "après" Assommoir. La scène du fouet chez le père Bijard au chapitre 10 est l'une des plus dures qu'on puisse imaginer, rappelant les pires déboires de Fantine et Cosette réunies dans Les Misérables.
    On sent Gervaise fragile psychologiquement, jamais très loin de s'en sortir, mais effectuant toujours le mauvais choix quand s'offre une alternative tant avec Lantier (admirable en sa qualité de "ver dans le fruit"), que Coupeau suite à sa chute, que Goujet qu'elle n'ose pas rejoindre alors que lui seul semblait pouvoir lui assurer un certain salut. Finalement, ce qui est touchant chez Gervaise (un peu comme chez Nana sa fille plus tard), c'est cette dénégation de la vie, cette abnégation à affronter la chute sans craindre la mort tellement l'existence a peu de prix pour elle. La scène d'apocalypse finale que subit Coupeau en proie au pire des delirium tremens est une sorte de synthèse, où tout le mal accumulé dans les chairs et dans l'esprit dans cette descente ressort en un torrent de douleurs et de démence indescriptibles. Ce roman est aussi le germe, l'éclosion de deux personnages important des romans à venir, en la personne de Nana dans le roman éponyme et d'Étienne dans Germinal.
    Enfin, comme les Halles dans Le Ventre de Paris et plus tard, la locomotive de La bête humaine, l'alambic de L'assommoir du père Colombe est élevé au rang de personnage effectif, démon maléfique et vénéneux au pouvoir quasi mystique digne des sortilèges de L'odyssée.
    Lisez et relisez ce premier (et pas dernier) grand coup de poing en pleine face que nous assène Émile Zola dans Les rougon-macquart.
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    • Livres 4.00/5
    Par Andrew, le 21 octobre 2010

    Andrew
    Le plus beau, le plus terrible, c'est qu'on y croit jusqu'au bout. "Allez Gervaise! " veut-on crier. On veut qu'elle s'en sorte, on veut qu'elle y arrive, elle le mérite tellement !
    Et puis c'est la dégringolade. Elle tombe. Et c'est fini.
    Probablement un des Zola les mieux construits si l'on prend en compte la mise en place progressive de l'action, le parfait équilibre entre des descriptions très pointues et des scènes d'action, de l'étude psychologie des personnages. On ressent de vrais sentiments pour toutes ces personnes, que ce soit de la sympathie ou du mépris, de l'irritation ou de la peine.
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    • Livres 4.00/5
    Par jsgandalf, le 04 mai 2012

    jsgandalf
    L'alcool. C'est le thème de « L'assommoir ». Zola veut démontrer par l'exemple les méfaits de la boisson. Dans ce roman incontournable, il crée un couple qui a tout pour lui et il démonte un par un les mécanismes qui mènent à l'alcoolisme. La dépendance les enverra au plus bas niveau social, vers la déchéance, vers la mort. Mais loin de la critique cette histoire mérite d'être lu pour son histoire, ses personnages et pour le français au style impeccable faisant feu de Tous les charmes de la langue et utilisant même des procédés de personnification des objets comme dans la célèbre description de l'alambic.
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    • Livres 4.00/5
    Par Sarah_DD, le 09 juin 2008

    Sarah_DD
    Ce roman m'a vraiment touchée. Comment le destin pourrait-il s'acharner ainsi sur une famille. Ce qui est terrible c'est de vivre la lente déchéance de Gervaise, alors qu'elle avait tant de courage. Jusqu'à un certain point on croit qu'elle pourra encore faire face, puis on sent qu'elle passe un point de non-retour et elle se laisse couler avec son mari. Très peu de lumière et encore moins d'espoir dans ce volume, c'est pour moi un des plus tristes.
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Citations et extraits

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  • Par BleuCobalt, le 15 février 2012

    Enfin, après avoir descendu la rue Croix-des-Petits-Champs, on arriva au Louvre.

    M. Madinier, poliment, demanda à prendre la tête du cortége.

    C’était très grand, on pouvait se perdre ; et lui, d’ailleurs, connaissait les beaux endroits, parce qu’il était souvent venu avec un artiste, un garçon bien intelligent, auquel une grande maison de cartonnage achetait des dessins, pour les mettre sur des boîtes. En bas, quand la noce se fut engagée dans le musée assyrien, elle eut un petit frisson. Fichtre ! il ne faisait pas chaud ; la salle aurait fait une fameuse cave. Et, lentement les couples avançaient, le menton levé, les paupières battantes, entre les colosses de pierre, les dieux de marbre noir muets dans leur raideur hiératique, les bêtes monstrueuses, moitié chattes et moitié femmes, avec des figures de mortes, le nez aminci, les lèvres gonflées. Ils trouvaient tout ça très vilain. On travaillait joliment mieux la pierre au jour d’aujourd’hui. Une inscription en caractères phéniciens les stupéfia. Ce n’était pas possible, personne n’avait jamais lu ce grimoire. Mais M. Madinier, déjà sur le premier palier avec madame Lorilleux, les appelait, criant sous les voûtes :

    — Venez donc. Ce n’est rien, ces machines… C’est au premier qu’il faut voir.

    La nudité sévère de l’escalier les rendit graves. Un huissier superbe, en gilet rouge, la livrée galonnée d’or, qui semblait les attendre sur le palier, redoubla leur émotion. Ce fut avec un grand respect, marchant le plus doucement possible, qu’ils entrèrent dans la galerie française.

    Alors, sans s’arrêter, les yeux emplis de l’or des cadres, ils suivirent l’enfilade des petits salons, regardant passer les images, trop nombreuses pour être bien vues. Il aurait fallu une heure devant chacune, si l’on avait voulu comprendre. Que de tableaux, sacredié ! ça ne finissait pas. Il devait y en avoir pour de l’argent. Puis, au bout, M. Madinier les arrêta brusquement devant le Radeau de la Méduse ; et il leur expliqua le sujet. Tous, saisis, immobiles, se taisaient.
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  • Par Couperine, le 09 mai 2010

    Gervaise avait attendu Lantier jusqu’à deux heures du matin. Puis, toute frissonnante d’être restée en camisole à l’air vif de la fenêtre, elle s’était assoupie, jetée en travers du lit, fiévreuse, les joues trempées de larmes. Depuis huit jours, au sortir du Veau à deux têtes, où ils mangeaient, il l’envoyait se coucher avec les enfants et ne reparaissait que tard dans la nuit, en racontant qu’il cherchait du travail. Ce soir-là, pendant qu’elle guettait son retour, elle croyait l’avoir vu entrer au bal du Grand-Balcon, dont les dix fenêtres flambantes éclairaient d’une nappe d’incendie la coulée noire des boulevards extérieurs ; et, derrière lui, elle avait aperçu la petite Adèle, une brunisseuse qui dînait à leur restaurant, marchant à cinq ou six pas, les mains ballantes, comme si elle venait de lui quitter le bras pour ne pas passer ensemble sous la clarté crue des globes de la porte.

    Quand Gervaise s’éveilla, vers cinq heures, raidie, les reins brisés, elle éclata en sanglots. Lantier n’était pas rentré. Pour la première fois, il découchait.
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  • Par libris, le 15 avril 2012

    Ecoute donc, rapporte-moi du dessert, moi j'aime les gâteaux....Et, si ton monsieur est bien nippé, demande-lui un vieux paletot, j'en ferrai mon beurre!! lui dit Copeau.
    -Gervaise, poursuivit par ce bagou infernal marchait vite puis, elle se trouva seule au milieu de la foule, elle ralentit le pas. Elle était bien résolue. Entre voler et faire ça , elle aimait faire ça, parce qu'au moins, elle ne causerait du tort à personne. Elle n'allait disposer que de son bien, sans doute ce n'était guère propre; mais le propre et le pas propre se brouillaient dans sa caboche, à cette heure; quand on crève de faim, on ne cause pas tant philosophie, on mange le pain qui se présente.
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  • Par letteratura, le 21 avril 2011

    Il l'avait empoignée, il ne la lâchait pas. Elle s'abandonnait, étourdie par le léger vertige qui lui venait du tas de linge, sans dégoût pour l'haleine vineuse de Coupeau. Et le gros baiser qu'ils échangèrent à pleine bouche, au milieu des saletés du métier, était comme une première chute, dans le lent avachissement de leur vie
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  • Par nastasiabuergo, le 10 mars 2012

    Sur le mur, le mot : Maréchalerie, était écrit en grandes lettres, encadré d’un éventail de fers à cheval. Toute la journée, les marteaux sonnaient sur l’enclume, des incendies d’étincelles éclairaient l’ombre blafarde de la cour. Et, au bas de ce mur, au fond d’un trou, grand comme une armoire, entre une marchande de ferraille et une marchande de pommes de terre frites, il y avait un horloger, un monsieur en redingote, l’air propre, qui fouillait continuellement des montres avec des outils mignons, devant un établi où des choses délicates dormaient sous des verres ; tandis que derrière lui, les balanciers de deux ou trois douzaines de coucous tout petits battaient à la fois, dans la misère noire de la rue et le vacarme cadencé de la maréchalerie.
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