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Citations de Jean-Christophe Rufin (2088)


fanfanouche24   27 mai 2014
Le collier rouge de Jean-Christophe Rufin
Voilà ce qu'avaient produit quatre ans de guerre: des hommes qui n'avaient plus peur, qui avaient survécu à tellement d'horreurs que rien ni personne ne leur ferait baisser les yeux. (p.32)
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Gwen21   19 juin 2013
Rouge Brésil de Jean-Christophe Rufin
- Ainsi, s'écria Colombe, c'est vous qui avez découvert le Brésil !
- Cela n'a rigoureusement aucune importance. Il faut toute la prétention des Européens pour croire que ce continent attendait leur venue pour exister.
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Lorraine47   29 août 2013
Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi de Jean-Christophe Rufin
Le chemin est une alchimie du temps sur l'âme.
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Harioutz   21 juin 2020
Les trois femmes du consul de Jean-Christophe Rufin
La Résidence dos Camaroes était une ancienne maison de maître agrandie par le haut et sur les côtés. Béliot l'avait transformée lui-même. Dans son premier métier de conducteur de travaux publics, il avait réalisé bien des ouvrages : ponts, aéroports, immeubles.
De nombreux bâtiments officiels, de la capitale mozambicaine et de beaucoup d'autres villes sur tout le continent africain, étaient son œuvre. Aucun édifice cependant ne l'avait rendu aussi fier que cette propriété personnelle. Il l'avait achetée pour presque rien juste après la décolonisation du Mozambique, en 1975. C’était la demeure d'un colon portugais peu fortuné qui avait pris la fuite. Elle valait surtout par son grand jardin tropical planté d'arbres indigènes, manguiers et palmiers, auxquels se mêlaient des essences importées du Brésil, comme des jacarandas et des pitomberas.
…/…
La maison c'était agrandie au fil du temps jusqu’à ce que, finalement, Béliot la transforme en hôtel. Il avait cependant pris soin de ne pas toucher à la terrasse couverte où il se tenait, face à la piscine. Ce coin d'ombre entre des colonnes carrées n'avait pas changé depuis l'époque du petit pavillon colonial. On y voyait toujours les mêmes coussins en toile d'un orange démodé, la même cage en métal pour le mainate, les mêmes pots suspendus, chargés de plantes tropicales qui sentaient l'éponge moisie. Seules les serveuses alanguies étaient remplacées régulièrement, afin qu’elles conservent leur fraîcheur relative.
Ce qui avait été construit sur ce terrain, l'hôtel, le restaurant avec ses tables égaillées autour de la piscine, l’aile des bureaux où étaient installées la réception et la comptabilité, ne semblait pas appartenir au même monde que la résidence primitive.

En somme, Béliot était toujours chez lui. Il ne faisait que tolérer, pour autant que son humeur le lui permit, la présence indiscrète des clients et du personnel.
Dans un premier temps, ceux qui avaient l'imprudence de descendre dans cet établissement appréciaient de se sentir chez quelqu'un. Pendant un séjour lointain ou au début d'une pénible expatriation, c'est un sentiment bien agréable pour le voyageur de retrouver l'intimité d'une maison privée. Mais très vite, ce confort virait au cauchemar.
Il y avait d'abord les réveils de Béliot, en milieu de matinée. Il sortait de sa chambre, située au rez-de-chaussée derrière la terrasse, vêtu la plupart du temps d'un maillot de corps trop large qui découvrait ses bras décharnés.
Autour de son ventre, une énorme ceinture herniaire s'efforçait de contenir plusieurs éventrations.
Ses jambes grêles, boursouflées de varices, s'offraient à la vue des clients qui terminaient leur petit-déjeuner dans l'ombre des parasols, entourés des vives couleurs des fleurs d’hibiscus et des tamaris.
En allant s'asseoir sur son éternel fauteuil face à la piscine pour prendre un premier verre, Béliot les gratifiait même, à travers son caleçon trop large, de vues indiscrètes sur sa pendante intimité.
Ce spectacle éveillait chez les résidents une gêne qui se muait assez vite en dégoût.

Ensuite, quand retentissaient les premiers éclats de voix, les premières insultes adressées par Béliot aux femmes de service, les intrus prenaient la fuite.
Un tel traitement infligé aux pensionnaires avait fini par remonter aux oreilles des rédacteurs de guides touristiques. Le principal d'entre eux vantait l’établissement de Béliot pour la beauté de son jardin et la qualité de ses chambres.
Mais un commentaire très sévère, fondé sur un résumé assez juste du caractère du patron, dissuadait les voyageurs de s'y arrêter.
L’hôtel était donc la plupart du temps vide.
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le_Bison   30 août 2013
Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi de Jean-Christophe Rufin
Avec un entrainement physique minimum, il est assez facile d'affronter les journées du pèlerin. Les nuits, c'est autre chose. Tout dépend de l'aptitude que l'on a à dormir n'importe où et avec n'importe qui. Il y a beaucoup d'injustice, en cette matière : certaines personnes, à peine la tête sur l'oreiller, s'endorment profondément et un train qui passe à proximité ne les réveille pas. D'autres, dont je fais partie, sont habitués aux interminables heures passées à plat dos, les yeux grands ouverts, les jambes agitées d'impatiences. Et quand, au terme de ces longues attentes, ils finissent par s'assoupir, une porte qui grince, une conversation chuchotée, un simple frôlement suffisent à les réveiller.
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Gwen21   22 juin 2013
Rouge Brésil de Jean-Christophe Rufin
L'espoir est omnivore : qu'on lui refuse la nourriture qu'il attend et il se contentera d'une autre, pourvu qu'elle l'aide à survivre.
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araucaria   30 décembre 2012
Sept histoires qui reviennent de loin de Jean-Christophe Rufin
Nous ne sommes plus des jouvenceaux. Je peux même dire que nous vieillissons. La tendresse entre nous prend une tonalité presque douloureuse mais plus belle encore que pendant notre jeunesse. Ce que nous partageons n'est plus seulement la santé, la beauté et la force mais aussi les inconvénients de l'âge, l'angoisse du temps qui vient et les souvenirs, bons ou mauvais, qui ont fait notre vie.
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fanfanouche24   12 juin 2014
Le collier rouge de Jean-Christophe Rufin
Lantier observa la manière qu'avait ce vieux cabot de froncer les sourcils en inclinant légèrement la tête, d'ouvrir grand les yeux pour exprimer son contentement ou de les plisser en prenant l'air sournois pour interroger l'être humain auquel il avait affaire sur ses intentions et ses désirs. Ces mimiques, jointes à de petits mouvements expressifs du cou, lui permettaient de couvrir toute la palette des sentiments. Il montrait les siens mais, surtout, il répondait à ceux des autres. (p.64)
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fanfanouche24   25 mai 2014
Le collier rouge de Jean-Christophe Rufin
Le juge avait une longue habitude de ces présentations. Il égrenait les données d'état civil avec une expression navrée. Les différences de date et de lieu qui définissaient chaque individu étaient fondamentales: c'était à elles que chacun devait être ce qu'il était. Et, en même temps, elles étaient si dérisoires, ces différences, si minuscules, qu'elles révélaient, mieux qu'un matricule, à quel point les hommes se distinguent par peu de chose. (p.18)
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Lorraine47   02 septembre 2014
Le grand Coeur de Jean-Christophe Rufin
Quiconque n'a pas vécu l'épreuve de la disgrâce, du dénuement et de l'accusation ne peut prétendre connaître véritablement la vie.
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araucaria   18 décembre 2014
Le collier rouge de Jean-Christophe Rufin
- Salonique, reprit-il sans lever les yeux de son ouvrage, c'était un drôle d'endroit.
Il avait formé une cigarette dodue et il la pétrissait entre ses doigts noircis par les travaux manuels.
- Je n'ai jamais vu autant de gens différents. Des Français, des Anglais, des Italiens, des Grecs, des Serbes, des Sénégalais, des Annamites, des Arméniens, des Albanais, des Turcs.
- Mais c'était un général français qui commandait le corps expéditionnaire, non?
- Qui commandait! Il commandait quoi? Je vous le demande. Personne ne parlait la même langue. Personne ne savait ce qu'il devait faire ni où il devait aller.
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Gwen21   07 juin 2013
Rouge Brésil de Jean-Christophe Rufin
[Il] se jura une fois de plus de ne jamais la quitter, fût-ce dans la mort. C'est un âge [l'adolescence] où l'on fait facilement ce serment mais il semblait à Just que personne avant lui ne l'avait prononcé si gravement, ni n'était pareillement résolu à l'exécuter.
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le_Bison   05 décembre 2016
Le collier rouge de Jean-Christophe Rufin
Pendant ma permission, j'ai beaucoup lu. La guerre m'avait changé. Je n'imaginais pas que tout cela pouvait exister. Les obus, les peuples en uniforme, les combats où, en quelques minutes, des milliers de morts se retrouvent allongés en plein soleil. J'étais un petit paysan, vous comprenez ? Je ne savais rien. Même si je m'étais mis à lire avant la guerre, c'était des livres sans importance. Quand je suis revenu en permission, c'était autre chose : il fallait que je trouve des réponses. Je voulais voir ce que d'autres avaient pu comprendre de la guerre, de la société, de l'armée, du pouvoir, de l'argent, de toutes ces choses que je découvrais.
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Harioutz   02 avril 2020
Les énigmes d'Aurel le Consul, I : Le suspendu de Conakry: Les énigmes d'Aurel le Consul de Jean-Christophe Rufin
Décidément, rien n'était clair dans cet assassinat. C'est ce qui le rendait passionnant.
Aurel n'aimait pas les événements simples. Il lui plaisait de penser que les choses sont toujours plus compliquées qu'elles ne le paraissent. Il imaginait volontiers des complots derrière les faits d'actualité et la plupart du temps, ses hypothèses étaient un peu échevelées.
Cette fois, pour son plus grand bonheur, il avait la conviction d'être vraiment devant un mystère. La gymnastique mentale à laquelle il se livrait d'habitude à vide, il allait enfin pouvoir l'utiliser à bon escient.
Il regarda Mayères sur l'écran et leva son verre.
- On trouver les salauds qui t'ont fait ça !
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Harioutz   01 avril 2020
Les énigmes d'Aurel le Consul, I : Le suspendu de Conakry: Les énigmes d'Aurel le Consul de Jean-Christophe Rufin
Aurel, par sa culture, croyait à la présence des morts.
Dans la campagne roumaine où il était né, les défunts étaient là, attentifs, protecteurs ou malfaisants. La plupart des rites paysans visaient à les neutraliser, à les apprivoiser, à les conjurer.
Dans la famille, du côté de sa mère, on n'avait que mépris pour ces pratiques magiques. Mais dans la branche paternelle, à la fois valaque et magyar, on ne plaisantait pas avec ces choses.
Aussi Aurel était-il persuadé qu'après avoir regardé Mayères en photo ces derniers jours, c'était le défunt qui, aujourd'hui, l'avait regardé.
Il avait eu pour lui un pâle sourire figé dans la mort pendant les courts instants où le garçon de salle avait soulevé le drap bleu qui couvrait le corps.
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fanfanouche24   14 juin 2014
Le collier rouge de Jean-Christophe Rufin
Il n'avait pas l'air d'un paysan, voilà. Il y a des êtres, comme ça, qui vivent hors de leur classe. C'est assez rassurant, vous ne trouvez pas ? On m'a beaucoup parlé de la lutte des classes. Toute mon enfance, mon père ne me parlait que de ça. J'ai accepté cette idée. C'est la réalité; on ne peut pas la refuser. mais quand il est mort et que je me suis retrouvée ici, à la campagne, je me suis dit que ce n'était pas suffisant. Il y a les êtres, aussi. Leur histoire peut les faire changer de classe, comme moi, par exemple. et puis, il y a ceux qui semblent vivre en dehors de tout cela, par eux-mêmes, en quelque sorte. (p.124-125)
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Aela   16 avril 2015
Check-point de Jean-Christophe Rufin
- Pomotch! annonça placidement Lionel.
C'était le mot magique, l'un des seuls qu'on leur ait fait apprendre pendant les deux journées de préparation au départ que l'association avait organisées à Lyon. Il signifiait "aide' et constituait l'expression la plus simple et la plus facilement compréhensible pour dire qu'ils étaient des humanitaires.
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le_Bison   07 octobre 2013
Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi de Jean-Christophe Rufin
Et là, dans ces splendeurs, le Chemin m’a confié son secret. Il m’a glissé sa vérité qui est tout aussi devenue la mienne. Compostelle n’est pas un pèlerinage chrétien mais bien plus, ou bien moins selon la manière dont on accueille cette révélation. Il n’appartient en propre à aucun culte et, à vrai dire, on peut y mettre tout ce que l’on souhaite. S’il devait être proche d’une religion, ce serait la moins religieuse d’entre elles, celle qui ne dit rien de Dieu mais permet à l’être humain d’en approcher l’existence : Compostelle est un pèlerinage bouddhiste. Il délivre des tourments de la pensée et du désir, il efface la rigide enveloppe qui entoure les choses et les sépare de notre conscience ; il met le moi en résonance avec la nature.
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Lorraine47   21 septembre 2013
Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi de Jean-Christophe Rufin
La vertu du grand air et des vieilles pierres est de faire oublier instantanément que peuvent exister des lieux de clôture, de laideur et d'asphyxie.
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Lorraine47   12 septembre 2013
Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi de Jean-Christophe Rufin
Comme dans ces stages linguistiques où l'on n'apprend pas la langue du pays si l'on est accompagné de compatriotes, il me semblait impossible de s'acclimater vraiment au pèlerinage si on ne vivait pas jusqu'à l'extrême le silence, la rumination, l'abandon à la crasse auquel nul voisinage familier n'impose de borne.
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