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ISBN : 2072743133
Éditeur : Gallimard (28/03/2019)

Note moyenne : 3.56/5 (sur 194 notes)
Résumé :
"Sept fois ils se sont dit oui. Dans des consulats obscurs, des mairies de quartier, des grandes cathédrales ou des chapelles du bout du monde. Tantôt pieds nus, tantôt en grand équipage. Il leur est même arrivé d'oublier les alliances. Sept fois, ils se sont engagés. Et six fois, l'éloignement, la séparation, le divorce... Edgar et Ludmilla... Le mariage sans fin d'un aventurier charmeur, un brin escroc, et d'une exilée un peu "perchée", devenue une sublime cantatr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (59) Voir plus Ajouter une critique
jeunejane
  26 août 2019
Edgar effectue un voyage en URSS avec des amis. Il prend des photos en vue de présenter un reportage à Paris match.
Pendant leur périple, ils rencontrent , dans un village, une jeune fille nue dans un arbre. Elle subit la risée des gens et elle est finalement recouverte d'un sac de jute. Et voilà Ludmilla et Edgar se regardent, se sourient. Edgar viendra la rechercher et ils se marieront.
Ils vivent à Paris. Ludmilla apprend son métier de diva en chantant avec des religieuses. Edgar construit une fortune sommaire en vendant des livres de collection.
C'est le début de bon nombre d'aventures car ces deux amoureux se marieront sept fois et divorceront 6 fois : logique!
J'ai admiré la calme dans lequel se déroulaient les divorces qui n'étaient en fait décidés que pour établir une certaine liberté, une certaine distance entre les deux amoureux. J'ai trouvé Ludmilla plus amoureuse qu'Edgar et surtout très détachée matériellement. J'ai éprouvé beaucoup de sympathie pour elle.
Le narrateur se fait passer pour le mari de leur fille Ingrid et celui qui a recueilli les confidences d'Edgar et Ludmilla. Ne croyons pas trop l'auteur, j'ai préféré croire à la richesse de son imagination.
Lors de l'émission de "La grande librairie", il a avoué s'être marié trois fois avec la même femme et de ces évènements est partie l'idée de concevoir ce roman magnifiquement écrit avec une imagination, une écriture et un style merveilleux.
Il faut dire que je n'avais jamais lu l'auteur. C'est une découverte pour moi.
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hcdahlem
  07 mai 2019
Le mariage est une vie dans la vie*
En imaginant le couple formé par Edgar et Ludmilla, Jean-Christophe Rufin nous offre d'une traversée des années soixante à nos jours, doublée d'une réflexion sur la vie de couple. Une joyeuse épopée, un opéra tragi-comique, un vrai régal!
Voilà sans doute l'un des meilleurs romans de l'année! S'agissant de l'oeuvre du président du jury du Prix Orange du Livre 2019 – dont j'ai la chance de faire partie pour cette édition – je vois déjà les sourires de connivence et les soupçons de favoritisme au coin des lèvres des «incorruptibles». du coup, je me dois de mettre les choses au point d'emblée. Je n'ai fait la connaissance de Jean-Christophe Rufin que lors de notre rencontre – éphémère – en mars dernier et c'est par curiosité que j'ai lu ce roman, sans pression d'aucune sorte. J'avoue toutefois que j'aurais été peiné qu'il ne me plaise pas, tant l'homme m'a paru sympathique et bien loin des préciosités auxquelles on entend quelquefois résumer les académiciens.
Sympathique, à l'image d'Edgar, sorte de prolongement romanesque de l'auteur qui s'est essayé lui aussi aux remariages avec la même femme. Une expérience qu'il a pu mettre à profit en imaginant cette extravagante traversée du siècle et en y joignant une bonne dose de romanesque.
Je me prends même à l'imaginer suivant les préceptes oulipiens en s'imposant la contrainte des sept mariages, histoire de pimenter une histoire qui ne manque pas de sel. le défi – parfaitement relevé – consistant alors à trouver une logique à cette succession d'épousailles et de divorces.
Comme le tout s'accompagne d'une bonne dose de dérision, voire d'autodérision, on se régale, et ce dès cet avertissement introductif: «Avant de commencer ce périple, je voudrais vous adresser une discrète mise en garde: ne prenez pas tout cela trop au sérieux. Dans le récit de moments qui ont pu être tragiques comme dans l'évocation d'une gloire et d'un luxe qui pourront paraître écrasants, il ne faut jamais oublier que Ludmilla et Edgar se sont d'abord beaucoup amusés. Si je devais tirer une conclusion de leur vie, et il est singulier de le faire avant de la raconter, je dirais que malgré les chutes et les épreuves, indépendamment des succès et de la gloire éphémère, ce fut d'abord, et peut-être seulement, un voyage enchanté dans leur siècle. Il faut voir leur existence comme une sorte de parcours mozartien, aussi peu sérieux qu'on peut l'être quand on est convaincu que la vie est une tragédie. Et qu'il faut la jouer en riant.»
Après un débat sans fin, l'idée est émise d'aller voir en URSS comment on vit de l'autre côté du rideau de fer. Paul et Nicole, Edgar et Soizic prennent un matin le volant de leur superbe Marly pour une expédition qui leur réservera bien des surprises, à commencer par cette femme nue réfugiée dans un arbre dans un village d'Ukraine et dont Edgar va tomber éperdument amoureux. le mariage étant la seule solution pour qu'elle puisse l'accompagner en France, une première union est scellée. Mais Edgar se rend vite compte qu'en vendant des livres en porte à porte, il ne peut offrir à son épouse la belle vie dont il rêve et préfère lui rendre sa liberté. Un divorce par amour en quelque sorte.
Et une preuve supplémentaire que les crises peuvent être salutaires parce qu'elles contraignent à agir pour s'en sortir. Edgar se lance dans la vente de livres anciens et s'enrichit en suivant les vente aux enchères pour le compte de bibliophiles, Ludmilla suit des cours de chant.
Il suit sa voie, elle suit sa voix. Ils finissent par se retrouver, par se remarier. Pour de bon, du moins le croient-ils. Mais alors que Ludmilla commence une carrière qui en fera une cantatrice renommée, les ennuis s'accumulent pour Edgar, accusé de malversations et qui ne veut pas entraîner Ludmilla dans sa chute. Un second divorce devrait la préserver…
Rassurez-vous, je m'arrête là pour vous laisser le plaisir de découvrir les épisodes suivants qui vont faire d'Edgar une sorte de Bernard Tapie, qui après avoir monté une chaîne d'hôtels aux activités très rentables s'est lancé dans le BTP, a monté une équipe cycliste avant de se lancer sur le terrain du luxe et des médias et de Ludmilla une diva, notamment après avoir été consacrée à Hollywood. Dans ce tourbillon, ils vont se retrouver comme des aimants, tantôt attirés et tantôt repoussés.
Dans la position du témoin, de l'enquêteur qui entend en savoir davantage sur les raisons qui ont motivé mariages et divorces, le narrateur s'amuse et nous fait partager cette extraordinaire traversée du siècle. Jean-Christophe Rufin est indéniablement au meilleur de sa forme!
*Honoré de Balzac, Physiologie du mariage (1829).

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Cannetille
  09 avril 2019
1958. Edgar est un jeune Français séducteur à la moralité un brin élastique, Ludmilla une jeune femme au tempérament de feu qui ne rêve que de quitter son village d'Ukraine. Leur rencontre improbable lors d'un reportage d'Edgar dans ce pays fermé où les rares visites de capitalistes étrangers sont encadrées de près par les autorités, va mettre fin à "une vie qu'ils ne vivraient jamais plus : celle pendant laquelle ils ne s'étaient pas connus." Elle va sonner l'heure d'un mariage des contraires et de deux mondes opposés.

C'est le gendre d'Edgar et Ludmilla qui nous relate l'histoire de ces deux enfants terribles, par le jeu de deux récits enchâssés qui permet à l'auteur, par le biais du narrateur, d‘éclairer et de commenter un récit aux sonorités autobiographiques et très librement inspiré de la vie de Bernard Tapie et de Maria Callas. Se déroulant sur toute la seconde moitié du 20e siècle, le cheminement des deux protagonistes épouse celui de leur époque : démarrant de rien après-guerre, ils connaîtront une carrière brillante et médiatisée pendant les Trente Glorieuses, avant de subir de multiples crises et une profonde remise en cause. Chaque étape de leur vie est une nouvelle épreuve pour leur amour. Pourtant chaque cahot et chaque divorce ne feront que renforcer une union dont ils finiront par comprendre l'indéfectibilité.

Dans toutes les traditions spirituelles, le chiffre sept est sacré. Il symbolise l'achèvement et la totalité, la perfection d'un cycle complet, le pouvoir de la transformation, le temps du pèlerinage terrestre de l ‘homme, l'union des contraires et la résolution du dualisme. Pour Edgar et Ludmilla, c'est aussi le symbole de la maturation, de la prise de conscience de la survie de leur amour à tous ce qui se met en travers de sa route. "Il nous semble aujourd'hui que le mariage est quelque chose de trop sérieux pour le confier à des jeunes gens. Ce devrait être un aboutissement, vous ne croyez pas ? Un but à atteindre, l'idéal. Pour y parvenir, il faudrait toutes les ressources de la maturité, toutes les leçons de l'expérience et le temps surtout, le temps pour rencontrer la bonne personne et la reconnaître…"

Au fond, Edgar et Ludmilla sont depuis toujours viscéralement attachés l'un à l'autre. Mais le manque de communication, le conditionnement de leur éducation, leur orgueil et leurs blessures sont autant de perturbateurs qui viennent brouiller la conscience qu'ils en ont. Leur histoire est un plaidoyer pour la patience et le non-renoncement : l'amour se construit, il perdure au-delà des frustrations et des chemins personnels qui parfois divergent. Notre société de consommation et d'immédiateté a trop vite fait de jeter le bébé avec l'eau du bain. le divorce ne règle pas tout, l'amour est bien trop complexe pour se résumer au choix binaire entre « je t'aime » et « je ne t'aime plus.»

Au fil du tourbillon effréné de ce fulgurant conte d'amour-passion, une émotion prend peu à peu forme pour finir par occuper tout l'espace, mélange de sincérité et d'humilité, de tendresse et d'humanité. Un livre plus intimiste et tout aussi réussi que les précédents de cet auteur.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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traversay
  21 avril 2019
Dans la "vraie" vie, Jean-Christophe Rufin s'est marié trois fois avec la même femme (ce qui fait deux divorces ensemble, non ?). Plutôt que d'aborder sa vie sentimentale de façon directe, en bon écrivain, il en a fait un roman dont le titre, Les sept mariages d'Edgar et Ludmilla, saborde d'emblée tout suspense mais pas la curiosité du lecteur, bien évidemment. Pour arriver à ce nombre improbable, Rufin multiplie les péripéties et les accidents de couple mais il faut bien avouer qu'il a bien du mal à nous faire croire à cette alternance de mariages et de divorces entre deux mêmes protagonistes. Ne reste plus à l'auteur qu'à se réfugier derrière le prétexte du conte pour cette histoire qui se veut aussi une traversée d'un demi-siècle jusqu'à nos jours. Honnêtement, il y a de quoi rester perplexe malgré tout le talent de narrateur de Rufin qui nous balade en URSS en guise d'ouverture avant de s'attarder sur les carrières de ses deux personnages principaux, dans les affaires pour Edgar, sur les scènes d'opéra, pour Ludmilla. Oui, ils seront riches et célèbres, chacun de leur côté, mais croyez-vous qu'ils seront heureux pour autant ? Suivra la chute, inexorable, mais n'en disons pas plus. Malgré des aspects attendus et parfois artificiels, le récit se laisse lire rapidement mais sans passion. A vrai dire, il laisse une impression mitigée : d'un côté, Rufin y a mis de choses très personnelles ; de l'autre, on est un peu gêné aux entournures par son intrigue un tantinet fabriquée et conventionnelle et trop ouvertement "bigger than life".
Lien : https://cin-phile-m-----tait..
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umezzu
  23 mai 2019
Rufin créé pour ce nouveau roman un couple improbable : un jeune français, Edgar, qui d'un seul regard dans les années soixante tombe amoureux d'une jeune ukrainienne, Ludmilla, lors d'un voyage-reportage dans le bloc communiste.
Désargenté, essayant de percer à Paris après une enfance difficile, Edgar réussi néanmoins à repartir en URSS, à retrouver sa belle, à l'épouser et à revenir en France avec elle. Toute l'énergie dépensée pour réussir à accomplir ce projet le laisse sans dynamisme une fois le couple installé à Paris. le début d'une vie à deux, puis menée chacun de leur côté, lui dans les affaires, elle chanteuse d'opéra. A chaque étape de leur vie, ils se croisent et se recroisent, s'attirent toujours, se remarient, puis divorcent.
L'auteur mélange ici un peu de lui – première épouse était d'origine russe, il s'est marié à trois reprises à sa deuxième épouse Azeb -, et beaucoup de l'histoire de la deuxième moitié du vingtième siècle.
Son Edgar, ambitieux, décidé à percer, qu'importe la morale, tient du Xavier Niel et du Bernard Tapie. A partir d'une première affaire pas trop propre, il enchaîne les succès financiers avec le soutien massif d'une banque.
Sa Ludmilla se découvre une voix, la travaille avec le concours de plusieurs professeurs ou formateurs et perce dans le monde de l'opéra. On pense à la Callas et à d'autres divas, adulées par leurs fans et poursuivies par les paparazzi.
Si Rufin réussit l'arrière-plan historique de son roman, il est moins convaincant sur les motifs qui attirent Edgar et Ludmilla, les font passer sur les infidélités de l'un ou de l'autre, revenir sans cesse, et aussi s'éloigner, parfois jusqu'à l'autre bout du monde.
Dans ce récit d'amour et de chamailleries, les personnages finissent par devenir tellement hors norme, que seule leur fille semble arrimée à la réalité.
Cette profusion d'excès finit par devenir un peu lassante. le récit n'emporte plus trop. Les pages se font plus longues, Rufin en fait trop, on l'a connu plus inspiré. Une demie déception donc.
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critiques presse (7)
LaLibreBelgique   05 juin 2019
Si le couple des autres a, pour ceux qui l’observent, une part de mystère, le couple à mariages répétés entre mêmes partenaires est souvent une énigme. C’est pourtant de ce couple étrange, mais qui ne lui est pas tout à fait étranger, que parle Jean-Christophe Rufin dans son dernier livre.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeJournaldeQuebec   20 mai 2019
De vraies montagnes russes émotionnelles qui nous seront racontées par quelqu’un qui les a bien connus et qui, de ce fait, pourra aussi s’étendre sur l’étonnante carrière que chacun aura de son côté. Un très divertissant roman.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LaLibreBelgique   25 avril 2019
Jean-Christophe Rufin chante la durée de l’amour au-delà des aléas de la vie et des fractures du parcours.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeFigaro   25 avril 2019
L’écrivain couvert de prix s’amuse avec l’histoire tragique et joyeuse d’un couple hors du commun.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Liberation   23 avril 2019
Le titre lui-même a le charme de ceux des contes de l’enfance qui « spoilent » un peu le sujet. Mais la saga promise séduit. L’auteur s’est manifestement amusé à jouer le joyeux conteur, à choyer ses personnages lunatiques et à aiguiser ses fins de chapitres à rebond.
Lire la critique sur le site : Liberation
LeSoir   15 avril 2019
Roman romanesque en diable, Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla nous entraîne dans le tourbillon de la vie.
Lire la critique sur le site : LeSoir
LaCroix   29 mars 2019
Un jeune Français parcourt l’URSS des années 1950, tombe amoureux d’une Ukrainienne, l’entraînant dans un tourbillon d’amour-passion.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations et extraits (77) Voir plus Ajouter une citation
hcdahlemhcdahlem   07 mai 2019
INCIPIT
Ils étaient quatre, deux filles et deux garçons, à rouler dans une Marly couleur crème et rouge pour relier Paris à Moscou. Cette voiture était en 1958 l’image même de la modernité. Elle rompait avec le vieux modèle de la « Traction » Citroën et entendait rivaliser avec les américaines. Simca, le constructeur, l’avait offerte pour cette expédition, séduit par l’idée de faire admirer sa production dernier cri aux foules soviétiques.
Je ne sais pas si vous avez déjà vu une Marly? Pour les besoins de ce récit, je suis allé admirer le modèle de la collection Schlumpf, à Mulhouse. C’est une espèce de grosse baignoire de tôle, au ras du bitume, tout en longueur et en chromes, pas le véhicule idéal pour affronter de mauvaises routes. Or, en cette fin du mois d’avril, dans une Europe de l’Est à peine remise de la guerre et occupée par les Russes, les ornières creusées par les camions et les chars étaient profondes. Le gel formait de véritables rails dans la boue et la Marly avait souvent bien du mal à s’en extraire.
Qui parmi les quatre voyageurs avait pris l’initiative de cette expédition ? Paul, vingt-trois ans, le plus âgé du groupe, revendiquait volontiers la paternité du voyage. Mais il y mettait plus ou moins de force en fonction des circonstances. Lorsque tout allait mal, qu’ils étaient obligés de pousser la voiture, de marcher des heures pour trouver le carburant qui les dépannerait ou lorsque les averses détrempaient leur campement et les faisaient patauger dans des flaques glacées dès le réveil, Paul ne semblait plus trop pressé de prendre à son compte un tel calvaire. Mais dès que le soleil revenait, faisait verdir les champs, dès que des portions asphaltées permettaient de rouler à vive allure, les fenêtres ouvertes, en chantant tous les quatre, il recommençait à se vanter d’avoir conçu ce projet fou.
En vérité, c’était plutôt à Nicole, sa compagne, que revenait le mérite – ou l’imprudence – de cette aventure. Fille d’un ouvrier typographe de Rouen, elle avait été élevée dans le culte de l’URSS. Son père parlait avec tendresse de la « Patrie des Travailleurs » et il avait pleuré, cinq ans plus tôt, la mort de Staline. À Paris où elle était venue suivre des études de médecine, Nicole mettait un point d’honneur à défendre les idées de sa famille, malgré les sarcasmes des jeunes bourgeois qu’elle côtoyait. Elle était l’amie de Paul depuis un an. Otage de l’amour, ce fils de notaire parisien, étudiant en droit et destiné à succéder un jour à son père, était tout sauf un révolutionnaire. Il subissait sans protester les plaidoyers communistes de sa compagne. Il avait compris qu’elle vivait un douloureux dilemme : plus elle s’éloignait de son milieu, plus elle avait besoin d’en défendre les valeurs. Parfois cependant, en entendant son amie lui décrire les charmes de la Révolution bolchevique, il ne pouvait s’empêcher d’exprimer des doutes. Nicole protestait. La discussion devenait violente et sans issue car personne ne voulait renoncer à ses certitudes. Un beau jour, Nicole proposa de trancher ce débat: «Et si on allait voir sur place, en URSS, ce qu’il en est?»
Lancée d’abord comme un défi, l’idée d’un voyage en Union soviétique avait occupé toute l’activité de Paul et de Nicole ces derniers mois. Il leur avait fallu avant tout régler l’épineuse question des visas. Le pays était en pleine déstalinisation. Sous la direction de Khrouchtchev, il s’engageait dans une confrontation planétaire avec les États-Unis. Montrer que le socialisme pouvait apporter le bien-être aux masses, ce qui, à l’époque, voulait dire leur fournir une machine à laver, une voiture et un téléviseur, faisait partie de la stratégie de communication du nouveau pouvoir. Des journalistes occidentaux étaient invités à témoigner ; ils étaient strictement encadrés et conduits dans des villes, pour y voir ce qu’on avait décidé de leur présenter. Quel que fût leur talent, ces professionnels restaient suspects aux yeux des opinions occidentales. Faire témoigner des jeunes, leur laisser traverser le pays, pouvait constituer un extraordinaire coup de pub pour le régime communiste. À condition, bien sûr, que les jeunes en question offrent des garanties et viennent dans un esprit « constructif ». Paul et Nicole constituaient, chacun à sa manière, des profils rassurants pour les autorités soviétiques. Le général de Gaulle, en cette année 1958, revenait au pouvoir. Son scepticisme à l’égard de l’Alliance atlantique était apprécié à Moscou. Par un oncle du côté maternel qui était député gaulliste, Paul se fit recommander auprès de l’ambassadeur de l’URSS à Paris. Les références impeccablement communistes de la famille de Nicole lui permirent par ailleurs d’actionner un réseau de camarades à même, sinon de convaincre les autorités soviétiques, du moins de les rassurer. Les visas furent finalement accordés mais les jeunes gens prirent l’engagement de soumettre leurs textes avant toute publication au ministère de l’Information à Moscou. Ils acceptaient aussi d’être accompagnés dans leur parcours en territoire soviétique par un commissaire politique, pudiquement dénommé « guide touristique ». Enfin, ils s’engageaient à obtenir le soutien d’un grand magazine populaire, afin de donner à leur témoignage – contractuellement positif – un large retentissement.
L’autre fille de l’expédition était une certaine Soizic. Elle avait quitté sa Bretagne natale pour suivre à la Chaussée-d’Antin une formation courte de dactylo. C’était une grande rousse plutôt futile qui n’avait jamais beaucoup aimé les études. Passionnée par la mode, le cinéma, les boîtes de nuit, elle avait vu dans cette idée de croisière automobile une occasion de s’amuser. La perspective de se faire prendre en photo à son avantage et de se trouver un jour dans les pages d’un grand magazine – Paris-Match était partenaire de l’aventure – l’excitait beaucoup. Son flirt du moment lui avait proposé ce voyage. Elle le connaissait depuis peu, mais en était tombée très amoureuse. C’était Edgar, le quatrième membre de l’expédition.
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hcdahlemhcdahlem   07 mai 2019
– Le premier, un mariage blanc. Ou tout comme: l’URSS, pas de visa, pas de papiers... 
– Bref, éluda Edgar. 
– Le deuxième, un mariage d'opérette. La Rolls rose, le frac et, derrière, l’escroquerie et presque la prison. 
Elle jeta un petit coup d’œil dans la direction d'Edgar. Leurs yeux riaient mais il baissa le nez. 
– Le troisième, un mariage de convenances. 
Ingrid avait redressé la tête d’un coup. Mieux valait ne pas en dire plus, sauf à la rendre indirectement responsable de ce troisième mariage, ce qu’elle contestait avec vigueur. Ludmilla glissa sur cet épisode et passa vite au suivant. 
– Le quatrième, un mariage pour les médias, Paris-Match, Point de vue, strass et paillettes. 
Ingrid se détendit. 
– Le cinquième, conclut lugubrement Edgar, un mariage d’exil.
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PiatkaPiatka   08 avril 2019
Chez beaucoup d’hommes, et c’était le cas d’Edgar, l’amour se déploie en profondeur mais sans s’imposer à la conscience. En d’autres termes, ils n’y pensent pas. Le sentiment concerne une couche profonde de leur être où il s’enracine solidement. Mais en surface, ils restent libres d’emplir leur quotidien de sujets futiles comme l’ambition, le goût du luxe ou la recherche d’aventures sexuelles.
Que la jalousie survienne, et l’amour enfoui réapparaît, balayant tout, ôtant sa valeur à ce qui avait indûment occupé sa place.
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NievaNieva   02 mai 2019
Ils arrivaient dans un village d’Ukraine que rien ne distinguait de tous ceux qu’ils avaient traversés : maisons basses couvertes de bardeaux décolorés, fenêtres entourées de larges encadrements de bois sculptés, meules de foin dressées dans les cours autour de piquets en bois et toujours ces paysans apeurés qui gardaient les yeux baissés. Cette fois pourtant, le village où ils pénétraient paraissait en proie à une agitation inhabituelle. Le guide touristique sentit un danger et passa au-dessus d’Edgar pour mettre le nez à la portière. Les deux mains sur la banquette, il reniflait comme un chien d’arrêt. Chose étrange dans ces villages toujours plus ou moins déserts, une troupe compacte s’était rassemblée sur la place centrale. On aurait presque pu parler de foule. Au centre de l’espace trônait un grand chêne. L’écorce autour du tronc avait été usée par le frottement du bétail et lardée d’entailles au couteau, laissées par des jeunes gens désœuvrés. On imaginait volontiers que, les jours de chaleur, les oisifs du village profitaient de son ombre. La nuit venue, il avait dû abriter pas mal de couples d’amoureux. Pendant ce printemps continental, les arbres se couvraient lentement de feuilles mais le chêne était le dernier à étaler sa ramure complète. Il ne portait que de gros bourgeons à peine éclos. On voyait encore l’entrelacs de ses branches sombres se détacher sur le ciel gris pâle.
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Blandine54Blandine54   01 août 2019
Elle avait indiqué à Edgar que son père était un important banquier dont elle ne pouvait livrer le nom. Contre toute évidence arithmétique, elle affirmait qu'il s'était suicidé en 1932, après avoir tout perdu lors du krach boursier de 1929. Edgar, né pourtant en 1937, n'avait jamais remis en question une histoire pour le moins étrange. Cette grossesse de cinq ans était comme un mensonge de tendresse qui unissait la mère et le fils. Plus tard, Edgar en était venu à considérer cette extraordinaire gestation comme un signe surnaturel qui faisait de lui, un peu à la manière de Gargantua, un être humain d'un espère singulière. Cette part de rêve était la bienvenue dans une enfance marquée par une misère cruelle qui aurait pu verser dans son cœur le désespoir et l'humiliation.
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Videos de Jean-Christophe Rufin (76) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Jean-Christophe Rufin
A l'occasion de Lire en poche, le parrain Jean-Christophe Rufin nous parle de sa relation au petit format Retrouver l'article https://www.actualitte.com/t/pFhlxURf
Jean-Christophe Rufin : le livre de poche, ?un certain art de vivre et de lire? https://www.actualitte.com/t/nUmuSxQf
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