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EAN : 9782911576751
Éditeur : Encrage Editions (29/01/2008)

Note moyenne : 4/5 (sur 1 notes)
Résumé :
Poursuivant son étude sur le phénomène guerrier en Picardie, le Centre d'Histoire des Sociétés de l'Université de Picardie s'est intéressé aux rapports entre la guerre et la politique du XVIe au XXe siècle. Les douze communications ici rassemblées s'interrogent sur les conséquences des guerres sur l'administration, étatique comme locale. Elles s'attachent également à l'activité des partis en période de conflit et aux sorties de guerre, validant la pertinence de l'in... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Nierika
  06 janvier 2019
Passionnée d'histoire locale, j'ai reçu en cadeau cet ouvrage sur « Guerre et Politique en Picardie », correspondant aux actes d'un colloque qui s'est tenu à Amiens le 19 mai 2006.
Les différentes communications compilées s'articulent autour de trois grandes thématiques, sur lesquelles je souhaite vous livrer mes quelques notes de lecture, qui sont forcément partiales et incomplètes. J'espère ainsi vous donner envie d'en savoir plus sur cet ouvrage, ou à défaut, d'aiguiser votre curiosité sur l'histoire méconnue de la Picardie...
***
Sur les conséquences des guerres sur l'administration, le chapitre de Pierre-Jean Souriac souligne qu'au XVIe siècle, le rôle défensif de la frontière picarde est, pour la première fois, intégré par le souverain à l'ensemble du territoire. Par exemple, en 1556, Henri II demanda à Toulouse de contribuer financièrement au soutien des « villes éloignées de la frontière de Picardie pour la réparation des places frontières ». Dès lors, ces actes ont donné à la province une identité à part : celle de « frontière à défendre ». Des « bonnes villes » comme Amiens ont déjà un statut particulier : défendre sa cité est un service « rendu au roi par les citadins, service qui impliquait en retour une reconnaissance par le souverain de cette fidélité coûteuse », déjà ancrée dans la charte communale du roi Louis VI le Gros en 1115. Ce particularisme se reflète dans l'architecture urbaine (lancement de travaux importants de fortification dans les années 1520 – 1550), l'octroi de privilèges (absence de gouverneur à la tête de la ville ; les corps de ville administrant les affaires militaires, relative exemption fiscale, etc.) mais aussi dans la rhétorique. le chapitre sur « la contribution d'Amiens à la levée des troupes en 1870 » par Renaud Quillet met en évidence l'impact humain, financier mais aussi symbolique, de la guerre franco-allemande sur la ville et la région (cf. monuments de Dury ou de Pont-Noyelles), qui réactive un sentiment de « défense nationale » estompé aux XVIIe et XVIIIe siècles, notamment avec la défaite d'Amiens (par péché d'orgueil) face aux Espagnols en 1597. Mais, il serait apparemment plus juste de parler de patriotisme local aux XIXe et XXe siècles, lequel est entretenu par les multiples commémorations des conflits passés : « Par un sentiment inné chez tous les hommes, l'histoire de la nation française trouve chez nous plus de sympathie, plus d'intérêt que celle des peuples nos voisins quelque curieuses, quelque instructives qu'elles puissent être. Mais à cette histoire il en est une partie, une page surtout que nous préférons, c'est l'histoire locale, celle de la province de la ville que nous habitons, de la cité où nous attachent les liens du sang et de la famille ou le soin de nos intérêts. […] A l'étranger qui visite nos murailles nous montrons avec orgueil nos beffrois et nos hôtels de ville, symbôles de l'émancipation politique et des libertés municipales conquises par nos pères au prix de tant de luttes et de flots de sang. […] C'est cet esprit patriotique qui pousse quelques hommes sérieux à soulever un coin du voile qui recouvre le passé » (Auguste JANVIER, 1851).
Mais ce patriotisme local tendra à s'effacer pour de multiples raisons (suppression pour les communes de toute prérogative militaire dès les années 1870, démocratisation des élus municipaux, etc.). L'auteur souligne également le déclin, dans les élites urbaines au XXè siècle, « d'une culture de l'érudition locale au profit d'une culture scolaire et universitaire et d'une culture des media de masse ». Cet constat ne m'a jamais semblé aussi juste aujourd'hui...
***
La communication de Philippe Nivet sur « Administrer une commune occupée pendant la Première Guerre mondiale » est passionnante, car met en évidence le rôle méconnu des communes, qui se chargent des devoirs de l'Etat (le pouvoir préfectoral ayant disparu) et des élus municipaux, qui servent « d'otages de garantie », responsables des actes de leurs administrés. Rappelons aussi les lourdes contributions et amendes que doivent payer les villes occupées : 2 millions de francs pendant les deux premières années de l'occupation à Saint-Quentin (8 millions pendant la troisième), plus de 7 millions pour Laon, occupée pendant toute la guerre. Quelle tristesse aussi d'avoir oublié Gibert, maire de Saint-Quentin, Paul Marchandise, maire de Péronne, Ernest Noël (Noyon), Fiquet (Amiens), etc. pour leur comportement face aux Allemands !

Je passe sous silence un certain nombre de contributions, dont celle de Delphine Lebourg qui explore le « pacifisme dans la Somme entre les deux guerres », puisque mon attache partisane est allée à celle de Jean-Pierre Besse sur les « socialistes isariens pendant la Seconde Guerre mondiale ». Je ne saurais réduire à quelques lignes le destin de certains élus, mais souhaite rappeler ici quelques noms :
- Jean Vassal (maire de Crépy-en-Valois, qui aura un rôle « trouble » pendant la Seconde Guerre mondiale) ;
- Jean Biondi, maire de Creil, autour duquel s'organise le Comité d'Action Socialiste (CAS) et Libération – Nord, etc., qui sera déporté, puis deviendra à son retour le seul maitre de la fédérération socialiste isarien jusqu'en novembre 1950 ;
- Madeleine Blin, déportée, veuve de déporté et première femme à siéger au Conseil Général de l'Oise ;
- Mais aussi les socialistes résistants que la répression a lourdement frappés : Georges Blin, Marcel Philippe, André Caron, Espérance Maillard, morts en déportation, etc.
Dans la Somme, Julien Cahon détaille la forte implantation du PCF ; la lutte anti-fasciste menée par les communistes du département, dont l'une des figures est Jean Catelas, député d'Amiens, ne pouvant être « détachée d'un ensemble de particularismes régionaux solidement ancrés, notamment le souvenir de la Grande Guerre, dont les destructions sont encore visibles, vingt-quatre ans après la terrible bataille de la Somme ». 40% des résistants de la Somme sont issus des rangs communistes : d'où les 6 sièges sur 12 qu'ils occupent au CDL clandestin. A la Libération, la PCF s'affirmera donc l'une des principales forces de la Résistance intérieure, un parti patriotique de masse, et sera le premier parti du département.
***
Difficile de conclure cette fiche de lecture incomplète, car je ne saurais reprendre ici la très belle synthèse rédigée par Olivier Forcade. Je ne sais pas si certains d'entre vous auront le courage de lire ces quelques notes. Pour ceux qui l'ont fait, j'ose espérer que vous en retiendrez une idée ou plutôt une envie. Celle de découvrir, comme moi, des pans méconnus de notre histoire collective...
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Citations et extraits (1) Ajouter une citation
NierikaNierika   06 janvier 2019
"Par un sentiment inné chez tous les hommes, l'histoire de la nation française trouve chez nous plus de sympathie, plus d'intérêt que celle des peuples nos voisins quelque curieuses, quelque instructives qu'elles puissent être. Mais à cette histoire il en est une partie, une page surtout que nous préférons, c'est l'histoire locale, celle de la province de la ville que nous habitons, de la cité où nous attachent les liens du sang et de la famille ou le soin de nos intérêts. […] A l'étranger qui visite nos murailles nous montrons avec orgueil nos beffrois et nos hôtels de ville, symboles de l'émancipation politique et des libertés municipales conquises par nos pères au prix de tant de luttes et de flots de sang. […] C'est cet esprit patriotique qui pousse quelques hommes sérieux à soulever un coin du voile qui recouvre le passé" (Auguste JANVIER, 1851).
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