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Critiques sur L'Archipel du chien (184)
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Bookycooky
  10 mars 2018
Philippe Claudel dans son dernier livre nous revient avec un conte noir pour nous rappeler, remettre à la lumière du jour, une triste vérité, un sujet douloureux toujours actuel, depuis presque deux décennies. Un beau jour sur une île paisible de pêcheurs de l'Archipel du Chien, trois cadavres de jeunes noirs échouent sur la plage. «  C'est une erreur », dira le Maire de l'île, qui les découvre, voilà pour l'attitude, qui vous donne aussi une idée de ce qui va suivre.
Claudel, confronte divers morales de divers personnages très typés, le Maire, l'Instituteur, le Curé ( avec lequel, il est sans pitié), le Docteur, la Vieille....et le C.....,face à la tragédie et y insère une énigme, reprenant l'argument, "The big Brother is watching you", un caractère d'Orwell, qui malheureusement entre-temps est devenu réalité. Partant d'une tragédie humaine, il développe une farce tout aussi humaine, mais dommage, truffée de clichés et peu convaincante.
Philippe Claudel est un auteur que j'aime énormément. Ce dernier livre est toujours bien dans la forme, mais le fond, en plus des clichés, m'a parue rafistolé et moralisateur; quand à sa morale de justice divine, elle est peut cohérente avec sa non « croyance ». Ce n'est que mon avis bien sûr. Je le préfère dans la vraie fiction ou dans ses passions et ses vécus. Après une dizaine de livres, c'est ma première petite déception. Mais je recommande quand même sa lecture car "in fine fine" c'est du Claudel et vous pourriez en avoir un tout autre ressenti.

"La plupart des hommes ne soupçonnent pas chez eux la part sombre que pourtant tous possèdent. Ce sont souvent les circonstances qui la révèlent, guerres, famines, catastrophes, révolutions, génocides. Alors quand ils la contemplent pour la première fois, dans le secret de leur conscience, ils en sont horrifiés et ils frissonnent."

Je remercie les éditions Stock et NetGalley pour l'envoie de ce livre.

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palamede
  03 mai 2018
Une île perdue au milieu de nulle part. Trois cadavres de migrants africains échoués que les notables préfèrent cacher pour éviter une publicité négative qui ferait capoter un projet immobilier — le hic étant la conscience de l'instituteur opposé à cette dissimulation.

Ce livre, comme dans Les âmes grises, a son lot de citoyens au-dessus de tous soupçons prêts aux pires compromissions pour sauvegarder leurs intérêts, en un endroit où, à la manière de Simenon, l'ambiance pesante est celle d'un lieu en vase clos. Des hommes, que l'on retrouve souvent chez Philippe Claudel, surtout des mauvais guidés par leur égoïsme, qui ont parmi eux une âme pure que la voix discordante désigne comme bouc émissaire.

Une histoire exemplaire, qui si elle est parfois manichéenne et moralisatrice n'en reste pas moins réaliste sur l'indifférence, l'égoïsme, l'individualisme des populations face au sort des migrants. La lâcheté étant aussi partagée par le plus grand nombre de ceux qui laissent faire. D'actualité et bien écrit, L'Archipel du chien a le grand mérite d'engager une réflexion sur un problème trop souvent occulté, collectivement et individuellement.

Challenge MULTI-DÉFIS 2018
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joedi
  12 avril 2018
La Voix raconte, elle se dit ni homme ni femme, se veut-elle être la voix de notre conscience ? Dans un premier chapitre très court, elle décrit dans l'utopique Archipel du Chien, une de ses îles où se déroule l'histoire.
Sur cette petite île de pêcheurs, de cultivateurs et de vignerons, la plage est formée de galets, l'île est en partie recouverte de la lave noire d'un volcan, le Brau, qui, régulièrement, se rappelle aux habitants. C'est sur cette plage inhospitalière que s'échouent trois corps, trois Noirs.
Le maire ne veut pas de ces cadavres de migrants, il lui faut cacher cette réalité morbide, pour cela il va se montrer capable du pire.
Dans L'Archipel du Chien, une fable au climat noir sur le drame des migrants, Philippe Claudel dénonce l'égoïsme et la lâcheté dont sont capables certains hommes.
Encore cette fois, Philippe Claudel, de sa belle écriture, m'a charmée.
À lire !
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Jeanfrancoislemoine
  10 avril 2019
Je constate ,avec satisfaction d'ailleurs, que ce livre a suscité de très nombreuses critiques et donc été lu par nombre d'entre nous . Ma critique n'apportera pas grand chose de nouveau , ce serait grande prétention de ma part , mais , comme j'adore terminer mes lectures par un commentaire , je ne dérogerai pas à ce qui est devenu un rituel des plus agréables pour moi .Isabelle ( c'est ma libraire ) m'a mis en garde : "ça ,c'est noir " , " oui , merci , mais moi ,les romans noirs , je connais et j'adore ". Il est des fois où l'on ferait mieux de museler son ego , de faire preuve de grande modestie....Là , voyez- vous , j'ai manqué d'humilité car, dans ce bouquin , ce sont les gens qui m'entourent que j'ai retrouvés, et moi , naturellement , et ce que j'ai découvert n'est pas terrible....Quoi ? L'homme est capable de tout ça ? Ben oui....Ces horreurs , on les découvre " chez les autres " , pas ici ....et encore c'est à l'heure des infos à la télé , des images , un film , rien de plus ...C'est donc ça l'humanité . Oh mais bien sûr, mais que de clichés, que de choses ressassées , mais vite oubliées . Aujourd'hui à la retraite , je me demande comment , avec tous ces gens intelligents , tous ces philosophes , intellectuels qui prennent la parole dans les médias , les horreurs décrites dans ce roman peuvent perdurer? On en a une petite idée dans ce roman très noir , terrible car il décrit sans distanciation le monde contemporain dans toute sa violence , sa brutalité . Un conte qui n'a rien de merveilleux , un conte douloureux , un conte terrible.
Porté par une écriture particulièrement belle , avec des images d'une incroyable force , des personnages sans doute stéréotypés mais , au final très proches de ceux que l'on côtoie chaque jour , Philippe Claudel frappe fort , très fort . L'humanité...ah , l'humanité....Le sort réservé à un personnage , en particulier , m'a bouleversé . Attention , un coup de pied dans la fourmilière , aucun crédit à qui que ce soit , et tout s'écroule dans une insoutenable , puanteur . Glauque , gluant , puant , oui , voilà , bienvenue sur " l'Archipel du chien"....Isabelle vous prévient . Comme moi , vous pouvez ne pas la croire...mais attention , elle connaît son sujet. Ne venez pas vous plaindre . Eux , c'est nous...et on en prend plein la figure...Bon , oui , plus on est de fous....

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fanfanouche24
  22 mars 2018
Je me suis précipitée sur le dernier roman de cet auteur dont j'apprécie la sensibilité, le style et la variété des thèmes abordés : universels, existentiels, comme sociétaux ! Celui-ci est bien sombre, interpelle sur un drame mondial actuel, le sort de tous les Migrants...

"Des papiers d'identité les auraient reliés au monde, à un pays, une administration humaine, une histoire, une famille. Mais là, rien. Rien qui permettait de savoir leur nom, leur âge, le pays qu'ils avaient fui. Rien qui pût dire de qui ils étaient les fils, les frères, les maris, les pères." (p. 54-55)

L'histoire est tragiquement simple : quelques notables d'une île découvrent sur l'une des côtes de leur île, trois cadavres de jeunes hommes noirs... Ils sont préoccupés, soucieux de cacher ce sinistre événement , car le maire est en pourparlers, et en négociations commerciales pour le projet de Thermes...Une perspective de prospérité et de développement pour leur
île...qu'il ne veut surtout pas compromettre !!...

Le curé, le maire, le Docteur, un pêcheur, l'ancienne institutrice à la retraite, et le jeune instituteur, en fonction...vont se réunir pour savoir ce qu'ils doivent faire...
Tous veulent oublier et surtout cacher les corps de ces trois jeunes hommes noirs, sauf l'Instituteur qui veut dire la vérité et enterrer dignement ces "malheureux" !..
L'instituteur dérange au plus haut point... et comme il n'est pas, comme les autres "décideurs" , originaire de l'île... il deviendra le bouc-émissaire , et subira une machination honteuse... pour discréditer sa parole !... Je n'en dirai pas plus long !!

"Qu'est-ce que la honte, et combien la ressentirent ? Est-ce la honte qui rattache les hommes à l'humanité ? Ou ne fait-elle que souligner qu'ils s'en sont irréversiblement éloignés ? "(p. 243)

""Vous êtes pourtant intelligent. Je comptais sur vous. Et je suis certain que vous êtes un homme bon.
- Je suis surtout un homme lâche, lui avait-il répondu.
-Un homme lâche ? avait repris, songeur, l'Instituteur.
-C'est presque un pléonasme, non ? " avait conclu le Docteur. (p. 268)"

Un roman oppressant , présentée comme une fable qui met au centre la lâcheté des hommes... ainsi que leur besoin de bouc-émissaire pour échapper à leur pleine responsabilité...et leur culpabilité...lors de choix complexes...

Une angoisse, une tension allant crescendo au fil du récit...La vie d'une île où vivent pêcheurs, paysans, quelques notables : le Docteur, le Curé, le Maire ... Il est question de Morale, des combats constants, universels entre le Bien et le Mal, la cupidité, l'égoïsme, le racisme...et les luttes d'une minorité pour mettre en accord ses convictions et ses actions, en dehors d' intérêts personnels....

Des scènes marquantes, terrifiantes...dont cette gigantesque pêche au thon, annuelle, qui se prolonge par des festivités et le couronnement du Roi (Le pêcheur le plus adroit) de cette pêche quasi mythique...
Des descriptions hyper-réalistes dont celles des odeurs, qui se communiquent littéralement et physiquement à nous...Impressionnant....

Un roman marquant... nous interpellant sans ménagement...dans les choix médiocres [ humainement], les dérapages multiples , que nous pouvons faire...dans une sorte de confort personnel et banalisation de certains actes... Fable dérangeante qui parle des "salauds ordinaires" !!!....


[ *****pour achever ces lignes, l'envie de signaler Une jaquette des plus réussies, réalisée par Lucille Clerc]
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Kittiwake
  06 avril 2018
Quels procédés permettent à ce récit de prétendre au titre de fable, de conte des temps modernes?

En premier lieu : l'universalité des thèmes abordés.

L'exil a mis les peuples et les individus en danger depuis la nuit des temps, quelle que soit la cause : fuite d'un danger, bannissement, rêve d'un ailleurs meilleur...mais ce qui le distingue des migrations anciennes , c'est l'exploitation de la détresse des déracinés , détresse qui alimente la cupidité de passeurs sans scrupules. C'est pourquoi dans L'Archipel du chien la fable prend des airs de faits divers bien présents dans l'actualité.

Puis la nature érigée au rang de personnage
Gaia , la terre mère qui se rebelle par l'entremise d'un volcan pétomane, dont les pestilences s'insinuent partout.

Enfin, la recherche d'un bouc émissaire, celui qui paiera le prix cher, juste pour masquer les odieuses pratiques des notables. A choisir de préférence parmi les plus récemment admis dans la communauté , cible désignée par la une fâcheuse propension à mettre le nez dans les affaires qui fâchent. Là aussi les légendes du monde grec et barbare n'ont pas fait mieux .

Mais Philippe Claudel n'a pas oublié que ses lecteurs sont bien ancrés dans le 21e siècle , à travers un personnage qui apporte un peu de légèreté au propos, et qui prend les traits d'un enquêteur peu banal, mais tout de même très évocateur de ces limiers des temps modernes, malins mais profondément asociaux voire psychopathes.
Drôle aussi la matérialisation d'un Dieu omniprésent et omniscient qui surveille ses ouailles de manière très technologique .

Tout cela est fort bien ficelé , avec un art de l'écriture qui n'a plus à faire ses preuves . Tout à fait à la hauteur du Rapport de Brodeck ou des Ames grises.

Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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latina
  12 novembre 2018
Trois hommes morts, échoués sur la grève d'une île quelconque, même pas belle.
Trois hommes noirs, venant d'un ailleurs où la vie est de toute façon moins belle.
Trois migrants, rejetés par les vagues, aux yeux blancs.
Trois poids morts, dont il faut coûte que coûte se débarrasser !
C'est que le Maire n'en veut pas. Ils nuiront à l'image de l'île ! Les (im)probables touristes fuiraient cet endroit maudit !

Et la machine du rejet, du déni se met en marche.
Cela démarre donc comme cela, presque banalement. Oui, j'ose le dire, banalement, car qui de nos jours n'a jamais vu ces pauvres corps délestés de leurs rêves couchés sur une plage ou l'autre du Sud, au journal télévisé ?
Ce début semblait si banal, ces personnages de l'île étaient tellement typés, tellement « personnages de fable » que j'allais finir par m'ennuyer.

Et puis la machine du déni s'enraye.
Il faut dire qu'un pur, l'Instituteur, s'en est mêlé. Il a voulu vérifier, tenter des expériences, calculer. Quoi ? Je ne vous en dirai pas plus. Car l'arrivée du Commissaire précipite les choses...et nous entrons alors dans le vif du sujet, dans le vif de l'humain. Les stéréotypes se déchirent, la face intime se dévoile. le méchant éprouve de la répugnance à exercer son méfait, le pur ne réfléchit pas et fonce. Et paradoxalement, l'individuel atteint l'universel.

Philippe Claudel signe ici une analyse caustique de l'espèce humaine, analyse dans laquelle nous nous reconnaissons, ou du moins, nous reconnaissons certains autres, car il est bien évident que nous, nous n'avons rien à nous reprocher, n'est-ce pas ?
Les trois corps des migrants ne sont qu'un prétexte à cette analyse car ce n'est pas ce problème qui est mis en scène, ce sont plutôt les réactions de tout un chacun face à cela, ainsi que la réaction face au mal, au pire de l'espèce humaine. Que ce soit en décrivant un phénomène de foule ou différentes réactions individuelles, Claudel nous met à plat face au mal.

Cynisme, sentiment de culpabilité, bêtise, honte, cupidité, remords...tout y passe.
Et la poésie s'en mêle. Qu'il écrit bien, Claudel ! Quelle force de l'expression, quelle puissance dans les images ! J'adore !
Lorsque j'ai refermé ce livre, j'ai réfléchi. Sur moi, sur l'espèce humaine, oui, rien que ça !
Je me dis que sous notre apparence simple, nous sommes compliqués.
Et je me dis que sous notre apparence compliquée, nous sommes simples.
Vous ne me comprenez pas ? Rendez-vous sur l'Archipel du Chien !
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Annette55
  12 avril 2018
Voici un roman sous forme de conte noir, âpre et grinçant tout au long , magnifiquement écrit comme toujours par cet auteur de qualité.
Une scène de théâtre violente ( cela y ressemble ) qui interroge, oblige à réfléchir , un sujet délicat s'il en est : actuel,brulant !
Cette histoire prend racine sur une petite île tout à fait tranquille , peuplée d'une poignée d'individus qui se connaissent tous ! Avec les travers humains que l'on connait , oú l'auteur explore avec maestria le tréfonds des âmes les plus noires comme les plus généreuses , là, elles sont peu nombreuses !!
Un matin , ses habitants découvrent les corps de trois hommes noirs échoués sur la plage . Dilemme .......Que faire des corps?
On croise , l'Instituteur, la Vieille, le Curé décrit avec une cruauté sans égale, " un portrait au vitriol " , le Maire, le Docteur: gras , à l'éternel sourire, Amerique, le Spadon ........une galerie de portraits qui font frémir , pittoresques , monstrueux quelque part , ces crânes creux ........
Le plus intéressant est la réaction de chaque individu face à sa conscience.
Comment ferions - nous si nous étions confrontés à un tel événement ?

Jusqu'où pourrions - nous aller par compassion, générosité, intérêt , peur ,effroi , désespoir,?
Cette histoire révèle la part sombre qui sommeille en chaque individu , il faut pouvoir vivre avec sa conscience .........
Ce sujet délicat en sorte de fable dérangeante nous parle de "salauds ordinaires", explore la lâcheté humaine et le poids de la conscience .........
C'est un roman bien mené , prenant et addictif mais j'ai quand même regretté un certain nombre de clichés, le ton un peu trop moralisateur, à propos d'un sujet douloureux qui ne peut que poser question.
J'ai été constamment oppressée, ce Conte noir ne m'a pas rendue heureuse , plutôt affligée , contrairement à d'autres oeuvres de cet auteur que je connais , que j'ai rencontré à plusieurs reprises !
Merci à Reine qui se reconnaîtra !
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DavidG75
  01 octobre 2019


Ce jour-là, je me levai de bon matin. L'aube naissante se déclinait encore dans toutes ses nuances de gris. L'air était froid, le vent humide et salé et les nuages bas et menaçants sur l'horizon... En ce mois de septembre, tout me criait combien la mer pouvait être houleuse et sévère avec ceux qui l'affrontent.

Le ferry qui m'attendait sur le quai me toisait, impassible, du haut de sa froide carcasse métallique.

J'étais son seul passager ce matin-là. Il devait m'embarquer vers l'île. L'île sans nom, une île comme il en existe des dizaines dans l'Archipel du Chien... Mais la seule qui en fut habitée.

Une île oubliée, ignorée, laissée pour compte, « martelée du battement du sang des hommes, comme un bout de monde tombé dans l'azur ».
Une île de pêcheurs et de paysans, une île où la terre et la vigne en sont la vie et où les plus vieux qui restent en gravent l'histoire dans les sillons de leurs mémoires.

Une île où le vieux volcan, pourtant endormi en des temps oubliés de tous, se rappelle à ses pécheurs comme une idole de granit en manque d'offrande, crachant ses fumerolles et ses cendres grises, vomissant sa colère comme la mer déverse sur la plage ses flots de larmes et ces corps inertes gonflés par le sel.

Je les ai entendu, ce matin-là... J'étais assis sur un banc non loin d'eux. Ils ne pouvaient me voir. J'étais spectateur de leur île, de leurs peurs et de leurs qu'en-dira-t-on.

Il y avait là le Maire, le Curé, le Docteur, l'Instituteur... La Vieille aussi. Et puis le Spadon. Ils avaient tout vu. Ils avaient tous vu. Ils savaient. Et désormais il leur fallait vivre avec ce secret... Mais le pourraient-ils ?

Moi aussi j'avais tout vu. Moi l'Etranger, je m'étais invité sur leur île, dans leurs chaumières, à leurs tables et dans leurs lits. Je savais. Je les voyais chercher à enfouir ces corps dans le cimetière de leurs mémoire.

Mais le volcan et ses entrailles étaient là pour leur rappeler que l'enfer n'est jamais loin et que le Diable ne dort jamais.


- - -

Avec L'Archipel du Chien, Philippe Claudel nous délivre un huis clos insulaire magistral, une mise à nu des sentiments humains et des esprits torturés par un secret que la marée basse ne peut emporter avec elle. Une écriture claire, fluide, élégante, précise, immersive. du grand Claudel !
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Eve-Yeshe
  07 juin 2018
J'ai terminé ce roman, il y a quelques jours et même si le thème m'a plu car il est hélas d'actualité, je reste mitigée ; j'ai bataillé pour rédiger ma critique, oscillant entre des réactions contradictoires…

Tout d'abord, les protagonistes sont vraiment caricaturaux : on a en gros les édiles : l'Instituteur, objecteur de conscience, le Maire corrompu, le Médecin qui cautionne, le Curé qui ne croit plus en rien, l'ancienne institutrice revêche qui ne supporte pas d'avoir céder son poste, des pêcheurs sans scrupules, sans oublier l'idiot du village… On note au passage que les villageois sont présentés comme des rustres !

Je sais que tous les moyens sont bons pour établir son pouvoir mais quand on voit jusqu'où peut aller le maire du village pour satisfaire ses propres besoins et ambitions, on reste sans voix. Seul compte pour lui son projet de thermes et le fric qui va avec, alors on assiste à des manipulations en tous genres, le tout nappé d'une bonne dose de délation, de calomnies, pour aboutir au procès truqué de l'instituteur accusé de viol sur une élève : c'était le seul habitant du village à ne pas être natif de l'île donc un Étranger, la pièce à sacrifier…

« Vous avez compris ma pensée, reprit le maire, et vous savez bien que je ne suis ni un salaud ni un homme dénué de coeur. Mais, ce n'est pas moi qui ai crée la misère du monde, et ce n'est pas à moi seul non plus de l'éponger. » P 55

Ce roman m'a rappelé bien sûr, les grands mythes sacrificiels, Antigone, Iphigénie … que ne ferait-on pas pour s'attirer la clémence des Dieux et justifier les bassesses ?

Comment réagir après ce qui est arrivé à l'Instituteur ? Ce n'est pas si simple, le Médecin par exemple sent en permanence une odeur de pourriture qui émane de lui et qui ne semble pas perturber les autres, la mauvaise conscience, la culpabilité s'infiltrent dans sa pensée : « L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn »

On retombe à nouveau sur les grands mythes : le supplice de Prométhée dont le foie repousse au fur et à mesure que l'aigle le lui dévore) ou le mythe de Sisyphe qui remonte un rocher qui toujours redescend…

En fait, on peut prendre tout ce récit au premier, au deuxième ou même au ixième degré tant les allusions sont constantes.

En tout cas, c'est une île qui porte bien son nom : ses habitants se comportant comme des chiens (je présente mes excuses à mes amis les chiens, car l'idée d'associer cet animal à la méchanceté me hérisse, mais c'est une expression courante, comme traiter les hommes de cochons d'ailleurs). Cette île est noire car un volcan, le Brau, se manifeste régulièrement, noire tout comme l'âme des habitants…

Philippe Claudel s'érige en donneur de leçon, fustige le comportement des passeurs, la lâcheté des habitants de l'île vis-à-vis des migrants qu'on laisse mourir comme des chiens sur la plage, tente de culpabiliser le lecteur au passage. En fait, en caricaturant et fustigeant de cette manière, il pousse ceux qui se sentent impuissants devant le drame des migrants et l'arrogance des Occidentaux, à se culpabiliser davantage encore, alors que ceux qui vivent des trafics ou ceux qui rejettent les Étrangers, resteront indifférents…

J'aime beaucoup Philippe Claudel, mais ce roman m'a hérissée à force d'être caricatural, et cette lecture m'a soulevé le coeur presque du début à la fin. Il va en rester une frustration, une impuissance renforcée et je ne vois pas ce qu'il a tenté de prouver au fond, à part pousser un grand cri de colère…

Je trouve ce roman clivant et je pense que les avis vont faire le grand écart : il sera encensé ou rejeté…
Lien : https://leslivresdeve.wordpr..
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