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Critique de COLPINDidier


COLPINDidier
  03 octobre 2019
Préface de Pascal LECORDIER

« Dans l'ombre de grand… » de Didier COLPIN.

Un étranger vêtu de noir
Qui me ressemblait comme un frère…

…De ma peine il semblait souffrir,
Mais il ne poussa qu'un soupir,
Et s'évanouit comme un rêve.

La nuit de décembre, Alfred de Musset.

C'est dans l'ombre de grands personnages, poètes ou pas, que nous invite à voyager au fil des pages Didier COLPIN. Mais dans cette démarche très jungienne, vous passerez imperceptiblement de l'ombre sombre à l'ombre lumineuse du poème flamboyant. Dès les premières pages, la démarche existentielle se pose.

Suis-je l'homme de mes poèmes ?

La poésie est un miroir
C'est l'être humain qui s'y reflète.

La plume s'agite, interrogative, Demandez au vent, à la vague, à l'étoile, dans une recherche d'ivresse raisonnée toute baudelairienne. Sans répit, l'auteur abreuve son Eternelle soif à l'oasis de son inspiration foisonnante. le vide est une horreur à combler par le vain écrit-il plus loin !

Inspiré du grand Jacques, notre belge Brel, Didier COLPIN de façon inattendue nous offre un sonnet classique Volatil suif un peu désabusé, un rêve qui s'éteint … c'est comme l'horizon qui décline et se meurt, probablement un antidote à la Vieillesse ennemie autre sonnet classique nourri de Pierre Corneille.

D'Albert Einstein qui déclarait que si vous avez compris la mécanique quantique c'est qu'on vous l'a mal expliquée, nous retenons en écho, Dans l'interprétation de regards …/Quel est le fictif ? /Abyssal vertige/Qu'est donc le réel ? Poursuivant ainsi son questionnement un peu métaphysique qui le conduit naturellement dans les bras de l'académicien Jean Guitton auteur de Les pouvoirs mystérieux de la foi (avec Jean-Jacques Antier en 1993). La transcendance lui inspire alors dans Destin de feuille morte :

J'aime l'intemporel, je n'aime pas la mode
Désir d'essentiel pas de vacuité
Quête d'un absolu d'une sérénité
Le reste est superflu… Qui connait la méthode…

Ce désir d'originalité créative intemporelle, Didier ‘COLPIN le confirme à la rencontre de José-Maria de Heredia qui lui insuffle ce merveilleux texte Radotage en vers tri-pentasyllabiques, forme au rythme très régulier extrêmement rare mais dont la forme épouse ici particulièrement bien le fond.

le vent de la nuit, le vent du néant, le vent de l'oubli
Souffle sur l'après, sur nos vanités, sur nos amours mortes
Ce souffle éternel qui nous vient d'hier jamais ne faiblit.
Il va vers demain brisant l'avenir qui ferme ses portes…
Aujourd'hui n'est-il qu'un futur rêvé jamais accompli ?

Continuons le voyage, continuons la route telle celle de ce poète américain Jack Kerouac qui déclarait « Les seuls gens qui m'intéressent sont les fous furieux, les furieux de la vie, les furieux du verbe, qui veulent tout à la fois » dans son oeuvre majeure, Sur la route . Pas étonnant qu'il titilla le rêve fantasque de la jeunesse de notre guide. C'est le mythe de Kerouac/qui poursuit la ligne blanche/Vivant en faisant la manche. Rencontré en même temps sur les bancs de l'école, le maître fabuliste Jean de la Fontaine. Loin du monde et du bruit : que j'aime la beauté/ et la noble éloquence/comme la loyauté/d'un apaisant silence/ empreint de probité. Une strophe qu'aurait pu écrire Jean de Lafontaine à l'intention de son célèbre et richissime protecteur Nicolas Fouquet déchu.

Pour passer du bestiaire de Lafontaine au bucolisme romantique d'Alphonse de Lamartine, il n'y a qu'un petit pas à faire que Didier ‘COLPIN franchit en suspendant son vol ! Un vol de feuille morte un bémol mélancolique sur le thème de la fuite du temps et sa lourde destinée :

Un monde s'écroule
Lorsque l'on s'en va
L'éternelle houle
Eteint tout vivat…

Lorsque le romantisme épouse l'humanisme, le poète à l'instar de John Lennon, met son imagination au service d'un monde idyllique, enchanteur : Imagine, Un riff de rock ‘n roll/ Echo d'une espérance / S'envola, prit son vol/ Sous un vent d'innocence. Paroles puisées au terreau de l'essayiste Michel de Montaigne dont on ne cesse de célébrer l'Intemporalité.

La déconstruction nietzschéenne conduit à l'Amor fati, l'acceptation de son destin. Illusion, espérance ? La quête spirituelle, comme un clair-obscur de l'âme, se poursuit en oxymore Vrai mensonge ? Fausse vérité ? Puis, Se garder d'être affirmatif/ Se méfier de la logique introduit naturellement le « science sans conscience n'est que ruine de l'âme » de François Rabelais.

Notre épopée « Dans l'ombre de grands… » s'achève sur les incontournables poètes maudits. L'adolescent devenu iconique, Arthur Rimbaud :

Haine et sang

Le pauvre dormeur du val
Dort dans le froid de la guerre
Uniforme carnaval
Pour une fierté précaire
La mort règne sans rival…

Faut-il s'étonner de l'émotion particulièrement perceptible de Didier COLPIN face à cet auteur fugueur et hyper sensible, dans mourir à dix-sept ans… Pourquoi chercher le sens de cette évanescence ? La mort, écrit-il, étant une de ses deux grandes muses. La mort encore avec le fragile et tourmenté compagnon Paul Verlaine, qui a suscité ce poème :

Étymologie de cimetière…

Le « Grand sommeil noir »
Conté par Verlaine
Drape le dortoir
Dans la morne plaine

Pour finir le recueil, Didier COLPIN amoureux des paradoxes, a choisi de mettre en exergue son plus ancien Grand, François Villon, contemporain du haut moyen âge où le français actuel prenait forme. Homme au destin chaotique, à la fois escroc et farceur, célèbre et banni de Paris, et auteur de la ballade des pendus. Frère humains… J'aime la laideur des corps abimés/ D'avoir trop vécu dans leurs amours mortes, répond Didier COLPIN, ou encore dans la ballade des paumés :

A trop nourri la chair
Nous le payons bien cher
Le fruit de l'abondance
Se nomme aussi souffrance…

« Dans l'ombre de Grands… », Didier COLPIN jette une bouteille à la mer… des poèmes qui marqueront votre lecture, tels des vers luisants dans les allées nocturnes de vos jardins littéraires. Ouvrez vite cet ouvrage où vous attendent de si belles rencontres.

Pascal Lecordier – Septembre 2019

Pascal LECORDIER est d'Ingénieur physicien de formation. Sous l'impulsion de Louis Blanchet il intègre la Sté des Poètes et Artistes de France dont il est membre agrégé et Responsable du jury poétique.
Il coopère à la revue Mélusine de Jean-Jacques Bloch.

C'est à 14 ans qu'il écrit ses premiers poèmes. Adolescent il rejette les contraintes pour se focaliser sur l'amour, les rencontres vagabondes et éphémères. L'habite une certaine sensibilité Rimbaldienne des cahiers de Douai, un peu de révolte contre le monde établi (le service militaire, par exemple) et ses barrières, ses classements.

Publié aussi chez Jean Grassin, sa poésie a reçu plusieurs prix. En voilà quelques-uns :
• Prix Albert Glatigny,
• Prix du Vimeu,
• Prix du recueil SPAF Languedoc Roussillon ,
• Sabine Poésie reçoit la médaille d'argent de l'Académie du Disque de Poésie,
• Prix de Poésie de la ville de Grenoble,
• Aimer est distingué au Prix Flammes vives,
• le coeur qui déborde reçoit le prix Pierre Fontan,
• Quand le rêve se lève reçoit le prix Anna de Noailles aux jeux floraux du Béarn.
• Un instant d'aujourd'hui reçoit le premier prix de poésie contemporaine aux jeux floraux d'Orange.
• le recueil Epaves éparses reçoit le prix Thomas Desages et le prix Rencontres lors du concours Ile de Poètes.
• Une route réelle reçoit le prix jean Cocteau,
• le coquelicot reçoit un premier accessit au prix Alphonse de Lamartine
• Plus loin que toi reçoit un premier accessit au prix Charles Péguy,
• Toi, Seigneur est distingué au prix Club Richelieu,
• La Fugitive (ce recueil bénéficie des éloges de Dominique de Villepin) reçoit le prix Guillaume Apollinaire
• Les routes capitales reçoivent le prix du recueil de l'association les mots les couleurs et la médaille d'or internationale de l'Académie Européenne des Arts.

Notons que plusieurs que de ses poèmes ont été également publiés des diverses anthologies et qu'il a publié un recueil pour les enfants.


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