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EAN : 978B08YRR5DHQ
175 pages
Dalbes Gleyzes Flore (06/03/2021)
4.19/5   24 notes
Résumé :
Au bord de l'Agly, Manon, six ans, se cache d'un père violent et se mêle à la nature comme un shaman à l'écoute des esprits bavards, rencontre un homme des bois, des chevaux, un renard, des enfants souvent cruels, et l'on tremble toujours pour elle.
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
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sur 24 notes
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« Maman dit que c'est un temps où tout est menace, murmure Manon. C'est ce temps où tout paraît trop beau, trop fort. Ça va forcément se gâter.

Elle se tait de nouveau, guettant le danger, celui qu'on n'invite jamais et qui arrive sans prévenir. Quant tout menace. Elle aime ce mot, menace. C'est un mot plein qui dit bien ce qu'il veut dire. Il lui donne la chair de poule, passe entre ses lèvres comme un baiser humide, léché, bout de chair. Elle frissonne. le chat se frotte aux bottes, capte l'effervescence qui se glisse entre eux. Ils attendent que l'extrême sensation corme des ressorts de muscles. Patienter, jusqu'à n'en plus pouvoir, quand la clarté touche le bout des cheveux. Quand l'air se remplit à ras bord. Ici, loin de tout. »

C'est très rare de trouver des auteurs qui savent dire l'enfance sans artificialité, surtout quand il s'agit de placer un très jeune enfant comme narrateur, ici Manon six ans. Avec sa maman, elles ont fui un père violent, sans qu'on en sache plus sur la nature des maltraitances, elles se cachent dans une caravane rudimentaire en pleine campagne.

Manon ne vit plus dans le royaume de coton qu'on voit classiquement en l'enfance. Elle a perdu sa naïveté, on devine des souillures, très subtilement évoquées, l'innocence ne l'intéresse pas, elle a été trop entamée. Elle, elle veut expérimenter, détruire au besoin comme elle le dit très souvent, ne s'inscrivant jamais dans la bienséance attendue d'une enfant si jeune. Elle veut construire son propre monde et vadrouille dans l'univers qui l'entoure, au gré des rencontres : d'autres enfants à l'école, des chevaux, un renard, un homme des bois à mauvaise réputation.

Florence Dalbès déploie une très belle plume, emplie de fraicheur et de poésie notamment lorsque l'enfant découvre les plaisirs liés à la nature. Elle le fait avec des mots justes développant une douce sensorialité qui réactive avec beaucoup d'authenticité les souvenirs et les sensations de l'enfance que l'on perd en grandissant, comme avec une loupe permettant de voir mille minuscules détails à la fois anodins et fascinants, à hauteur d'enfant. Tout le récit est centré sur Manon, sur son ressenti, avec seulement quelques apartés qui nous présentent sa maman, dépassée par cette enfant si singulière et hors cadre, dépassée par la pauvreté matérielle qu'elle subit et la crainte de voir déboulée le père dans leurs vies. Cela aurait été intéressant de mieux comprendre et connaître ce personnage mais le choix de focaliser sur Manon est assumée avec netteté.

Le pages coulent toutes seules, on suit Manon sur quelques semaines, sans qu'une intrigue claire ne se détache si ce n'est de suivre cette fillette atypique, pas toujours sympathique mais touchante dans les failles injustement précoces qu'on lui devine. On tremble souvent pour elle sans que jamais le récit ne sombre ni dans le pathos ni dans une noirceur. L'auteure fait clairement le choix du suggestif et du délicat. Par appétence personnelle, j'aurais aimé parfois plus de nerf et moins de contemplation, mais le texte est tellement juste pour évoquer l'enfance sans bêtifier ou mythifier que je me suis laissée porter avec grand plaisir.

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"𝐿𝑎 𝑣𝑒́𝑟𝑖𝑡𝑒́, 𝑐𝑒 𝑟𝑒𝑝𝑡𝑖𝑙𝑒 𝑔𝑙𝑢𝑎𝑛𝑡, 𝑠𝑜𝑟𝑡 𝑡𝑜𝑢𝑗𝑜𝑢𝑟𝑠 𝑎𝑚𝑒̀𝑟𝑒 𝑑𝑒𝑠 𝑏𝑜𝑢𝑐ℎ𝑒𝑠 𝑔𝑟𝑎𝑛𝑑𝑒𝑠 𝑜𝑢𝑣𝑒𝑟𝑡𝑒𝑠 ; 𝑒𝑡 𝑙𝑒́𝑔𝑒̀𝑟𝑒𝑚𝑒𝑛𝑡 𝑎𝑐𝑖𝑑𝑒 𝑑𝑒 𝑐𝑒𝑙𝑙𝑒𝑠 𝑑𝑒𝑠 𝑒𝑛𝑓𝑎𝑛𝑡𝑠."

Mes yeux parcourent cette immensité de verdure et cette immersion bienvenue dans le bout de nature.

Dans cet écrit, nous allons à la rencontre de Manon, une enfant de six ans, espiègle et hyperactive. Une enfant qu'Adèle - sa mère - n'arrive pas à canaliser. En même temps, on peut dire qu'elles n'ont pas eu la vie facile non plus. Fuir n'est jamais chose aisée.

Dans ce récit initiatique, Manon va découvrir avec ses yeux d'enfant le monde qui l'entoure, mais pas seulement ! Elle va aussi apprendre de la nature, des animaux, des humains et de la vie en général. Un moyen pour nous de nous plonger dans la tête d'un enfant et d'essayer de comprendre ces agissements.

Adèle est touchante de par son passé, sa maladresse et sa fragilité même si son manque d'autorité m'a énervé. J'ai eu un peu plus de mal avec Manon que j'avais envie de secouer pour lui remettre les idées en place. Certes, ça n'a pas été tout rose pour cette gosse, mais sa manière d'être sur certaines choses m'ont vraiment mis en rogne. Cependant, cet enfant a une chose que beaucoup n'ont plus dans le monde actuel : une soif de liberté inépuisable et un besoin de se sentir au plus proche de la nature. Elle ne tient pas en place, l'école, c'est compliqué et personne ne sait comment la canaliser. C'est un peu le problème de l'éducation face à un enfant qui sort un peu du lot.

L'autrice mène bien sa barque puisque du début à la fin de cette histoire, je me suis retrouvée dans ce corps de fillette... J'ai eu six ans. L'autrice possède cette plume poétique et pleine de justesse face à certaines situations malgré la dureté de celles-ci.

Les paysages sont si bien dépeint que je me suis trouvée un peu plus immergée dans l'histoire. Les personnages sont pour la plupart attachants malgré certains de leur défaut. Au fil des pages qui se tournent, on veut connaître la prochaine bêtise de la gamine. Jusqu'où son imagination va-t-elle la conduire ?

Cette histoire m'a beaucoup touché. On ne peut rester insensible face au passé de ses deux femmes, mais aussi face à leur détresse. Malgré certaines baffes qui se perdent volontiers, une envie parfois pressante de les serrer fort nous étreint lors de cette lecture.

Je vous laisse venir respirer cet air frais et pur et vous laissez toucher en plein coeur par cette histoire d'une belle sensibilité. Ne passez pas à côté de ces rencontres, de ces situations qui sauront vous faire méditer. 

🐎 Êtes-vous prêt à faire la rencontre de Manon et de retrouver la liberté d'une enfant de six ans ? L'avez-vous déjà rencontré ? Avez-vous aimé ?

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Manon a 6 ans. La liberté, le champ aux papillons, l'odeur de sa maman sur l'oreiller et son territoire. Voilà tout ce qu'elle aime.

Du haut de son âge, Manon nous fait voir le monde à travers ses yeux à elle.

Pas ceux d'une petite fille, parce que c'est nul les filles.

Pas ceux d'un garçon, car elle n'en est pas un et c'est con un garçon.

Pas non plus ceux de sa maman, parce que sa maman est faible, pas comme Manon.

Elle partage avec nous ses aventures, ainsi que ses souvenirs qui s'effacent, comme le visage d'un père qu'il a fallu fuir avant qu'il ne l'amène loin de Adèle, sa maman.

Nous découvrons au fil des pages le parcours de cette dernière qui, souhaitant protéger sa fille par-dessus tout, s'est enfermée dans une vie qui ne lui convient pas.

Nous luttons avec Manon face à sa colère et son incompréhension de ce monde qui ne tourne pas, comme elle voudrait, autour de la caravane.

J'ai failli y laisser mon coeur.

À chaque page tournée j'avais peur pour cette petite brune en robe jaune. Je pensais que cette fois-ci elle était allée trop loin, je voyais le mal partout autour d'elle.

Parce qu'à tout moment le passé, le présent et leur avenir et l'imagination de Manon menacent les deux héroïnes.

J'ai aussi été frappée par la justesse des mots de l'autrice. Un très bon équilibre entre un roman écrit pour les adultes se déroulant dans les pensées d'une petite fille.

C'est une véritable remise en question sur ce qu'il peut se passer dans leur jeune tête. L'enfant comprend-il ce qu'il se passe ou que comprend-il justement ? Jusqu'où peut aller son imagination ?

Des petites Manon, il en existe beaucoup. Incomprises, oubliées, délaissées ou simplement pas entendues. Mais il existe tout autant de parents aux aguets, qui se battent et luttent seuls pour leur famille.

Un roman plein de vérité, de dureté et de douceur. mes sensibles ne vous abstenez pas, vous serez conquises !

Une vraie révélation, un énorme coup de coeur. En plus, il paraît que Manon aurait été aperçue dans Grégo de l'île (encore un ajout à ma wish ?)

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Une lecture complexe ! Si le style de l'auteure est fluide, maîtrisé, à la fois naturaliste et poétique, l'histoire, elle, est heurtée, violente et noire.

Sous le soleil de l'Aude, Manon, 6 ans, et sa mère, fuient un père violent, réfugiées dans une caravane, sur le terrain d'une amie, Si la mère subit la précarité et l'angoisse, Manon, explore et découvre la liberté, teste sans cesse les limites, essaie de devenir maîtresse de sa vie, de la dominer, de s'affranchir des codes, de la volonté d'autrui et de prendre une revanche dont elle n'a pas conscience.

Ecrire l'enfance lorsqu'on est adulte est un exercice ardu qui peut vite tomber dans la puérilité lénifiante ou la fausse candeur. Ici, il n'en est rien. L'auteure excelle. On pense à "Les Malheurs de Sophie", ou "Tom Sawyer" mais derrière la gamine insupportable à laquelle on mettrait bien un petit cadre, on sent un malaise plus grand. Les expériences de Manon sont violentes au-delà de la brutalité propre à l'enfance. Son égocentrisme dépasse la norme, son impermanence continuelle est inquiétante. Son vécu semble avoir laissé des cicatrices indélébiles dans la psyché de Manon. La mort, la séduction, le calcul sont bien trop présents et témoignent d'une maturité précoce. On devine les violences au détour d'une phrase sans les saisir explicitement et elles planent comme une ombre funeste. Tout menace…

Hyper sexualisation dérangeante, claustrophobie, attachement problématique, saute d'humeur, tourbillon incessant dans lequel on se noie, on sent les signes avant-coureurs sinon d'une personnalité borderline du moins inadaptée. le personnage de la mère est intéressant par sa transparence et son incompétence à toute autre chose qu'aimer. le seul repère de Manon est fragile. L'école, inopérante. La nuance n'existe pas. Tout devient possession ou rejet. Bref, un roman à côté duquel j'aurais pu passer sans le SP des @editions.behagle.

Je recommande +++ pour les thèmes abordés, la finesse de l'analyse et la poésie du texte !

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Une lecture particulière que j'ai su apprécier, si je me dois de rassurer les quelques personnes qui passent par ici. Au départ, je pensais m'être lancé sur une lecture contemporaine légère mais au final, c'est tout son contraire dont j'ai pu prendre connaissance. Au départ, je pensais me prendre d'affection pour cette gamine. Il faut dire que d'avoir une nièce de quatre ans y a beaucoup joué. Par la suite, on se rend compte que cette fillette est loin d'être aussi normale que les autres enfants de son âge. En effet, elle est turbulente, maladroite, incontrôlable et parfois, tente de mettre des projets dont les conséquences peuvent être désastreuses. Par la suite, on en apprend un peu plus sur son père et surtout, le drame auquel elle a assisté. A ce moment, des hypothèses germent dans nos esprits, pouvant nous faire comprendre la source de ce comportement hors du commun. Après ces quelques lignes, il est temps pour moi de passer à la rédaction de mes fameuses listes.

Points négatifs :

• Je ne sais pas si je suis du côté de la mère de cette petite fille ou contre elle. Cette femme tente de faire de son mieux, sachant que cette dernière est seule pour l'élever. le cadre est difficile : caravane plantée dans un immense terrain, un homme dont la maman tente d'échapper car père de la gamine mais surtout, hyper violent. Aucun membre de la famille lui filant un coup de mains… Bref, cette mère de famille était en train de passer pour une héroïne à mes yeux. Et puis par la suite, face à l'attitude de sa fille, on se doute bien qu'un suivi psychiatrique pourrait être utile et là, cette dame préfère fermer les yeux. On ne peut pas dire qu'elle fasse grand-chose pour aider sa progéniture mais bon, elles sont nombreuses à être ainsi…

• Je ne pense pas avoir compris la fin de cette histoire.

Points positifs :

• La taille aléatoire des paragraphes.

• La plume. Fluide, jonglant aisément entre langage enfantin et adulte, poétique par moment, madame Dalbes à l'art et la manière de nous embarquer dans cette histoire. Très admiratif de son travail, je dois le reconnaître.

• Tout en parcourant cette lecture, j'ai senti une petite pointe de littérature du terroir. Même si la zone géographique décrite est assez limitée, on se surprend à aimer ce petit coin de France et à partir du moment où l'histoire d'un roman évolue dans ce courant, je suis le plus heureux des lecteurs.

• J'ai aimé les difficultés décrites et les moments de joie que traversent la mère et sa fille. Je me doute que de vivre incognito ne doit pas être chose aisée et c'est pour cette raison que je me suis montré respectueux envers cette femme qui fait tout son possible pour faire plaisir à sa petite puce malgré les conditions ardues dans lesquelles elles vivent toutes les deux.

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Citations et extraits (1) Ajouter une citation

La vérité, ce reptile gluant, sort toujours amère des bouches grandes ouvertes ; et légèrement acide de celles des enfants.

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