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La bibliothèque tome 1 sur 2
EAN : 9782955814000
502 pages
Pauline Becker (28/08/2016)
3.84/5   31 notes
Résumé :
Imaginez un monde où ni la pauvreté, ni la guerre, ni les livres n’existeraient plus. Le technomonde. Imaginez un lieu hors du temps, qui abriterait tous les rêves de l’humanité. La Bibliothèque. Imaginez que ces deux univers se rencontrent.

À 10 ans, Émilie est choisie pour devenir la nouvelle Bibliothécaire. Elle a le pouvoir d’entrer dans les rêves, et de les vivre comme s’ils étaient réels. Son premier livre la conduira sur une voie semé... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
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J'ai rencontré Pauline Deysson au pique-nique Babelio de Paris en juin 2019, et en l'entendant parler de son livre je me suis promis de le lire. C'est chose faite.
Dans une société du futur, qui pourrait être la notre, le numérique et le virtuel regnent en maîtres.
Chaque enfant possède un Disali et un Divêti, appareils sohistiqués répondant à tous leurs voeux.
"- Je veux une robe bleue avec des nattes
- Emilie s'assit devant son ordinayeur et ordonna au Disali de lui préparer son petit-déjeuner.
Multicolore, oscillant entre le cube et la sphère, l'objet s'exécuta."
Mais voilà, Emilie ne se contente pas de ce bonheur parfait qui sous-tend un contrôle social total.
Elle pense par elle même, elle détonne dans son groupe lorsqu'elle demande ce que deviennent les inaptes.
Elle refuse même de posséder un Revery, cet objet qui vous ouvre les portes de la réussite, et que l'on vous remet à l'issue d'un teste. Elle veut savoir ce qu'étaient les livres...
Puis elle se demande s'il y a un lien entre les livres et les inaptes. Elle veut tenter l'expérience de "l'inaptiute"
La force du roman de Pauline Deysson réside dans la capacité de l'auteur à créer un univers cohérent et de le décrire avec réalisme. Elle pose ensuite la question du groupe et du contrôle social dans une société entièrement numérisée dans laquelle les citoyens ont très peu de marge de maneuvre.
Emilie devient un cas social et la société s'en occupe comme tel.
Sans Revery lui disent les éducateurs, "(...) tu ne pourras même pas manger ni avoir d'appartement."
Cette fiction permet à Pauline Deysson de traiter des questions contemporaines, un peu à la manière d'un conte philosophique.
Ainsi, la bibliothèque est considérée comme un lieu de refuge pour ceux qui veulent sortir de la routine imposée, elle est le lieu du rêve...
Bel hommage rendu aux bibliothécaires, aux auteurs et aux lecteurs, à la lecture et à l'écriture, aux rêves que transportent les livres.
"La bibliothèque est hors du temps et de l'espace" explique la bibliothécaire Antonie. "C'est un lieu de passage et non une destination"
Emilie entreprendra un voyage à la recherche d'une âme et de son rêve pour en faire un livre sur lequel d'autres pourront rêver.

Un livre fantastique qui vous fera rêver.



Lien : https://camalonga.wordpress...
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Je remercie Pauline Deysson qui me confie, pour lecture et chronique, Grandir, le premier tome de son ambitieuse saga dont les différents livres seront regroupés sous le titre général La Bibliothèque… N'ayant pas l'habitude de recevoir des services de presse en version livre papier, je suis très agréablement surprise par ce beau pavé à la couverture douce et veloutée, déjà en lui-même un bel objet autoédité.

Attirée par les promesses de monde onirique de la quatrième de couverture et par le devenir du livre dans un univers relevant à la fois de la fantasy et de la science-fiction, j'ai eu cependant un peu de mal à entrer dans le « technomonde » trop parfait où évolue d'abord l'héroïne, Émilie, et à me familiariser avec les sigles peu conventionnels car non limités aux initiales, et ce malgré le lexique en fin de volume, et à deviner la symbolique des objets connectés. Quelque chose n'allait pas, me dérangeait, preuve sans doute que ce monde qui ne tourne pas rond m'avait déjà happée malgré moi et que j'étais préparée pour adhérer au parcours des personnages que j'allais peu à peu rencontrer.
Puis, je me suis habituée aux différents mondes, aux différents niveaux narratifs et à leur structure gigogne, même si les passerelles n'étaient pas évidentes pour moi au départ ; au trois-quarts du troisième chapitre, j'entrais enfin avec délice dans la « première strophe » du poème, avide de la magie promise...
Malgré tout, j'ai eu du mal à trouver mon rythme de lectrice, prise dans des longueurs sur lesquelles je me suis endormie plusieurs fois le soir dans mon lit, qui m'ont poussée à faire des pauses, à fractionner ma lecture, toujours pour la reprendre avec plaisir cependant.

Force est de constater que la lecture de ce livre exige un goût prononcé pour l'art de la métaphore et de la mise en abyme. Dans le lieu magique qu'est la Bibliothèque « hors du temps et de l'espace », il n'y a pas de lecteurs, mais des âmes qui rêvent ; la lecture devient « une histoire silencieuse… Une pensée qui prend forme ». Les rêves sont écrits par les bibliothécaires dans une langue universelle faite de symboles complexes, aux multiples interprétations. Au-delà de l'aventure dystopique, on peut voir dans ce roman une véritable réflexion sur l'écriture, le langage et la lecture dans un monde qui a perdu tous ses repères culturels, qui n'a plus de communication écrite, où tout est connecté, visuel, sensoriel et virtuel. le questionnement littéraire s'élargit à une interrogation plus générale sur la recherche du bonheur, à la limite d'un long conte philosophique.
S'il est vrai que la fantasy attire plus particulièrement les grands adolescents et les jeunes adultes, qui retrouveront ici un univers proche de jeux de rôles comme World of Warcraft, il est évident que Pauline Deysson s'adresse à un lectorat mature et averti car il faut un minimum de culture générale et un bon bagage littéraire pour profiter pleinement des intertextes et des mythes littéraires ou fantastiques revisités : mythologie grecque, Triangle des Bermudes, chant des Sirènes, Pélléas et Mélisande, magie arthurienne, contes traditionnels, thème du voeu accordé sous certaines conditions… ; j'ai même vu passer le lapin blanc d'Alice au pays des merveilles... de plus, les notions de langage, de signes (signifiants et signifiés) sont abordées et même si mes souvenirs de linguistiques s'estompent, le peu qui me reste m'a aidée à m'y retrouver.
Ce livre est un voyage dans l'illusion du temps et dans l'espace, dans la mémoire littéraire, dans les méandres de la diachronie du fait linguistique dans un monde ou le virtuel a fait disparaître le langage écrit : sans écriture, il n'y a donc plus d'écrivain, plus de livres et plus de lecteurs mais paradoxalement nous accompagnons l'héroïne dans un livre et nous pouvons extrapoler que les tomes suivants seront sur le même canevas. C'est l'occasion de questionner l'acte de lecture, en tant que cheminement personnel, expérience, manipulation, horizon d'attente, mémoire, sensations, imaginaire… et de mettre en lumière la création littéraire, le rôle et la place des personnages de fiction.

Grandir est très bien écrit, maîtrisé dans sa trame narrative complexe, avec une alternance de passages d'action et d'introspection. Malgré le nombre important de personnages, le fil conducteur ne se perd pas et les différents univers s'emboitent avec cohérence
le projet de Pauline Deysson est très ambitieux ; quelques « fuites » sur le tome 2 dans les réseaux sociaux sont plus que prometteuses sur les futures explorations : le savoir lire apportera-t-il des réponses ? Je salue l'ampleur du travail de recherche, d'écriture et de relecture sous-entendu pour cette « belle ouvrage » dans son ensemble (sans ironie de ma part). J'adhère à l'intention d'un écrivain qui veut pousser ses lecteurs à faire leurs propres recherches ; personnellement j'ai voulu trouver des clés de lecture grâce à l'onomastique dans les choix des noms des personnages et ainsi imaginé des correspondances auxquelles je n'aurais pas pensé au premier abord et exploré des étymologies qui faisaient sens pour moi.
Je mettrais comme seul bémol les longueurs déjà évoquées qui font de ce roman un livre que l'on abandonne pour laisser décanter sa lecture et que l'on reprend, après une pause nécessaire et bénéfique ; mais tous les lecteurs potentiels n'auront peut-être pas cette posture et risquent de s'essouffler avant la fin et de ne pas rester fidèle à toute la série.
Ce livre est trop complexe pour être seulement distrayant et s'adresse donc à de solides lecteurs, avertis et curieux.
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Vous avez faim ? Voici un plat pour vous sustenter ! Vous avez froid ? Voici de quoi vous réchauffer le corps à défaut du coeur ! Vous vous ennuyez ? Jouez à ce super jeu vidéo sélectionné pour vous par votre Revery, une machine qui sera votre meilleur ami répondant voire anticipant chacun de vos besoins. Alors n'est-ce pas magnifique de vivre dans une société où la moindre de vos envies est satisfaite immédiatement grâce à la technologie ? Bienvenue dans le technomonde !

Émilie, fillette de dix ans, se pose beaucoup de questions et sent, en son for intérieur, qu'il existe une autre voie que celle qu'on lui montre. A l'issue d'un test qu'elle réussit, elle refusera néanmoins de prendre son Revery supposé lui apporter le bonheur, sans s'imaginer une seule seconde les conséquences sur sa vie. Sa tentative pour sortir des sentiers battus ne passera en effet pas inaperçue dans une société ultra-formatée où toute différence doit être annihilée. Elle sera heureusement sauvée d'un funeste destin en étant transportée dans un lieu hors du temps, La Bibliothèque. En son sein, plus de technologie, mais des livres qui sont ici tout autant de rêves qui s'offrent aux âmes. La Bibliothécaire veille sur ces livres, guide les âmes vers les ouvrages dont elles ont besoin et crée de nouvelles histoires. Émilie, quant à elle, devient son apprentie et apprend, petit à petit, les secrets de l'écriture et des rêves avant de se plonger dans son premier livre…

Commencera alors pour cette jeune fille une aventure faite de découvertes, parfois belles, parfois horrifiantes, de peine, de pleurs, mais aussi d'amitié et d'espoir. Mais n'est-ce pas ce que devrait être toute vie ?

Alors que j'ai d'emblée trouvé le style de l'auteure très travaillé et prompt à satisfaire mon admiration pour les belles plumes, j'ai eu du mal à m'immerger dans le récit. Il m'a fallu attendre la formation de bibliothécaire d'Émilie et son apprentissage de la lecture pour vraiment m'intéresser au roman. J'ai, en outre, adoré la voir découvrir l'histoire d'Icare et Dédale, deux personnages qui devraient parler à pas mal de lecteurs, et celle du Voleur de coeurs et sa quête du rêve universel. Mais c'est vraiment quand notre héroïne se lance dans la lecture de son premier livre que mon attention a complètement été happée, et que je n'ai plus levé la tête de mon livre.

C'est d'ailleurs assez étrange, alors que le lecteur sait très bien qu'Émilie ne vit pas vraiment l'aventure que l'on suit, mais la lit ou la rêve, on ne peut pas s'empêcher, comme elle, de se prendre au jeu. Très vite, la barrière du livre/du songe s'efface pour nous faire vivre l'aventure d'Émilie et de ses amis comme si elle était nôtre. Il faut dire que l'auteure ne vous laisse pas le choix en vous donnant tellement de détails et d'images qui prennent vie devant vos yeux, que de lecteur, vous en devenez presque acteur. Et de l'action, il y en a que ce soit dans le technomonde où les Clandestins qu'a rejoint Émilie se battent pour la liberté ou dans des endroits habités par des créatures surnaturelles comme des sirènes, des elfes, des mages, des fées…

Je ne m'attendais pas forcément à rencontrer autant de créatures magiques et je dois dire que c'est un point que j'ai particulièrement apprécié. J'ai aimé découvrir l'environnement de ces créatures fascinantes qui aideront, chacune à leur manière, nos héros dans leur combat. Je dois toutefois avouer une nette préférence pour le monde des sirènes qui est particulièrement immersif. D'apparence plus froides que d'autres créatures rencontrées dans la suite de l'aventure, certaines sirènes n'en demeurent pas moins attachantes. A cet égard, alors que je n'ai pas l'âme d'une romantique, je n'ai pu m'empêcher d'être touchée par l'histoire de Mélisande que, bien sûr, je ne vous dévoilerai pas. Je me contenterai de vous dire qu'Émilie ne s'est pas non plus montrée insensible à celle-ci.

Émilie est d'ailleurs une fillette assez intrigante. Bien qu'elle ait été élevée dans les mêmes conditions que les autres enfants, elle se pose beaucoup de questions, et a cette force de caractère qui la pousse à ne pas se laisser écraser par les principes et les règles qu'on lui a dictés toute sa vie. Elle se montre également sensible tout en étant assez rationnelle pour avancer malgré les difficultés qu'elle rencontrera sur sa route pour la liberté. Et les difficultés seront nombreuses : trahison, peur, morts de personnes auxquelles elle tenait, doutes… Elle fait face à toutes les situations avec un tel aplomb voire un certain leadership que j'ai parfois eu le sentiment d'un décalage entre ses actions et son âge. Mais l'environnement dans lequel elle a grandi et les épreuves qu'elle traverse peuvent expliquer cette maturité que l'on associerait volontiers à un personnage plus âgé. Quoi qu'il en soit, difficile de ne pas s'attacher à cette fillette qui fait montre d'un courage à toute épreuve.

Quant aux autres personnages, sans les détailler un par un, je les ai trouvés très réalistes avec cette part d'ombre et de lumière qui caractérise l'être humain. Certains m'ont plus touchée que d'autres, mais comme pour Émilie, j'ai croisé les doigts pour qu'ils aient tous une fin heureuse. En parlant de personnages nuancés, Taméo, la personne à la tête des Clandestins en est un parfait exemple. Il se bat pour que chacun puisse retrouver les rênes de sa vie et vivre comme il le souhaite, en toute liberté, ce qui est fort louable. Néanmoins, obnubilé par son objectif, il en est devenu tellement froid qu'on peut se demander parfois s'il n'est pas plus proche des personnes qu'il combat qu'il ne le pense. C'est ainsi qu'il est prêt à sacrifier les personnes qui le soutiennent pour le bien du « groupe » sans se poser de questions. Soyons clairs, dans une guerre, car ici nous sommes bien dans une guerre pour la liberté, les pertes humaines sont une réalité. Mais la froideur avec laquelle il les considère laisse songeur. de la même manière, il est prêt à laisser mourir des enfants car ils sont trop longs à former et reviennent trop cher… A la question, la fin justifie-t-elle les moyens, sa réponse ne fait donc pas de doute. La liberté a un prix que Taméo est prêt à payer !

Comme vous l'avez certainement deviné, ce roman est riche, très riche ! L'imagination de l'auteure est foisonnante et entraîne le lecteur dans une multitude d'aventures, mais également de réflexions parfois philosophiques. C'est d'ailleurs là, à mon sens, toute l'originalité et la puissance de ce roman : arriver à nous divertir à travers l'histoire d'Émilie et de ce technomonde tout en nous invitant à penser et à réfléchir à notre propre monde. le technomonde et ses excès ont de quoi faire peur, mais ce qui se révèle peut-être encore plus perturbant, c'est que nous ne pouvons que faire des parallèles avec notre propre réalité : abrutissement des masses puisqu'un peuple qui ne pense plus est un peuple qui se laisse contrôler, course effrénée à la satisfaction de besoins vides de sens qui n'apportent pas le bonheur escompté et qui nous poussent à toujours vouloir plus, monde de plus en plus connecté n'empêchant pas la solitude derrière son écran, perte de sens dans une société valorisant l'image et le bien-être de surface à défaut de l'être, grignotage des libertés individuelles pour assurer la sécurité des individus… Nous n'en sommes heureusement pas encore venus à éliminer toute liberté et toute tristesse pour assurer un bonheur de façade. L'auteur soulève également la place de la technologie qui gère la vie des habitants du technomonde au point de les rendre dépendants et de les isoler les uns des autres. Difficile de ne pas penser à tous ces appareils et évolutions technologiques qui ont intégré notre quotidien et sans lesquels nous ne nous imaginerions plus vivre. le roman aborde beaucoup d'autres points que je vous laisserai le plaisir de découvrir.

En conclusion, avec La bibliothèque vous découvrirez un monde où la technologie règne en maître et dans lequel, l'initiative humaine est supplantée par celle de machines. Mais vous découvrirez aussi le pouvoir des livres, des rêves et de l'envie de liberté qui poussent une fillette de dix ans à lutter contre le système et l'ordre établi. En vous plongeant dans cette lecture, vous entamerez un double voyage, le premier vous fera vivre une aventure épique soumettant votre coeur à différentes émotions, quand le second vous conduira à réfléchir à des notions fondamentales comme le bonheur, la liberté, le sens de la vie… Qu'un seul niveau de lecture ou les deux vous intéressent, je ne peux que vous conseiller de vous plonger dans ce livre, au côté d'Émilie. Comme elle, vous en sortirez peut-être grandis, et certainement, comme moi, ravis.

Je suis maintenant impatiente de découvrir le second livre que notre héroïne ouvrira dans le deuxième tome de la saga qui devrait en comporter cinq.
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Tout d'abord, je voudrais remercier l'auteure de m'avoir permis de découvrir son univers. le titre du livre, la bibliothèque, et la couverture, magnifique, ne pouvaient que donner envie à une amoureuse des livres comme moi.

Difficile de résumer ce roman en quelques mots tellement il est dense et complexe. Essayons tout de même. Grandir, c'est l'histoire d'Émilie, une petite fille née au sein du technomonde, un univers futuriste où la technologie a investi tous les aspects de la vie. Des ordinateurs qui veillent sur le bonheur de la population, s'appliquant à satisfaire le moindre de nos besoins, un monde où la famine, la guerre, la misère n'existent plus. le paradis ? Pas si sûr. Car l'idéal des uns n'est pas forcément celui des autres et quand les premiers cherchent à imposer leur vision, l'utopie vire à la dystopie. C'est ce que va découvrir Émilie le jour où, pour une raison qu'elle-même ne comprend pas forcément, elle refuse le REVERY, ultime cadeau du technomonde à ses citoyens et condition nécessaire pour s'intégrer dans cette société ultra-numérique. Elle est alors envoyée dans un centre où l'on enferme les gens considérés comme inaptes. C'est à dire ne correspondant pas aux normes définies par la société. Au moment où elle s'apprête à céder à la pression et à prendre le REVERY, elle est transportée dans un endroit merveilleux : la bibliothèque. Un lieu hors du temps où les âmes viennent rêver chaque nuit. Une découverte inédite pour la petite fille qui a grandi dans un monde où les livres ont totalement disparu. Et en tant qu'apprentie bibliothécaire, Émilie va devoir apprendre à rêver et à faire rêver.

C'est le début d'une longue histoire où rêves et réalité s'entremêlent si bien que, à l'image d'Émilie, on ne sait plus très bien dans quelle dimension on se trouve. On se contente alors de se laisser emporter et de suivre Émilie dans ses aventures. L'auteure a réussi son pari et à la fin, quand l'histoire se termine et qu'on retrouve la bibliothèque, on a un peu cette impression de sortir d'un rêve, au point qu'on en viendrait presque à regretter son retour dans la bibliothèque. Car c'est le propre des rêves, comme des livres d'ailleurs : au moment où tout s'arrange, il est temps pour nous de regagner le monde réel.

À l'instar de ses personnages, ce roman refuse de se laisser ranger dans une case. Dans cette histoire où les ordinateurs du technomonde côtoient les créatures féeriques des mythes et légendes, où la technologie et la magie s'affrontent, il se fait tour à tour conte philosophique, récit d'apprentissage et d'aventure, roman de science-fiction, mythe fantastique… Avec subtilité et poésie, l'auteure nous pousse à réfléchir à ce qu'est la liberté et à quelles sont nos valeurs. À une époque où la technologie se fait de plus en plus présente dans notre quotidien, où l'on passe son temps à annoncer la mort du livre, où l'intolérance nous pousse à effacer nos différences, je pense qu'il n'est pas inutile de se poser certaines questions.

Bref, un premier tome que j'ai pris beaucoup de plaisir à découvrir, bien qu'il soit assez exigeant. L'histoire est complexe et je la conseille à des lecteurs ayant un bon niveau de lecture. Malgré la jeunesse du personnage principal, ce n'est pas du tout un livre pour enfant. C'est d'ailleurs agréable de retrouver cette poésie et cette innocence propre à l'enfance dans une histoire pour adulte. La seule chose que j'ai à déplorer, c'est quelques passages que j'ai trouvé un peu longs. Je comprends l'envie de l'auteur de nous faire découvrir l'univers étonnant qu'elle a créé, mais certains passages un peu trop descriptifs à mon goût auraient peut-être gagné à être raccourcis. Après, ce n'est que mon avis. Il faut savoir que je ne suis pas très sensible aux descriptions de façon générale. Je n'arrive pas à visualiser le décor des romans. Si je trouve telle ou telle phrase jolie — le roman regorge d'ailleurs de belles trouvailles —, cela ne reste toujours pour moi que des mots. Donc, sans doute que ces passages plairont à d'autres à l'imagination plus visuelle que la mienne.
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Pendant des années, je dois bien avouer que j'étais particulièrement réfractaire à la lecture d'autoédités. J'entendais parler de romans bourrés de fautes, sans queue ni tête, aux incohérences plus grosses les unes que les autres … Rien de très rassurant ! Et voilà que La Bibliothèque arrive dans ma vie, et que tous ces aprioris négatifs sur l'autoédition s'effacent : ce premier tome est la preuve en pages et en encres qu'autoédité peut parfaitement rimer avec qualité. En effet, je ne vais même pas attendre le coeur de la chronique pour l'annoncer : ce roman a été plus qu'un coup de coeur. Il a été une révélation, un voyage, une rencontre. Une très belle rencontre, un merveilleux voyage et une extraordinaire découverte.

Comme tous les enfants du technomonde, à l'âge de 10 ans, Emilie va passer le Test d'Aptitude pour ainsi recevoir son Revery, une machine qui lui sera personnellement accordée et qui veillera à son bien-être quotidien en la guidant et la conseillant. Mais Emilie s'interroge de plus en plus sur le monde qui l'entoure et refuse de prendre le Revery qui lui est attribué. Placée dans un Centre d'Apprentissage de l'Aptitude pour palier à cette résistance, Emilie va longuement hésiter sur la conduite à tenir … jusqu'à ce qu'une fleur de lys rentre dans sa chambre et la transporte dans la Bibliothèque. Un lieu où les livres sont des rêves, des songes à faire lire aux âmes endormies qui viennent chaque nuit s'échapper d'un quotidien peut-être pas aussi joyeux qu'on ne veut le leur faire croire. Devenue Apprentie Bibliothécaire, Emilie va ouvrir un premier livre …

Ce livre fera le régal de tous ceux qui, comme moi, aiment les récits qui ne se cantonnent pas à un genre mais qui au contraire empruntent allégrement à plusieurs genres. le lecteur se retrouve tout d'abord plongé dans un univers dystopique merveilleusement bien construit : au sein du technomonde, sous couvert de permettre aux technocitoyens d'être heureux en réalisant le moindre de leur désir, le système enferme ces derniers dans une vie monotone de loisirs incessants où le libre-arbitre n'a pas sa place. Abrutis par les jeux vidéo qui constituent leur quotidien, les technocitoyens suivent aveuglément la masse sans même se rendre compte de ce formatage. Arrive ensuite une bonne dose de fantasy, avec l'histoire épique de la naissance de la Bibliothèque, ce lieu où sont créés et distribués les rêves en fonction des besoins de chaque âme. Et puis, dans l'aventure que vit Emilie lorsqu'elle ouvre son premier livre, de bonnes doses de fantastiques font leur apparition : les sirènes, les fées, les nymphes et autres créatures légendaires lui viennent en aide. Et ce fabuleux mélange fait de ce livre un roman unique en son genre, une histoire d'une richesse incroyable.

D'autant plus que cet ouvrage possède également de nombreux éléments le rapprochant du conte philosophique ou du récit initiatique. L'histoire que nous compte ce joli pavé de presque 500 pages, finalement, ce n'est pas uniquement l'histoire que déroule le premier livre des rêves ouvert par notre jeune Apprentie Bibliothécaire. Il est bien plus question de l'épanouissement intérieur d'Emilie, de l'évolution de sa psyché. Au début du récit, Emilie n'est encore qu'une petite fille : rebelle et curieuse, insouciante et à la pensée très manichéenne - les choses sont soit parfaitement bonnes, soit irrémédiablement mauvaises - et optimiste - le Bien, la bonté, la gentillesse, la joie, triompheront forcément. A la fin du récit, Emilie est une adolescente qui a non seulement saisi la complexité du monde et de la nature humaine, mais qui a également pris conscience de la contingence de la vie tout en ayant ouvert les yeux sur la question du bien, de la liberté, de l'éthique … de nombreuses pistes de réflexion s'ouvrent alors au lecteur. Suis-je libre lorsque je réalise mes propres désirs égoïstes ? Dois-je sacrifier le bonheur des autres pour augmenter le mien ? Quel est le sens de mon existence ? J'en passe et des meilleures.

J'avoue être particulièrement impressionnée par l'auteur. En premier lieu, elle a d'excellentes idées : qu'il s'agisse qu'il s'agisse de ce monde futuriste dominé par la satisfaction éphémère de désirs passagers jamais réellement assouvis, de cet univers hors du temps et de l'espace qu'est la Bibliothèque des rêves, ou encore des demeures féériques des Sirènes, des Fées et des habitants d'Avalon, tout est vraiment très original. Mais plus spectaculaire encore, elle a réussi à combiner toutes ces idées apparemment disparates pour former un tout cohérent et harmonieux : le risque, lorsqu'on a autant d'éléments en tête et qu'on souhaite les réunir en un seul récit, c'est de ne pas parvenir à les unifier correctement, et que cela deviennent inintelligible pour le lecteur. Pauline Deysson a su éviter ce piège : pas une seule fois je ne me suis sentie perdue ou submergée par les informations distillées progressivement. Il y a des histoires dans les histoires, des intrigues dans les sous-intrigues, et pourtant, tout s'accorde parfaitement. C'est vraiment époustouflant !

En bref, l'auteur nous propose avec ce premier tome un ouvrage merveilleusement bien construit et admirablement bien écrit (quelle plume ! c'est un vrai plaisir que de lire une narration aussi belle, aussi fluide, aussi riche !) qui happe le lecteur sans le laisser reprendre son souffle. de l'action, de l'émotion, de la réflexion, il y a vraiment de tout dans ce roman qui peut s'avérer un peu compliqué au premier abord mais dont l'intrigue coule finalement de source. C'est un vrai déchirement que de quitter tous les personnages rencontrés durant ce premier Livre, mais la fin est une véritable promesse qui permet au lecteur de surmonter cette douleur. Depuis que la dernière page s'est tournée, je n'ai plus qu'une seule hâte : avoir le second tome entre les mains pour marcher aux côtés d'Emilie dans une nouvelle aventure. Vivement …
Lien : http://lesmotsetaientlivres...
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
« Je ne comprends pas pourquoi les hommes sont malheureux. Ils rêvent toutes les nuits de ce qu’ils veulent, et sur Terre ils ont tout ce qu’ils réclament. Que leur manque-t-il ?
- C’est une question délicate. Avant, les hommes étaient malheureux pour beaucoup de choses : la laideur, la maladie, la solitude, la mort… Aujourd’hui, je dirais plutôt qu’ils manquent de liberté.
- Mais si vous les soignez toutes les nuits ?
- Tu oublies qu’ils ne rêvent pas comme nous. Et le meilleur Bibliothécaire de tous les temps reste impuissant si l’âme ne veut pas être soignée.
- Cela peut arriver ?
- Oui. Certaines âmes sont si tristes qu’elles refusent d’ouvrir les livres que je leur donne. Les plus difficiles à soigner sont celles qui ne savent pas qu’elles sont malheureuses. Elles interprètent tous les rêves de la même manière, et sautent les passages qui les dérangent. Si j’essaye de rêver avec elles, elles m’ignorent ou me contredisent. »
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Des livres. Ce furent les premières choses qui s'offrirent à la vue d'Emilie, et les premiers mots qui lui vinrent à l'esprit. Sans en avoir jamais vus, elles savait que ces objets rectangulaires, disposés avec soin sur l'étagère en face d'elle étaient des livres. Des couloirs de livres qui se déployaient dans toutes les directions. Un dédale de teintes, de textures et d'odeurs, labyrinthe étrangement familier. Un rêve qu'elle aurait oublié et qui lui revenait soudain sans raison.
Des livres... Peut-être en avait-elle vus, au temps des papillons.
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— C’est la vérité, pourtant. Tous les êtres humains viennent dans la Bibliothèque, tu y es toi-même allée bien des fois. Tu ne t’en souviens pas, car tu rêvais avec ton âme, et non avec ton corps. Il en est ainsi pour tous les hommes : aucun ne se souvient de son séjour dans la Bibliothèque. Seuls restent les fragments de rêve que leur âme n’oublie pas.
Rêve, lire, âme, tout cela paraissait si invraisemblable…
“Je vais te montrer une âme. Il en reste en bas qui n’ont pas fini de rêver.”
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"Des livres.
Ce furent les premières choses qui s'offrirent à la vue d'Émilie, et les premiers mots qui lui vinrent à l'esprit.
Sans en avoir jamais vus, elle savait que ces objets rectangulaires, disposés avec soin sur l'étagère en face d'elle, étaient des livres. Des couloirs de livres qui se déployaient dans toutes les directions. Un dédale de teintes, de textures et d'odeurs, labyrinthe étrangement familier. Un rêve qu'elle aurait oublié et qui lui revenait soudain, sans raison." 
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- N'apprendront-ils jamais rien de l'Histoire ?
- Ils ne le peuvent, répondit l'une de celles qui revendiquaient le "présent". Ils vivent de contradictions. Ils font la guerre pour défendre la paix. Ils nourrissent la haine pour justifier l'amour. Ils confondent la mort et la vie. C'est un ensemble de forces contraires, qui dansent au bord des abysses.
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