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Critiques sur Les Amantes (9)
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colimasson
  07 mars 2016
Souvent, j'ai pensé que les femmes écrivaient comme des connes. Lorsqu'on me demandait quels étaient mes auteurs préférés (en fait personne ne m'a jamais vraiment posé cette question mais dans mes fantasmes les plus intenses, j'ai des conversations avec un interlocuteur), je devais bien reconnaître que jamais le nom d'une femme ne gâchait mon énumération. A soi-même misogyne ? Toutes des salopes, comme disait tel ancien fiancé ? Oh, cette question m'a bien longtemps tourmentée et j'y pensais, par exemple, le temps qu'il suffisait pour brasser un yaourt nature. Laborieusement, j'essayais parfois de glisser un nom. Ursula le Guin apparaissait quelquefois mais, pour que les plus ignares s'y perdent, je prononçais le nom très vite pour que je puisse éventuellement rectifier « non en fait je m'ai gouré » si on s'étonnait d'avoir entendu une consonance féminine dans ma liste d'auteurs très biens.


Maintenant que j'ai lu « Les Amantes » d'Elfriede Jelinek, je comprends les raisons de ma honte. Oui, les femmes écrivent vraiment comme des connes, sauf Elfriede. Oups, manque de précision. Soulignons : les femmes publiées écrivent comme des connes. D'autres existent certainement, mais alors on les bâillonne vraiment bien. La brave Elfriede, pas publiée elle a failli l'être. Sa description de la société détonnait trop avec les principes en vigueur. Elle avertissait les femmes : êtes-vous sûres de désirer le modèle qu'on vous martèle en tête depuis que vous êtes gosse ? Devenir vendeuse, trouver un amoureux, se marier, avoir des bébés, une maison, être jolie et gentille ? Elle violentait les hommes : êtes-vous sûrs que votre femme vous aime vraiment ? Ne se sert-elle pas plutôt de vous pour pomper votre fric, votre réputation, votre situation –pompant de temps en temps votre dard pour que vous ne soyez pas trop méfiant ?


Il se pourrait bien que les femmes n'aiment ni l'amour, ni la famille –en tout cas pas davantage que les hommes. Mais dans une structure patriarcale, chacun a intégré inconsciemment la nécessité d'être homme ou de passer par un homme pour devenir quelqu'un. Regardez comme ces pauvres femmes qui finissent seules nous font pitié. « Il n'y a pas de rapport sexuel », disait Jacques Lacan. Non, il n'y a qu'une poursuite de la jouissance générale qu'on n'atteint pas. On ne l'atteint pas parce qu'on ne sait pas. Comme dirait l'autre mec (désolée de ne citer que des mecs, on ne se refait pas en trois heures), Spinoza, pas de véritable joie possible lorsqu'on reste ignorant des causes par lesquelles nos actions sont déterminées. C'est ce qui explique pourquoi les femmes peuvent croire pendant longtemps qu'elles veulent ce genre de vie que nous décrit Elfriede, prescrit par les aïeules mêmes, signant ainsi l'usure à l'oeuvre dans notre civilisation. Une vie loupée dans la répétition du même. le manque de courage. Pas envie d'être seule. Ça ne marche pas. Les vieux ont eu l'audace méchante de nous faire croire que ça marcherait mais quand on observe l'échec se répétant d'une génération à l'autre, on se rend compte que leurs conseils (ou leur silence), mauvais, servaient seulement à se venger de leur propre désillusion.


On nous dira que cette histoire a été écrite voici déjà quelques décennies. Oh, depuis, que de flotte a coulé jusqu'aux égouts. Ce constat suffira à certains pour dire que la condition féminine ne peut plus se lire de la même façon aujourd'hui qu'à l'époque de la publication de ce roman. Pauvres cons. Citons ce passage :
« aujourd'hui heinz a fait un enfant à brigitte. félicitations.
ainsi brigitte n'aura pas à finir sa vie dans le froid et la solitude, ce qui sinon aurait été le cas. »
Ce qui a changé aujourd'hui, ce n'est pas que les femmes ne sont plus obligées de faire des bébés pour ne pas finir dans le froid et la solitude, non, c'est que les femmes, même si elles se tuent à faire des bébés, risquent quand même bien de finir dans le froid et dans la solitude, parce que les femmes, personne ne les aime en fait, et elles n'ont plus rien pour retenir les autres –femmes ou hommes- à elles.


« si quelqu'un a un destin, alors c'est un homme. si quelqu'un se voit imposer un destin, alors c'est une femme. »


Par exemple, Elfriede Jelinek, qui n'est pas moche, aurait sans doute eu beaucoup plus de succès si elle avait posé pour des affiches publicitaires de parfum, mais elle a voulu écrire contre le confort de l'homme –qui s'imagine une jouissance de la femme bien spécifique- et contre la femme –qui s'imagine vouloir cette jouissance bien spécifique que les hommes lui ont créée.
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DoVerdorie
  31 décembre 2012
Le titre d'origine de ce roman noir est "Die Liebhaberinnen", écrit en 1975.
A travers l'histoire de Brigitte (le "bon" exemple) et celle de Paula ("mauvais" exemple), Elfriede Jelinek casse avec beaucoup d'ironie, l'image de l'idylle, si cher au "Heimatsroman" (roman de terroir germanique).
Dans un style haché, elle brise tous les images de l'amour, de la maternité et du mariage. Elle se répète souvent dans le roman...et le mariage devient synonyme de mort lente.
Les univers de Jelinek sont tous empreints de pessimisme, de noirceur, de satire, avec des caricatures féroces et un vocabulaire cru. La violence et la colère y tiennent une grande place et ses livres sont peuplés d'êtres médiocres.
Dans "les Amantes" les personnages féminins le sont tout autant que les hommes...plus peut-être puisque l'homme y est un espèce d'animal abruti, imbu de lui-même et presque toujours alcoolique ...il a donc l'excuse de la bêtise imprime dans ses gènes.
La femme est calculatrice ou naïve, mais toujours a la recherche de son bonheur a elle....Brigitte a jeté, ainsi, son dévolu sur Heinz et va tout mettre en oeuvre afin de se l'approprier et sortir de sa condition de confectionneuse de soutiens-gorge dans une usine... Paula, a 15 ans, veut devenir apprentie-couturière et sortir de sa condition de campagnarde, mal-aimée par ses parents, elle rêve de voyages, de cinéma, d'une vie citadine, or elle tombe amoureuse d'un beau bûcheron (alcoolique !) ...cliché par excellence...
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Sharon
  22 décembre 2010
Ma première réaction est simple : j'ai l'impression qu'aucune féministe n'a mis les pieds dans ce coin d'Autriche, que décrit Elfriede Jelinek. Je me suis retrouvée dans une période d'avant le deuxième sexe de Simone de Beauvoir, alors que l'action se situe clairement dans les années soixante-dix. Pour les femmes, il n'existe que deux statuts possibles : vendeuses et ouvrières pour les célibataires, ménagères pour celles qui ont réussi à se faire épouser. le bonheur ne peut venir que d'un homme, du foyer qui sera tenu pour lui, des enfants qu'il donnera. le mari pourra ainsi donner des ordres à sa femme, ce qui compensera les brimades qu'il subit dans son travail, et la battre, ce qui le défoulera. La femme et le mari, de concert, pourront à leur tour battre les enfants, qui semblent avoir été spécialement conçus à cet effet, à moins que la chance ne leur sourie et qu'une situation meilleure (commerçant) ne s'offre à eux. La vieillesse est un horizon sordide, où le peu de corps qui est encore vivace ne sert qu'à souffrir davantage. Les vieillards ? Encore des personnes qui peuvent servir de défouloir.
Lien : http://le.blog.de.sharon.ove..
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Hannah_Ah
  18 juillet 2018
Un bouquin qui m'a un poil fadée, sans doute parce que je l'ai lu d'une traite et que j'en ai d'autant plus ressenti le poids des répétitions. Celles-ci illustrent cependant comment on ancre un message qui conditionne les comportements. Un parallèle intéressant au regard du sujet traité : comment insidieusement et par socialisation primaire, puis secondaire, les femmes intègrent un modèle d'émancipation qui entrave même celles qui parviennent à en jouer de la manière la plus fine. Bit old ? Pas si sûre, malheureusement... même si la manière dont cela se traduit dans la société occidentale moderne se dote de quelques atours trompeurs.
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oiseaulire
  25 janvier 2019
Elfriede Jelinek met à nu les mécanismes de l'exploitation économique de la femme par l'homme, soutenu, afin que rien d'elle n'échappe au rouleau compresseur, par tout le groupe familial. ll s'agit là d'un pamphlet politique : quelque soit la classe sociale considérée, la femme est le prolétaire de l'homme. A la ville les femmes sont les prolétaires des prolétaires, à la campagne les prolétaires des paysans.
Elle examine à travers ces deux exemples (ville, campagne), le mécanisme, pas si délicat que ça, du sentiment amoureux qui prédispose la jeune fille, dès son plus jeune âge (quatorze ans ici), à rechercher activement cette exploitation par peur d'échouer par soi-même, ambition d'élévation sociale, manque d'imagination, ou désir de fuir un milieu familial brutal. Souvent les quatre à la fois. D'emblée elle accepte de n'avoir d'existence qu'à travers l'Homme, comme s'il était son unique destin. Au fait, l'est-il ?
Quant à l'homme dépeint par Jelinek, il est porté par des intérêts antagonistes de ceux de la femme : aversion pour l'amour qui dure, pour le couple, surtout légitime et pour l'enfant ; instinct de répandre son sperme dans le plus de ventres possible ; passion pour les objets, surtout ceux qui vrombissent et rugissent ; brutalité ; fréquentation assidue de la taverne, vrai foyer suivant son coeur où il baigne dans une douce torpeur alcoolisée comme dans un liquide amniotique.
L'auteure nous tend un miroir grossissant du fonctionnement économique du mariage à travers des phrases courtes, cyniques, où on reconnaît des réalités que l'on a déjà rencontrées sur son chemin mais que l'on préfèrerait cacher sous le tapis. Ce miroir est très efficace, on voit tous les détails et ce n'est pas réjouissant. A moins que l'on préfère succomber à une jubilation mauvaise : ils sont vraiment trop bêtes, laids, haineux, tant pis pour eux ! L'espèce humaine aurait-elle un tropisme vers l'asservissement, la bouteille et la violence ?
Ce livre est le pendant, moderne et cru, du si mondain et raffiné "Lady Suzan" de Jane Austen. Le roman de Elfriede Jelinek analyse l'institution du mariage au 20 ème siècle dans une Autriche populaire et dans une région où sévit le chômage ; Jane Austen dépeint la même institution au 19 ème siècle dans la haute société en Angleterre.
L'essentiel demeure inchangé : le mariage est l'union du maître et de l'esclave, où le rapport parfois s'inverse pour un bref instant. Restent deux prisonniers.
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tinuviel
  25 septembre 2015
Ce livre m'a énormément touché car il envoi une image de la femme assez dure. En effet, ici Brigitte et Paula nous sont présentées.
L'une est ouvrière et voit à travers le mariage l'épanouissement et l'autre se cultive et rêve d'amour pur.
Brigitte est une femme haineuse qui utilise son corps comme monnaie d'échange et Paula est une jeune fille naïve qui fait l'amour par passion. Brigitte deteste les enfants mais n'espère qu'une chose : sentir le sperme de Heinz en elle. Paula rêve d'enfants mais deviendra la trainée du village.
Brigitte, par le bébé, se mariera et réussira socialement. Paula n'accumulera que les malheures. Brigitte fichera à la porte ses beaux-parents héritant de tous leurs biens. Paula finira seule à l'usine sans personne.

Etre une femme, à cette époque, est un malheur, il faut savoir utiliser ses atouts pour s'en sortir.Quand on devient mère, on deteste sa fille car pourquoi serait-elle heureuse alors que nous on se contente de survivre ?
Les amantes, ou le portrait d'une société allemande après-guerre qui cherche à sortir de sa condition avec le peu de moyens dont elle dispose.

Prix nobel 2004, tout à fait justifié.
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Alalettre
  11 juin 2012
Au scalpel, une mise à nue sans concession de la soumission des femmes
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Fx1
  18 mai 2014
Rien ne résiste à Jelinek . Son style va au coeur de l'ame humaine , telle une radiographie des sentiments et de l'esprit . Ici l'on a peut étre l'un des plus grands romans féministes que l'on puisse rencontrer . Une claque magistrale que cet opus ou Jelinek tel Haneke au cinéma scrute , étudie , décortique l'ame humaine . La condition humaine est définitivement son terrain de prédilection et force est de reconnaitre que le voyage est peut étre rude , mais pour autant on ne l'oublie jamais .
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laurentgui
  29 avril 2012
Un roman assez noir (bien que réaliste) sur la société rurale autrichienne des années 70. Très intéressant car s'appliquant sur certains points facilement à la société actuelle, même si le style est un peu déroutant (ponctuation et omission de majuscules). Un peu longuet…
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