AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
Critiques sur Aires (13)
Classer par :   Date   Les plus appréciées  



Ajouter une critique
Kirzy
  07 janvier 2020
Tout est déroutant dans cet audacieux roman tellement contemporain.

D'abord, il embrasse une multitude de personnages – 13 si j'ai bien compté – comme autant de morceaux de vie, en prenant le temps, soit environ 150 pages pour les présenter tour à tour, sans qu'aucun lien ne semble les attacher les uns aux autres de façon évidente, si ce n'est que tous roulent sur une même autoroute et traversent les mêmes aires et stations service. Marcus Malte ose même les présenter en ouvrant chaque chapitre du nom du véhicule utilisé, kilométrage et prix argus, voitures, caravane, camion et même chaussures de marche ! Chaque chapitre est scandé par les infos en continu ou par des slogans publicitaires, mais aussi par des extraits de cahiers / journaux intimes très introspectifs rédigés par un des protagonistes.

En fait, Marcus Malte ose tout dans ce roman, ce qui le rend à la fois fascinant, original mais qui rend aussi son accès assez difficile, voire hermétique, jusqu'à ce qu'on comprenne où l'auteur veut aller. J'ai mis un peu de temps pour y parvenir, un peu perdue, mais sans que mon intérêt ne retombe, tenue par la tension qui s'instaure pour découvrir le fil qui relie toutes ses vies.

Ce roman se révèle terriblement noir, voire désespéré . Les morceaux de vie qu'il raconte sont tout à la fois foncièrement banals et humains : un homme qui rejoint la femme qu'il a aimé et qui se meurt, un père blessé par son récent divorce qui se heurte au mutisme de son jeune fils, une serveuse éclairé par la foi qui se projette dans une vie possiblement belle, une femme installée dans le couple et la maternité qui doute ... Des trajectoires parallèles qui finissent par se croiser, s'emboîter, se heurter, se repousser en un chaos qui ressemble au hasard ou au destin, mais qui n'occulte en rien la solitude profonde de l'être humain depuis la perte de l'enfance.

« Un enfant qui marche dans les flaques pour éclabousser. Un enfant qui saute sur un trampoline ou qui tape dans un ballon. Un enfant qui joue. Qui s'amuse. Jouer, s'amuser, et rien d'autre. Cette insouciance, cette légèreté, elles nous ont été données, à tous, au départ. Cela s'appelle l'enfance. Et cela dure plus ou moins longtemps, selon l'histoire de chacun, selon les conditions d'attribution et de développement. Certains en sont très vite dépossédés, d'autres ont la chance de pouvoir prolonger cette période. Mais personne, personne ne parvient à la conserver au-delà d'une certaine limite. La joie. La joie première. La joie égocentrique. Notre capacité à l'accueillir. Nous perdons cela. Avec les année vient la conscience, et avec la conscience vient le poids. Tout devient lourd, plus pesant. Toute nous écrase. Regardez-nous marcher, l'échine voutée, ployant sous le joug, le pas lent, comme si nous trainions des boulets à nos chevilles. Esclaves de notre propre conscience, de notre connaissance du monde, de notre expérience du monde, de notre lucidité. C'est long. C'est pénible et fastidieux. Quand on marche dans les flaques, dorénavant, c'est parce qu'on n'a pas réussi à les éviter. (...) Retourne-toi. Souviens-toi. Vois ce que tu n'as plus et n'auras plus jamais. Tends l'oreille pour entendre l'écho de ton rire, du pur cristal de rire, des perles, des bulles, légères, si légères, envolées, impossibles à saisir sans les faire éclater. Quand tu ris aujourd'hui ce n'est plus qu'un bruit, pareil à celui d'une chaîne qu'on secoue, c'est un relent sonore, un rot moqueur ou sarcastique, ce n'est plus le fer de lance joyeux jaillissant dans les airs et accrochant le reflet du soleil. »

Cette lecture fait réfléchir avec acuité et classe sur les dérives de notre société de consommation, en dénonce les travers, avec subtilité, parfois avec tendresse, parfois rudesse , mais toujours avec un humour ravageur qui décille les yeux pour nous forcer à nous confronter à nos petites lâchetés ordinaires. Ce n'est pas une lecture confortable, je n'ai pas ressenti le même plaisir absolu qu'en découvrant le Garçon ( un des plus beaux romans que j'ai lu ces dernières années ). Mais c'est une lecture riche, qui secoue. Alors que l'émotion mettait du temps à arriver, elle m'a percutée puissamment dans les dernières chapitres, m'a broyé le coeur et serré l'âme.

Et puis, il y a toujours, l'écriture superbe de l'auteur, un vrai styliste qui jamais ne se laisse aller à l'exercice de style : il parvient à déployer une panoplie dingue de variations, maniant aussi bien la poésie que l'ironie, le lyrisme que le rythme jusqu'à un final assez étourdissant.

Un roman exigeant, sans séduction facile, qui prend le risque de dérouter ceux et celles qui gardent en mémoire le Garçon. Un roman impressionnant tant dans sa forme que dans son fond. Un roman marquant qui donne envie de sauter dans les flaques sans chercher à les éviter.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          9012
michfred
  10 janvier 2020
Pas glop, le dernier Marcus Malte, pas glop et même très noir.

Ça commence brillamment, dans une sorte de Novlangue façon SF post apocalyptique. On va examiner quelques specimens de l'humanité disparue, ça vous va ? Démarrage sur les chapeaux de roues, pour une équipée sauvage,  drôle et féroce. Démarrage inventif: on va se régaler ! Glop, glop ?

Non, on embraye- c'est le mot!- sur un roman choral plus classique et à première vue plus plan- plan . Sauf que les chapitres portent des noms  de voitures assortis de leur présentation façon Argus. Je rectifie: pas plan-plan, plutôt pouèt-pouèt!

Moi qui ai déjà du mal à distinguer une Renault d'une Nissan,  pas Ghosn-Ghosn,  vous m'avez repérée- et qui ai roulé des années en Cox ou en 2 pattes  parce que c'étaient les seules que je retrouvais dans les parkings- je cafouille sec! À part se retrouver dans le même embouteillage un jour de canicule aoûtienne, je ne vois pas trop ce qu'ils ont à faire ensemble, ces conducteurs ou passagers.

Voyez plutôt :
-Catherine , une fille à papa du Cac40, narcoleptique et cynique, dans sa Lexus
 -Peter un vieux rocker british un peu clodo et tout à fait à la masse dans son camping car en stationnement permanent sur une aire d'autoroute,
 - Sylvain, un père A.C. (Acheteur compulsif), criblé de dettes et, sur le siège arrière de son bolide à crédit "revolver",  Ju',  son petit garçon ,  geek et mutique, les yeux rivés sur sa console et ne répondant à son père que par signes de tête -tac tac!-, 
- Maryse et Lucien, un vieux couple en Dacia, la petite roumaine pas chère,  toujours amoureux, toujours communistes,
- leur fils Fred devenu chauffeur de poids lourd apres des mésaventures professionnelles -bien la peine que Maryse et Lucien aient sollicité l'ascenseur social  à coup de Pif Gadget et d'articles de l'Huma! le diplômé est revenu à la case prolo!-  et avec lui, dans la cabine de son 15 tonnes, un autostoppeur  mystérieux,  écrivain, et fumeur,
- Roland Carretero, ancien prof de techno,  avec Placido, sa tortue géante , qui part sur la route retrouver sa Rolande, bouffée par un vilain crabe, avant qu'il soit trop tard , pour lui dire que depuis 25 ans qu'ils se sont quittés,  il n'aime et n'a aimé qu'elle, 
- la petite famille  Jourde dont la mère,  pas Claire, décidément,  s'apprête à faire un grand saut sexuel et conjugal dans l'inconnu,
- Audrey et Romain incolores petits spécimens d'amoureux dans le vent ( du boulet?) "à qui il faudrait apprendre une langue"
- et enfin Zoé,  petite serveuse du restauroute l'Arche. L'arche de Zoé.  Ah! Ah! On se marre.. .

Bon, je suis sympa, je vous ai mis un peu d'ordre, là,  histoire que vous soyez moins perdus que moi, au debut,. ...sauf pour quelques bagnoles, mais ne me demandez pas l'impossible! Vous allez pouvoir, comme moi, vous prendre à la tension insoutenable de savoir comment le destin avec ses grosses pognes vachardes va les faire se "rencontrer" tous ceux-là. En même temps, comme ils sont en voiture, on a bien une petite idée..

Avec la maestria d'un joueur de modèles réduits sur circuit,  Marcus Malte aiguille ses personnages vers les points chauds, les carrefours dangereux, les aires sauvages, les glissières fragiles, il fait monter la pression, semant présages et avertissements sous forme de bulletins de trafic, de slogans publicitaires,  de chansons  ou de spots d'information -la radio, toujours allumée pour réveiller l'attention des conducteurs, est, dans chaque habitacle,  le messager involontaire des mauvaises nouvelles ou le commentateur sans état d'âme des us et coutumes  de ce siècle qui, on le sait depuis la première page, sera le dernier.

En même temps que se préparent les fatales catastrophes, les petits hannetons jacassant dans les carlingues nous deviennent plus familiers, plus proches, plus inquiétants, plus franchement odieux, c'est selon..

La terreur et la pitié dont les grands ressorts de la tragédie disait Aristote.
La dérision qui mord et la tendresse qui caresse sont ceux de ce grand roman choral qui nous emmène allegretto , en klaxonnant, dans le mur.

Pas glop,  pas glop.  Mais très réussi. 
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          458
zabeth55
  22 janvier 2020
Encore une fois je suis éblouie par le talent de Marcus Malte.
Autant que dans « le garçon », bien que le genre soit ici totalement différent.

« -Plusieurs histoires, en fait. Mais qui n'en font qu'une. Parce que c'est le principe même de la vie, sa trame : des destins qui s'enchevêtrent. Et c'est quelque chose que je trouve fascinant. Toutes ces trajectoires parallèles qui finissent par se croiser »

Cet extrait résume parfaitement le roman.
J'ai l'impression d'avoir lu plusieurs livres, d'avoir croisé plusieurs vies.
Tout se passe sur l'A10, une autoroute où circulent des gens dont les destinées de certains vont se croiser.
Au gré des personnages, d'innombrables sujets sont traités.
L'auteur tourne en dérision les excès de notre société. Il dénonce des faits divers de l'actualité.
Il ya de anecdotes, des drames.
On y trouve des sentiments, de l'amour, de la passion, de l'addiction.
De la fougue et du désespoir.
Tout est entrecoupé de spots publicitaires, de flashs radio, de chansons selon les stations écoutées par les automobilistes.

Il est beaucoup question de société et de politique.
C'est un livre jubilatoire et puissant.
Le style, le vocabulaire, l'originalité, tout est délice.
L'humour côtoie la profondeur.
Sûr qu'après cette lecture, on ne parcourra plus les autoroutes sans y penser.
Un livre pour lequel on souhaiterait avoir plus d'insomnies pour ne pas avoir à le refermer avant de l'avoir terminé.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          284
visages
  04 mars 2020
Après une introduction qui nous prévient que tout ce qui va suivre fait partie d'un monde révolu,monde dans lequel nous n'étions encore que de pauvres primates ( les humains), nous prenons la route ou plutôt l'autoroute à bord de différents véhicules. Avant de grimper à bord, nous sommes informés du type de véhicule : sa marque, son prix, son kilométrage, sa côte à L'Argus. Il y a aussi un rescapé de la préhistoire qui se déplace (au début) pedibus jambus, on appelait ça un auto stoppeur. le chemin que nous empruntons, quelque soit la voiture ou camion dans lequel nous posons nos fesses,est jalonné de slogans publicitaires, flash d'actualités,diffusés par les auto radios. Mais surtout, nous partageons les pensées les plus intimes des conducteurs, et parfois de leur passager. Il y en une bonne dizaine. L'un voyage avec son fils et discute non stop...enfin c'est un monologue puisque le fiston ne parle pas et se contente de tic tacquer de la tête. Il y a cet homme qui court rejoindre la femme de sa vie qui est mourante. Et puis ce père qui roule pour gagner sa croûte....et puis les autres....Tous ont un point commun, malgré les apparences et les vernis, c'est la solitude, stone le monde est stone! A part, ce couple dont l'amour permet de garder espoir et militantisme face à un monde bien injuste et décevant. Car finalement, de l'avoir plein les armoires ça ne règle rien, et si en plus l'armoire est vide,je vous laisse imaginer !
J'ai attendu, attendu la rencontre, l'événement qui allait relier tout ce monde, donner sens à ces kilomètres parcourus ensemble. L'événement arrive en effet. Peut on le nommer Destin? Il ne donne,en tout cas pas d'élan...
Après avoir été enchantée par le garçon, j'avoue être déçue de ce dernier roman de Marcus Malte. J'y ai trouvé des longueurs et n'ai pas vraiment accroché à l'histoire. La belle écriture de l'auteur, sa finesse d'esprit sont pourtant bien présents. Il y a un humour grinçant, sarcastique mais cela n'a pas permis le coup de coeur.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          210
gruz
  13 janvier 2020
Marcus Malte a un talent unique, il nous l'a prouvé avec ses précédents romans, Single Malte. Avec « Aires », son don s'est déMalteiplié !

Voilà un roman qui ne ressemble à aucun autre. Un chassé-croisé d'automobilistes sur des routes surchargées, tel un collage de morceaux de vies passés et présents. Des sucreries souvent acides, Maltesers de la littérature (mais absolument pas junk food).

Jeux de mots. L'une des caractéristiques de ce nouveau livre étonnant. La forme surprend d'emblée (avant qu'on ne se rende compte que le fond l'est tout autant). En ce qui concerne le jeu avec la langue, l'écrivain s'en donne à coeur joie. Et ce sur 500 pages, souvent denses ! Mots d'esprit, calembours, piques, saillies verbales…, tout y passe.

Ne tentez pas de trouver un point commun avec son précédent roman, le garçon, il n'y en a aucun. Histoire contemporaine (même si le passé ou l'Histoire font quelques incursions), construction syncopée, multiplication des voix et des voies (on roule et on parle). Un récit en mode patchwork, dont il est impossible d'anticiper le cheminement, sauf à se retrouver échec et Malte.

Pensées, monologues, dialogues, échanges, discordes, digressions. Les idées et les mots vagabondent le long des routes, rythmés par le staccato des infos radiophoniques et des publicités. Entrecoupés d'histoires dans l'histoire, de faits divers et variés qui ont changé la vie quotidienne des protagonistes ou marqué la société. Entremêlés.

Qu'il est difficile de parler d'un tel livre ! Inenvisageable d'imaginer le raconter. Chaque personnage vit sa vie dans son auto, pense à son existence, coincé entre ces tôles ondulantes et ces morceaux de plastique, parenthèses de leurs vies qui pourtant vont s'entrechoquer. L'auteur ne rend pas la vie facile à ses personnages (ni au lecteur), Maltetraitance assumée pour mieux faire passer le message.

Parce que les errances d'Aires sont tout sauf une plaisanterie. le ton est souvent mordant. L'auteur utilise l'humour, parfois le non-sens, et cette construction déstabilisante, pour imager son humeur sur les dérives d'une société qui roule à tombeau ouvert droit dans le mur. On comprend vite que le fond du propos n'a rien d'amusant.

Ça claque, ça tranche dans le vif, Malte ne mâche pas ses mots à travers l'imagination de ses chapitres. A chacun de se faire ensuite sa propre image mentale de ce qu'il vit à travers ce récit.

Car, l'écrivain nous fait douter durant ce roman touffu, on se demande ce qu'on lit exactement, comment qualifier un tel texte. Avant d'arriver à s'en faire sa propre signification. Aires permet en fait de prendre de la hauteur en roulant pied au plancher. Pas le seul paradoxe de cet étonnant roman.

Cet assemblage romanesque fait que chaque partie du tout sera vécu différemment, selon chaque lecteur, chaque sensibilité. Certains passages m'ont subjugué, d'autre intrigué, j'en ai trouvé certains trop longs, j'ai été également désorienté ou encore poussé à de vrais questionnements sur la vie.

Avec Aires, Marcus Malte ne reste pas à la surface des choses, il creuse, il approfondit. Son cheminement à géométrie variable n'est pas de tout repos, mais se révèle d'une richesse singulière. Dans la forme comme dans le fond, il prouve que la littérature ne tourne pas en rond. Comme s'il avait emmagasiné informations et émotions durant de longues années, et décidé de les partager à ceux qui ont l'esprit ouvert et curieux. Et qui ne sont pas effrayés de confier les clés du camion à l'écrivain sans savoir où il va les emmener (à l'image de l'étonnante aire de lancement et d'atterrissage du récit).
Lien : https://gruznamur.com/2020/0..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          206
pilyen
  15 janvier 2020
"Aires" ( d'autoroutes ...pas celles des problèmes de CM2 !) a un petit côté "La vie mode d'emploi" sauf que Marcus Malte, au lieu de s'intéresser aux habitants d'un immeuble comme Georges Perec, pointe son regard acéré sur une autre concentration d'humains, celle enfermée dans une boîte métallique sur roues et crachant des particules fines, un week-end d'août. Dans un chassé-croisé ( de vacanciers) sur ces chemins payants à 2 ou 3 voies menant vers la mer ou moins réjouissant, vers un domicile au Nord du pays, le roman va s'embarquer dans quelques uns de ces véhicules auprès de passagers dont nous allons prendre l'histoire en cours, écoutant les conversations lorsqu'ils sont plusieurs, pénétrant dans leurs pensées lorsqu'ils conduisent en solitaire.
Roman choral donc, classique pourrait-on dire, sauf que... nous avons Marcus Malte au volant et ça change tout ! Sur presque 500 pages, nous allons en voir, en lire, de toutes les couleurs, de toutes les formes. Petit conseil de départ ; ne vous laissez pas impressionner par l'ébouriffant prologue qui ouvre le livre, où cette invention d'un vocabulaire post moderne, tout à fait réjouissante pour certains, peut rebuter un lecteur moins joueur ou curieux.
Pour la suite, il va quand même falloir être joueur, accepter un roman qui va passer du récit de vie au dialogue, de la liste de dépenses au poème, le tout avec une multitude de personnages ( moins que chez Perec) dont on ne voit pas toujours ce qui va bien pouvoir les réunir. Cependant, aucune inquiétude, l'auteur fait des miracles avec son écriture. Sa mise en place demeure un modèle du genre et d'inspiration. Ses personnages choisis sont tellement forts, puissants, formidablement plantés, que jamais on ne les perd de vue. L'attention qu'il leur porte, les récits qu'il nous en fait nous accroche d'emblée et lui permet de dresser une synthèse de nos vies de français, riches ou pauvres, homme ou femme, jeunes ou vieux avec une telle acuité que tout un chacun peut se reconnaître au fil de cette odyssée. le verbe est précis et cash, pointant brillamment toutes nos contradictions, nos défaillances, nos courages comme de nos lâchetés, nos erreurs comme nos horreurs. Ce pourrait être terrible mais ça ne l'est jamais complètement, car l'auteur aime ses personnages et surtout, il parsème son texte d'un humour constant, jouant beaucoup avec les mots, plaçant partout des remarques judicieuses et drôles.
On dit le roman français nombriliste, sans saveur réelle, manquant de souffle ... Mouais, c'est en partie vrai, mais lisez Marcus Malte et vous verrez qu'il existe encore des romanciers inspirés, talentueux, qui ont un regard percutant sur nos sociétés, qui le disent haut et fort et TRES BIEN !
Lien : https://sansconnivence.blogs..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          90
celinezug
  14 février 2020
La premier sentiment qui m'a traversé en terminant ce roman c'est le soulagement !
Je ne sais pas si j'ai eu affaire à un génie dont je n'ai pas su percer le mystère où si tout simplement je n'ai pas aimé ce livre.
Il y a un peu des deux probablement, la construction du roman en forme de puzzle n'est pas tout à fait novatrice mais celle de placer ses personnages dans l'habitacle d'une voiture et de les faire se croiser sur une aire d'autoroute est particulièrement intéressante.
La réflexion glaçante sur notre monde à travers un narrateur dépourvu de la moindre empathie donne une ambiance oppressante où l'on voit tout doucement venir le drame.
La noirceur dépasse le simple stade de la tragédie, c'est implacable comme issue.
La difficulté réside dans le long temps que prend l'auteur à ce que ses personnages se croisent enfin, à ce que les longs monologues fassent sens pour le lecteur et aussi à ce que l'on ne décroche pas tout à fait entre temps.
Un roman difficile à conseiller mais un auteur qui ne manque pas d'intérêt pour autant, à suivre ... ou pas
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
Isalire
  07 mars 2020
C'est ici une foisonnante suite de paragraphes qui nous présente des personnages voyageant un été sur les autoroutes de France. Leurs destins se croisent et nous apprenons à les connaître dans leur diversité, le lecteur est là, dans l'habitacle, à la cafétaria, sur le parking avec eux. Marcus Malte offre en prime un saupoudré de ses pensées extraites de ses carnets.
Une belle écriture, une polyphonie savante et humoristique parfois, cynique souvent...
Commenter  J’apprécie          50
EmilieAFDL
  11 janvier 2020
À mes yeux, Marcus Malte est un des auteurs les plus talentueux et brillants, toutes générations et nationalités confondues. Autant vous dire que j'ai pleinement vécu cette sortie – ma première puisque je découvre cet auteur tardivement (comme d'habitude). Car une sortie, c'est toujours un moment particulier, entre excitation, appréhension et impatience. Aires avait tout le poids de mes attentes sur ses épaules, l'enjeu était gros, j'en attendais beaucoup. D'un bord, j'avais la certitude de passer un moment dingue avec le livre de cet écrivain, spécifiquement, de l'autre tintait la petite clochette qui voulait dire : attention il y a toujours un livre en deçà des autres, dans la bibliographie d'un écrivain. le tout est de savoir qui va aller se rhabiller : la certitude, ou la clochette ?

Très loin des romans que j'ai déjà lus de l'auteur, Aires se présente comme un livre qui dénonce (…) toutes les dérives de notre société, et dès le départ, le ton n'était pas le même. J'en ai été décontenancée ; presque inquiète. Il a fallu que je passe le cap des dix premières pages pour me rappeler mon expérience avec Carnage, Constellation, ce livre que j'ai tant aimé (un grand roman !) mais qui, au départ, m'a donné du fil à retordre, lui aussi. Parce que Marcus Malte est brillant (vous ne me ferez pas dire génie, mais le coeur y est) tout autant qu'il est (agréablement) particulier. Écriture, histoires, personnages… tout chez lui peut paraître déroutant de prime abord, et peut même rebuter. Sur moi, ces choses ont l'effet inverse. L'écriture, surtout. Et avec ce genre d'auteurs (peu nombreux), il faut que je me réhabitue au niveau littéraire, aux méthode et façon de créer la littérature, qui plus est quand le niveau est élevé, et à mes yeux, il l'est indéniablement ici.
Alors certes, une partie de moi avait dès le départ envie de vous hurler aux oreilles que, oui, bien sûr que j'ai aimé. C'est Malte, quand même ! Mais objectivité et sincérité obligent, je dois vous dire, ou vous redire, que les débuts ont été brumeux. Qu'il a fallu que je comprenne où l'auteur m'emmenait, tantôt en me tenant par la main, tantôt pas, pour que je me dise finalement : oui, d'accord, là on se retrouve. Et ça a pris un peu de temps.

En revanche, dès l'instant où j'ai compris que les chapitres n'étaient plus une suite de petites histoires faussement décousues, tout le puzzle s'est immédiatement reconstitué, et il n'y avait plus rien ni personne pour m'arrêter. Moi, l'histoire, les personnages… on pouvait désormais avancer ensemble, vivre ce texte si brillamment écrit, avec son humour, ses trouvailles, ces fulgurances, sa beauté et son esprit, son intelligence et sa finesse.

J'avais un peu peur, de cette histoire de critique de la société, mais finalement, noyée dans l'intrigue, ça passe vraiment bien et surtout ce n'est pas une finalité. Il y a une vraie histoire, aussi. Avec des personnages que l'on reconnait, identifie et cerne dès le départ, alors qu'il est facile de s'emmêler les pinceaux avec autant de personnages et cette construction « décousue ». Pas chez Malte (jamais, j'ai envie d'ajouter) !
Tous ces personnages vont, comme le résumé le promet, se rencontrer de près ou de loin, mais en tout cas, chaque destin n'est pas indépendant d'un autre. Car Aires, ce sont plusieurs petites histoires découpées et racontées par bribes, agrémentées d'actualités – parce que si l'autoradio ou la télévision des personnages fonctionne, autant en faire profiter le lecteur -, qui vont se rejoindre à un moment donné. Il y a les histoires de chaque personnage, d'un bord, et l'histoire des personnages entre-eux ou certains d'entre-eux, de l'autre. Au début c'est éparpillé, puis peu à peu les liens se dessinent, le tableau prend forme, l'intrigue se fortifie, s'impose, grandit, tout prend sens et s'explique.
Le tout, non seulement magnifié par l'écriture, est aussi embelli par la mise en page travaillée différemment suivant ce qu'on nous raconte et qui le raconte, et parfois même, on y croise une sorte d'illustration. de l'italique, du gras, des tailles de polices et des polices différentes… Aires est loin d'être monotone, et à tous les niveaux, on peut dire qu'il est moderne et qu'il ose. L'écriture accompagne donc ces destins jusqu'au dénouement déchirant car, durant 488 pages, on a eu le temps de s'enticher de ces personnages et comme après un rêve, on les lâche d'une violente façon qui calme tout le monde. C'est soudain et donc surprenant, car même lorsque le destin du premier personnage est scellé, on n'imagine pas quel lien l'auteur va créer avec un autre, ni comment toute cette histoire va s'enchaîner et s'imbriquer pour finalement, nous laisser orphelin en refermant la dernière page.

Marcus Malte est un écrivain que j'aime beaucoup, brillant, particulier mais doté d'un talent fou pour magner les mots et magnifier les phrases. L'écriture de cet écrivain compte autant que les histoires dans le plaisir que j'ai à le lire. Et l'histoire de Aires n'est pas une de celles déjà vues et revues. Au contraire, elle est si particulière que oui, certainement, tous les lecteurs ne suivront pas. Mais dans le fond, ce n'est pas bien grave, ça ne m'empêchera pas de conseiller cet auteur.
Lien : https://surlestracesde.wordp..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          51
ConstanceFarrugia
  12 mars 2020
Afficionados des destins qui s'entrecroisent, ce roman est pour vous ! Aires campe les trajectoires de dix véhicules lancés sur les autoroutes de France.

Le roman s'ouvre sur un prologue futuriste déclamé par ce que j'ai voulu voir comme une intelligence artificielle, héritière des Sapiens sapiens. L'IA, comme un choeur grec initie la fable. de Catherine Marie Thérèse Delizieu (notez la patte de Marcus Malte et son affection pour les jeux de mots), légataire d'un empire de l'alimentation pour chien et chat (sorte de Royal Canin fictif) jusqu'à Pierre-Peter, n clochard échoué dans une caravane, en passant par Sylvain Page, shopper addict ou encore Zoé, la candide et bienveillante Zoé, Marcus Malte brosse un portrait de France au vitriol.

Les destins sont lancés à 130 km/h. Rien ne semble à priori les unir et pourtant, ils vont se croiser et s'entrechoquer de bien des manières. Avec maestria, Marcus Malte mène cet imbroglio aussi incompréhensible que l'échangeur de Roissy. Nous restons suspendus au fil des pages qui sont autant de fils tissés par des Parques implacables. Unité de lieu, unité d'espace, unité de temps pour un récit polymorphe et polyphonique : le roman a tout de la tragédie tant tout y est déjà joué d'avance.

Le choeur poursuit inlassablement son chant : c'est celui de la radio qui relie l'ensemble des protagonistes et ne cesse de psalmodier des nouvelles de mauvais augure. C'est glaçant. Et cela m'a beaucoup ébranlée. Rien des vices de notre société ne nous est épargné. du cynisme des puissants aux tares qui naissent de la misère...

Silver économie, licenciements économiques, meurtre en série, sexisme, surconsommation et sur-endettement...il est assez stupéfiant de réunir autant de thématiques sociales dans un même récit. Et c'est tout à fait brillant de placer les intrigues précisément sur un terrain a-social. Parce que celui qui a déjà circulé l'été sur une autoroute française, a pu mesurer le fait qu'il n'y a aucun lieu qui ne mélange mieux les classes sociales. L'autoroute, en ce sens, est plus égalitaire que l'école ou les hôpitaux.

Encore une fois, Marcus Malte porte un engagement en littérature, c'est ce que j'avais apprécié dans son précédent roman Le Garçon. Toutefois, dans cet opus, même s'il est brillant, j'ai eu du mal à rester accrochée. Trop de jeux de mots parfois, trop d'orfèvrerie et de jeux sur les textes, comme ces inserts de classement des maisons les plus chères du monde. Enfin, la crudité des histoires, leur vraisemblance m'a vraiment bouleversée.

Alors, âmes sensibles, bouclez vos ceintures ! Pour les autres, passez la cinquième et foncez !
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20


Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

L'Echelle de Glasgow

Comment s'appelle l'adolescent dans le coma ?

Camille alias Kamo
Michaël alias Mika
Bastien alias Baba
Martin alias Tintin

10 questions
21 lecteurs ont répondu
Thème : L'échelle de Glasgow de Marcus MalteCréer un quiz sur ce livre