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Critiques sur Les Buddenbrook : Le déclin d'une famille (29)
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Allantvers
  21 août 2015
Fin de siècle, fin de race : telle est la prémonition qui traverse cette grande saga crépusculaire, publiée en 1900.
Bien qu'assez austère, à l'image de cette famille de bourgeois trop affairés dans le commerce et la tenue de son rang social pour perdre son temps à cultiver sa richesse d'esprit ou de coeur - cette occupation de manants et de dégénérés - , « les Buddenbrock » est un roman captivant de bout en bout, tant Thomas Mann réussit à transcrire de l'intérieur, en s'appuyant sur son propre vécu, les signaux faibles qui conduiront inéluctablement au déclin.
Sous sa plume sensible et rythmée, on assiste, tout au long de ces 850 pages, à la lente chute de cette famille sur quatre générations, de l'aïeul bâtisseur Johann, solidement ancré dans les valeurs traditionnelles de la bourgeoisie allemande du début du 19ème siècle dans lesquelles son fils le consul continuera de s'inscrire, à son petit-fils Thomas qui poursuivra l'oeuvre familiale mais qui, prenant conscience à l'aube de la cinquantaine qu'il tourne à vide sur des valeurs qui ne sont pas les siennes et engendrera le déclin, jusqu'au dernier né Hanno, l'artiste répugnant aux affaires du monde, indifférent à la déchéance de sa lignée.
Un classique magnifique et instructif.


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ivredelivres
  23 mai 2015
Un grand classique de la littérature allemande, lu il y a bien longtemps dans une très très mauvaise édition de poche où le texte était parfois quasi illisible.
Une impression ? quel talent !! car c'est un véritable pavé que ce roman qui conte la saga des Buddenbrook famille enrichie par le commerce et le travail acharné des chefs de famille qui se succèdent.
Trois générations à l'oeuvre avec patriarche et collatéraux, serviteurs et ennemis, réussite et faux pas et pour finir le déclin d'une famille.
Lübeck la riche cité de la Ligue Hanséatique voit la réussite de Johann Buddenbrook, paré de la réussite de sa maison, de son mariage il va devoir laisser la place à Thomas son fils aîné mais Christian le cadet, artiste raté, va donner du fil à retordre à la famille, maladie, échec de ses entreprises, mariage hasardeux et doucement la famille va connaitre des difficultés qui aboutiront à sa perte avec la figure de Hanno le jeune musicien.
Si Thomas Mann parvient si bien à décrire cette ambiance de maison bourgeoise, cossue, figée sur ses valeurs, c'est que son père fut un riche négociant et un Monsieur le Consul, et qu'il n'a eu qu'à puiser dans ses souvenirs.
le travail, l'épargne, le respect de la morale imprègnent la famille Buddenbrook qui a pour devise « Dominus providebit » Dieu y pourvoira ! A un moment Dieu fera faux bond hélas.
On baigne dans les débuts du roman dans le poids des traditions, le mobilier, les tenues vestimentaires et les longs diners aux plats qui n'en finissent pas. Mais les lézardes arrivent, des amours impossibles, des dots perdues, un gendre qui est un fieffé coquin, la superbe affichée par la famille Buddenbrook prend l'eau.
J'ai beaucoup aimé ce roman. Long certes mais l'on est vite fasciné par la force de cette communauté de marchands, par les liens qui les unissent et qui les font tenir debout.
Une époque où le destin des filles illustré par la figure de Toni, importait bien peu, et où pourtant elles jouent un rôle non négligeable par leur abnégation et ...leur dot. Une époque où le statut de l'artiste n'était pas accepté et où l'on y attachait l'idée de diléttantisme, d'oisiveté et de moeurs légères.
On décèle déjà le rôle pernicieux de la Bourse qui entraine spéculations et ruine et ne récompense pas toujours le goût du risque.
C'est un roman riche et puissant, une belle réflexion sur le statut social, les valeurs du travail et de la loyauté familiale car la famille touche à sa fin sans que jamais elle ne s'en rende vraiment compte.
Un pavé certes mais que l'on quitte à regret.

Lien : http://asautsetagambades.hau..
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Adenolia
  20 septembre 2015
Les Buddenbrook, le déclin d’une famille (Buddenbrooks - Verfall einer Familie).

Port de la mer Baltique, capitale et riche héritière de la ligue hanséatique qui régna sur le commerce en Europe du Nord jusqu’au XVIIe siècle, Lübeck est encore une ville prospère entre 1835 et 1877. Sur cet îlot à la confluence de la Wakenitz et du fleuve Trave, les marchands défendent encore jalousement leurs privilèges.

Thomas Mann naît à Lübeck en 1875, dans une grande maison à la façade baroque sur la Mengstraße. En été les familles bourgeoises se retrouvent dans la station balnéaire de Travemünde à l’embouchure du fleuve.
Son grand-père Johann est un riche marchand de grain et politicien, qui épousa en seconde noces Elisabeth Marty, fille d’une autre riche famille influente de Lübeck. Son père Thomas Johann est le plus riche marchand de Lübeck et un sénateur proéminent. Sa mère Júlia da Silva Bruhns, est la fille d’un planteur de canne à sucre allemand et d’une brésilienne, fille d’immigrants portugais ; née à Parati, près de Rio de Janeiro, elle n’a que six ou sept ans lorsque son père renvoie ses enfants en Allemagne mais reste très attachée à ses souvenirs d’enfance. Le couple Mann-Bruhns est dit mal assorti.
Les cinq enfants du couple n’auront pas le sens des affaires et préféreront le théâtre et l’opéra, comme leur mère. A la mort prématuré du père, l’héritage sera rapidement dispersé, les deux sœurs se suicideront alors que deux des frères se mettront à écrire des romans et des pièces de théâtre.

Roman très fortement biographique comme vous l’aurez compris, Les Buddenbrook paraît en 1901, c’est alors le premier roman d’un auteur de 26 ans. Il est l’observateur sans concession de son propre milieu naturel, social et politique. Sa description autant physique que psychologique des personnages est connue pour rappeler des romanciers tels que Balzac ou Zola.

C’est pourtant un roman des frères Goncourt, Renée Mauperin, qui aurait décidé Mann à se lancer dans l’écriture. Jeune fille bourgeoise moderne et artiste du XIXe siècle, Renée Mauperin cherche à secouer le joug des convenances mais passera sa vie à composer avec les bassesses et l’arrivisme de son frère.

Dans la dynastie bourgeoise des Buddenbrook, l’énergie et les qualités marchandes des ancêtres disparaissent avec l’affaiblissement physique des membres de la famille et l’affirmation de leur culture intellectuelle. Les exigences d’une vie de marchand bourgeois et d’artiste y sont inconciliables.

Le récit est construit essentiellement autour des quatre enfants :
- Thomas, le fils qui reprendra les affaires et qui épousera une musicienne d'une riche famille d'Amsterdam dont il aura un fils, le petit Hanno, enfant chétif qui ne montrera aucun intérêt pour les affaires et qui mourra prématurément.
- Christian, le second fils, qui sera incapable de travailler ou de trouver sa voie. Il fréquentera les artistes et accumulera les dettes.
- Antonie, Tony, qui se veut la dépositaire de l'honneur familial et qui par obligations sociales, renoncera à la possibilité de mener une vie simple et heureuse avec un médecin et fera deux mariages ratés.
- Et enfin la très pieuse Clara qui partira vivre à Riga avec un pasteur et mourra de tuberculose.

Les passages du roman qui se situent dans la station balnéaire de Travemünde ne sont pas sans rappeler un tableau impressionniste, par cette capture d’une vie simple baignée de lumière nordique, de moments libres et heureux au bord de la mer, en contact étroit avec la nature, où les émotions trouvent leur place.

Le chapitre V de la dixième partie m'a particulièrement interpellé par sa profondeur.
Les influences de Schopenhauer, Nietzsche et Wagner sont incontestablement très présentes tout au long du livre.

Cette chronique de famille a fait l’objet de plusieurs adaptations au cinéma et au théâtre. Le livre est bien plus complexe et profond que les adaptations cinématographiques.

- Challenge PAVES 2015 -
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LiliGalipette
  28 janvier 2017
Je voudrais vous y voir, vous, à résumer ce pavé mieux que ne le fait la quatrième de couverture. Chez les Buddenbrook, grande famille de négociants, on se marie, on se reproduit, on fait des affaires, on perd de l'argent, on en regagne un peu, on divorce et on voit la gloire familiale s'éteindre en quatre générations. La grande affaire est de faire prospérer la fortune pour établir les fils et doter les filles, sans léser personne. Hélas, même si le gâteau est gros, il n'en reste pas beaucoup quand tout le monde demande sa part, voire se ressert. Dans le grand livre qui se transmet de père en fils se déroule l'histoire quotidienne de la famille, avec les grands événements et les revers. La revue journalière prend alors des airs de légende pour celui qui la lit des années après son écriture. « Tout cela serait lu par les membres futurs de la famille avec la même piété qu'elle éprouvait à suivre maintenant les événements passés. » (p. 169) Pas de destin individuel chez les Buddenbrook, pas plus que de personnage principal dans ce roman. Chaque protagoniste s'articule aux autres et forme une chaîne « C'est précisément en tant qu'anneau de cette chaîne qu'elle avait aussi cette haute mission, si lourde de responsabilité, de collaborer par l'action et la volonté à l'histoire de sa famille. » (p. 169) Mais de la chaîne au monstre, il n'y a qu'un pas. L'entité Buddenbrook est une hydre aux multiples visages et dont certains membres sont affaiblis ou malades

Face à cette dynastie qui dégénère jusqu'à l'extinction, on pense forcément à Zola et à son naturaliste atavique. C'est avec grand plaisir que j'ai suivi le déclin des Buddenbrook et retrouvé la plume cynique et très réaliste de Thomas Mann. Plusieurs miniséries et téléfilms ont été tirés de ce premier roman de Thomas Mann. Je pars à leur recherche pour retrouver encore un peu cette impressionnante famille. Je vous conseille La mort à Venise de cet auteur.
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Taraxacum
  16 octobre 2012
Il m'a fallu deux essais pour réussir à entrer dans cette oeuvre mais l'effort en vaut la peine. Si au premier abord les Buddenbrook peut sembler parfois un peu ardu, c'est un livre profondément riche sur de nombreux plans.
La peinture des personnages est une merveille, ils sont d'une humanité extraordinaire, rendus vivants comme dans peu de romans, et cela qu'il s'agisse d'Antonie, fraîche et vivante et se laissant enchaîner à ses obligations sociales par orgueil familial, de Hanno, dernier des Buddenbrook, rêveur et complètement inadapté au monde qui l'a vu naître en passant par toute la famille... Thomas Mann peint avec talent une classe sociale qui s'emprisonne elle-même dans ses obligations, et n'oublie ni l'ironie, ni la tendresse pour ses personnages. le texte en lui-même est de toute beauté, que l'auteur décrive des paysages, qu'il esquisse les bouleversements de 1848 en Allemagne, vu par ses personnages par le petit bout de la lorgnette, qu'il parle de l'art ou de la complexité des rapports familiaux.
Ce roman mérite décidément sa réputation de classique de la littérature allemande et mérite d'être découvert et redécouvert.
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ventrebleu
  03 mai 2019
Les Buddenbrook sont un classique incontournable de la littérature allemande. Évidemment ces six cent cinquante pages et le renom de leur auteur, souvent décrit comme difficile d'accès, pédant et philosophe, sont des barrières psychologiques que beaucoup hésiteront à franchir. J'écris ce billet à l'intention de ces lecteurs car je pense cette réputation surfaite. Ce livre est au contraire, malgré les quelques pages à la fin de l'oeuvre où les références philosophiques ou musicologiques sont évidentes, un récit captivant et plein d'humour.

Bien que son narrateur soit omniscient, le texte adopte tour à tour le point de vue de différents membres de la famille Buddenbrook.

Dans un bon quart du récit l'accent est mis sur Antonie dite Tony, personnage clef qui survivra jusqu'à la dernière page du livre. Tony est une charmante écervelée, espiègle à neuf ans, lorsqu'elle met en doute au grand plaisir de son grand-père les vérités du catéchisme, comme à cinquante ans, lorsqu'elle se moque de sa vieille cousine en la traitant de vieux chameau. Tout au long de l'histoire et malgré ses déboires conjugaux répétés, elle marchera dans les rue de Lübeck, la tête portée fièrement en arrière et le menton sur sa poitrine sans accorder un regard à ces maudits parvenus de Hagenstroem.

Progressivement s'efface le personnage de Tony et c'est Johann junior, son père, qui attire l'attention. La personnalité de ce protestant austère et bigot est alors décrite en détail non sans cette subtile ironie qui accompagne toujours le style de Thomas Mann. Un exemple fameux est celui où le consul Johann mate la révolution de 1848 dans un seul discours en confrontant les révolutionnaires à leurs propres contradictions. Ce glorieux épisode qui ressemble plus à un exploit de Tartarin de Tarascon qu'à tout autre chose s'amplifiera par la suite en un mythe personnel du consul.

Ensuite, à la mort de Johann junior, Thomas Buddenbrook, frère de Tony, prend la relève et le lecteur suit ses heurs et malheurs aussi bien au niveau commercial (il tentera par tous les moyen d'assurer la pérennité de l'entreprise familiale fondée par son grand-père), que politique ou mondain (il deviendra sénateur) ou sentimental (après une romance de jeunesse à laquelle il renonce par ambition, il épouse Gerda Arnoldsen à la fois par amour et vision politico-commerciale). La personnalité arriviste de Thomas est mise en exergue par la comparaison avec Christian Buddenbrook, son frère dilettante, rejeté par la société et dont la vie se finira dans un asile psychiatrique.

La dernière partie du livre est consacrée au fils unique de Thomas, Hanno, personnage faible et sensible, à la santé fragile, dont l'unique intérêt est la musique et dont le destin est de se faire rejeter par la société bourgeoise. La mort de Hanno de la typhoïde à dix-sept ans scelle le destin tragique de la famille Buddenbrook.

Oui, il s'agit d'une tragédie. Mais les tragédies ne peuvent-elles pas être comiques? Je prétends que oui et que Thomas Mann le démontre ; car, même à la toute fin de son roman, quand il donne la parole à la vieille institutrice alors qu'elle se dresse contre le doute qu'émet Tony quant à une vie après la mort:
"- C'est la vérité! dit-elle de toute sa force, avec un regard de défi à la ronde.
Elle se dressait là, victorieuse dans le bon combat qu'elle avait mené toute sa vie contre les doutes que lui insufflait sa raison d'institutrice, bossue, minuscule et frémissante de conviction, petite prophétesse courroucée et enthousiaste."
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brigittelascombe
  24 août 2012
"Nous sommes pour ainsi dire les anneaux d'une chaine et,comme tels,nous ne saurions être imaginés sans la série de ceux qui nous ont précédé...."
Ainsi parle le consul à sa fille Tony dans Les Buddenbrook, une saga familiale qui conte la gloire et le déclin d'une grande famille de bourgeois allemands du XIX° siècle.Quatre générations se croisent et s'entrecroisent dans ou dans les environs de leur "spacieux hôtel" de la Mengstrasse de Lübeck, une somptueuse maison qui était celle de Thomas Mann lui-même, ce roman est donc une autofiction, un premier roman (adapté par la suite en série télé et en film) qui a valu un succès foudroyant à son auteur et le prix Nobel de littérature.
Johann, penseur tout droit issu du siècle des lumières, tour à tour sévère ou gai, le patriarche est à la tête d'une entreprise commerciale florissante "Johann Buddenbrook" fournisseuse des armées prussiennes. Son fils Johann dit Jean a lui aussi le sens du commerce.Fervent pratiquant, idéaliste et scrupuleux, il est consul.Après la révolution de 1948, vu la rude concurrence,les pertes d'argent se font ressentir.Le mariage de Tony avec un marchand, intéressé par sa dot, est un échec supplémentaire. Thomas, fils de Jean, élu sénateur, reprend l'affaire.Il est travailleur, mais la mort (de la typhoïde) de son fils unique Hanno, sensible et rêveur,signera sa propre mort et la vente définitive de l'entreprise familiale.
"Ainsi va la vie.."disait Tony à propos de ses expérience de la vie humaine, oui ainsi va la vie, les anneaux des lignées se défont parfois et les fêtes n'ont plus de raison d'être.
Retrouve-t-on sa liberté, uniquement, grâce à la mort, lorsque l'on est esclave de sa condition sociale?
Outre le style sobre,la plume parfois ironique, les belles descriptions de paysages et les portraits psychologiques forts, Thomas Mann a réussi à analyser une classe sociale de "simples commerçants" soumis au "devoir" de bien faire. Leur déclin s'annonce petit à petit, grâce à des caractères discordants comme celui de Christian, souffrant de crises nerveuses et plus enclin au théâtre qu'aux affaires.
Thomas Mann lui même fils d'un commerçant et sénateur a impliqué certains membres de sa famille qui se sont reconnus et l'ont critiqué.
Il est l'auteur des non moins célèbres: La montagne magique et La mort à Venise.
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Piling
  27 octobre 2010
J'aime les personnages de Thomas Mann, toujours. Il a le don de les rendre sympathiques, même les antipathiques, qui sont plus comiques que mauvais en leurs défauts : Grunlich et ses côtelettes dorées sur les joues, le banquier "singe méchant", c'est-à-dire autant singe que méchant et peut-être plus singe que méchant ou méchant parce que singe et n'y pouvant mais. C'est cela, sa touche habile : il trouve toujours la couleur comique de la méchanceté, ou bien la naïveté puérile de la vanité (Tony), ou le pathétique dans le comique (Christian) alors que les bons et les beaux ont presque tous une faille maladive (la fièvre de Thomas, les cernes bleuâtres de Gerda et de Hanno, les dents malsaines de Tadzio).

Je crois que Thomas Mann rend tous ses personnages attachants parce qu'il les aimait, comme Elsa Morante aimait les siens, et qu'ils en font de vieilles connaissances, dont on observe les travers et les répliques avec le même bonheur ou colère, avec la même patience ou impatience que nos familiers et nos intimes dans "la vie réelle".

Je relis donc les Buddenbrook très vite, trop vite, par gourmandise, et je me freine tout de même pour ne pas avoir à les quitter trop tôt, ou à les voir si vite décliner, comme on s'oblige à déguster à petites bouchées un de ses plats favoris.

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Woland
  24 décembre 2007
Buddenbrooks
Traduction : Geneviève Bianquis

Premier roman de Thomas Mann, "Les Buddenbrook" conte la splendeur et la décadence d'une famille de la bonne bourgeoisie hanséatique à compter de l'an de grâce 1839 - ou 1834, j'avoue que j'ai une doute Confused - date à laquelle toute la famille vient de s'installer dans cette somptueuse maison qui se verra achetée à la fin de l'ouvrage par le fils de parvenus.
A cette époque, le chef de famille se nomme Johann Buddenbrook et tous les espoirs lui semblent permis. Il a quatre enfants : Thomas, dit Tom, Christian, Antonie dite Toni et Clara. le titre de consul écherra d'ailleurs à Tom, qui reprendra aussi l'affaire familiale. Clara, la plus jeune, épousera un pasteur luthérien qui lui survivra et auquel elle lèguera sa part de la fortune familiale. Christian quant à lui ne fera pas grand chose de son existence et Toni ...
La souriante et fière Toni, pour qui le nom de Buddenbrook vaut titulature de prince, se mariera deux fois - et ses deux unions seront malheureuses. Son premier époux, Grünlich, ne prétend à sa main que dans l'espoir que la fortune qu'elle lui apporte fera patienter ses créanciers. Ce qui sera d'ailleurs le cas pendant huit ans. Puis les choses suivront leur cours et Johann Buddenbrook viendra lui-même chercher sa fille et sa petite-fille pour les ramener chez lui. Il laissera son gendre à sa faillite et, vu la personnalité détestable de celui-ci, le lecteur ne peut lui donner tort.
Le remariage de Toni avec le Munichois Permaneder, homme brave mais on ne peut plus rustre, ne lui apportera pas plus de joies. Comprenant un soir qu'il la trompe avec leur domestique, elle fait ses malles et repart dare-dare pour Lübeck, ville natale des Buddenbrook.
Telles sont quelques uns des événements majeurs de ce roman qui se lira facilement si l'on aime à la fois les grandes histoires familiales et les romans-pavés. Mann n'y atteint pas - première oeuvre oblige - à la perfection qui sera la sienne dans "La Montagne Magique" ou dans "La Mort à Venise" mais ses personnages, surtout Johann Buddenbrook et ses deux enfants, Tom et Toni, ont déjà une carrure qui annonce celle d'un Hans Kastorp.
Ajoutons que le roman restitue les péripéties sociales - la révolution de 1848 et l'émergence de la Prusse, entre autres - qui marquèrent le XIXème siècle de l'autre côté du Rhin. ;o)
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Gustave
  22 juillet 2014
"La valeur n'attend point le nombre des années". Tel se présente un des plus fameux vers du Cid de Pierre Corneille...Quelques siècles plus tard, c'est au jeune Thomas Mann d'en administrer la preuve magistrale.


William Faulkner aurait dit des Buddenbrook qu'il s'agissait du plus grand roman du 20ème siècle. Toujours est-il qu'il avait un exemplaire dédicacé par la main de Mann lui-même se trouvait dans sa bibliothèque.


Aussi étonnant que cela puisse paraître, les Buddenbrook m'ont rappelé...Tendre est la nuit, de Francis Scott Fitzgerald. Bien évidemment, le second n'était encore qu'un enfant quand quand Mann eut achevé ce premier roman, de sorte qu'il ne saurait être question de dire que l'Américain aurait influencé l'Allemand...


Non, ce qu'il y a d'assez frappant, c'est cette même représentation saisissante de la déchéance, dans ce qu'elle possède d'insidieuse et d'irréversible, par l'incapacité qu'ont les individus d'en reconnaître à temps les prémices, au-delà des différences abyssales séparant ces deux écrivains.


La conscience de la décadence est toujours une conscience tragique, en ce sens que c'est souvent lorsque toute action visant à la contrecarrer est désormais vaine qu'elle survient.


De ce fait, ce n'est pas par hasard que le roman accorde une place croissante à des tempéraments contemplatifs, davantages tournés vers la dimension intellectuelle et esthétique de l'homme (d'abord Christian Buddenbrook, puis son frère aîné Thomas, enfin son fils Hanno, qui clôt la lignée) que vers l'action pratique propre à cette lignée de commerçants (les deux premiers Buddenbrook, Johann père et fils).


Cette succession progressive d'hommes d'action vers des individus dominés par l'intellect épouse en effet la trajectoire descendante des destinées de la famille, comme si le caractère vain de toute action se manifestait de la sorte. Plus les générations avancent, et plus la conscience de l'inanité de l'action se manifeste chez les Buddenbrook. Hanno en est l'illustration la plus accomplie, lorsque la commotion esthétique éprouvée devant la représentation de Lohengrin, un des chefs-d'oeuvre de Wagner se traduit dans son esprit par un écoeurement absolu envers toute forme de vie pratique (dont le commerce) face à l'intensité de la contemplation esthétique face à l'oeuvre d'art.


Mais là où ce roman se montre d'une ambiguïté fondamentale, c'est qu'il peut apparaître par moments difficile de déterminer si l'arrivée de ces hommes de moins en moins aptes à l'action et au sens pratique qu'impose la direction d'une entreprise est la cause ou la conséquence de cette décadence familiale.


Le roman ne semble pas aussi tranché qu'on pourrait le croire en faveur de la première hypothèse. le mariage malheureux d'Antonie avec Bendrix Grunlich, son premier mari, a bien eu lieu avec l'assentiment de Johann Buddenbrook fils (le second du nom), un homme tout entier tourné vers le commerce, qui croyait faire là une affaire fructueuse...


A vrai dire, c'est essentiellement à travers des natures duales, ni tout à fait aptes à l'action qu'implique la vie de chef d'entreprise, ni assez talentueuses pour pouvoir entreprendre une carrière artistique ou intellectuelle que se manifeste la chute lente de la famille.


La troisième génération de Buddenbrook en est l'illustration même, à travers les personnages de Thomas et de Christian. le premier, chef de la firme familiale, profondément lettré et cultivé, n'en demeure pas moins attaché à un rôle auquel sa nature profonde ne le destinait pas: le second, un dilettante amateur prodigieux de théâtre, n'aura jamais ni le courage, ni le talent nécessaire pour tenter d'accomplir une vie d'artiste comme sa nature semblait le prédisposer. Hanno, de la quatrième génération, semble être le premier à se révéler être une pure nature d'artiste, à travers son talent de musicien: mais sa mort prématurée marque l'extinction de la lignée de Buddenbrook.


Ce qui semble paradoxalement marquer une forme de victoire de la contemplation sur l'action, c'est précisément l'écriture de ce roman par Thomas Mann lui-même. L'on se rappellera utilement à cette fin que la matière de ce roman est largement autobiographique, le jeune auteur qu'il était ayant alors puisé amplement dans l'histoire de sa propre famille, des commerçants semblables à bien des points aux Buddenbrook. L'écriture transfigure la vacuité de l'action et la déchéance d'une famille en l'intégrant dans le caractère intemporel d'un roman où l'échec et la tragédie même font sens en tant qu'ils contribuent à la mise en forme du récit.
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