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ISBN : 2213662207
Éditeur : Fayard (14/09/2016)

Note moyenne : 4.07/5 (sur 510 notes)
Résumé :
Un jeune homme, Hans Castorp, se rend de Hambourg, sa ville natale, à Davos, en Suisse, pour passer trois semaines auprès de son cousin en traitement dans un sanatorium. Pris dans l'engrenage étrange de la vie des "gens de là-haut" et subissant l'atmosphère envoûtante du sanatorium, Hans y séjournera sept ans, jusqu'au jour où la Grande Guerre, l'exorcisant, va le précipiter sur les champs de bataille.

Chef-d'œuvre de Thomas Mann, l'un des plus célèbr... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (54) Voir plus Ajouter une critique
Nastasia-B
09 juillet 2012
La Montagne magique est un livre lent et qui gagne à être lu lentement. Il fait partie de ses livres dont on ne sait trop s'ils appartiennent au roman ou à l'essai et dont Les somnambules ou L'Homme sans qualités seront le couronnement. L'auteur nous berce tel l'océan avec de fréquents va-et-vient à partir de points d'ancrage, prétextes à des réflexions, à des digressions, sur divers aspects de la vie aussi insolites qu'hétéroclites. L'oeuvre se présente comme un parcours initiatique pour le héros, Hans Castorp, soustrait à la réalité, à l'espace et au temps, dans une sorte de bulle que constitue un sanatorium d'altitude situé en Suisse au début du XXè, peu avant la première guerre mondiale.
À l'origine, Hans Castorp vient rendre une visite de trois semaines à son cousin soigné pour une tuberculose dans cet établissement. Thomas Mann a soin de nous présenter la vision de son héros puis les innombrables modifications qui s'opéreront à mesure que s'allongera son séjour au Berghof. D'abord ancré dans le monde et extérieur à la vie si spéciale du sanatorium et de ses habitués, le regard du jeune Hans Castorp va progressivement, par touches, basculer vers l'intérieur de l'établissement et être totalement déconnecté de la réalité du monde extérieur. Il va multiplier les expériences et les rencontres. Au premier rang desquelles celle de Ludovico Settembrini, pédagogue, démocrate, littérateur et phraseur italien de premier ordre, le médecin en chef Behrens, caustique et pragmatique, puis le remarquable contradicteur de Settembrini, Léon Naphta obscur jésuite, moyenâgeux, théocrate et cynique. Au Berghof, Hans Castorp rencontrera aussi la passion amoureuse pour la belle Clawdia Chauchat qui viendra souvent à l'encontre de ses programmes bien réglés d'éveil au monde sous la houlette de ses mentors. L'auteur désirait, paraît-il, écrire un livre contradictoire avec la vision classique de l'existence, à savoir, la fascination que peuvent exercer la maladie et la mort.
En manière de conclusion, je vais me risquer à donner ma version (je n'ai rien lu là-dessus, cette interprétation m'est toute personnelle) de l'explication du titre où, comme vous vous en doutez, il nous faut revenir à l'allemand. Dans la version originale, La montagne magique s'intitule "Der Zauberberg" et les germanophones trouveront une certaine ressemblance avec tout d'abord "Der Zauberlehrling", à savoir "l'apprenti sorcier" de Goethe que tout le monde connaît et dont le rapport avec Hans Castorp "expérimentant la séduction de la maladie et de la mort" semble assez évident (bien que le roman fasse clairement et ouvertement des appels du pieds à une autre oeuvre de Goethe, à savoir Faust, comme par exemple "la nuit des Walpurgis"), et d'autre part avec "Die Zauberflöte", à savoir "La Flûte enchantée" de Mozart. L'argument de cet opéra n'est pas sans rappeler certains éléments marquants du livre (le héros égaré dans un pays lointain et inconnu, la survenue du portrait de Pamina, qui ici prendrait immanquablement les traits de Clawdia Chauchat et de sa radio des poumons, etc.) et j'ai plaisir à deviner Tamino sous Hans Castorp (vous me donnerez votre avis si vous n'êtes pas d'accord avec moi).
Deux mots encore, ce livre est de ceux qui continuent d'agir en nous bien après que nous les ayons refermés pour le dernière fois et qui jouissent d'un formidable pouvoir d'édification. Il n'est pas spécialement captivant à la lecture et en ceci peut en rebuter certains, quoique je vous encourage vivement à atteindre la fin du livre et notamment la rencontre avec Mynheer Peeperkorn. Mais c'est aussi et surtout un livre sur le temps, son souterrain et impalpable travail, son caractère insaisissable et inéluctable. Mais tout ceci, bien sûr, n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose.
Pour finir, voici un petit extrait qui me semble résumer bon nombre des points abordés dans mon commentaire:
"Je suis ici, depuis assez longtemps, depuis des jours et des années, je ne sais pas exactement depuis quand, mais depuis des années de vie, c'est pourquoi j'ai parlé de « vie » et je reviendrai tout à l'heure sur le destin. Mon cousin, auquel je voulais rendre une petite visite, un militaire plein de braves et de loyales intentions, ce qui ne lui a servi de rien, est mort, m'a été enlevé, et moi, je suis toujours ici. Je n'étais pas militaire, j'avais une profession civile, une profession solide et raisonnable qui contribue, paraît-il, à la solidarité internationale, mais je n'y ai jamais été particulièrement attaché, je vous le confie, et cela pour des raisons dont je ne peux rien dire, sauf qu'elles demeurent obscures. Elles touchent aux origines de mes sentiments (...) pour Clawdia Chauchat (...) depuis que j'ai rencontré pour la première fois ses yeux et qu'ils ont eu (...) déraisonnablement raison de moi. C'est pour l'amour d'elle et en défiant Settembrini, que je me suis soumis au principe de la déraison, au principe génial de la maladie auquel j'étais, il est vrai, assujetti depuis toujours, et je suis demeuré ici, je ne sais plus exactement depuis quand. Car j'ai tout oublié, et rompu avec tout, avec mes parents et ma profession en pays plat et avec toutes mes espérances, (...) de sorte que, je suis définitivement perdu pour le pays plat et qu'aux yeux de ses habitants je suis autant dire mort."
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Sarindar
10 février 2015
Ce long séjour au Sanatorium Berghof, à Davos, de Hans Castorp, héros principal de la Montagne Magique de Thomas Mann, roman qui fait comme une arche dans sa rédaction au-dessus de la Première Guerre mondiale, n'est-il marqué que par la réflexion de l'auteur sur la dilatation du temps en période et milieu de cure, où l'on se trouve tout à coup enfermé dans un espace confiné où l'air est si pur, au milieu de gens avec lesquels on finit par nouer de forts liens dus à la proximité, ou bien une autre façon de décliner le thème de la fin d'une époque, complémentaire au premier grand roman-fleuve de l'auteur, les Buddenbrook, avec sa description du déclin d'une grande famille bourgeoise comme le fut justement celle du père de Mann ?
Ici, pas d'échappatoire possible : êtes-vous bien portant et juste de passage, on vous trouve rapidement une pathologie dont vous ignoriez jusqu'ici l'existence ; Castorp qui ne devait faire ici qu'un court séjour pour voir son cousin, Joachim Ziemssen, se trouve lui-même rapidement absorbé par l'atmosphère qui règne dans le petit univers des "gens d'en haut" et happé par ce petit milieu où tout le monde connaît tout le monde, les travers, habitudes de vie et de pensée de chacun des patients ou des soignants.
Il plaît à Mann de recevoir le phénomène de radiographie comme un révélateur des maux dissimulés du corps comme la psychanalyse révèle les tendances lourdes et les caractéristiques d'une psychologie, dans le prolongement des romans d'analyse. Est-ce que l'on peut aussi décrypter la puissance du choc de l'amour devenu perceptible jusque dans les formes du corps de l'aimée observé cliniquement et découvert avec la force d'une apparition quand surgit dans le décor le personnage fascinant de Clawdia Chauchat, compagne de Peeperkorn, homme étrange et parfois inquiétant, tout autant que le sont le franc-maçon italien Settembrini et le jésuite coupeur de cheveux en quatre Naphta, qui ne craignent pas de se lancer le défi d'un duel ridicule où l'on voit passer l'ombre d'un Pouchkine, comme le point d'orgue d'une longue dispute d'intellectuels convaincus chacun de son côté d'avoir absolument raison.
C'est à cela, à ces jeux innocents que s'occupent des gens qui vivent là-haut les derniers instants d'une paix rendue précaire et compromise par le comportement suicidaire des sociétés occidentales, en bas dans la vallée.
Il faudra donc, pour Castorp quitter les cimes et le havre de paix illusoire des sommets pour rejoindre les rangs des hommes qui vont bientôt s'affronter au milieu de l'horrible dédale des tranchées, dans l'exposition aux terribles effets du gaz moutarde.
François Sarindar, auteur de : Lawrence d'Arabie. Thomas Edward, cet inconnu (2010)
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peloignon
23 février 2013
Roman d'hypocondrie, d'amour de la mort, de temporalité.
À la montagne magique, on passe tout son temps en vaines occupations quotidiennes et rassurantes, qui permettent d'oublier d'exister pour se concentrer sur de petits gestes ordonnées par l'autorité médicale et sur les jouissances accompagnant l'appartenance à la classe bourgeoise.
Le personnage que Mann nous fait suivre apprécie également les profondes réflexions métaphysiques sur toutes sortes de sujets comme le cours du monde, la temporalité, ce qui dépasse l'humain et sur tout ce qui permet une sublimation purement idéelle de son ennui.
Cette montagne permet une complicité, moins magique qu'ensorcelée, entre l'inconscient de bourgeois anxieux, souhaitant fuir toute possibilité d'existence, pour une vie de mort vivante, retirée à la montagne, le regard obsédé par quelque défectuosité corporelle, active ou en puissance, qu'on aura eu l'amabilité de lui diagnostiquer.
Y croit-on vraiment, parmi les autorités médicales de la montagne, à l'air vivifiant, aux résonances, aux expérimentations sur le pneumothorax ?
Peut-être…
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JacobBenayoune
25 novembre 2015
Il est des lieux magiques, des lieux étranges où rien ne se passe, où l’inaction, l’oisiveté et la monotonie règnent. Des lieux vastes qui ressemblent à de grandes prisons, où les mêmes activités se répètent avec presque les mêmes personnes. Des "lieux vains et fades où gît le goût de la grandeur", comme le dit si bien Saint-John Perse dans "Exil". Le titre de ce recueil décrit parfaitement la situation exceptionnelle de ces malades du sanatorium. Un exil volontaire. Dans ce lieu, le sablier du temps ralentit ; les graines de sables sont trop grandes (la plus petite unité du temps étant le mois) pour s’écouler naturellement. Des expressions comme "les jours passaient" deviennent sans intérêt, presque incompréhensibles. La définition exacte d’un moment ou d’une durée est impossible, objectivement impossible. Les jours les plus chargés d’événements sont plus longs que ces jours monotones et libres qui se ressemblent tous et deviennent, après, comme un simple et unique jour.
En rendant visite à son cousin Joachim, Hans Castorp était "un simple jeune homme" comme le désigne l’auteur au début du roman. Sa visite de trois semaines qui devait se passer dans les conditions les plus simples dans ce sanatorium est devenue une aventure interminable au goût de l’éternité, un parcours initiatique, une formation spirituelle. Sa vie allait changer dans un lieu invariable, inchangeable où les actions se réduisent à l’essentiel (l’élémentaire) d’une existence horizontale. Celui qui était destiné à servir le progrès et devenir ingénieur, oubliera tout ce destin radieux, il oubliera jusqu’à l’existence même du fameux "pays plat". Il s’effacera dans cette foule de malades (imaginaires?), lui qui se croyait bien portant. Il partagera leurs repas, leurs habitudes strictes, leurs comportements incompréhensibles. La maladie sera ce passage nécessaire par lequel il peut se connaitre, se voir de l’intérieur. Sans doute Hans Castorp était plus chanceux sur cette montagne que le pauvre Drogo dans son "Désert des Tartares" (autre grand roman sur la fuite du temps) de rencontrer des gens comme Settembrini, Naphta, Clawdia Chauchat et l’illustre Peeperkorn pour l’instruire, le séduire ou l’émerveiller. On va suivre ce Hans, cet "enfant difficile de la vie", on va vivre avec lui ses activités, ses rêves, ses sentiments, toute sa nouvelle vie, et l’on aura un goût amer en se séparant de lui en terminant cette lecture. Je crois que Hans Castorp a pu inscrire son nom dans la liste illustre des personnages de romans les plus célèbres.
L’art de Thomas Mann apparaît dans cette capacité extraordinaire à présenter la thèse et l’antithèse, à les illustrer, à les développer avec maîtrise et justesse. Les dialogues entre Settembrini et Naphta sont un exemple de ces conflits qui existaient entre intellectuels de l’époque de l’auteur, celle de l’Avant-Guerre. Ils illustrent parfaitement cette idée qu’on trouve dans "Jacques le fataliste" dans laquelle Diderot nous explique que toute thèse peut être soutenue de deux manières différentes et les deux visions sont plausibles, voire acceptables. De même pour ces deux antagonistes, ils auront tous les deux leurs adeptes, ils en ont même aujourd’hui car ce qu’ils exposent sur différents sujets dans un souci pédagogique est encore d’actualité. On débat, aujourd’hui même, du véritable sens de la liberté, des valeurs des révolutions, du progrès scientifique, de fanatisme. Car après tout, notre époque n’est-elle pas, elle aussi, une époque d’Avant-Guerre malheureusement ? Chacun des deux veut imposer son point de vue, excité par la présence de l’élève assidu et docile Hans Castorp, jusqu’au point culminant de ces débats, et there will be blood ! le jésuite radicaliste veut instaurer le royaume de Dieu, le franc-maçon humaniste la république universelle. Chacun met en garde son élève de l’emprise nuisible de l’autre mentor. Ces longs dialogues (en variant les types de discours rapporté) sont à relire ; ils consistent de véritables débats, des essais romancés si je me permets de les nommer ainsi, puisqu’à aucun moment, on ne sent que l’auteur s’éloigne du genre romanesque. "La Montagne magique" est un roman et ce qu’il dit ne peut l’être que par cette forme (pour emprunter la définition de Kundera du genre romanesque).
La maladie et la mort sont omniprésentes dans le roman. Chacun des patients portent en lui sa mort, "cette mort qui est notre compagne, du matin jusqu’au soir, sans sommeil, sourde, comme un vieux remords ou un vice absurde" comme le dit Pavese dans son poème le plus célèbre. Au regard de la mort, un sourire doit être esquissé comme celui de cette jeune fille que Hans et son cousin emmènent voir le cimetière. Pour la maladie, chaque protagoniste va donner sa vision de cette compagne fidèle des habitants du Berghof. La réflexion sur la maladie mène les personnages à une autre réflexion sur le conflit entre corps et âme. Ce corps traitre qui succombe à la maladie, qui empêche le génie à s’épanouir (Le poète Leopardi) et le courage à s’exprimer (Joachim). Joachim en véritable brave soldat, en loup stoïque, affrontera son mal jusqu’au bout.
Dans ce roman, Thomas Mann donne à chaque personnage des traits qui nous intéressent, nous accrochent. Son art de la caractérisation est fascinant, il l’utilise avec subtilité, avec un art d’observateur fin, employant des comparaisons bien placées et des métaphores pour illustrer ses descriptions. Settembrini le joueur d’orgue de Barbarie, Mme Stöhr l’idiote, Ferge le simple d’esprit, Wehsal l’amoureux déçu, Naphta le petit élégant, Mlle Kleefeld la joyeuse, l’étrange Elly aux capacités surnaturelles, Maroussia à la grosse poitrine qui sourit tout le temps, le docteur Behrens aux yeux larmoyants et aux grosses mains, son adjoint Krokovski l’amateur de psychanalyse au tablier noir, et tant d’autres à qui le romancier donne des surnoms ou brosse un portrait caricatural. Son humour est là (un humour qu’on ne devine pas lorsqu’on voit l’air sérieux que montre Thomas Mann dans toutes ses photos). La narration de Mann se veut réaliste, c’est son dessein qu’il annonce dès le début, mais on sent sa présence dans le roman, il est là à chaque fois. Il accompagne son personnage comme une ombre. Ce réalisme reste fidèle à soi, même dans la description de faits surnaturels dans la partie concernant Elly et cet esprit Holger. Sa narration est orchestrée par l’introduction de dialogues passionnants et passionnés (comme je viens de le mentionner), mais aussi de descriptions sublimes et poétiques des lieux (la montagne en neige). Féru d’art, Mann n’oublie pas de l’exprimer à travers ses personnages : la poésie et la musique surtout sont là.
Non sire Mynheer Peeperkorn, je ne vous oublie pas, impossible. La rentrée de ce personnage dans ce roman est majestueuse. On peut charmer de deux façons différentes : par les idées qu’on développe (Naphta et Settembrini) ou par la personnalité ; et c’est le cas de ce hollandais, ce Dionysos. Thomas Mann lui consacre, au plaisir du lecteur, presque une centaine de pages (70 pages) et lui donne vie par sa description méticuleuse. Cet homme aux lèvres déchirées, aux discours entrecoupés, aux gestes majestueux aura une sortie aussi fantastique que son entrée.
Et finalement, on vient à Madame Chauchat, Clawdia Chauchat aux yeux de Kirghize. Hans Castorp connaitra l’amour dans ce sanatorium comme Fabrice dans sa prison. Il aimera Mme Chauchat à qui sa condition de malade donne une liberté qui l’affranchit de sa situation de femme mariée (un bienfait de la maladie !). Il l’aimera à cause de ses yeux qui lui rappellent un certain élève qu’il admirait comme Swann tombe amoureux de cette Odette qui ressemble à une figure féminine dans un tableau. Cette femme insoucieuse sera un motif pour Hans Castorp afin qu’il reste dans une attente fidèle. Mahmoud Darwich disait dans l’un de ses poèmes, "entre Rita et mes yeux, il y a un fusil", tandis qu’entre Hans et Pribislav (l’élève) ou Clawdia, il y a un crayon. Le premier pas qu’il effectue à la rencontre de ses objets d’admiration est la demande d’un crayon. Je ne me souviens pas s’il y a parmi les moyens d’aborder une fille dans "L’Art d’aimer" d’Ovide le moyen du crayon. Tout dans cet amour est spécial. Ce crayon, le portrait interne que lui offre Chauchat, mais surtout ce dialogue avec l’aveu pendant ce carnaval.
"La Montagne magique" représente cette époque courte mais tumultueuse, nerveuse, entre la fin d’un siècle et le début d’une guerre. Une époque où les idées pullulent, bonnes ou mauvaises (Freud, Nietzsche, Marx, Darwin…), les inventions et le progrès scientifique primaient, une époque où les esprits curieux et inquiets s’affrontaient. Tout cela va finir par la Guerre, le coup de tonnerre qui va réveiller tout le monde, pour tout recommencer.
P.S. Il est déconseillé d’emmener ce livre en rendant visite à un cousin malade. Il serait de mauvais augure.
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colimasson
04 mars 2014
La Montagne magique culmine à 975m (échelle Livre de Poche). le voyage commence à une altitude de 11m. Journal de bord d'une ascension.

Jour 1 11m / 54m
On parle d'altitude et d'éloignement. Devrait-on plutôt parler de temps ? le passé semble en interaction ininterrompue avec le présent. Sitôt en route avec Hans Castorp, voilà qu'il nous parle des évènements les plus personnels de son enfance, ceux qui ont servi de fondation à l'identité qu'il nous présente en ces débuts de pages. Ses aïeux, la mort d'une mère, d'un père puis d'un grand-père –on pourrait parler de coïncidence : « Celui qui était étendu là, ou plus exactement, ce qui était étendu là, ce n'était donc pas le grand-père lui-même, c'était une dépouille qui, Hans Castorps le savait bien, n'était pas en cire, mais faite de sa propre matière, c'était là ce qu'il y avait d'inconvenant, et d'à peine triste –aussi peu triste que le sont les choses qui concernent le corps et qui ne concernent que lui. » Hans Castorps m'a déjà emballée. N'omettons pas non plus un détail qui renforce la proximité : Hans Castorp a mon âge : « Lorsqu'il entreprit le voyage au cours duquel nous l'avons rencontré, il était dans sa vingt-troisième année ». Mal de mer existentiel et grand mépris de la mort en tant qu'objet de tragique, voilà le mélange idéal.

Jour 2 54m/148m
On se sent bien sur cette Montagne magique. le sanatorium s'avère être plus accueillant qu'il n'y paraît et c'est peut-être là que réside le piège : il happe ses visiteurs hors du monde commun et les plonge dans un milieu fascinant constitué de lenteur et de grâce. « Et pourtant, on est bien chez nous ! Allons, monsieur votre cousin nous appréciera sûrement mieux que vous, et saura s'amuser. Ce ne sont pas les dames qui manquent, nous avons ici des dames tout à fait délicieuses ». le sanatorium se constitue en communauté au sein de laquelle les uns et les autres se croisent quotidiennement et s'observent. La focalisation du regard sur l'autre intervient en dernier lieu, lorsque toutes les autres distractions se sont évanouies. Pauvreté qui permet de s'ouvrir sur une richesse dédaignée dans la vie quotidienne précipitée, elle me rappelle ce passage du Portrait de Dorian Gray : « Qu'est-ce qu'un rapport humain aujourd'hui? Il afflige par sa pauvreté. |...] Rencontrer quelqu'un devrait constituer un événement. Cela devrait bouleverser autant qu'un ermite apercevant un anachorète à l'horizon de son désert après quarante jours de solitude ». Oscar Wilde aurait dû faire le voyage avec nous. Et la maladie, au fait ? On s'en fout, cela fait longtemps qu'on ne s'en préoccupe plus –mieux encore, on s'en amuse et on s'en sert comme d'un agrément relevant agréablement la monotonie d'une vie monacale. « La maladie n'est aucunement noble, ni digne de respect, cette conception est elle-même morbide, ou ne peut conduire qu'à la maladie. » Toutefois, elle reste l'enjeu de tous les résidents du sanatorium car elle donne le droit de prolonger son séjour sur les hauteurs de la Montagne magique.

Jour 3 148m/238m
Hans Castorp me plaît toujours. Nous sommes deux invalides de même nature : « Je crois même que, dans l'ensemble, je m'accorde mieux avec des gens tristes qu'avec des gens gais. […] Lorsque les gens sont sérieux et tristes, et que la mort est en jeu, cela ne m'oppresse ni ne m'embarrasse, je me sens au contraire dans mon élément, et en tout cas mieux que lorsqu'on a trop d'entrain : ce qui me plaît beaucoup moins ». Hans Castorp me fait miroiter l'horizon d'un projet de vie qui ne me semble pas moins enviable que ce que le monde actuel me donne le droit d'espérer. Passer sa jeunesse dans un sanatorium, sans autre préoccupation que celle de sa maladie –c'est-à-dire de soi- et de ses amours –c'est-à-dire des autres. On déploierait alors, comme lui, une habilité psychologique à saisir tous les enjeux des relations et à les disséquer avec ironie. Qui n'a jamais connu un Pribislav ? « Ainsi s'était-il habitué de tout coeur à ses rapports discrets et distants avec Pribislav Hippe, et il les tenait au fond pour un élément durable de son existence. Il aimait les états d'âme que lui procuraient ces rencontres, l'attente de savoir si l'autre passerait aujourd'hui près de lui, le regarderait, les satisfactions silencieuses et délicates dont le comblait son secret, et même les déceptions qui en découlaient, et dont la plus grande était que Pribislav « manquât la classe », car la cour était alors vide, la journée privée de toute saveur, mais l'espoir demeurait ». le sens de l'observation de Hans Castorp s'étend à tous les domaines qui l'entourent…

Jour 4 238m/ 332m
… à trop de domaines ? Maintenant que Hans Castorp semble s'être installé durablement et que le charme des découvertes s'estompe, l'histoire s'enlise doucement. Hans Castorp bénéficie d'un regard extra-lucide sur les autres et sur lui-même, mais au prix de quelle quantité de descriptions… Des pages viennent simplement nous confirmer l'impression d'une atmosphère que nous pouvions déjà ressentir sans peine ; d'autres pages s'amusent à décrire sans fin les apparats, les postures et les expressions de nombreux personnages auxquels nous ne nous attachons pas particulièrement. On comprend qu'il n'y ait rien d'autre à faire dans ce sanatorium, faisant de la maladie et des conversations mondaines le monopole d'une existence –au fait, vous ai-je dit que Hans Castorp a officiellement été déclaré comme souffrant ?- et Thomas Mann insiste souvent sur la relativité d'un temps qui s'est libéré des contraintes de mesures habituelles, à la manière de son récit qui pédale dans la pagination pour nous faire éprouver toute la longueur de l'ennui. On commence à très bien le ressentir. L'ascension devient plus difficile.

Jour 5 332m/402m
Au moment où la lassitude commençait à s'installer, voilà que s'approche M. Settembrini, déjà aperçu à plusieurs reprises, mais jamais aussi durablement qu'au cours de cette étape. Puisqu'il ne se passe factuellement rien dans ce sanatorium des montagnes, les conversations entre malades sont les derniers refuges d'exotisme dans lesquels se réfugier. La parole conduit droit à l'abstraction d'autres mondes et on découvre, avec M. Settembrini, toute l'influence d'une époque nourrie par les idées des décadents et des physiologistes –même, Nietzsche ne se trouve jamais bien loin : « Rien n'est plus douloureux que lorsque la partie animale, organique de nous-même, nous empêche de servir la raison ». Hans Castorp absorde ces idées nouvelles. Comme il ne fait jamais rien à moitié, des pages et des pages l'entraînent dans la découverte d'un monde nouveau : celui où la physiologie balbutiante se trouve des affinités avec l'imagination romantique d'un Baudelaire. Est-ce à dire que tous les physiologistes et artistes romantiques pataugeaient eux aussi dans le désoeuvrement ?

Jour 5 402m/506m
Déclarer son amour dans une langue étrangère apprise sur le tard, qu'est-ce que cela change ? Quelle idée… contenant le potentiel le plus romantique qu'il soit : « Moi, tu le remarques bien, je ne parle guère le français. Pourtant, avec toi, je préfère cette langue à la mienne, car pour moi, parler français, c'est parler sans parler, en quelque manière, sans responsabilité, ou, comme nous parlons en rêve ». Même lorsqu'il se montre fleur bleue, Hans Castorp ne peut s'empêcher de déployer ses dons de vivisecteur. La Montagne magique devient plus alanguie et vénéneuse. Je l'aimerais quand même moins placide.

Jour 6 506m/598m
Encore une nouvelle grimpe éprouvante. Toujours rien d'autre à faire que de parler sur cette Montagne magique qui échappe à l'écoulement classique du temps. Hans Castorp se laisse griser par une vision mythique du monde qui attire l'approbation de toutes mes propres représentations : « Lorsque le soleil sera entré dans la constellation de la Balance, dans trois mois environ, les jours auront de nouveau diminué suffisamment pour que le jour et la nuit soient égaux. Ensuite, ils diminuent de nouveau jusqu'à Noël, cela tu le sais bien. Mais veux-tu, s'il te plaît, réfléchir à ceci : pendant que le soleil traverse les signes de l'hiver, le Capricorne, le Verseau et les Poissons, les jours augmentent déjà de nouveau. Car voici qu'approche de nouveau le point du printemps, pour la trois millième fois depuis les Chaldéens, et les jours augmentent de nouveau jusqu'à l'année suivante, lorsque revient le commencement de l'été ». Mais lorsqu'il est question d'une lointaine politique, je n'y comprends plus grand-chose et laisse les personnages à leur controverse sur des pages et des pages. Oui, le temps dure longtemps, Hans Castorp a raison. Et le temps oscille de l'ennui extrême à la plus vive exaltation. On ne sait plus trop si c'est bon ou mauvais. On a envie de tout laisser de côté, écoeuré, jusqu'à ce que la curiosité nous donne envie d'y revenir.

Jour 7 598m/716m
Il neige, il neige, il neige… des pages sur la neige… faut dire que ça repose, après avoir suivi une conversation de même longueur entre Naphta et Settembrini. Les deux hommes, instruits jusqu'à ras-bord et dégoulinants de principes, s'affrontent en politique, en philosophie et en religion, mêlant les concepts avec le plus sérieux lorsque leur raison principale consiste seulement à triompher des opinions de l'autre. Finalement, qui gagne ? le scepticisme et la vanité de tout dogme, dont la dénonciation semble, entre autres, être l'une des principales marottes de cette Montagne magique. Au passage, Thomas Mann nous glisse quelques informations historiques concernant certaines sociétés secrètes…en aurait-il été ? Dans un autre genre, le sanatorium de sa Montagne en constitue une déclinaison particulière, réservée à ceux qui accepteront de se montrer « malades » de la vie que les autres mènent en bas, à ras les pâquerettes. Il est délicieux de cracher dans la soupe lorsqu'on peut boire de la bisque de homard tous les jours…

Jour 8 716m/828m
La montagne magique a fini par me rendre insensible, même aux évènements les plus cruciaux et les plus funestes du sanatorium. Les années et les résidents passent dans l'indifférence : nouveaux ou anciens, leurs personnalités se confondent en une seule unité condamnée au scepticisme. Les différentes voix des personnages pourraient n'être que les murmures à contre-courant d'une seule conscience que la réflexion agite sans cesse. Nous lisons les tergiversations d'une conscience livrée à elle-même sans autre nourriture spirituelle que les sensations d'un corps agréablement morbide et parfois voluptueux.

Jour 9 : 828m/944m
Plus les pages défilent, plus le temps passe, et plus le désoeuvrement qui se vit dans le sanatorium, après des années d'exaspération physique et de contentement intellectuel, se fait l'illustration d'une barbarie culturelle qui ne s'illustre jamais mieux que dans les joutes oratoires entre les divers patients érudits et éloquents de ce lieu. Quelques éclairs de génie, mais toujours beaucoup de fatigue, entre l'étalage d'une collection de musiques et des séances de transe dignes des présentations publiques du docteur Charcot.

Jour 10 : 944m/975m
Une fin percutante et synthétique, à l'image de ce qu'aurait dû être toute la Montagne magique. Mais alors, si tel avait été le cas, la montagne n'aurait été plus qu'une colline, pas assez éloignée du monde pour gagner ses étendards de microscome d'une certaine société malade. Plus on gravit cette montagne, plus se tarit l'exaltation des débuts. En quelques pages, Thomas Mann excelle à transmettre son message ; tout le reste consiste en une répétition qui se plaît aux joutes et développements oratoires aussi longs et laborieux que stériles voire prétentieux. Toutefois inévitable, cette alliance du fond et de la forme achève l'ascension de la Montagne magique de la façon la plus cohérente qu'il soit. Un livre qu'on ne peut apprécier qu'à condition d'être aussi éloigné de la conception classique du temps que ne l'était Hans Castorp, réfugié dans un sanatorium pendant les sept années les plus vigoureuses de la vie d'un homme.
« L'analyse est bonne comme instrument du progrès et de la civilisation, bonne dans la mesure où elle ébranle des convictions stupides, dissipe des préjugés naturels et mine l'autorité, bref, en d'autres termes, dans la mesure où elle affranchit, affine, humanise et prépare les serfs à la liberté. Elle est mauvaise, très mauvaise dans la mesure où elle empêche l'action, porte atteinte aux racines de la vie, est impuissante à lui donner une forme. L'analyse peut être une chose très peu appétissante, aussi peu appétissante que la mort dont elle relève en réalité, apparentée qu'elle est au tombeau et à son anatomie tarée. »
Lien : http://colimasson.over-blog...
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Citations & extraits (89) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B26 novembre 2012
Je suis ici, depuis assez longtemps, depuis des jours et des années, je ne sais pas exactement depuis quand, mais depuis des années de vie, c'est pourquoi j'ai parlé de « vie » et je reviendrai tout à l'heure sur le destin. Mon cousin, auquel je voulais rendre une petite visite, un militaire plein de braves et de loyales intentions, ce qui ne lui a servi de rien, est mort, m'a été enlevé, et moi, je suis toujours ici. Je n'étais pas militaire, j'avais une profession civile, une profession solide et raisonnable qui contribue, paraît-il, à la solidarité internationale, mais je n'y ai jamais été particulièrement attaché, je vous le confie, et cela pour des raisons dont je ne peux rien dire, sauf qu'elles demeurent obscures. Elles touchent aux origines de mes sentiments (...) pour Clawdia Chauchat (...) depuis que j'ai rencontré pour la première fois ses yeux et qu'ils ont eu (...) déraisonnablement raison de moi. C'est pour l'amour d'elle et en défiant Settembrini, que je me suis soumis au principe de la déraison, au principe génial de la maladie auquel j'étais, il est vrai, assujetti depuis toujours, et je suis demeuré ici, je ne sais plus exactement depuis quand. Car j'ai tout oublié, et rompu avec tout, avec mes parents et ma profession en pays plat et avec toutes mes espérances, (...) de sorte que, je suis définitivement perdu pour le pays plat et qu'aux yeux de ses habitants je suis autant dire mort.
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Nastasia-BNastasia-B11 novembre 2012
Je cherche à introduire un peu de logique dans notre conversation et vous me répondez par des phrases généreuses. Je ne laissais pas de savoir que la Renaissance avait mis au monde tout ce que l'on appelle libéralisme, individualisme, humanisme bourgeois. Mais tout cela me laisse froid, car la conquête, l'âge héroïque de votre idéal est depuis longtemps passé, cet idéal est mort, ou tout au moins il agonise, et ceux qui lui donneront le coup de grâce sont déjà devant la porte. Vous vous appelez, sauf erreur, un révolutionnaire. Mais si vous croyez que le résultat des révolutions futures sera la Liberté, vous vous trompez. Le principe de la Liberté s'est réalisé et s'est usé en cinq cents ans. Une pédagogie qui, aujourd'hui encore, se présente comme issue du Siècle des Lumières et qui voit ses moyens d'éducation dans la critique, dans l'affranchissement et le culte du Moi, dans la destruction de formes de vie ayant un caractère absolu, une telle pédagogie peut encore remporter des succès momentanés, mais son caractère périmé n'est pas douteux aux yeux de tous les esprits avertis.
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Nastasia-BNastasia-B12 novembre 2012
Peut-on raconter le temps en lui-même, comme tel en soi ? Non, en vérité, ce serait une folle entreprise. Un récit, où il serait dit : " Le temps passait, il s'écoulait, le temps suivait son cours " et ainsi de suite, jamais un homme saint d'esprit ne le tiendrait pour une narration. Ce serait à peu près comme si l'on avait l'idée stupide de tenir pendant une heure une seule et même note, ou un seul accord, et si l'on voulait faire passer cela pour de la musique. Car la narration ressemble à la musique en ce qu'elle " accomplit " le temps, qu'elle " l'emplit convenablement ", qu'elle le " divise ", qu'elle fait en sorte qu' " il s'y passe quelque chose " (...). Le temps est l'élément de la narration comme il est l'élément de la vie : il y est indissolublement lié, comme aux corps dans l'espace.
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DylouDylou01 décembre 2011
Sur la nature de l’ennui, des conceptions erronées sont répandues. On croit en somme que la nouveauté et le caractère intéressant de son contenu « font passer le temps », c’est-à-dire : l’abrègent, tandis que la monotonie et le vide alourdiraient et ralentiraient sons cours. Mais ce n’est absolument pas exact. Le vide et la monotonie allongent sans doute parfois l’instant ou l’heure et les rendent « ennuyeux », mais ils abrègent et accélèrent, jusqu’à presque les réduire à néant, les grandes et les plus grandes quantités de temps. Au contraire, un contenu riche et intéressant est sans doute capable d’abréger une heure, ou même une journée, mais compté en grand, il prête au cours du temps de l’ampleur, du poids et de la solidité, de telle sorte que des années riches en évènements passent beaucoup plus lentement que ces années pauvres, vides et légères que le vent balaye et qui s’envolent. Ce que l’on appelle l’ennui est donc, en réalité, un semblant maladif de la brièveté du temps pour cause de monotonie : de grands espaces de temps, lorsque leur cours est d’une monotonie ininterrompue, se recroquevillent dans une mesure qui effraye mortellement le cœur ; lorsqu’un jour est pareil à tous, ils ne sont tous qu’un seul jour ; et dans une uniformité parfaite, la vie la plus longue serait ressentie comme très brève et serait passée en un tournemain. L’habitude est la somnolence, ou tout au moins l’affaiblissement de la conscience du temps, et lorsque les années d’enfance sont vécues lentement, et que la suite de la vie se déroule toujours plus vite et se précipite, cela se tient à l’habitude. Nous savons bien que l’insertion de changements d’habitudes ou de nouvelles habitudes est le seul moyen dont nous disposions pour nous maintenir en vie, pour rafraîchir notre perception du temps, pour obtenir un rajeunissement, une fortification, un ralentissement de notre expérience du temps, et par la même le renouvellement de notre sentiment de la vie général. Tel est le but du changement d’air ou de lieu, du voyage d’agrément : c’est le bienfait du changement et de l’épisode (extrait du Chapitre IV – Digression sur le temps)
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SarindarSarindar16 août 2015
Peut-on raconter le temps, le temps en lui-même, comme tel et en soi ? Non, en vérité ce serait une folle entreprise. Un récit, où il serait dit : "Le temps passait, il s'écoulait, le temps suivait son cours" et ainsi de suite, jamais un homme sain d'esprit ne le tiendrait pour une narration. Ce serait à peu près comme si l'on avait l'idée baroque de tenir pendant une heure une seule et même note, ou un seul accord, et si l'on voulait faire passer cela pour de la musique. Car la narration ressemble à la musique en ceci qu'elle "accomplit" le temps, qu'elle "l'emplit convenablement", qu'elle le "divise", qu'elle fait en sorte qu' "il s'y passe quelque chose"[...].
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