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Louise Servicen (Autre)Michel Tournier (Autre)
ISBN : 2253031550
Éditeur : Le Livre de Poche (07/01/2004)

Note moyenne : 4.1/5 (sur 108 notes)
Résumé :
L'un des plus grands romans de Thomas Mann, composé aux Etats-Unis de 1943 à 1947, et dont la trajectoire trouve un écho flamboyant et tragique dans l'histoire contemporaine, le triomphe et l'apocalypse de l'Allemagne hitlérienne.
Brassant les mythes, renouant avec le démoniaque, paraphant son véritable testament spirituel d'artiste, Mann nous livre la biographie imaginaire d'un artiste qui, comme Nietzsche, braverait la folie pour porter la souffrance d'une ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
PetiteRenardeRusee
  11 octobre 2016
Le Docteur Faustus est la biographie fictive d'un musicien allemand qui vit de 1880 à 1930 environ. Un artiste qui constate l'impossibilité de créer une oeuvre grande dans un monde en pleine destruction de lui-même et qui pactise avec le diable pour pallier à son impuissance créative.
Nous rencontrons ici l'idée du mal faisant partie de l'ordre du monde déjà rencontrée dans le Faust de Goethe : en effet, la création, pour un artiste, n'est possible que s'il y a un abandon de sa raison et un retour à une forme de transe archaïque, diabolique et sacrée à l'origine de tout mouvement créateur. Là où Goethe nous dit qu'il faut en quelque sorte faire l'expérience du mal pour accéder à plus de sagesse, Thomas Mann induit quelque chose de plus pessimiste, en écho avec l'époque à laquelle il écrit : pour retrouver la puissance de la création authentique, il n'y a d'autre choix pour l'artiste que de s'aliéner. De telles conclusions révèlent une société malade, une culture empoisonnée, un art à bout de souffle.
Je renvoie ici au magnifique film "Mephisto" du Hongrois István Szabó (1981), sur la question de l'artiste dans les dictatures : tous les grands artistes de la première moitié du XXe siècle ont été tragiquement confrontés au problème de la place de leur art dans les dictatures. Faut-il fuir, comme Thomas Mann dès 1933, ou bien pactiser avec une dictature, mettre son art à son service pour obtenir un tant soit peu de reconnaissance ?
Le personnage du musicien est assez proche d'Arnold Schoenberg, inventeur de la musique dodécaphonique. Pour parvenir à progresser dans cet art nouveau, l'intervention diabolique est comme un passage obligé. On peut le rapprocher de ce que Franz Liszt disait cent ans auparavant : la musique est à la fois "art divin et satanique" ; "plus que tout autre, elle nous induit en tentation". Il entend par là que cette tentation diabolique pour l'interdit l'amène peu à peu au dépassement des repères qui encadrent le langage musical, comme l'harmonie tonale. La perte des repères est la condition indispensable pour continuer à créer, comme le symbolise la figure de Méphistophélès, qui est celui qui toujours nie et qui aiguillonne sans cesse sur autre chose. La vie d'un musicien n'est qu'une "longue dissonance sans résolution finale" selon Franz Liszt.
L'exemple particulier du personnage de ce roman a valeur de symbole pour toute une génération d'artistes et pour l'histoire allemande. C'est pourquoi Thomas Mann le présente comme un Christ inversé, porteur d'un message d'alerte destiné à l'humanité qui se fourvoie. Ainsi, avant d’être emporté dans les enfers, le musicien rassemble toutes ses connaissances – pour ne pas dire ses disciples – pour son dernier repas parmi les hommes, et pour leur faire confidence du pacte diabolique qu’il a contracté.
Dans l'esprit de Thomas Mann, le "faustisme" est associé à la montée du nationalisme. L'Allemagne se trouve engagée dans une voie diabolique, enchaînée à une sorte de pacte depuis l'arrivée d'Hitler en 1933. La sombre histoire de cet artiste moderne est symptomatique et symbolique de cette catastrophe. L'auteur montre le caractère malsain des ambitions démesurées nationalistes.
On sent à la lecture un profond regret de l'histoire culturelle allemande et des promesses des Lumières. Thomas Mann nous dit que "le nazisme a porté à son comble une incompatibilité profonde entre lui et la culture allemande", selon les mots de Michel Tournier. C'est sans doute la raison pour laquelle son roman est animé d'une aspiration totalisante qui ne veut rien laisser échapper des richesses du savoir humain. En outre, les symboles, les échos, les sous-entendus, la construction où rien n'est laissé au hasard, tout doit amener le lecteur à chercher derrière chaque détail une signification dans le schéma d'ensemble. Ce livre est complexe, encyclopédique, et on en ressort avec une impression de pesanteur, mais aussi avec l'intuition que ce livre contient des pistes de réflexion infinies.
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zohar
  23 février 2011
La grande originalité de ce roman tient au fait que « l'histoire » personnelle d'un jeune musicien prodige correspond en de nombreux points, à « l'Histoire » de l'Allemagne de l'Entre Deux-Guerres.
Autrement dit, et plus précisément, Thomas Mann établit dans son « Docteur Faustus », un jeu de parallélismes entre les souffrances de Leverkühn (notre héros), et celles de l'Allemagne de l'après Première Guerre mondiale.
Tout d'abord, les idées nihilistes du jeune compositeur, Adrian Leverkühn, reflètent, indubitablement, l'inquiétude muette que traversa l'Allemagne dans les années 1930 : à savoir une décadence intellectuelle !
Ensuite, on peut constater aussi et à travers Zeitblom (le narrateur et ami d'enfance du prodige), une comparaison subtile entre la dégradation de la santé mentale de Leverkühn et le déclin tant social que politique du pays (dans cette même période).
Et enfin, la déchéance physique du jeune héros (atteint de syphilis) qui finira par l'anéantir jusqu'à la folie, est traitée en parallèle avec le désastre de l'Allemagne (corrompu, dans tout son corps et tout son être, comme Leverkühn) et qui finira aussi vers un destin catastrophique : non pas de la folie mais de la montée du nazisme !
Thomas Mann nous laisse dans ce livre une belle aventure à la fois intellectuelle, politique mais aussi musicale (le compositeur imaginaire à les traits et le génie d'un Schoenberg) et philosophique (certains passages ont été fortement influencés par Théodor Adorno).
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oiseaulire
  15 juillet 2018
Je n'ai pas toujours compris les développements philosophiques, théologiques et musicaux de ce chef-d'oeuvre. J'ai voulu l'abandonner à plusieurs reprises : quel dommage de lire des pages aussi fortes sans en saisir toute la portée !
Et puis, impossible de m'en détacher : avant d'en arrêter la lecture, j'ai voulu en lire une dernière petite page, puis une autre, puis une autre encore et j'ai ainsi continué, continué.... car il est vraiment addictif ; Il s'en dégage une telle passion, la traduction française de Louise Servicen est si envoûtante, si somptueuse, que je n'ai pu le laisser inachevé : beauté, beauté, beauté.
Les phrases résonnent dans la tête comme une musique, cette oeuvre est une véritable création artistique qui me laissera un souvenir très fort.
Le Docteur Faustus fait assurément partie des livres qui peuvent être lus et relus tout au long d'une vie, il est un puits vertigineux de connaissances et de plaisir esthétique.
Quel bonheur de savoir qu'il existe de tels monuments de beauté littéraire !
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stcyr04
  19 mai 2012
Le Docteur Faustus est une oeuvre d'une incroyable densité, d'une étonnante richesse, protéiforme, et, - le dirais-je?, roborative.
C'est la biographie fictive, contée par son ami d'enfance, d'Adrian Leverkuhn, compositeur de musique dodécaphonique ayant conclu (ou cru conclure?) un pacte avec le Diable.
Le roman tire sa profondeur et sa richesse notamment par la multiplicité des mises en abimes: le narrateur est l'ami qui conte l'histoire du génial inventeur; la rédaction du roman et le moment où écrit le narrateur se situe en plein écroulement du IIIème Reich alors que le temps de la narration est plutôt encadré par la 1ère Guerre Mondiale; le musicien à une vie et un destin ressemblant fort "étrangement" à celle de Nietzsche.
Une oeuvre métaphysique, démoniaque, musicale et drôle. le testament littéraire de Thomas Mann.
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Bunee
  30 mai 2008
Thomas Mann est une figure centrale de la littérature et de la pensée allemande. Opposé au nazisme dès l'origine de ce mouvement, il fuit l'allemagne en 1933. Il vivra un long exil, d'abord en Suisse, puis aux Etats Unis, Pays dont il prendra ensuite la nationalité et qu'il fuira dans les années 50 à cause du Maccarthysme.
La liste des oeuvres de Thomas Mann est assez longue, et contient des livres monumentaux tels que la montagne magique, la Mort à Venise, et bien évidemment le Docteur Faustus.
Vous connaissez très certainement l'histoire de Faust, héros d'un conte populaire et de pièces de Marlowe et Lessing, qui conclut un pacte avec le diable (AKA Méphistophélès), à l'occasion duquel il vendit son âme en échange de la connaissance. Cette histoire a également inspiré Goethe et de nombreux compositeurs.
Le Docteur faustus de Thomas Mann (que je vous conseille vivement et sans la lecture duquel vous risqueriez de ne pas apprécier à sa juste valeur le journal du docteur faustus), décrit la tragédie d'un musicien imaginaire, Adrian Leverkühn, pactisant avec le diable et reflète par analogie la crise identitaire, culturelle et sociétale allemande de l'après première guerre mondiale.
Le journal du Docteur Faustus narre la genèse de ce roman et rassemble les notes chronologiques relatives à la période pendant laquelle le docteur Faustus a été écrit et s'interprète en quelque sorte comme le pendant de cet ouvrage...
http://lelabo.blogspot.com/2007/07/thomas-mann-le-journal-du-docteur.html
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
stcyr04stcyr04   13 mai 2012
Il le faisait un peu en humaniste, pour mettre en lumière la haute idée que les siècles dits obscurantistes avaient conçu du corps humain. Ils l'avaient tenu pour plus noble que les autres alliages de substances terrestres, et dans sa faculté de se transformer sous l'influence psychique, il voyaient l'expression de sa supériorité, son rang élevé dans la hiérarchie de la matière. Il se glaçait ou s'échauffait sous l'empire de la crainte et de la colère, se consumait de chagrin, s'épanouissait dans la joie; un dégoût imaginaire produisait à l'occasion l'effet physiologique d'un met avarié, la vue d'une assiette de fraises semait de pustule la peau d'un malade allergique; même la maladie et la mort pouvaient résulter d'un flux purement psychique. Une fois décelée la faculté qu'avait l'âme de modifier la matière dépendant d'elle, il n'y avait qu'un pas, un pas nécessaire, pour arriver à la conviction, basée sur d'abondantes expériences, qu'une âme étrangère aussi, sciemment et volontairement, donc par magie, était capable d'altérer la substance d'un corps étranger; en d'autres termes, la réalité de la magie, des influx démoniaques et de l'envoûtement s'en trouvait confirmée et certains phénomènes (tel le mauvais œil, expérience consacrée par la légendaire croyance au regard mortel du basilic) retranchés du domaine de la superstition comme on l'appelait. Il eût été coupable et inhumain de nier qu'une âme impure peut causer par le seul pouvoir du regard, volontairement ou non, des troubles physiques chez autrui, singulièrement les petits enfants dont la fragile substance est plus réceptive au poison d'une pupille de ce genre.
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stcyr04stcyr04   18 mai 2012
De notre part, tout sentiment national serait une hardiesse susceptible de provoquer un pogrom. Nous sommes internationaux, mais nous sommes pro-allemands comme personne au monde, ne fut-ce que parce que nous ne pouvons nous dispenser de constater l'analogie des rôles de la germanité et du judaïsme sur terre. Une analogie frappante. Tous deux pareillement honnis, méprisés, craints, enviés, pareillement ils déconcertent et sont déconcertés. On parle de l'âge du nationalisme; en réalité, il n'y a que deux nationalisme, l'allemand et le juif, et celui des autres peuples est jeu d'enfants par comparaison, - tout comme le caractère typiquement français d'un Anatole France est pure cosmopolitisme comparé à l'isolement allemand et à la présomption juive d'être le peuple élu... France, un nom de guerre nationaliste. Un écrivain allemand ne pourrait pas s'appeler Deutschland, tout au plus appelle-t-on ainsi un bateau de guerre. Il devrait se contenter de "Deutch" et alors, cela ferait un nom juif, oh! la, la! Messieurs je tourne vraiment le bouton de la porte, je suis déjà partit. Je n'ajoute qu'un mot. Les Allemands devraient nous laisser, à nous Juifs, le soin d'être pro-allemands. Avec leur nationalisme, leur morgue, leur prétention d'être incomparables, leur haine de l'alignement et de l'équivalence, leur refus d'être introduits auprès du monde et de s'agréger socialement à lui - avec tout cela, ils se précipiteront dans le malheur, une véritable catastrophe juive, je vous le jure. Les Allemands devraient permettre aux Juifs de remplir entre eux et la société le rôle de médiateur, de manager, d'impresario, d'entrepreneur de la germanité... il est tout à fait qualifié pour cela, on ne devrait pas le mettre à la porte, il est international et il est pro-allemand... mais c'est en vain. Et c'est très dommage.
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stcyr04stcyr04   17 mai 2012
- Accorde-moi, lui dis-je, que les horreurs de la création physique ne sont nullement fécondes du point de vue religieux. Quel respect, quelle élévation spirituelle à base de respect pourraient découler de la représentation d'un désordre incommensurable comme celui d'un univers en explosion? Absolument aucun. La piété, la déférence, la décence morale, le sentiment religieux ne sont possibles que dans l'homme et par l'homme et limité au terrestre humain. Ils devraient, ils peuvent et doivent aboutir à un humanisme teinté de religion, déterminé par le sentiment du transcendant mystère de l'homme, par la fière conscience qu'il n'est pas un simple produit biologique et qu'une partie essentielle de son être ressortit à un monde spirituel; que l'absolu lui est donné avec le concept de la vérité, de la liberté, de la justice, qu'il a le devoir d'approcher de la perfection. Dans ce pathétique, dans cet impératif, ce respect de l'homme devant soi-même, il y a Dieu. Je ne saurai le découvrir dans cent milliards de voies lactées.
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stcyr04stcyr04   14 mai 2012
- Il serait tragique, dis-je, que la liberté aboutit à l'improductivité. C'est toujours dans l'espoir de libérer des forces productrices que l'on conquiert la liberté.
- En effet, répondit-il. En un moment, elle réalise d'ailleurs ce qu'on attendait d'elle; mais la liberté n'est en définitive qu'un autre terme pour désigner la subjectivité; et un jour cette dernière ce lasse d'elle même, l'instant viens où elle désespère de sa faculté créatrice et cherche abris et sécurité dans l'objectif. La liberté incline toujours à un revirement dialectique. Elle apprend très vite à se connaitre dans la captivité, elle s'accomplit en se pliant à l'ordre, à la loi, à la contrainte, au système, s'accomplit sans cesser pour cela d'être la liberté.
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zoharzohar   06 avril 2011
Etre jeune, c'est être spontané, rester proche des sources de la vie, pouvoir se dresser et secouer les chaînes d'une civilisation périmée, oser ce que d'autres n'ont pas eu le courage d'entreprendre; en somme, se replonger dans l'élémentaire.
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[appels aux allemands]
Depuis le Prenzlauer BERG (Berlin), Olivier BARROT présente le livre "Appels aux Allemands", recueil des textes écrits par Thomas MANN et diffusés par la BBC pendant la 2ème Guerre Mondiale.
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature des langues germaniques. Allemand>Romans, contes, nouvelles (879)
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