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EAN : 9782381910260
72 pages
Éditeur : Anamosa (06/05/2021)
4.3/5   10 notes
Résumé :
Non le concept d'intersectionnalité ne représente pas un danger pour la société ou l'université, ni ne fait disparaître la classe au profit de la race ou du genre. Bien au contraire, cet outil d'analyse est porteur d'une exigence, tant conceptuelle que politique. Une synthèse nécessaire, riche et argumentée, pour comprendre de quoi on parle
Les attaques contre les sciences sociales se font de plus en plus nombreuses. À travers elles, ce sont certains travaux ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
julspirit
  28 juillet 2021
« La force critique d'un concept se mesure à la panique qu'il suscite »
Ce petit livre démarre à l'aune de ce constat : si l'intersectionnalité s'est imposée dans le débat public, c'est avant tout en tant qu'idée-repoussoir, comme symbole des dérives soi-disant « identitaires », voire « islamo-gauchisantes », de certains milieux militants ou académiques français.
L'ouvrage s'inscrit en contradiction de ses idées, en montrant qu'elles relèvent d'abord d'une profonde méconnaissance du concept et de ce qu'il vise à mettre à jour par celles et ceux – mais surtout ceux – qui s'en font les contempteurs. Par là, il s'agit pour les autrices de s'attaquer aux grands préjugés qui s'attachent à l'intersectionnalité, pour en faire ressortir par contraste tout son potentiel critique et heuristique.
Ainsi, non, l'intersectionnalité ne vise pas à substituer la race ou la racialisation à la classe sociale comme mode d'oppression privilégié. Bien au contraire, il s'agit d'étudier comment les mécanismes de domination à l'oeuvre dans notre société peuvent s'imbriquer et se renforcer mutuellement : « Être femme et noire, c'est socialement autre chose qu'être une femme blanche ou un homme noir ». Ne pas comprendre cela, c'est s'interdire de combattre efficacement les oppressions qui découlent de ce constat.
De plus, Éléonore Lépinard et Sarah Mazouz montrent la richesse épistémologique qui découle de l'intérêt que l'intersectionnalité accorde aux expériences minoritaires, à travers leur défense du concept d' « épistémologie du point de vue » : « Il ne s'agit pas d'affirmer qu'un point de vue subalterne serait porteur, intrinsèquement, de savoirs plus vrais, mais plutôt d'insister sur la nécessité de produire une capacité d'analyse collective qui prend le point de vue des dominé.es, et qui fait donc une large part à leurs expériences ».
Dans cette logique, la grande tradition française de l'universalisme républicain se voit ramenée à ce qu'elle est : la conséquence de processus socio-historiques aboutissant à la promotion d'une égalité bien plus abstraite et théorique que réelle. Face à cela, l'intersectionnalité pourrait être une des voies à emprunter vers un universalisme distinct, et refondé vers l'objectif d'une égalité concrète.
Si cet ouvrage s'adresse avant tout aux personnes intéressées par le débat académique en sciences sociales autour du concept d'intersectionnalité, il est également une synthèse claire et étayée sur la notion pour toute personne désireuse d'en savoir plus sur ce thème. J'en recommande donc la lecture, tout en remerciant Babelio et la maison d'édition de m'avoir offert l'ouvrage.
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Ogrimoire
  12 juillet 2021
Autant le dire tout de suite, je n'ai pas trouvé dans ce livre ce que je cherchais. J'en ressors en n'ayant toujours pas compris ce qu'est cette intersectionnalité, ou, du moins, sans avoir la certitude d'avoir compris ce qui, peut-être, est évident pour les sociologues. Présenté comme un des courants du mouvement féministe, par opposition au féminisme universaliste, de quoi parle-t-on exactement ? Eh bien je ne le sais pas beaucoup plus avoir avoir refermé ce livre…
Pourtant, cela partait bien. le premier chapitre, en forme d'introduction – ou, peut-être, l'inverse, une introduction en forme de premier chapitre -, intitulé « La force critique d'un concept se mesure à la panique qu'il suscite », semblait effectivement proposer une bonne façon d'entrer dans le sujet. Et, en effet, le fait que des résistances aussi fortes se soient fait jour semble indiquer une puissance… si tant est que la validité du concept soit établie. En effet, l'idée que la terre est plate provoque une forte résistance – au moins dans certains milieux -, mais ici ce n'est pas dû au fait que l'idée est forte, mais simplement qu'elle est fausse – à moins que l'on m'ait menti ! -. Et les auteures ne se dissimulent pas, puisque, dès ce moment, elles comparent les résistances au concept d'intersectionnalité à celles qui touchèrent, en leur temps, « la critique marxiste de l'exploitation capitaliste » ou « la découverte freudienne de l'inconscient » (p. 7). Et cette introduction se termine par l'indication de mouvements sociaux qui ont adopté l'intersectionnalité, comme Black Lives Matter, #MeToo, #NousAussi ou le Comité Vérité et Justice pour Adama (que l'on retrouve à plusieurs reprises dans le livre), liste dont les auteures concluent que « l'intersectionnalité n'a pas spécialement besoin d'être défendues »
J'attendais alors une définition, ou au moins une explication, de ce que sont les enjeux, les lignes de force, de ce concept d'intersectionnalité. Mais le chapitre suivant préfère s'intéresser à « Une convergence qui ne doit rien au hasard », convergence entre « une fraction du monde universitaire » – aussitôt décrite comme étant « relayée par des discours politiques confus mais certainement réactionnaires » (p. 11). Les choses sont immédiatement posées : la fraction du monde universitaire est nommément reliée à Gérard Noiriel et Stéphane Beaud ; les discours politiques confus mais réactionnaires sont ceux, a minima, de la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche. Et une fois la cible identifiée, on ne la lâche plus : le discours politique réactionnaire vise à bannir toute forme de recherche critique, avec l'objectif de « jouer de l'anti-intellectualisme et flirter avec des pratiques autoritaires pour désigner à la vindicte le projet même des sciences sociales » (p. 13).
Jusque là, que l'on partage ou non ce postulat, qui est une hypothèse de travail comme une autre, cela allait. Mais quatre pages plus loin, déjà presque le coup de grâce :
« Disons-le simplement : celles et ceux qui s'opposent au concept d'intersectionnalité n'y connaissent pas grand-chose. »
Fermez le ban. Moi qui étais venu chercher des informations pour me forger ma propre opinion, voilà que l'on m'indique sans coup férir que, finalement, il faut croire et non comprendre. Si tu y crois, c'est que tu as compris. Si tu n'y crois pas, c'est que tu n'y connais rien. Et si je voulais, au moins pour un temps, rester agnostique de l'intersectionnalité ? Est-ce permis ?
Le discours est construit et riche, dense, même. On sent bien que les deux auteures sont sociologues. Par passages, on retrouve l'idée – qui me paraissait évidente – que tout concept doit pouvoir être discuté, challengé, remis en cause. Et je n'ai pas de doute particulier sur le fait que les deux chercheuses appliquent cette recherche d'objectivité. L'un des intérêts de l'intersectionnalité est également d'éviter les généralisations. Mais je comprends aussi que ce texte est, bien qu'il ne soit pas nécessaire de la défendre, une défense de l'intersectionnalité.
Là où je ne suis pas d'accord avec les deux auteures, c'est lorsqu'elles écrivent que le rôle des sciences sociales et d'un concept tel que l'intersectionnalité est de nous aider à « faire l'inventaire de notre héritage intellectuel pour réfléchir à la façon dont nos savoirs ont pu conforter l'ordre établi », car, disent-elles, « C'est seulement à cette condition que nous pourrons le remettre en cause et poursuivre l'objectif de réaliser une société plus juste » (p. 62). Remettre en cause l'ordre établi pour contribuer à instaurer une société plus juste est, me semble-t-il, un objectif politique, et non un objectif scientifique… d'autant que cette formulation sous-entend qu'il faudrait absolument modifier l'ordre établi pour gagner en justice, ce qui, là encore, me semble être un postulat, et non une certitude indiscutable…
Du coup, je reste sur ma faim, et, finalement, ce que je retiens de ce livre, c'est que « Mieux vaut être riche et bien portant que pauvre et malade ». Francis Blanche était donc un précurseur de l'intersectionnalité. Mais sur le fond, j'ai la certitude que beaucoup d'enjeux m'échappent toujours autant…
Lien : https://ogrimoire.com/2021/0..
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ErnestLONDON
  06 mai 2021
Qu'est-ce que l'intersectionnalité ? Pourquoi cette notion, élaborée il y a plus de trente ans, suscite-elle autant de discours déformants et d'instrumentalisations politiques en France ? Les sociologues Éléonore Lépinard et Sarah Mazouz proposent de comprendre de quoi on parle.
(...)
À lire de toute urgence pour comprendre les enjeux des débats actuels, les « relents maccarthystes » de la campagne visant les chercheuses et les chercheurs travaillant sur la race ou le genre, ceux mobilisant une démarche intersectionnelle ou adoptant une perspective décoloniale, et les accusations de « la prétendue infiltration “islamo-gauchiste“ au sein de l'université ».
Article complet sur le blog :
Lien : https://bibliothequefahrenhe..
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agakura
  24 juillet 2021
Un article pointu, essentiellement à destination des chercheurs·ses et universitaires.
Il fait état du débat en politique et dans le domaine universitaire sur l'intersectionnalité, et le défend contre ses détraqueurs dans ces deux domaines.
Le concept lui-même est à mon avis trop peu détaillé, et part du postulat de base que c'est un sujet déjà bien connu. C'était une surprise pour moi, humble citoyenne, qui ne le connaissais que depuis quelques années seulement, sans jamais être bien sûre de quoi il retournait. Cet article m'a permis d'y voir plus clair, sans toutefois me permettre de bien l'expliquer à autrui. En effet, même si le propos est très bien construit, il manque souvent d'exemples concrets qui pourraient le rendre plus digeste et accessible en dehors du monde universitaire.
Il donne l'impression d'avoir été surtout écrit en réponse à la thése anti-intersectionnelle de Gérard Noiriel et Stéphane Beaud dans leur ouvrage Race et science sociale, et ce sont des noms qui à mon sens reviennent trop souvent dans l'article.
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Sadia456
  11 mai 2021
quand la bêtise devient trop bavarde ou trop hargneuse, mettre les points sur les "i" tient de la salubrité publique. C'est surtout le cas lorsque ladite bêtise est suscitée par un concept issu d'un nouveau type de recherche, mettant au jour des vérités qu'on aimerait voir rester cachées. En gros, voilà li'dée de ce livre écrit par Eléonore Lépinard et Sarah Mazouz, toutes deux sociologues. Au fil des chapitres, elles rappellent ce qu'est l'intersectionnalité? Tout simplement le recoupement, dans l'observation d'une situation donnée, des différentes formes de domination qui en structurent la compréhension et donc y déterminent la place et les capacités d'action de chacun: capitalisme, patriarcat, xénophobie, etc.
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
julspiritjulspirit   27 juillet 2021
Les théorisations de l'intersectionnalité (...) procèdent d'une épistémologie commune, l'épistémologie du point de vue, qui problématise le lien entre objets de savoirs et sujet producteur de connaissance.
(...) Il ne s'agit pas d'affirmer qu'un point de vue subalterne serait porteur, intrinsèquement, de savoirs plus vrais, mais plutôt d'insister sur la nécessité de produire une capacité d'analyse collective qui prend le point de vue des dominé.es, et qui fait donc une large part à leurs expériences (...).
Le savoir n'est pas individuel, il doit être, selon Sandra Harding, collectivement produit, par une communauté capable de représenter cette diversité des points de vue. En effet, dans l'épistémologie objectiviste qu'elle critique, quand le chercheur ou la chercheuse croit pouvoir s'émanciper de sa position sociale pour prendre un point de vue "de nulle part", il ou elle crée en fait les conditions pour que ses préjugés et ses croyances soient directement importés dans les résultats de sa recherche.
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julspiritjulspirit   27 juillet 2021
L'intersectionnalité offre un modèle politique concurrent de l'universalisme abstrait en ce qu'elle appelle à produire concrètement de l'égalité à partir de la prise en compte des positions spécifiques des un.es et des autres et des types particuliers d'oppression auxquelles les un.es et les autres sont soumis.es (...), à constamment nous demander si nos actions, nos postures et nos discours parviennent à satisfaire pour soi et pour les autres une exigence d'universalisme concret.
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ErnestLONDONErnestLONDON   06 mai 2021
L’intersectionnalité donne à voir et à comprendre des expériences de marginalisation et d'oppression en permettant d'analyser comment les forces qui structurent nos sociétés de façon hiérarchique – capitalisme, patriarcat, hétéronationalisme, xénophobie – s‘imbriquent et se renforcent mutuellement.
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julspiritjulspirit   25 juillet 2021
Les travaux intersectionnels ne se cantonnent pas au triptyque initial "classe, race, genre", mais intègrent aussi notamment la catégorie de sexualité, la religion, le handicap, l'âge, ou encore le statut administratif.
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julspiritjulspirit   26 juillet 2021
Ce que l'approche intersectionnelle examine, ce sont des processus historiques et sociaux, des logiques de production des hiérarchies et des discriminations. Elle s'intéresse donc aux expériences minoritaires (et non pas identitaires), placées au croisement de plusieurs rapports sociaux de pouvoir.
(...) Être femme et noire, c'est socialement autre chose qu'être une femme blanche ou un homme noir.
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Videos de Sarah Mazouz (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Sarah Mazouz
Présentation de l'éditeur : Non le concept d'intersectionnalité ne représente pas un danger pour la société ou l'université, ni ne fait disparaître la classe au profit de la race ou du genre. Bien au contraire ! Cet outil d'analyse est porteur d'une exigence, tant conceptuelle que politique. Une synthèse nécessaire, riche et argumentée, pour comprendre de quoi on parle. Les attaques contre les sciences sociales se font de plus en plus nombreuses. À travers elles, ce sont certains travaux critiques en particulier qui sont visés, notamment ceux portant sur les discriminations raciales, les études de genre et l'intersectionnalité. À partir d'un article de 2019, devenu référence et paru dans la revue Mouvements, entièrement revu et actualisé, voici, pour toutes et tous, une synthèse salutaire et nécessaire sur ce qu'est réellement la notion d'intersectionnalité. Les autrices, sociologues, s'attachent d'abord à rappeler l'histoire du concept élaboré il y a plus de trente ans par des théoriciennes féministes de couleur pour désigner et appréhender les processus d'imbrication et de co-construction de différents rapports de pouvoir – en particulier la classe, la race et le genre. Il s'agit ensuite de s'interroger sur les résistances, les « peurs », les discours déformants et autres instrumentalisations politiques que l'intersectionnalité suscite particulièrement en France. Mais justement, défendre les approches intersectionnelles, n'est-ce pas prendre en compte, de manière plus juste, les expériences sociales multiples et complexes, vécues par les individus, et donc se donner les moyens de penser une véritable transformation sociale ?
Éléonore Lépinard (https://www.librest.com/livres/auteurs/eleonore-lepinard,0-1101080.html) est sociologue,  professeure en études de genre à l'Université de Lausanne. Ses travaux portent sur les mouvements et les théories féministes, l'intersectionnalité, le genre et le droit. Elle est l'autrice avec Marylène Lieber, de Les Théories en études de genre (« Repères », La Découverte, 2020) et de Feminist Trouble, intersectionality Politics in Post-secular Times (Oxford, 2020). Elle a également codirigé plusieurs ouvrages : Genre et islamophobie (ENS éditions, 2021, avec O. Sarrasin et L. Gianettoni), Intersectionality in Feminist and Queer Movements (Routledge, 2020, avec E. Evans), L'Intersectionnalité. Enjeux théoriques et politiques (avec F. Fassa et M. Roca i Escoda, La Dispute, 2016). 
Sarah Mazouz (https://www.librest.com/livres/auteurs/sarah-mazouz,0-11411115.html) est sociolo gue, chargée de recherches au CNRS (Ceraps) et membre de l'Institut Convergences Migrations. Ses travaux s'appuient sur des enquêtes ethnographiques et mobilisent les critical race studies, la sociologie du droit, la sociologie des politiques publiques et l'anthropologie critique de la morale. Elle est l'autrice de Race (« Le mot est faible », Anamosa, 2020). Dans La République et ses autres. Politiques de l'altérité dans la France des années 2000 (ENS Éditions, 2017), elle montre comment s'articulent dans l'espace social immigration, nation et racialisation.
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