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EAN : 9782366260403
220 pages
LC Christophe Lucquin éditeur (07/05/2015)
4.75/5   6 notes
Résumé :
Il chante avec une voix d'ange, jongle en s'imaginant voler, grimpe au sommet des arbres pour se rapprocher du ciel.
L'histoire d'un garçon de douze ans qui voudrait s'arracher à la gravitation universelle.
C'est l'histoire d'un garçon, c'est le début de son adolescence et la découverte du sentiment amoureux, du désir de l'autre, de la méchanceté. Il a une particularité qui le rend sûrement plus sensible. Il goûte le monde, le ressent. Il vit avec sa m... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Nous l'appellerons Phénix. C'est le narrateur, il a 12 ans et vit dans un environnement violent, sans foi ni loi. Justement lui, Phénix, a la foi, et plus que de raison. Il va à la messe, y chante à la chorale, il aimerait tellement devenir un nouveau Christ (la dernière lettre de son nom ne représente-t-elle pas une croix ?). D'autant que l'un de ses camarades lui a promis qu'il ne passerait pas l'année. Naissance d'un martyr ?

Phénix est né comme ça, après un retour de prison du père, son père, dont l'ombre envahissante plane comme celle d'un vautour. Un père qui a braqué une banque, a été incarcéré, et dont on ne sait s'il reviendra. Quatre ans avant Phénix, il y avait eu la naissance de Roland, le frère aîné donc, autoritaire et assez vicieux, qui soumet la mère depuis la dernière disparition du père.

La violence familiale, puis celle subie à l'école. Phénix est une victime malgré lui, alors il cherche des échappatoires, dans la dévotion, en faisant du vélo (rouge), en jonglant sur les places et dans les rues, ou encore à travers ses rencontres féminines. Qu'elle s'appelle Amélie, Irène ou encore Ida, Phénix la veut amoureuse et passionnée.

Phénix grandit vite, peut-être trop vite : « C'est comme si je m'étais lancé à la poursuite de celui que j'étais il y a encore trois mois, tout en sachant que je n'arriverai jamais à le rattraper, même si je vais plus vite que la lumière. J'ai peur de mon immobilité si j'arrête, de ma pesanteur si je suis à deux doigts de tomber, du pourrissement de ma chair lorsque je serai mort. Maman pleurera ».

Puis le temps des séparations va advenir. Séparations d'avec les amours, les amis, puis nouveau départ, recherche d'un absolu, d'une raison de vivre, malgré la violence, malgré la famille, malgré l'environnement.

« Phénix » est un roman à multiples facettes : il déverse des images – parfois oniriques (« Avez-vous déjà songé à jongler avec des grains de sables, ou avec des gouttes d'eau ? ») – fortes, exhale des odeurs suaves, injecte des sensations, des sentiments. Il est un roman d'apprentissage, à la fois de la vie, de l'amour, de l'adaptation sociétale, de la tolérance. Il est aussi roman musical, féerique avec ce narrateur comme loin du monde, rêveur insaisissable. Et si ici j'osais une comparaison, quoique assez lointaine, avec la trame (lointaine également dans mes souvenirs) du magnifique « le petit saint » de SIMENON ?

Récit de l'enfance, il est aussi roman d'un constat : cette société violente dans laquelle il est difficile de trouver un cocon, une zone de confort et de sécurité. Phénix va la chercher contre vents et marées.

« Seulement je garde une odeur et un goût de forêt, une odeur d'humus et de décomposition avancée que je désire chasser, ce pourquoi je plonge deux fois par jour dans la baignoire pleine à ras bord, d'où je ne décide de m'extraire que lorsque j'ai la peau des doigts bien flétrie et les lèvres complètement bleuies. Je ne parle pas, aucune parole, aucune pensée ne me traverse l'esprit, ni après non plus quand je me regarde dans la glace. Opération de déconstruction : s'observer dans la glace jusqu'à perdre son visage et se retrouver comme en présence d'un autre ». Renaissance. Résurrection.

L'écriture de Raymond est très élaborée, elle est ici à la fois violente (quelques scènes sont assez insoutenables), tendre, très poétique et résolument sensuelle. Il y parle d'amour et non de sexe, le spirituel prenant le dessus sur le charnel. Un roman rythmé par les saisons, dont la première est l'automne, les trois autres suivront. Dans l'ordre. À chaque saison son état d'esprit, une couleur du ciel qui évolue au fil du temps, du calendrier.

Sorti en 2015 aux éditions Christophe Lucquin, sa couverture d'un blanc proche de la virginité donne le ton de l'espoir. Phénix le gardera, ce qui le sauvera. Cette fable est une grâce olfactive qui fait pétiller et provoque des rêves, parfois éveillés.

https://deslivresrances.blogspot.fr/

Lien : https://deslivresrances.blog..
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Le garçon-narrateur a douze ans et est relativement innocent. Il découvre au fur et à mesure de l'ouvrage la méchanceté des autres, parce qu'il est plus petit, parce qu'il fait partie de la chorale de l'école et qu'il chante bien avec une voix d'ange ; tout cela changera avec la puberté, mais en attendant ce jeune homme est encore "pur", donc gênant pour les autres qui ne peuvent supporter de l'avoir face à eux. Très vite il découvre ce que la vie lui réserve, Roland son frère se charge de le lui montrer : "Roland, c'est donc Roland, le preux chevalier, mais, à l'entendre, son olifant est dans son froc. Sauf que ça n'est pas lui qui souffle dedans, ce sont les filles.(...) Moi je suis Perceval, Perceval l'Ahuri, qui trempe encore ses doigts dans le bénitier et bave sa foi sur ses cahiers." (p.9/10)

Perceval n'est pas comme tous les autres garçons, plus sensible, solitaire, différent. C'est cela qui met mal à l'aise certains qui le harcèlent et le menacent. Encore une fois, la différence fait peur et plutôt que de tenter d'apprendre d'autrui, de le connaître et de savoir ce qu'il peut apporter, certains préfèrent lui faire du mal, par peur de se confronter à ce qu'ils ne comprennent pas.

Roman construit en quatre chapitre du nom des saisons, commençant par l'automne. A chaque saison Perceval change, évolue, découvre, apprend. Une belle écriture qui part parfois dans des régions inconnues -de moi, mon côté terre-à-terre- mais qui toujours nous reprend pour nous emmener un peu plus loin. Beaucoup de sensibilité, d'émotions mais aussi des moments plus légers, plus drôles, c'est l'enfance quoi. Des phrases et un vocabulaire simples, certaines à retenir : "Il faudrait loger une femme dans chaque homme pour l'empêcher de faire couler le sang." (p.144/145)

Un très beau roman sur l'enfance, sur la différence, sur le passage à l'âge adulte et l'abandon des rêves et des illusions (pas pour tous, heureusement).
Lien : http://lyvres.fr
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compte-rendu sur le site de l'éditeur

L’histoire d’un garçon de douze ans qui voudrait s’arracher à la gravitation universelle.
C’est l’histoire d’un garçon, c’est le début de son adolescence et la découverte du sentiment amoureux, du désir de l’autre, de la méchanceté. Il a une particularité qui le rend sûrement plus sensible. Il goûte le monde, le ressent. Il vit avec sa mère et son frère Roland. Moqué par ce dernier - qu’il aime malgré tout - et par ses camarades de classe, il aime à trouver refuge dans son arbre mort.
Il apprend le corps de l’autre avec Irène, la gamine de son âge qui pisse accroupie sur les pommes. Puis il y a aussi la belle Amélie... Il se prépare pour un grand événement : sa communion solennelle, au printemps. Il ne cesse d’y penser dans son arbre mort, où il dépose son offrande : trois morceaux de sucre, une barre de chocolat, quelques biscuits, une poignée de raisins secs, une carotte, une pomme, des mûres, un petit caillou ramassé sur le bord du chemin, taillé comme un diamant, et blanc — blanc comme il est pur.
Il rêve d’être un oiseau, en fait il est un ange. « Au printemps je ferai ma communion solennelle et je dois m’élever, me purifier encore, non seulement me préparer, mais être prêt. » La langue est précise, exceptionnelle. Un très beau roman sur la différence.

Mon avis

L’histoire de ce petit garçon qui se cherche, qui découvre, qui continue à chercher, en explorant sous les jupes des filles, en jonglant, en chantant et qui voudrait se « sublimer » est originale et très agréable à lire.
On s’attache à ce gamin et on a envie de lui dire : colle ton dos contre le mur pour que l’on ne te fasse pas de mal.
J’ai bien aimé le style fluide et léger de cet auteur.
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Une ode curieusement poétique à la gloire ambiguë de l'imagination enfantine et adolescente.

Sur mon blog : http://charybde2.wordpress.com/2015/08/19/note-de-lecture-phenix-raymond-penblanc/

Lien : http://charybde2.wordpress.c..
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Tout en ne valant guère mieux, car aujourd’hui est un jour spécial, un jour de grand péril, aujourd’hui je vais devoir chanter seul devant toute la classe. Monsieur Lifar, notre nouveau professeur de musique, s’est mis dans la tête de constituer une minichorale, et chacun doit passer le test d’ici la fin de l’heure. Certains renoncent avant de commencer, d’autres abandonnent dès les premières mesures, d’autres se ramassent au bout de trente secondes, ce que je peux comprendre. Sauf à adopter une stratégie gagnante en se mettant hors de portée des chasseurs. Trente têtes alignées devant vous, trente regards qui vous jugent, une mer houleuse de crânes et d’épaules, ça vous invite à prendre de l’altitude. D’emblée, je culmine à 4 810 mètres (le Mont Blanc), que dis-je, à 8 848 mètres (l’Everest), personne n’est encore monté si haut, ni aussi vite : troposphère, stratosphère, mésosphère, je franchis allègrement leurs trois couches successives. Cette fois on ne me voit plus, et je ne vois plus personne. Mais on m’entend, on n’entend d’ailleurs que moi – et le silence. L’enfant du Tambour, qui brise les vitres par la seule stridence de son cri, est battu, pulvérisé, et quelle audace, quel brio, quelle beauté souveraine je déploie à ces hauteurs insoupçonnées. Le plus dur sera de négocier la descente sans soulever un tonnerre d’applaudissements. Monsieur Lifar se dresse au milieu de cette mer houleuse. Tel un phare, il me fait signe, et c’est un bel oiseau blanc qui retombe sur ses pattes, que la vague dépose jusqu’au rivage. Roundup a beau me toiser avec tout le mépris dont le je le sais capable, je ne le regarde même pas, je suis libre et je sors. Mon atterrissage triomphal ne vient-il pas de sonner la fin du cours ?
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Chaque matin je fais le détour par l’arbre mort. J’y dépose mon offrande, trois morceaux de sucre, une barre de chocolat, quelques biscuits, une poignée de raisins secs, une carotte, une pomme, des noix, un petit caillou ramassé sur le bord du chemin, taillé comme un diamant, et blanc, blanc comme je suis pur. Au printemps je ferai ma communion solennelle et je dois m’élever, me purifier encore, non seulement me préparer, mais être prêt. Dans la cachette de l’arbre mort, mon trésor est à l’abri des bêtes sauvages : c’est un tabernacle, et je ne sais par quel mystère de la transsubstantiation, par quelle miraculeuse opération du Saint-Esprit, sucre et chocolat, quand je les retrouve à mon retour de l’école, prennent sous la langue ce goût d’ambroisie qui me fait fondre. La carotte croque délicieusement sous la dent. Quant au caillou d’or blanc, il brille dans ma main tel un ver luisant. Je serre très fortement le poing, et je me récite mes prières tout en marchant, le Notre Père (trois fois), le Je vous salue Marie (trois fois), ne serait-ce que pour me chasser de la tête les paroles impies qu’en a données Roland. Roland aura bientôt seize ans, il fume, il boit des bières et sort avec les filles. Il a choisi de pourrir tout ce que j’aime.
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Roland, c'est donc Roland, le preux chevalier, mais, à l'entendre, son olifant est dans son froc. Sauf que ça n'est pas lui qui souffle dedans, ce sont les filles.(...) Moi je suis Perceval, Perceval l'Ahuri, qui trempe encore ses doigts dans le bénitier et bave sa foi sur ses cahiers. (p.9/10)
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Il faudrait loger une femme dans chaque homme pour l’empêcher de faire couler le sang.
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J’ai été le bébé du retour de taule, le printemps de la liberté, maman me l’a assez répété.
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