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EAN : 9782701197630
288 pages
Éditeur : Editions Belin (17/03/2016)

Note moyenne : 4.2/5 (sur 5 notes)
Résumé :
Depuis le dernier tiers du XXe siècle, la mémoire est devenue l’une des modalités privilégiées du rapport que les sociétés contemporaines entretiennent avec le passé. Elle a suscité des politiques publiques d’un genre inédit, à l’image des « lois mémorielles » ou des réparations symboliques tardives des crimes du passé, proches ou lointains. Né dans l’après-coup de la Shoah, deux à trois générations après la chute du nazisme, le besoin de se souvenir et la hantise d... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
CeCedille
  07 juin 2016
Dans Face au passé (Belin, 2016, 326 p.), Henri Rousso a rassemblé et mis en forme des contributions et articles qu'il a eu l'occasion de publier autour de thèmes dont il est spécialiste : la mémoire, l'histoire, l'oubli, les politiques mémorielles, en France et dans le monde. Son essai sur « la mémoire contemporaine », à la fois historique et philosophique, met en belle perspective cette difficulté que les sociétés ont à assumer leur passé.
« Pour préparer l'avenir, il faut faire face à son passé » dit-on. Et Rousso relève que, curieusement, le passé nous a dépassé : il se trouve devant nous, et non plus derrière, « comme un problème à résoudre, comme un obstacle à surmonter, presque comme un adversaire à combattre ». Curieux retournement, à la Pierre Dac ! « Une fois le passé affronté - et si possible vaincu -, peut alors s'ouvrir une ère de paix et d'harmonie. »
Pas étonnant que la psychanalyse soit invoquée dans ce travail agonistique avec la mémoire. « Vichy , où le retour du refoulé » : la formule avait valu à l'auteur quelques critiques. Il a la modestie et l'honnêteté de ne pas toutes les écarter. Mais il garde de l'approche psychanalytique la vertu de sensibiliser l'historien « à sa propre subjectivité, à son propre imaginaire » et aussi de « désenchanter le passé et assumer une fonction symbolique de savoir tout en sachant lui laisser sa part irrévocable de mystère ».
De l'histoire de Vichy, comme de celle de la guerre d'Algérie, notre auteur dégage un modèle mémoriel cyclique : « une phase de liquidation de la crise, qui dure en général une décennie et se clôt par des lois d'amnistie, suivi d'une deuxième phase plus courte […] d'amnésie, au moins sur le plan de la mémoire officielle… s'ouvre ensuite une phase d'anamnèse, de retour de mémoire… donnant même lieu à des formes d'hypermnésie. » En même temps, il note que l'histoire de la France se réclame toujours à la fois de l'exception nationale et de l'universalité de son modèle, faisant un joyeux pot-pourri de sa singularité et de son exemplarité !
Le propos du livre est plutôt illustré par des exemples tirés de l'histoire du temps présent. Les politiques mémorielles de notre pays, qui sont passées en revue, en disent autant sur leur temps que sur leurs initiateurs. De Gaulle, amnésique, abolit par ordonnance le passé détesté d'un État français « nul et non avenu ». Il préfère l'avenir à faire à l'histoire qu'il a déjà faite. Pompidou gracie Touvier « pour oublier ces temps où les Français ne s'aimaient pas », juste au moment où ressuscite leur mémoire , embarrassante pour Mitterrand qui est rattrapé par ses ambivalences. Au « marketing mémoriel » de Sarkozy, Rousso préfère le « devoir de mémoire » chiraquien qui impose à la République la succession d'État de Vichy, et la « mémoire de synthèse » hollandaise, conciliant mémoire héroïque et mémoire victimaire.
Au passage le lecteur aura rafraîchi ses souvenirs de la curieuse construction du négationnisme qui, se réclamant des règles de la critique historique, s'est nourri de la complaisance de certaines universités. Il aura revécu l'histoire du procès d'Eichman, dans une version plus complète que les brillantes mais hâtives conclusions d'Hanna Arendt, partie avant même le début de l'interrogatoire de l'accusé.
La mémoire change avec le temps : ainsi la commémoration du centenaire de la Grande Guerre célèbre aujourd'hui un destin funeste qui s'est abattu sur des combattants semblablement unis dans l'adversité, quel que soit leur camp. Disparues, les raison de la guerre, les responsabilités des dirigeants ! Mauvaise guerre tout court ! Bonne guerre au contraire, que la deuxième guerre mondiale. Guerre contre le nazisme et la tyrannie, avec la célébration des valeurs de la résistance.Mémoire positive et mémoire négative coexistent dans une tension permanente: quelle est l'histoire dont on doit avoir honte et celle dont on doit être fier ? le mémoire négative est plus difficile à commémorer que la mémoire positive, dans laquelle les politiques ont toujours trouvé un réservoir d'énergie nationale. Ce n'est qu'en 1993 que la commémoration du Vél d'Hiv a vu le jour, première commémoration négative officielle. Le surgissement si tardif de la Shoah est curieusement contemporain des génocides de l'ex-Yougoslavie et du Rwanda. Qui avait dit « plus jamais ça » ?
Quand l'analyse s'élargit à l'Europe et au Monde, resurgissent aussi les vieilles blessures - la question de l'esclavage - toujours sensibles et honteuses, sans crainte d'anachronisme. Les lois mémorielles fleurissent. L'effacement des frontières entre le passé et le présent « rend les contemporains comptables, juges, expiateurs de tous les crimes commis par nos ancêtres ». Imprescriptibilité générale dans un passé qui n'est jamais révolu! La mémoire peut alimenter les concurrences identitaires : "la mémoire longue, c'est le moteur du ressentiment, et le ressentiment, c'est le moteur du prochain conflit".
Henry Rousso voudrait l'élaboration d'une mémoire qui ne soit plus étroitement nationale. Mais si l'on peut faire des manuels d'histoire franco-germanique, le temps n'est pas encore venu de traiter du communisme dans un discours commun au démocraties occidentales et aux anciens pays de l'est, Russie comprise, qui reste susceptible sur un passé dont elle a pris le contre-pied ! On ne parlera même pas d'un manuel de la même encre sur le conflit israélo-palestinien ou sur l'histoire de l'Amérique du Sud, tant les mémoires en conflit ont encore un long chemin pour se retrouver un jour dans une histoire commune.
Lien : http://diacritiques.blogspot..
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Azor
  20 juin 2016
Dans cet essai paru en avril 2016, l'historien Henry Rousso s'interroge sur l'histoire de la mémoire et la place qu'elle prend aujourd'hui dans nos sociétés. Il étend sa réflexion à plusieurs domaines, d'abord la mémoire comme outil pour combler le manque, ce qui n'est plus. La réflexion porte alors beaucoup sur les archives et l'utilisation que l'on en fait, le crédit entre autre que l'on peut apporter à ce qui, et c'est le cas notamment pour les témoignages, porte déjà en soi une grande part de subjectivité. Henry Rousso mêle habilement dans cette première partie histoire et psychanalyse, deux disciplines que l'on a pas forcément coutume d'associer. Ensuite il s'intéresse au poids de la mémoire en France depuis les débuts de la Vème République. L'accent est particulièrement mis sur la seconde guerre mondiale et la guerre d'Algérie. On y aborde également les thèmes de résistancialisme et de négationnisme. On traverse dans ce chapitre les années qui se sont écoulées depuis la fin de la seconde guerre mondiale et l'évolution du processus de mémoire ainsi que de la reconnaissance des crimes commis durant cette guerre. le négationnisme qui a sévi dans les sphères intellectuelles consistant à minimiser les crimes nazis est largement évoqué. Enfin dans une troisième partie, on passe à une dimension internationale, notamment avec le procès Eichmann, qui bien qu'il relève de l'histoire nationale Israélienne a eu impact mondial. Henry Rousso s'interroge sur la place de plus en plus importante que prend la mémoire de nos jours où l'on voit le nombre de commémorations en tout genres se multiplier. Une très intéressante analyse est menée sur la mémoire positive (les hauts faits d'armes par exemple, les actes héroïques) et la mémoire négative (les crimes commis). On constate qu'aujourd'hui, la mémoire dite négative est largement privilégiée au détriment de la mémoire positive, comme pour expier les crimes et les fautes du passé, ce type de mémoire devant servir d'exemple afin de ne pas réitérer les erreurs du passé. Et toute la question est de savoir combien de temps encore faudra-t-il expier les fautes du passé.
Face au passé est un essai très intéressant et accessible qui ouvre des pistes de réflexion sur le thème de la mémoire et l'usage parfois abusif que l'on en fait dans nos sociétés contemporaines.
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sweetcactus
  07 juin 2016
Henry Rousso, l'un des premiers historiens à avoir travaillé sur l'histoire du souvenir , auteur de "Vichy, un passé qui ne passe pas", nous livre ici, une réflexion intéressante, éclairante et constructive autour des notions de mémoire(s), d'histoire et de la de la construction de ces entités autour de certains événements marquants, avec une mise en perspectives dans le cadre national, européen et international.
C'est un essai riche et très documenté pour public averti d'historiens et de philosophes , mais aussi pour toute personne intéressée par les avancées universitaires en la matière.
Cet ouvrage a le mérite de mettre en question et de s'interroger sur notre mode de pensée et de fonctionnement, le temps long et court de la construction de ces mémoires "positives " ou "négatives", que commémore t'on et pourquoi, sinon pour réparer le passé ?
La dédicace à son père «qui fut apatride et réfugié mais eut la sagesse de laisser le passé derrière lui» avec un "mais" au lieu d'un "et" , permet à chacun de poser ces mêmes questions à l'échelle individuelle.
C'est un ouvrage complexe et très intéressant sur les enjeux de "se souvenir".
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Citations et extraits (2) Ajouter une citation
sweetcactussweetcactus   07 juin 2016
Cette place grandissante du souvenir des crimes du passé dans les sociétés contemporaines réduit parfois l'Histoire, ou plutôt ce qui est digne d'être remémoré, à une succession de méfaits et de massacres. C'est l'une des raisons qui expliquent que la mémoire à ce point une valeur quasi universelle, et l'oubli une posture condamnable .
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sweetcactussweetcactus   07 juin 2016
"A la mémoire de mon père, qui fut apatride et réfugié mais eut la sagesse de laisser le passé derrière lui»
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Videos de Henry Rousso (4) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Henry Rousso
Henry Rousso - Face au passé / essais sur la mémoire contemporaine .Henry Rousso vous présente son ouvrage "Face au passé / essais sur la mémoire contemporaine" aux éditions Belin à l'occasion de Livre Paris 2016. Retrouvez le livre : http://www.mollat.com/livres/rousso-henry-face-passe-essais-sur-memoire-contemporaine-9782701197630.html Notes de musique : Copyright Mollat Visitez le site : http://www.mollat.com/ Suivez la librairie mollat sur les réseaux sociaux : Facebook : https://www.facebook.com/Librairie.mollat/ Twitter : https://twitter.com/LibrairieMollat Instagram : https://instagram.com/librairie_mollat/ Dailymotion : http://www.dailymotion.com/user/Librairie_Mollat/1 Vimeo : https://vimeo.com/mollat Pinterest : https://www.pinterest.com/librairiemollat/ Tumblr : http://mollat-bordeaux.tumblr.com/ Soundcloud: https://soundcloud.com/librairie-mollat Blogs : http://blogs.mollat.com/
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