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EAN : 9782213709925
Fayard (21/08/2019)
3.45/5   10 notes
Résumé :
Peter Holtz, le héros de notre roman, est né en RDA. Orphelin, il est élevé dans un foyer. Naïf et clairvoyant, il se bat pour un monde meilleur – et s’étonne souvent, car il est régulièrement mal compris. Sa vie heureuse commence en 1974, l’année de ses douze ans, quand il décide qu’il faut abolir l’argent pour atteindre les promesses du socialisme.
Au fil des années, il fondera un groupe de rock, se fera baptiser en essayant de concilier communisme et chri... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
Bazart
  01 octobre 2019

C'est le journal à la première personne d'un candide, le produit du mélange d'une éducation communiste et chrétienne. Peter Holtz n'est pas à un paradoxe près, ingénu pour la STASI, zélote pour son église, il est le parfait portrait d'un idéaliste. le jeune homme, pur allemand de l'Est, est persuadé que l'Ouest et le monde entier envient l'art de vivre en RDA.
En ce mois de novembre 1991 c'est avec beaucoup d'émotion et de volonté qu'il se sent prêt à accueillir tous les futurs réfugiés, c'est dire que son étonnement sera grand. Qu'à cela ne tienne, sa candeur lui donne un extraordinaire pouvoir d'adaptation, l'économie de marché, la spéculation immobilière lui tendent les bras. Il est tellement facile de faire de l'argent dans la nouvelle grande Allemagne.

« J'ai toujours été étonné de voir combien il est facile d'abolir la réalité » poursuit l'orateur, que son propre discours semble amuser. « Lorsque les objectifs du Plan n'étaient pas atteints on modifiait le Plan, lorsque les élections ne correspondaient pas aux attentes, on modifiait les bulletins, et quand on malmenait quelqu'un en détention préventive ou en prison, on lui faisait signer un papier où il était écrit que tout cela n'avait pas eu lieu »
Récit drôle et picaresque de la reconstruction allemande, « Peter Holtz autoportrait d'une vie heureuse » est aussi et surtout une très agréable leçon d'économie et de géopolitique européenne. La grande histoire vu par les petites mains qui la tricotent, Ingo Schulze nous emporte avec un humour, une distance et une ironie bienvenue. Un beau portrait de l'Allemagne d'aujourd'hui expliqué par l'histoire politique de la fin du XXè siècle. Une ambitieuse réussite littéraire.
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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mariech
  27 avril 2020
Peter Holtz est le parfait représentant de l'Allemagne communiste , la RDA .
Orphelin , il arrive toujours à tirer son épingle du jeu , prenant tout à la lettre au grand dam de ceux qu'il croise .
Puis vient la réunification, ou le jeune homme confiant , attend les allemands de l'Est , persuadés qu'ils vont être nombreux à vouloir venir dans le paradis communiste.
Mais ne nous en faisons pas pour lui , il va garder sa nature optimiste , la nouvelle situation lui sera toujours aussi favorable .
Candide par excellence pour toujours .
Le communisme n'a pas vécu , rattrapé par la société de consommation pour tous , beaucoup de désillusions , de pertes de sens , de nostalgiques de cette société où tout le monde avait un travail , certes souvent peu valorisant mais travail tout de même , où l'immobilier était abordable , en contrepartie il y a eu le spectre de la Stasi comme dans le très beau film , La vie des autres .
C'est tout ça que nous rappelle ce roman de façon déjantée .
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jmb33320
  20 avril 2020
« - Moi aussi, j'étais un béni-oui-oui.
- Pas la peine de me le dire. Tu continues à radoter avec ton communisme, comme s'il n'y avait eu ici que deux-trois trucs qui n'allaient pas. Tu as ta part de responsabilité dans tout ce merdier.
- Il y a des fois où je ne sais plus ce qui est juste ».
Longtemps Peter Holtz, orphelin placé tout jeune dans un foyer d'accueil en RDA, a en effet cru à la supériorité politique de son pays. Adolescent il est déjà approché par la police politique pour espionner son entourage, mais ce rôle tournera court à cause de son zèle à l'assumer : il en est si fier qu'il le clame haut et fort !
Nous allons le suivre, dans ses hauts et ses bas, de sa naissance en 1962 au tournant des années 2000. Au fur et à mesure que son pays change, que le rapprochement puis la fusion avec la RFA se fait, Peter change d'optique, mais toujours avec beaucoup de malentendus et surtout un caractère profondément opposé à tout ce qui fait le consensus général. Il se « convertira » au capitalisme, mais à sa manière, ce qui n'ira pas sans lui causer bien des tribulations.
C'est un roman foisonnant, au ton le plus souvent faussement candide ou ironique, que nous propose Ingo Schulze. Dans quelques lignes de remerciements placées à la fin de son roman, l'auteur le définit avec le mot picaresque. Et c'est vrai que les aventures de son héros tiennent de celles d'un aventurier : les situations et les personnages changent souvent, se transforment puis reviennent, ce qui parfois peut sembler confus. Mon impression générale reste toutefois celle d'avoir lu un roman très généreux, dans ses excès comme dans sa forme.
Je remercie les éditions Fayard et NetGalley pour m'avoir donné accès à l'édition numérique de ce livre.
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Bigmammy
  02 février 2020
Il était une fois la réunification allemande …
En langage Pegida (Européens patriotes contre l'islamisation de l'Occident), les politiciens sont «des traîtres» et les partis «des flûtes à bec» (l'expression consacrée du temps du communisme pour dénigrer les partis officiels d'opposition tels que la CDU de l'Est), et la presse «mensongère».
Chez nous, un homme qualifié de «bonne pâte » est réputé être « du bois dont on fait les flûtes » … c'est-à-dire souple, facile à convaincre, discipliné, adaptable … Peter Holtz est de ceux- là.
Orphelin né en 1962 (comme l'auteur), il a été façonné dans l'idéologie communiste comme jadis le furent par les nazis les jeunesses hitlériennes. Mais lui, c'est un pur, un croyant : naïf, altruiste à l'extrême, souvent incompris, il rêve de la transformation de la société corrompue par l'argent, qui se prétend socialiste mais se protège par une police politique omniprésente, dernier avatar d'un système politique issu, selon lui, d'un christianisme mal assumé.
De son éducation socialiste, Peter prend tout à la lettre. Comme un certain nombre d'Ossies, pour lui, la chute du mur en 1989 va conduire la RFA à adopter les structures de la RDA, ce qui va transformer fondamentalement la république fédérale. Lorsque le mur s'écroule, Joachim Lefèvre (faux-nez de Lothar de Maizière) dit « Nous devons proposer des mesures, si les gens victimes de persécutions (à l'Ouest), des pauvres et des sans-abris veulent venir chez nous » …
Mais voilà, Peter va visiter Berlin Ouest … il fait des rencontres, se convertit au christianisme, s'adapte avec toute son énergie à son nouvel environnement, découvre l'art … Maçon, travailleur, généreux, sincère, il accepte de recevoir des immeubles de Berlin-Est en quasi ruine, les retape …et devient millionnaire !
Ce livre a rencontré un grand succès en Allemagne. On y retrouve l'ambiance des films « Good Bye Lenin » ou « La vie des autres » … Mais je ne cache pas que les longues explications sur la fonction de l'économie sociale de marché et la valeur de l'argent sont parfois « langweilig »*.
C'est une parabole qui tourne à la farce, avec une multitude de personnages complexes, qui décrit comment l'Allemagne de l'est s'est convertie au capitalisme … Mais sous cet aspect parfois clownesque, court une réflexion philosophique désabusée … une certaine nostalgie d'un monde où, du moment qu'on restait « dans les clous » de la direction politique, on pouvait vivre confortablement … sans avoir aucune idée de ce qui se passait dans le « monde libre ».
* ennuyeux
Lien : http://www.bigmammy.fr/archi..
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JeanPierreV
  06 décembre 2021
"L'utopie n'est valable que si elle peut déjà être vécue au présent." ...
Peter Holtz,personnage principal de ce roman est né en RDA, à la grande époque de ce pays et de ses illusions, prêchées par le pouvoir politique. Peter a longtemps entendu et pris à la lettre ces dirigeants qui lui laissaient entendre, ainsi qu'à ses concitoyens en la supériorité de leur projet de société.
Il est né en 1962, et n'a connu que ce régime, ce régime qu'il voit progressivement évoluer changer avec l'ouverture des frontières. Il a toujours cru tout ce qu'on lui racontait...un peu comme d'autres allemands des générations précédentes qui ont aveuglément suivi le moustachu.
Alors il rêve d'une Allemagne non corrompue par le fric qui a été si souvent montré du doigt pas les dirigeants de l'Est et leurs discours. Il a même tendance à faire en permanence son autocritique, chaque fois que par nature, il ne respecte pas les paroles officielles, allant même jusqu'à évoquer la chance des allemands de l'Ouest de vivre sous le régime de l'Est, une fois tombé le Mur, ce "rempart antifasciste"
Mais progressivement ce vernis s'écaille par petites touches.
Et Peter, comme bien des autres après avoir entendu ces discours officiels tentera sa chance à l'Ouest et vite tombera sous le charme de l'argent qu'on peut gagner avec la liberté.
Le roman, parfois un peu ennuyeux, comme cette vie morne et grise de l'Est, dépeint avec justesse, cette rapide évolution, Justesse et dérision..pour décrire à la fois ces 13 ans d'attente pour avoir l'une de ces Trabans, mais aussi le cynisme de l'argent, le cynisme de cette mentalité des entreprises de l'Ouest, venues là pour s'enrichir, en avançant le maintien de l'emploi...cynisme qui deviendra vite la religion de Peter, et surtout tout l'humour d'Ingo Shulze, pour démontrer l'absurdité des situations, et le passage rapide de certains, du socialisme pur et dur au capitalisme
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critiques presse (3)
Actualitte   16 septembre 2020
Au-delà du personnage à la fois tête à claque et attendrissant, le roman développe des réflexions poussées sur le fonctionnement de la société et sur différentes idéologies, et décrit des histoires de vie en RDA (avec quelques escapades en RFA et en France), offrant ainsi une véritable immersion dans l’Allemagne et l’Europe des années 1960 à 1990.
Lire la critique sur le site : Actualitte
LeMonde   12 novembre 2019
Dans « Peter Holtz », dernier roman inspiré de la disparition de la RDA, Ingo Schulze conte la métamorphose d’un jeune marxiste confronté au passage du « socialisme réel » au consumérisme capitaliste.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Actualitte   05 septembre 2019
Ce roman hilarant et profond à la fois nous emmène au cœur de la question, au fil des aventures narrées par Peter Holtz, un garçon naïf et pourtant ingénieux, mélange improbable de Gaspard Hauser et de Charlot.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (5) Ajouter une citation
SZRAMOWOSZRAMOWO   20 septembre 2019
Où Peter va au restaurant sans un pfennig en poche en expliquant pourquoi il trouve cela juste. Réflexions sur le rôle de l’argent dans le socialisme.
En ce samedi de juillet 1974, huit jours avant mes douze ans, j’ignore encore tout de mon bonheur. Assis à la terrasse d’une auberge près de Waldau, j’attends que quelqu’un convainque la serveuse de la justesse de mes arguments ou bien règle mon addition qui s’élève à quatre marks et cinquante pfennigs. Je lui ai déjà expliqué à plusieurs reprises que je ne disposais d’aucun argent, ni dans les poches de mon pantalon ni chez moi, au foyer d’enfants Käthe-Kollwitz à Gradow-sur-l’Elbe.

« Mais enfin, ce n’est pas important, l’argent ! », dis-je, en ajoutant aussitôt : « Tant que je suis un enfant, notre société doit s’occuper de moi, que ce soit au foyer ou pendant un voyage à la mer Baltique. »

Je propose à nouveau à la serveuse de me confier un travail correspondant à la valeur de ce que j’ai mangé : une portion de jambonneau accompagnée de pommes de terre, de choucroute et de moutarde, ainsi qu’un verre de limonade, elle n’a qu’à me dire ce que je dois faire. Tout en ajoutant que je ne veux pas lui causer des problèmes pour avoir fait travailler un enfant. À l’évidence, elle ne devrait donc pas me facturer le repas. « Pourquoi notre société devrait-elle me remettre d’abord l’argent », lui dis-je, « si de toute façon cet argent aboutit tôt ou tard chez elle ? »

« Il aboutit où ça, l’argent ? » s’écrie la serveuse, haussant le ton à chaque mot prononcé.

« Dans la société », je lui réponds.

« Ça va pas, la tête ? » dit la serveuse en se tapotant la tempe. « Tu débloques complètement ! ». Elle saisit la grosse natte noire qui pend en travers de son décolleté pour l’expédier par-dessus son épaule. Tandis qu’elle s’éloigne, la natte se balance entre ses deux omoplates avant de s’immobiliser lorsqu’elle s’apprête à monter les trois marches menant à la porte du restaurant.
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BazartBazart   27 septembre 2019
« J’ai toujours été étonné de voir combien il est facile d’abolir la réalité » poursuit l’orateur, que son propre discours semble amuser. « Lorsque les objectifs du Plan n’étaient pas atteints on modifiait le Plan, lorsque les élections ne correspondaient pas aux attentes, on modifiait les bulletins, et quand on malmenait quelqu’un en détention préventive ou en prison, on lui faisait signer un papier où il était écrit que tout cela n’avait pas eu lieu »
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BazartBazart   27 septembre 2019
« Ma mère dit, sous Hitler au moins on savait pourquoi on vous enfermait, ou bien on était communiste ou juif ou quelqu’un qui résistait. Mais, sous Staline, c’était n’importe qui et à n’importe quel moment, y compris ceux qui étaient pour, et surtout eux ! »

Je me tourne vers Petra : » Qu’est-ce que tu racontes ? Hitler serait mieux que Staline ? »

« Pas mieux, seulement plus prévisible. »
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JeanPierreVJeanPierreV   06 décembre 2021
Ma mère dit, sous Hitler au moins on savait pourquoi on vous enfermait, ou bien on était communiste ou juif ou quelqu'un qui résistait. Mais, sous Staline, c'était n'importe qui et à n'importe quel moment, y compris ceux qui étaient pour, et surtout eux! (P. 142)
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JeanPierreVJeanPierreV   06 décembre 2021
Lorsque les objectifs du Plan n'étaient pas atteints on modifiait le Plan, lorsque les élections ne correspondaient pas aux attentes, on modifiait les bulletins, et quand on malmenait quelqu'un en détention préventive ou en prison, on lui faisait signer un papier où il était écrit que tout cela n'avait pas eu lieu. (P. 203-4)
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