AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontresLe Carnet
EAN : 9782889278398
128 pages
Editions Zoé (06/05/2021)
3.5/5   3 notes
Résumé :
« En pleine crise d'obsolescence », le narrateur prend le train pour Venise où il va prêter main forte à Silvia. Cette éternelle étudiante consacre une thèse à Léopold Robert, peintre neuchâtelois tombé dans l'oubli, mais célébré dans l'Europe entière dans la première moitié du XIXe siècle.
Plus fascinée par la réussite de cet homme, parti de rien, que par son oeuvre, Silvia tente de comprendre comment il en est venu à se trancher la gorge dans son atelier, ... >Voir plus
Que lire après La mort en gondoleVoir plus
Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
L'autre mort à Venise

Dans son nouveau roman Jean-Bernard Vuillème nous propose un voyage du Jura neuchâtelois à Venise, sur les pas du peintre Léopold Robert et ceux d'une belle étudiante. Embarquez sans plus attendre !

Une envie soudaine, une impulsion, l'idée qu'un changement de lieu peut favoriser un changement de vie. C'est dans cette perspective que le narrateur, un «vieux type» se décide à monter dans un train qui le mènera de son Jura neuchâtelois à Venise. S'il prend beaucoup de plaisir à regarder défiler le paysage et à observer les passagers, il ne va pas en Italie pour faire du tourisme, mais pour apporter son concours à Silvia, une étudiante qui entend consacrer sa thèse à un peintre aujourd'hui oublié – sauf peut-être par notre homme – Léopold Robert.
Car outre le fait d'avoir grandi dans la même région que l'artiste, il en connait toute la biographie qu'il va nous livrer au fil de son récit, rendant ainsi hommage à un homme dont le patronyme figure sur les plaques de quelques rues, notamment l'axe central de la Chaix-de-Fonds. du coup, notre homme se demande si «le pire oubli pour un artiste n'est-il pas de devenir moins connu que les rues qui portent son nom?». Après une visite au Louvre, une autre question viendra le tarabuster: «existe-t-il pire humiliation pour un peintre que de figurer derrière le dos de la Joconde, de l'autre côté du mur?»
Voici donc venu le moment de redonner à Louis Léopold Robert, graveur et un peintre neuchâtelois né le 13 mai 1794 aux Éplatures et mort le 20 mars 1835 à Venise toute sa place dans la galerie des beaux-arts.
Entreprise périlleuse, sans doute vaine, quand il le constatera, sur l'île de San Michele où repose Léopold Robert, qu'«il est tellement mort qu'il n'a même plus de tombe», car «dans les cimetières, seules des renommées durables et historiquement bien établies permettent aux morts de franchir les décennies et les siècles».
Le constat est amer, tout comme le bilan de son escapade en Italie.
«En fait, n'y a aucune raison d'avoir suivi Silvia jusqu'ici sinon que je préfère m'attacher aux folies d'une jeune femme d'esprit qu'aux raisons d'un vieux type comme moi. Faire les choses sans raisons n'empêche pas d'y prendre de l'intérêt».
Et c'est là que Jean-Bernard Vuillème est grand. Il fait de ce voyage inutile un écrin soyeux qui enveloppe tout à la fois une oeuvre qui mérite d'être appréciée et un petit bijou introspectif. Oui, il faut prendre le train, oui, il faut écrire, oui, il faut se passionner ! Il n'y a pas d'âge pour cela. Et il ne faut pas de raison particulière pour cela. Sinon d'entrainer dans son sillage des lecteurs admiratifs. Car la plume de l'auteur de Lucie jusqu'à Une île au bout du doigt est toujours aussi allègre, son humour toujours aussi délicat. Et on sent en lisant combien il aime trouver autour de lui les thèmes de ses livres, lui qui a raconté tout aussi brillamment l'histoire des Cercles neuchâtelois ou celle de Suchard, qui s'est implanté à Neuchâtel au XIXe siècle. Parions que cette fois encore, vous aurez plaisir à le suivre. D'autant qu'en ces temps troublés, une telle invitation au voyage ne se refuse pas!

Lien : https://collectiondelivres.w..
Commenter  J’apprécie          340

Une évocation du peintre graveur Louis Léopold Robert (1794 - 1835), ayant connu un certain succès de son vivant avant de sombrer dans l'oubli après sa mort à l'âge de 40 ans.

Au travers l'oeuvre Louis Léopold Robert, Jean-Bernard Vuillème en profite pour suggérer toute une réflexion sur l'art, sur soi, etc., ainsi que sur un certain mal être du peintre - du moins, ce qui me semble avoir compris - concernant sa vie personnelle, ses rapports avec les autres, son métier de peintre/graveur. Mal être qui serait la cause de son suicide en 1835.

Petit ouvrage pas facile d'accès, mais, intéressant car il permet de découvrir un peintre méconnu du grand public.
Commenter  J’apprécie          60

Citations et extraits (2) Ajouter une citation
Voilà, me dis-je en sortant, il est tellement mort qu'il n'a même plus de tombe, ce qui dans le fond va de soi pour un aussi vieux défunt. Dans les cimetières, seules des renommées durables et historiquement bien établies permettent aux morts de franchir les décennies et les siècles. Moi qui tentais de m'affranchir de ma propre existence, de renoncer à toutes les ambitions qui m’avaient façonné pour devenir un autre, disons un autre moi-même dont j'observais l’éclosion, qu'est-ce qui me prenait de vouloir trouver la tombe d’un peintre mort il y avait plus de cent quatre-vingts ans et de surcroît tombé dans l'oubli? La réponse m'a sauté à la figure: à n'y a aucune raison. Comme il n’y en a aucune d'avoir suivi Silvia jusqu'ici sinon que je préfère m'attacher aux folies d'une jeune femme d'esprit qu'aux raisons d'un vieux type comme moi. Faire les choses sans raisons n'empêche pas d’y prendre de l'intérêt. Il me semblait que j'avais raison d’agir maintenant sans raisons. p. 67
Commenter  J’apprécie          90
INCIPIT
Je viens de prendre place dans un siège où je me suis laissé tomber, heureux et fourbu. Il suffit, il est temps de partir. C’est la première fois que je me trouve dans un train bercé par la sensation de laisser ma vie derrière moi. Je vais retrouver Léopold et Silvia à Venise. Le paysage commence déjà à défiler. C’est le cinéma que je préfère. D’abord la silhouette de maisons familières, de rues et de places que je traverse généralement sans les regarder. Une femme à sa fenêtre – un chien trottine au bord d’une route et soudain se précipite dans un patio – buste massif d’un chauffeur de poids lourd les mains presque à plat sur le volant. Des fragments d’histoires cadrés à toute vitesse plutôt que le plan fixe d’une histoire lancinante. Maintenant le train s’éloigne de la ville. Je tourne le visage devant moi, il n’y a personne dans mon compartiment et je peux prendre mes aises, étendre mes jambes. Quelques voyageurs silencieux se sont installés dans le wagon, à portée de vue une femme entre deux âges aux yeux baissés et tirant souvent sur sa jupe et un dos d’homme immobile avec un coude glissant parfois sur l’accoudoir. Je ferme les yeux, non pour dormir, mais pour mieux savourer mon départ, m’abandonner à une vague mécanique qui m’emporte enfin. Me voilà parti pour la première destination qui me soit venue à l’esprit.
C’est une fugue sénile. Je suis en pleine crise d’obsolescence et je dégage. Je vivais sur mes acquis. Comment vivre sans s’accrocher à ce que l’on possède ? Il aurait fallu sentir le point de rupture entre le temps de l’expansion et le temps du repli et me retirer petit à petit, pas à pas, au lieu d’attendre que l’eau monte jusqu’au menton pour me mettre à nager comme un forcené. Une marée montante m’a fait décamper. Le monde vous rattrape, vous dépasse et vous n’existez plus.
Je suis parti sans me retourner. Je n’ai rien emporté, rien, pas même un rêve d’autre vie, je suis parti à la sauvette, le cœur battant, comme un animal surpris dans son sommeil. Pourtant, je sais où je vais. Silvia est une jeune femme qui s’est prise de passion pour un peintre au destin tragique au point d’en faire, m’a-t-elle dit, le sujet d’une thèse. Parti d’un village perdu dans le Jura suisse, ce peintre croyait avoir conquis le monde. Il était sorti de nulle part pour devenir une gloire universelle. C’est son histoire qui captive cette jeune femme et non sa peinture qui la laisse indifférente. Je l’entends encore : « J’admire son effort, le sérieux et la passion avec lesquels il peignait, mais pas sa peinture ». Je la vois, en train de s’animer, ses mains se mettent à bouger, elle repousse une mèche rebelle de ses doigts fins et tourne vers moi son regard azur. Si belle que j’en reste muet, alors que j’aimerais prendre la défense de Léopold. Peut-on vraiment admirer quelqu’un pour son effort et non pour ce qui en résulte ? Vivre est un effort que personne n’applaudit, surtout avec le temps, quand les articulations se mettent à grincer et que les muscles s’avachissent, y compris le cerveau, à commencer par la mémoire, ce qui fait qu’un homme de tête peut devenir un homme à trous. Sans parler d’une vague oppression, parfois, du côté du cœur. Comme en ce moment malgré mon grand calme, ma sérénité, d’abord un pincement qui me fait rouvrir les yeux, puis la sensation d’abriter une masse de plomb brûlante plutôt qu’un cœur battant au centre de mon être. Je pourrais crier tant j’ai peur. Une peur animale sans autre expression possible que de crier. Je me retiens et me tourne vers la fenêtre et aussitôt m’apaise le défilé des images de fragments de paysage et de gens à l’intérieur des fragments. A peine entrevus déjà disparus. La fenêtre avale mon cri et mon regard dérape sur le monde comme s’il n’y était pas tout à fait, un regard passager très fasciné mais plus tout à fait concerné.
Moi, je suis parti tardivement pour renoncer et non pour conquérir comme ce jeune peintre dont Silvia admire l’effort. C’est mon dernier sujet de fierté, cette course hors de ma vie, vers la gare, pour m’extraire de mon univers au lieu de m’y cramponner et de vouloir encore et toujours reconstruire. Le train ralentit, freine, décollant légèrement mon buste du siège. Des gens se hâtent sur le quai en tirant leurs valises. Parmi eux, figurent probablement des personnes qui seront là d’ici deux ou trois minutes, en face de moi, à côté de moi. Je ne sens plus mon cœur, j’entends les essieux qui grincent. Au lieu de tourner en rond dans mon passé, j’ai décidé de m’intéresser au départ de Silvia sur les pas de son peintre neurasthénique.
Commenter  J’apprécie          00

Les plus populaires : Littérature étrangère Voir plus
Livres les plus populaires de la semaine Voir plus


Lecteurs (12) Voir plus



Quiz Voir plus

Les écrivains et le suicide

En 1941, cette immense écrivaine, pensant devenir folle, va se jeter dans une rivière les poches pleine de pierres. Avant de mourir, elle écrit à son mari une lettre où elle dit prendre la meilleure décision qui soit.

Virginia Woolf
Marguerite Duras
Sylvia Plath
Victoria Ocampo

8 questions
1720 lecteurs ont répondu
Thèmes : suicide , biographie , littératureCréer un quiz sur ce livre

{* *}