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> Michel Décaudin (Préfacier, etc.)

ISBN : 2070300099
Éditeur : Gallimard (1969)


Note moyenne : 4.19/5 (sur 105 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
"Nice, 28 septembre 1914.
Vous ayant dit ce matin que je vous aimais, ma voisine d'hier soir, j'éprouve maintenant moins de gêne à vous l'écrire..."
"18 janvier 1916.
... Je te souhaite de belles amours et beaucoup de bonheur. Alors, on s'habitue à ... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Malaura, le 14 décembre 2011

    Malaura
    Derrière chaque poète il y a souvent une femme.
    Derrière chaque poème s'y dévoilent souvent les femmes, les muses, qui les ont inspirés.
    C'est en septembre 1914, alors qu'il séjourne à Nice, que Guillaume Apollinaire rencontre Louise Coligny-Châtillon, surnommée Lou. Elle est décrite comme une jeune femme « spirituelle, dégagée, frivole, impétueuse, puérile, sensible, insaisissable, énervée, un peu éperdue en quelque sorte ». D'emblée sa personnalité fantasque fascine le poète. Elle l'aiguillonne, l'exalte, l'enflamme et lui inspirera nombreux de ses plus beaux poèmes.
    Poèmes rimés ou en prose, lettres en vers, comptines, fabliaux, acrostiches, Calligrammes, Lou s'anime, vibre, palpite comme une flamme vive, s'inscrit en toute lettres dans ce recueil qui lui est dédié, les « Poèmes à Lou ».
    Apollinaire la chante tout entière et loue son corps tant désiré au détour de rimes qui ne laissent pas d'étonner par la hardiesse, l'audace, l'érotisme et même la crudité de leur évocation, à une époque que l'on s'imagine encore bien chaste et pudibonde en matière de relations charnelles.
    Nombreux sont pourtant les poèmes qui vont clamer cet appétit physique et cette avidité sensuelle qui galvanisent l'homme et l'artiste.
    Lou est l'incarnation de La Femme. Idéalisée, déifiée, réifiée aussi parfois, elle est celle qui s'offre mais ne se livre pas, celle qui aime sans se donner, fille, petite sœur, amante, déesse, Lou insaisissable, évanescente, fugitive, inconstante, lascive, maîtresse ardemment fantasmée…
    Mais son cœur convoité se refuse, son âme si rêveusement espéré reste inaccessible, Apollinaire, alors engagé volontaire et affecté dans un régiment d'artillerie, se languit et s'exaspère de lettres qu'il attend avec impatience et qui viennent peu, ou pas.
    Ses rimes se font alors désabusées, désespérées, pleines de regrets et de douleur, qui plus est en pleine période de guerre.
    La Première Guerre et ses atrocités s'amalgament à cet amour perdu.
    Les vers pleurent, s'insurgent, se lamentent, disent leur incompréhension, se résignent enfin.
    En une sorte de sublimation de l'amour et de la mort, le poète enchevêtre son vécu au front, la vie des soldats de caserne, les horreurs des champs de bataille, les éclairs des obus, avec cet amour qu'il aspire à voir renaître mais qu'il sait pourtant désormais révolu.
    C'est l'acrostiche formant le nom de Lou comme une dernière supplication désillusionnée et qui clôt le superbe poème « Si je mourrai là-bas » :
    « La nuit descend
    On y pressent
    Un long un long destin de sang »
    Précédé de nombreux poèmes et ébauches regroupés sous le titre « Il y a », le recueil des « Poèmes à Lou » dévoile toute la fantaisie et la liberté qu'Apollinaire a apporté à la poésie.
    En prose ou en rimes, sous formes de lettres ou par ses fameux Calligrammes, les mots et les vers d'Apollinaire se font tantôt aériens, oniriques, hallucinés, plein d'un imaginaire débridé, tantôt plus terre à terre, crus, croustillants et grivois.
    Par ses divagations, ses chimères, ses inventions stylistiques et métaphoriques, celui qui fut l'un des premiers précurseurs du mouvement surréaliste a adopté une excentricité dans la création que l'on ne cautionnera ou comprendra pas toujours, et bien sûr certains poèmes nous parlent plus que d'autres. Toujours est-il qu'il a su insuffler à l'art de la poésie une indépendance, une autonomie qui, en le libérant des contraintes et règles imposées d'ordinaire à cet art, en lui faisant emprunter d'autres chemins, en le guidant sous d'autres latitudes, aura permis d'influencer nombre des grands poètes du XXème siècle qui lui ont succédé.
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    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe, le 27 juin 2011

    brigittelascombe
    Appolinaire, poète à l'immense talent du XX° siècle, après avoir publié(entre autres) le recueil "Alcools" à l'envoutement subtil, en 1913, a écrit ses "Poèmes à Lou" qui relate sa correspondance avec Louise de Coligny Chatillon entre octobre 1914 et septembre 1915. Calligrammes à l'aventureuse esthétique, verra le jour en 1918.
    André Breton disait de lui qu'il était un maître de la génération nouvelle. Je rajouterais: intemporel, il nous transporte aux portes du rêve et de visions chères aux surréalistes.
    Deux recueils en un.
    "Il y a", textes au charme acide des citrons verts, à la séduction insolite,aux tournures quelque peu baroques et audacieuses et "Poèmes à Lou" passionné, mon préféré sur lequel je m'attarderai.
    Amour fou.
    Lou ma rose, pt'it Lou, mon adorable jardinière,chère chère bien aimée,jolie bizarre enfant chérie, si belle Colombelle, Lou Démone enfant, mon coeur, mon adorée... que d'appellations! Que de dévotion!
    Une passion empreinte de désir que je rapprocherai de celle de Louis Blériot pour Nora dans "La vie est brêve, le désir sans fin " de Patrick Lapeyre, car nous retrouvons un homme éperdu de désir face à la femme enfant qui tour à tour se dérobe, se prête, se détache, se laisse ..désirer.
    Mais en plus c'est du vrai! de la passion pure.
    Fascinante, puérile,frivole, avec ses grands beaux yeux de biche,Louise Chatillon Coligny sait jouer de son charme lorsqu'Appolinaire la rencontre en septembre 1914.Elle le provoque, spirituelle, impétueuse.
    Insaisissable, elle se dérobe, lui échappe. Il part à Nimes et rejoint le 38° régiment d'artillerie en décembre. Elle le rejoint, mutine, langoureuse. Se donne, l'affole. Repart. le revoit quelques fois. Et s'en suit cette correspondance.
    Elle le traite de "Toutou", qu'importe, il est à ses pieds.Spontané, vrai, il espère.
    Journal dans lequel il se raconte.
    "Je fume un cigare à Tarascon en humant un café".
    Passion déchainée à l'érotisme violent:
    "Ô mon unique amour et ma tendre folie";
    "Si tu te couches Douceur tu deviens mon orgie"
    Il chante la joie et la douleur des corps, l'attente et la souffrance:
    "De toi depuis longtemps je n'ai pas de nouvelles"
    "Chaque heure infiniment augmente sa souffrance"
    Il connait cette souffrance et le prix de l'attente.
    "Car ô ma chevelure de feu tu es la torche
    Qui m'éclaire ce monde et flamme tu es ma force."
    "Je rêve de t'avoir nuit et jour dans mes bras
    Je respire ton âme à l'odeur des lilas".
    Quelle femme n'a rêvé d'être l'objet de tels débordements?
    Appolinaire émeut et touche de ses vers sublimes et également lorsqu'il entremèle ses poèmes enflammés de Calligrammes( poèmes dont la topographie a la forme d'un dessin, tour à tour croix,fleur, tête au chapeau..) à la réelle portée esthétique comme de petits tableaux offerts à l'aimée.
    Un beau portrait d'homme tendre et amoureux s'élève alors!
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    • Livres 5.00/5
    Par vincentf, le 15 mai 2012

    vincentf
    Qu'est-ce qui donne ce charme si particulier aux mots d'Appolinaire? C'est une sorte de mystère simple, ou de familiarité originale, le vers ancien qui rime avec le vers libre, les dessins que l'on déchiffre avec peine. Il y a aussi l'amour qui se frotte à la guerre et le mélange si détonnant et si nouveau de la femme aimée, de son corps attendu, avec la mitraille, les terribles tranchées de 14-18, les obus, toujours liés intimement aux seins, comme si la guerre était une continuation de l'amour par d'autres moyens, les lettres quotidiennes d'un poète perdu loin de sa muse et qui, dans l'horreur, s'en amuse. Il y a dans les petits mots d'Appolinaire une légèreté bizarre, comme s'ils avaient pour mission d'éloigner le lecteur et Lou, femme plus imaginaire que réelle, de la brutale réalité du champ de bataille, pour s'ébattre dans un autre corps à corps, dans ces guerres d'une nuit qui ne connaissent sur le moment que des vainqueurs, et qui, à la longue, quand le poète meurt au front, ne créent que des vaincus.
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    • Livres 5.00/5
    Par brusc, le 25 novembre 2011

    brusc
    A lire, rien que pour "Si je mourais là-bas", mis en musique et chanté par Jean Ferrat. Un grand moment de poésie, d'amour et de chanson. Pour le plaisir, la dernière strophe.
    Lou si je meurs là-bas souvenir qu'on oublie
    Souviens-t'en quelquefois aux instants de folie
    De jeunesse et d'amour et d'éclatante ardeur
    Mon sang c'est la fontaine ardente du bonheur
    Et sois la plus heureuse étant la plus jolie
    Ô mon unique amour et ma grande folie.
    Pour les fans, je signale une édition Textuel, de 2007, intitulée "Je pense à toi mon lou" qui reproduit en fac-similé des Poèmes à Lou et lettres du poète. En sus, des commentaires.
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    • Livres 5.00/5
    Par Duluoz, le 08 octobre 2014

    Duluoz
    En cette période de célébration du centenaire de la guerre de 14, espérons qu"Appolinaire sera lu dans les écoles, les collèges, les lycées sans attendre novembre 2018.

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Citations et extraits

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  • Par Malaura, le 06 juin 2014

    Ta bouche me disait
    Des mots de damnation si pervers et si tendres
    Que je me demande ô mon âme blessée
    Comment j’ai pu alors sans mourir les entendre
    O mots si doux si forts que quand j’y pense il me semble
    Que je les touche
    Et que s’ouvre encore la porte de ta bouche
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  • Par Philippe-rodolphe, le 09 août 2012


    Scène nocturne du 22 avril 1915

    " Mon ptit Lou adoré Je voudrais mourir un jour que tu m'aimes
    Je voudrais être beau pour que tu m'aimes
    Je voudrais être fort pour que tu m'aimes
    Je voudrais être jeune pour que tu m'aimes
    Je voudrais que la guerre recommençât pour que tu m'aimes
    Je voudrais te prendre pour que tu m'aimes
    Je voudrais te fesser pour que tu m'aimes
    Je voudrais te faire mal pour que tu m'aimes
    Je voudrais que nous soyons seuls dans une chambre d'hôtel à Grasse pour que tu m'aimes
    Je voudrais que nous soyons seuls dans mon petit bureau près de la terrasse couchés sur le lit de fumerie pour que tu m'aimes
    Je voudrais que tu sois ma sœur pour t'aimer incestueusement
    Je voudrais que tu eusses été ma cousine pour qu'on se soit aimés très jeunes
    Je voudrais que tu sois mon cheval pour te chevaucher longtemps longtemps
    Je voudrais que tu sois mon cœur pour te sentir toujours en moi
    Je voudrais que tu sois le paradis ou l'enfer selon le lieu où j'aille
    Je voudrais que tu sois un petit garçon pour être ton précepteur
    Je voudrais que tu sois la nuit pour nous aimer dans les ténèbres
    Je voudrais que tu sois ma vie pour être par toi seule
    Je voudrais que tu sois un obus boche pour me tuer d'un soudain amour ".
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  • Par Malaura, le 28 novembre 2011

    Mon Lou la nuit descend tu es à moi je t’aime
    Les cyprès ont noirci le ciel a fait de même
    Les trompettes chantaient ta beauté mon bonheur
    De t’aimer pour toujours ton cœur près de mon cœur

    Je pense à tes cheveux qui sont mon or ma gloire
    Ils sont toute ma lumière dans la nuit noire
    Et tes yeux sont la fenêtre d’où je veux regarder
    La vie et ses bonheurs la mort qui vient aider
    Les soldats las les femmes tristes et les enfants malades

    Aime-moi mon Lou je t’adore Bonsoir
    Je t’adore je t’aime adieu mon Lou ma gloire
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  • Par LiliGalipette, le 13 mars 2011

    Vitam Impendere Amori :

    Dans le crépuscule fané
    Où plusieurs amours se bousculent
    Ton souvenir gît enchaîné
    Loin de nos ombres qui reculent

    Ô mains qu'enchaîne la mémoire
    Et brûlantes comme un bûcher
    Où le dernier des phénix noire
    Perfection vient se jucher

    La chaîne s'use maille à maille
    Ton souvenir riant de nous
    S'enfuir l'entends-tu qui nous raille
    Et je retombe à tes genoux

    Le soir tombe et dans le jardin
    Elles racontent des histoires
    À la nuit qui non sans dédain
    Répand leurs chevelures noires

    Petits enfants petits enfants
    Vos ailes se sont envolées
    Mais rose toi qui te défends
    Perds tes odeurs inégalées

    Car voici l'heure du larcin
    De plumes de fleurs et de tresses
    Cueillez le jet d'eau du bassin
    Dont les roses sont les maîtresses

    Ô ma jeunesse abandonnée
    Comme une guirlande fanée
    Voici que s'en vient la saison
    Et des dédains et du soupçon

    Le paysage est fait de toiles
    Il coule un faux fleuve de sang
    Et sous l'arbre fleuri d'étoiles
    Un clown est l'unique passant

    Un froid rayon poudroie et joue
    Sur les décors et sur ta joue
    Un coup de revolver un cri
    Dans l'ombre un portrait a souri

    La vitre du cadre est brisée
    Un air qu'on ne peut définir
    Hésite entre son et pensée
    Entre avenir et souvenir

    Ô ma jeunesse abandonnée
    Comme une guirlande fanée
    Voici que s'en vient la saison
    Des regrets et de la raison
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  • Par Orphea, le 11 février 2012

    (POÈMES À LOU)

    Faction

    Je pense à toi ma Lou pendant la faction
    J'ai ton regard là-haut en clignement d'étoiles
    Tout le ciel c'est ton corps chère conception
    De mon désir majeur qu'attisent les rafales
    Autour de ce soldat en méditation

    Amour vous ne savez ce que c'est que l'absence
    Et vous ne savez pas que l'on s'en sent mourir
    Chaque heure infiniment augmente la souffrance
    Et quand finit le jour on commence à souffrir
    Et quand la nuit revient la peine recommence

    J'espère dans le Souvenir ô mon Amour
    Il rajeunit il embellit lorsqu'il s'efface
    Vous vieillirez Amour vous vieillirez un jour
    Le Souvenir au loin sonne du cor de chasse
    O lente lente nuit ô mon fusil si lourd
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