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Michel Décaudin (Préfacier, etc.)
ISBN : 2070300099
Éditeur : Gallimard (1969)

Note moyenne : 4.14/5 (sur 167 notes)
Résumé :
"Nice, 28 septembre 1914.
Vous ayant dit ce matin que je vous aimais, ma voisine d'hier soir, j'éprouve maintenant moins de gêne à vous l'écrire..."
"18 janvier 1916.
... Je te souhaite de belles amours et beaucoup de bonheur. Alors, on s'habitue à la guerre, moi j'ai participé aux coups de chien de la cote 194 près de la butte de Tahure. Enfin je m'en tire pour l'instant sans dégâts c'est pas mal après tout. Gui."
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Critiques, Analyses & Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
Malaura
Malaura14 décembre 2011
  • Livres 3.00/5
Derrière chaque poète il y a souvent une femme.
Derrière chaque poème s'y dévoilent souvent les femmes, les muses, qui les ont inspirés.
C'est en septembre 1914, alors qu'il séjourne à Nice, que Guillaume Apollinaire rencontre Louise Coligny-Châtillon, surnommée Lou. Elle est décrite comme une jeune femme « spirituelle, dégagée, frivole, impétueuse, puérile, sensible, insaisissable, énervée, un peu éperdue en quelque sorte ». D'emblée sa personnalité fantasque fascine le poète. Elle l'aiguillonne, l'exalte, l'enflamme et lui inspirera nombreux de ses plus beaux poèmes.
Poèmes rimés ou en prose, lettres en vers, comptines, fabliaux, acrostiches, calligrammes, Lou s'anime, vibre, palpite comme une flamme vive, s'inscrit en toute lettres dans ce recueil qui lui est dédié, les « Poèmes à Lou ».
Apollinaire la chante tout entière et loue son corps tant désiré au détour de rimes qui ne laissent pas d'étonner par la hardiesse, l'audace, l'érotisme et même la crudité de leur évocation, à une époque que l'on s'imagine encore bien chaste et pudibonde en matière de relations charnelles.
Nombreux sont pourtant les poèmes qui vont clamer cet appétit physique et cette avidité sensuelle qui galvanisent l'homme et l'artiste.
Lou est l'incarnation de la Femme. Idéalisée, déifiée, réifiée aussi parfois, elle est celle qui s'offre mais ne se livre pas, celle qui aime sans se donner, fille, petite soeur, amante, déesse, Lou insaisissable, évanescente, fugitive, inconstante, lascive, maîtresse ardemment fantasmée…
Mais son coeur convoité se refuse, son âme si rêveusement espéré reste inaccessible, Apollinaire, alors engagé volontaire et affecté dans un régiment d'artillerie, se languit et s'exaspère de lettres qu'il attend avec impatience et qui viennent peu, ou pas.
Ses rimes se font alors désabusées, désespérées, pleines de regrets et de douleur, qui plus est en pleine période de guerre.
La Première Guerre et ses atrocités s'amalgament à cet amour perdu.
Les vers pleurent, s'insurgent, se lamentent, disent leur incompréhension, se résignent enfin.
En une sorte de sublimation de l'amour et de la mort, le poète enchevêtre son vécu au front, la vie des soldats de caserne, les horreurs des champs de bataille, les éclairs des obus, avec cet amour qu'il aspire à voir renaître mais qu'il sait pourtant désormais révolu.
C'est l'acrostiche formant le nom de Lou comme une dernière supplication désillusionnée et qui clôt le superbe poème « Si je mourrai là-bas » :
« La nuit descend
On y pressent
Un long un long destin de sang »
Précédé de nombreux poèmes et ébauches regroupés sous le titre « Il y a », le recueil des « Poèmes à Lou » dévoile toute la fantaisie et la liberté qu'Apollinaire a apporté à la poésie.
En prose ou en rimes, sous formes de lettres ou par ses fameux calligrammes, les mots et les vers d'Apollinaire se font tantôt aériens, oniriques, hallucinés, plein d'un imaginaire débridé, tantôt plus terre à terre, crus, croustillants et grivois.
Par ses divagations, ses chimères, ses inventions stylistiques et métaphoriques, celui qui fut l'un des premiers précurseurs du mouvement surréaliste a adopté une excentricité dans la création que l'on ne cautionnera ou comprendra pas toujours, et bien sûr certains poèmes nous parlent plus que d'autres. Toujours est-il qu'il a su insuffler à l'art de la poésie une indépendance, une autonomie qui, en le libérant des contraintes et règles imposées d'ordinaire à cet art, en lui faisant emprunter d'autres chemins, en le guidant sous d'autres latitudes, aura permis d'influencer nombre des grands poètes du XXème siècle qui lui ont succédé.
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sabine59
sabine5921 juillet 2016
  • Livres 5.00/5

Ce recueil est magnifique et très particulier, dans l'oeuvre d'Apollinaire.Comme le titre l'indique, les poèmes sont dédiés à Lou, alias Louise de Coligny- Chatillon.Il l'a rencontrée à Nice , en septembre 1914, à une époque où il pense déjà s'engager comme soldat dans la guerre.Leur relation est complexe, la jeune femme fantasque se donne et se dérobe.C'est lorsqu'il pense leur liaison rompue qu'il décide de partir à la guerre.Elle le rejoint pour lui dire au revoir avant son départ.
Entre prose, poèmes et lettres, ce recueil est riche, varié, novateur et surtout , dans sa spontanéité, sincère et touchant .Depuis les premières lignes, où il est artilleur, Apollinaire, fasciné malgré lui par le feu et les obus, offre au lecteur une vue saisissante de la guerre, où s'entremêlent ses sentiments pour Lou et le quotidien de l'armée en action.
Tour à tour plein d'espoir, jaloux, désespéré, se sentant souvent abandonné, oublié d'elle, il n'en continue pas moins, même s'il est assez désabusé, à en glorifier la beauté, les métaphores sublimes d'imagination jaillissent, la sensualité explose, sur fond de tirs de canons.
C'est toute la sensibilité blessée d'un homme qui s'exprime, un homme qui garde pourtant de l'humour et de l'auto-dérision, un homme qui sait qu'il peut mourir du jour au lendemain.
L'éphémère de la vie, les beautés et les fêlures de l'amour, le cruel décor guerrier, tel Cyrano écrivant à Roxane, Apollinaire fait entendre une voix unique, magique et si émouvante...
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brigittelascombe
brigittelascombe27 juin 2011
  • Livres 5.00/5
Appolinaire, poète à l'immense talent du XX° siècle, après avoir publié(entre autres) le recueil "Alcools" à l'envoutement subtil, en 1913, a écrit ses "Poèmes à Lou" qui relate sa correspondance avec Louise de Coligny Chatillon entre octobre 1914 et septembre 1915. Calligrammes à l'aventureuse esthétique, verra le jour en 1918.
André Breton disait de lui qu'il était un maître de la génération nouvelle. Je rajouterais: intemporel, il nous transporte aux portes du rêve et de visions chères aux surréalistes.
Deux recueils en un.
"Il y a", textes au charme acide des citrons verts, à la séduction insolite,aux tournures quelque peu baroques et audacieuses et "Poèmes à Lou" passionné, mon préféré sur lequel je m'attarderai.
Amour fou.
Lou ma rose, pt'it Lou, mon adorable jardinière,chère chère bien aimée,jolie bizarre enfant chérie, si belle Colombelle, Lou Démone enfant, mon coeur, mon adorée... que d'appellations! Que de dévotion!
Une passion empreinte de désir que je rapprocherai de celle de Louis Blériot pour Nora dans "La vie est brêve, le désir sans fin " de Patrick Lapeyre, car nous retrouvons un homme éperdu de désir face à la femme enfant qui tour à tour se dérobe, se prête, se détache, se laisse ..désirer.
Mais en plus c'est du vrai! de la passion pure.
Fascinante, puérile,frivole, avec ses grands beaux yeux de biche,Louise Chatillon Coligny sait jouer de son charme lorsqu'Appolinaire la rencontre en septembre 1914.Elle le provoque, spirituelle, impétueuse.
Insaisissable, elle se dérobe, lui échappe. Il part à Nimes et rejoint le 38° régiment d'artillerie en décembre. Elle le rejoint, mutine, langoureuse. Se donne, l'affole. Repart. le revoit quelques fois. Et s'en suit cette correspondance.
Elle le traite de "Toutou", qu'importe, il est à ses pieds.Spontané, vrai, il espère.
Journal dans lequel il se raconte.
"Je fume un cigare à Tarascon en humant un café".
Passion déchainée à l'érotisme violent:
"Ô mon unique amour et ma tendre folie";
"Si tu te couches Douceur tu deviens mon orgie"
Il chante la joie et la douleur des corps, l'attente et la souffrance:
"De toi depuis longtemps je n'ai pas de nouvelles"
"Chaque heure infiniment augmente sa souffrance"
Il connait cette souffrance et le prix de l'attente.
"Car ô ma chevelure de feu tu es la torche
Qui m'éclaire ce monde et flamme tu es ma force."
"Je rêve de t'avoir nuit et jour dans mes bras
Je respire ton âme à l'odeur des lilas".
Quelle femme n'a rêvé d'être l'objet de tels débordements?
Appolinaire émeut et touche de ses vers sublimes et également lorsqu'il entremèle ses poèmes enflammés de calligrammes( poèmes dont la topographie a la forme d'un dessin, tour à tour croix,fleur, tête au chapeau..) à la réelle portée esthétique comme de petits tableaux offerts à l'aimée.
Un beau portrait d'homme tendre et amoureux s'élève alors!
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vincentf
vincentf15 mai 2012
  • Livres 5.00/5
Qu'est-ce qui donne ce charme si particulier aux mots d'Appolinaire? C'est une sorte de mystère simple, ou de familiarité originale, le vers ancien qui rime avec le vers libre, les dessins que l'on déchiffre avec peine. Il y a aussi l'amour qui se frotte à la guerre et le mélange si détonnant et si nouveau de la femme aimée, de son corps attendu, avec la mitraille, les terribles tranchées de 14-18, les obus, toujours liés intimement aux seins, comme si la guerre était une continuation de l'amour par d'autres moyens, les lettres quotidiennes d'un poète perdu loin de sa muse et qui, dans l'horreur, s'en amuse. Il y a dans les petits mots d'Appolinaire une légèreté bizarre, comme s'ils avaient pour mission d'éloigner le lecteur et Lou, femme plus imaginaire que réelle, de la brutale réalité du champ de bataille, pour s'ébattre dans un autre corps à corps, dans ces guerres d'une nuit qui ne connaissent sur le moment que des vainqueurs, et qui, à la longue, quand le poète meurt au front, ne créent que des vaincus.
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brusc
brusc25 novembre 2011
  • Livres 5.00/5
A lire, rien que pour "Si je mourais là-bas", mis en musique et chanté par Jean Ferrat. Un grand moment de poésie, d'amour et de chanson. Pour le plaisir, la dernière strophe.
Lou si je meurs là-bas souvenir qu'on oublie
Souviens-t'en quelquefois aux instants de folie
De jeunesse et d'amour et d'éclatante ardeur
Mon sang c'est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie
Ô mon unique amour et ma grande folie.
Pour les fans, je signale une édition Textuel, de 2007, intitulée "Je pense à toi mon lou" qui reproduit en fac-similé des Poèmes à Lou et lettres du poète. En sus, des commentaires.
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Citations & extraits (47) Voir plus Ajouter une citation
sabine59sabine5921 juillet 2016

Bouche ô mes délices ô mon nectar je t'aime
Regard unique regard-étoile je t'aime
Mains dont j'adore les mouvements je vous aime
Nez singulièrement aristocratique je t'aime
Démarche onduleuse et dansante je t'aime
ô petit Lou je t'aime je t'aime je t'aime
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sabine59sabine5921 juillet 2016

Lou mon étoile

Prends-moi dans ta splendeur
Que je sois ébloui et presque épouvanté
Que l'espace bleu se creuse à l'infini
Que l'horizon disparaisse
Que tous les astres grandissent
Et pour finir fais-moi pénétrer dans ton paradis
Que j'éprouve une sensation
De bien-être inouï
Que j'absorbe par toute ma chair toute mon âme
Ta lumière exquise
ô mon paradis
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sabine59sabine5921 juillet 2016

Je t'écris ô mon Lou de la hutte aux roseaux
Où palpitent d'espoir et d'amour neuf coeurs d'hommes
Les canons font partir leurs obus en monômes
Et j'écoute gémir la forêt sans oiseaux
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coco4649coco464914 mars 2016
POÈMES À LOU


XXXIII

Mon très cher petit Lou je t'aime
Ma chère petite étoile palpipante je t'aime
Corps délicieusement élastique je t'aime
Vulve qui serre comme un casse-noisette je t'aime
Sein gauche si rose et si insolent je t'aime
Sein droit si tendrement rosé je t'aime
Mamelon droit couleur de champagne non champa-
 gnisé je t'aime
Mamelon gauche semblable à une bosse du front d'un
 petit veau qui vient de naître je t'aime
Nymphes hypertrophiées par tes attouchements fréquents
 je vous aime
Fesses exquisement agiles qui se rejettent bien en
 arrière je vous aime
Nombril semblable à une lune creuse et sombre je
 t'aime
Toison claire comme une forêt en hiver je t'aime
Aisselles duvetées comme un cygne naissant je vous
 aime
Chute des épaules adorablement pure je t'aime
Cuisse au galbe aussi esthétique qu'une colonne de
 temple antique je t'aime
Oreilles ourlées comme de petits bijoux mexicains je
 vous aime
Chevelure trempée dans le sang des amours je t'aime
Pieds savants pieds qui se raidissent je vous aime
Reins chevaucheurs reins puissants je vous aime
Taille qui n'a jamais connu le corset taille souple je
 t'aime
Dos merveilleusement fait qui s'est courbé pour moi
 je t'aime
Bouche ô mes délices ô mon nectar je t'aime
Regard unique regard-étoile je t'aime
Mains dont j'adore les mouvements je vous aime
Nez singulièrement aristocratique je t'aime
Démarche ouduleuse et dansante je t'aime
O petit Lou je t'aime je t'aime je t'aime

p.150-151
+ Lire la suite
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tamara29tamara2925 décembre 2015
Il y a des petits ponts épatants
Il y a mon cœur qui bat pour toi
Il y a une femme triste sur la route
Il y a un beau petit cottage dans un jardin
Il y a six soldats qui s'amusent comme des fous
Il y a mes yeux qui cherchent ton image
Il y a un petit bois charmant sur la colline
Et un vieux territorial pisse quand nous passons
Il y a un poète qui rêve au ptit Lou
Il y a un ptit Lou exquis dans ce grand Paris
Il y a une batterie dans une forêt
Il y a un berger qui paît ses moutons
Il y a ma vie qui t'appartient
Il y a mon porte-plume réservoir qui court qui court
Il y a un rideau de peupliers délicat délicat
Il y a toute ma vie passée qui est bien passée
Il y a des rues étroites à Menton où nous nous sommes aimés
Il y a une petite fille de Sospel qui fouette ses camarades
Il y a mon fouet de conducteur dans mon sac à avoine
Il y a des wagons belges sur la voie
Il y a mon amour
Il y a toute la vie
Je t'adore


- Il y a -
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Émission des "Nouveaux Chemins" diffusée le 21 janvier 2009 sur France Culture dans le cadre d'une série dédiée aux correspondances célèbres. Invitée : Laurence Campa, maître de conférences en lettres modernes à Paris X.
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