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> Elisabeth Beyer (Traducteur)
> Aleksandar Grujicic (Traducteur)

ISBN : 2742772537
Éditeur : Actes Sud (2008)


Note moyenne : 4.07/5 (sur 75 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Dans une université américaine, un écrivain débutant, qui pourrait s’appeler Cercas, se lie d’amitié avec un vétéran du Viêtnam anéanti par le poids de son passé. A son retour en Espagne, le succès de l’un de ses romans le propulse soudain au firmament... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par claracambry, le 18 août 2014

    claracambry
    Jamais je ne pensais avoir entre mains un livre qui parle entre autres de la guerre de Vietnam,de la transformation qui s'est opérée chez certains soldats alors qu'ils combattaient et se prenaient pour Dieu en ayant cette possibilité de donner la mort, et surtout sur le sens et le pouvoir de littérature. Pourtant ce roman prenant et riche en émotions traite de ces thèmes par une écriture ô combien remarquable et par l'histoire de deux hommes.
    Le narrateur, un étudiant espagnol, a pour ambition de devenir écrivain. Par le plus grand des hasards, on lui propose un poste à l'université d'Urbana. Ainsi, il pourra enseigner sa langue et écrire. Et c'est dans le cadre de son travail qu'il rencontre Rodney Falk. Cet ancien combattant du Vietnam enseigne lui aussi l'espagnol. Peu bavard, Rodney Falk est solitaire, pourtant lui et le narrateur vont devenir amis. Mais Rodney disparaît sans prévenir son ami et sans avoir donné de raison à la faculté. Retourné en Espagne, le narrateur découvre la gloire liée à la publication de ses livres. Marié et père d'un enfant, il s'abandonne à une vie de vices . Il faudra un drame personnel pour qu'il cherche à voir de retour son ancien ami.
    Alors qu'il était pacifiste, Rodney Falk s'est engagé. Il a côtoyé l'abominable, il s'est vu devenir un homme qui tue sans éprouver de remords. Pire, il y a pris du plaisir. Revenu au pays, il n'a plus trouvé la paix ( "En apparence, Rodney était certes revenu du Vietnam, mais c'était en réalité comme s'il s'y trouvait encore, ou comme s'il avait ramené le Vietnam chez lui"). le narrateur lui a perdu sa famille, sa dignité à cause de l'ivresse du succès ( "j'aurais au moins dû prévoir que personne n'est vacciné contre le succès et que c'est qu'au moment de l'affronter qu'on comprend que c'est non seulement un malentendu et la joyeuse insolence d'un jour, mais que ce malentendu et cette insolence sont humiliants; j'aurais aussi dû prévoir qu'il était impossible de survivre avec dignité au succès, parce qu'il détruit tel un ivrogne la demeure de l'âme et qu'il est si beau qu'on découvre, même si on se leurre avec des protestations d'orgueil et de démonstrations hygiéniques de cynisme, qu'en réalité on n'avait pas fait autre chose que de le chercher, de même qu'on découvre quand on l'a entre les mains et qu'il est trop tard pour le refuser, qu'il ne sert qu' à nous détruire et à détruire tout ce qui nous entoure. J'aurais dû le prévoir, mais je ne l'ai pas prévu. En conséquence , j'ai perdu tout respect pour la réalité; j'ai aussi perdu mon respect pour la littérature, la seule chose qui juqu'alors avait donné un sens ou une illusion à la réalité."). Deux vies qui ont plus d'un point de jonction, deux hommes qui saignent moralement.
    En quête de rédemption, l'écriture qu'il a délaissée donnera au narrateur cette obligation morale d'écrire ce qui n'a pas été dit, ce qui ne se raconte pas.
    La construction même du livre à la façon d'un puzzle, où la trame serpente entre passé et présent est magnétique tout comme l'écriture de Javier Cercas. Et la littérature, la vie, la mort, et comment ou pourquoi naît l'écriture et son pouvoir à façonner ou à rendre au plus juste la réalité, la culpabilité jaillissent de ce roman et se plantent en plein cœur.
    Un livre tout simplement inoubliable…J'ai eu à de nombreuses reprises des poissons d'eau dans les yeux, le souffle coupé et j'ai relu des passages ou des pages entières tant ce livre m'a plus que remuée !


    Lien : http://claraetlesmots.blogspot.fr/2014/08/javier-cercas-la-vitesse-d..
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    • Livres 4.00/5
    Par topocl, le 03 juillet 2014

    topocl
    A Urbana, dans le Middlewest, le narrateur, jeune écrivain qui n'est jamais qu'un double de Cercas, s'est lié avec Robney, un vétéran de la guerre du Vietnam  hanté par son passé (je fais court, c'est beaucoup plus compliqué et subtil que ça). Pendant des années, le jeune écrivain va souhaiter écrire cette histoire, la différant perpétuellement. Il lui manque quelque chose. Puis peu à peu les pièces du puzzle se combinent. L'écrivain  un temps aveuglé par le succès de son dernier livre (les soldats de salamine à l'évidence) découvre peu à peu les pièces manquantes du puzzle, pour qu'enfin il arrive à mener à bien cette histoire de souffrance et de culpabilité. La propre culpabilité de l'auteur en est un élément primordial, qui lui fera effleurer une meilleure compréhension de son ami.
    C'est donc la même histoire, transposée, que les soldats de salamine. le parallèle entre les 2 est impressionnant, des coups de téléphone répétés pour retrouver la piste des témoignages manquants jusqu'aux trains  en partance qui interrompent les confidences. On croit, longtemps, lire le même livre.
    Mais ici Cercas va beaucoup plus loin, car le narrateur et son « héros » sont des contemporains, des amis, des doubles. L'écrivain aussi est pris dans la culpabilité.
    « Trouver des coupables, c'est très facile ; ce qui est difficile, c'est d'accepter qu'il n y en ait pas. »
    Et cela donne une dimension émotionnelle qui manquait aux Soldats de Salamine avec de très belles scènes d'intimité. Les diverses rencontres entre les personnages, tous souffrants à leur manière, sont d'une tendresse mélancolique et souvent désespérée. Cercas joue avec un grand talent sur les silences, les regards, les gestes, les non-dits. A la vitesse de la lumière, qui parle de guerre et d'abominations, de la violence et de l'abjection de l'homme, réalise le tour de force d'être aussi un roman d'une grande tendresse. L'amitié y a une expression forte et pudique. La vie est bien différente de ce que la jeunesse en attendait,  mais, quoique complexe et impitoyable, elle n'interdit pas une certaine réconciliation, avec le monde, avec soi-même.
    L'écrivain est le seul qui puisse sauver la mémoire de Robney, il le sait, écartelé entre son amitié et l'horreur des actes que son ami a commis. Il sait que cette écriture sera pour lui une délivrance qui lui permettra, peut-être, un départ vers le meilleur. Pardonner à Robney, c'est se pardonner à soi-même. Et tous, Robney, son père, sa femme comptent sur lui pour défendre la mémoire du soldat, même s'ils savent que : « je mentirai sur tout, mais uniquement pour mieux dire la vérité ».

    On ne peut qu'être fasciné de  voir s'entremêler le roman et de l'autobiographie, non par une espèce de curiosité morbide, mais parce que c'est le sens-même de l'écriture que Cercas interroge ici : l'écriture donne sens à la vie et la vie donne sens à l'écriture. Qu'est ce que la vérité, qu'est ce que la fiction, qu'est ce que l'art si ce n'est un moyen de survie ?
    Ce roman, qui ressemble d'abord à un remake de les soldats de salamine, ouvre peu à peu d'autres pistes, il est encore plus achevé, il fouille au plus près l'intimité de l'écrivain, ses interrogations, ses errances et sa possible rédemption.
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    • Livres 4.00/5
    Par carre, le 10 décembre 2011

    carre
    Que dire de ce roman si ce n'est qu'il m'a bouleversé. Cercas nous emmène à travers l'histoire d'un écrivain reconnu (Cercas lui-même ?) et son ami américain vers des questionnements existentiels. Avec une grande maitrise et une grande virtuosité, le roman résonne en nous bien après la fin de sa lecture. Une belle découverte.
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    • Livres 4.00/5
    Par Shan_Ze, le 28 février 2013

    Shan_Ze
    La décision du narrateur de partir à Urbana, une université américaine va être un tournant dans sa vie. Il rencontre là-bas Rodney Falk, un vétéran du Viet-Nâm avec il noue une amitié particulière. Mais un jour Rodney disparaît. Il apprend par son père qu'il a un passé un peu sombre…
    Ce roman est une spirale : j'ai été prise dans le flot de passé et présent, entre guerre réelle et guerre mentale. On suit en parallèle deux histoires, deux personnages qui vivent des moments très durs. le narrateur est un écrivain et connait un premier succès avec un livre sur la guerre civile espagnole (clin d'œil aux soldats de Salamine ?). le lien est très fort entre ces deux hommes même si, souvent, ils se ratent, se jugent puis se comprennent. Ces deux histoires noires en miroir donne un roman troublant et amenant à la réflexion sur l'écriture dans un style sublime. Cercas retranscrit bien leur culpabilité, leurs regards respectifs sur la vie de l'autre et ainsi, la possibilité de s'en affranchir.
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    • Livres 5.00/5
    Par LePamplemousse, le 26 décembre 2012

    LePamplemousse
    Un jeune écrivain espagnol se lie d'amitié avec un vétéran du Vietnam anéanti par le poids de son passé.
    Chacun d'eux a connu un drame.
    Dès lors, seul raconter l'un pourra sauver l'autre.
    Un roman prodigieux sur le thème de la culpabilité.

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Citations et extraits

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  • Par gorjuss, le 25 juillet 2013

    L'autre jour, j'ai lu un poème écrit par Malcolm Lowry
    après la publication du roman qui l'avait rendu célèbre
    et lui avait apporté argent et prestige ;
    c'est un poème truculent et emphatique,
    mais parfois on n'a pas d'autre choix que d'être emphatique et truculent,
    parce que souvent la réalité,
    qui ne respecte presque jamais les règles du bon goût,
    abonde en truculences et en emphases.

    Le poème dit ceci :

    « Le succès est comme un horrible désastre,
    pire que ta maison en flammes, le fracas de l'écroulement
    les poutres tombant chaque fois plus précipitamment
    alors que tu restes là, témoin désespéré de ta condamnation.

    La gloire, comme un ivrogne, détruit la demeure de l'âme
    et révèle que tu n'as travaillé que pour elle.
    Ah ! Qu'aurais-je donné pour éviter ce traître baiser
    et pour rester dans l'obscurité, à sombrer et à échouer. »

    Bien des années plus tôt,
    Rodney m'avait prévenu et,
    même si j'avais interprété alors ses paroles
    comme l'inévitable sécrétion moralisante d'un perdant
    imbibé de l’écœurante mythologie de l'échec
    qui gouverne un pays obsédé jusqu'à l'hystérie par le succès,
    j'aurais au moins dû prévoir que personne n'est vacciné contre le succès
    et que ce n'est qu'au moment de l'affronter
    qu'on comprend que c'est non seulement un malentendu
    et la joyeuse insolence d'un jour,
    mais que ce malentendu et cette insolence sont humiliants ;

    j'aurais aussi dû prévoir qu'il était impossible
    de survivre avec dignité au succès,
    parce qu'il détruit tel un ivrogne la demeure de l'âme
    et qu'il est si beau qu'on découvre,
    même si on se leurre avec des protestations d'orgueil
    et des démonstrations hygiéniques de cynisme,
    qu'en réalité on n'avait pas fait autre chose que de le chercher,
    de même qu'on découvre,
    quand on l'a entre les mains et qu'il est trop tard pour le refuser,
    qu'il ne sert qu'à nous détruire
    et à détruire tout ce qui nous entoure.
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  • Par carre, le 04 juillet 2012

    Ce n’est pas le succès qui fait de nous un crétin ou un fils de pute. Mais il peut faire sortir le fils de pute ou le crétin qu’on porte en soi.

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  • Par Hebephrenie, le 25 septembre 2010

    [...] je me suis demandé si c'était cela qu'on voyait en quittant la boue du sous-sol pour la clarté du grand jour, si le passé n'était pas un lieu sans cesse altéré par l'avenir et où rien de ce qui s'était déjà produit n'était irréversible, si ce qu'il y avait au bout du tunnel n'était pas la réplique de ce qu'il y avait avant d'y entrer, je me suis demandé si ce n'était pas cela la fin de tout, la fin du voyage, la fin du tunnel, la brèche dans la porte en pierre. Maintenant, ca y est, me suis-je dit, pris d'une étrange euphorie.
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  • Par gorjuss, le 25 juillet 2013

    Peut-être que personne n'est vacciné contre le succès ;
    peut-être qu'il suffit d'avoir assez de résistance face à l'échec
    pour se faire rattraper par le succès.

    Et alors, il n'y a plus d'échappatoire.
    C'est la fin.
    Finito. Kaputt.

    Regarde Scott ou Hemingway :
    ils étaient tous les deux amoureux du succès
    et il les a achevés tous les deux,
    et bien avant qu'on les enterre.

    Surtout le pauvre Scott
    qui était le plus faible et le plus talentueux,
    et c'est pourquoi le désastre l'a surpris avant,
    ne lui laissant même pas le temps de comprendre
    que le succès est mortel,
    qu'il est une obscénité, un désastre irrémédiable,
    une humiliation pour toujours.

    Il aimait tant le succès qu'une fois celui-ci atteint
    il ne s'est même pas aperçu
    - bien qu'il se soit menti à lui-même
    avec ses protestations d'orgueil et ses démonstrations de cynisme -
    qu'il n'avait rien fait d'autre que le chercher
    et qu'alors qu'il le tenait entre ses mains
    il ne lui servait plus à rien
    et qu'il ne pouvait rien faire d'autre que se laisser corrompre par lui.

    Et il l'a corrompu.
    Corrompu jusqu'à la fin.

    Tu sais ce que disait Oscar Wilde :
    « Il y a deux tragédies dans la vie.
    L'une, de ne pas atteindre ce qu'on désire.
    L'autre, de l'avoir atteint. »

    (…) ce que je veux dire,
    c'est que personne ne meurt pour avoir échoué,
    mais qu'il est impossible de survivre dignement au succès.

    Ça, personne ne le dit, même pas Oscar Wilde,
    parce que c'est une évidence
    ou parce qu'on a trop honte de le dire,
    mais c'est comme ça.
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  • Par gorjuss, le 25 juillet 2013

    J'avais l'intuition que c'était une vie parfaitement irréelle,
    une farce démesurée,
    comme une énorme toile d'araignée que je secrétais et tissais moi-même
    et dans laquelle je me trouvais pris mais,
    même si tout n'était qu'un leurre et moi un imposteur,
    j'avais envie de courir tous les risques,
    pourvu que personne ne me prive du plaisir
    de profiter pleinement de ce canular.

    Les professionnels du pharisaïsme affirment
    qu'ils n'écrivent que pour être lus par une minorité distinguée
    seule capable d'appréhender leurs distingués écrits,
    mais la vérité,
    c'est que tout écrivain, si ambitieux ou hermétique soit-il,
    désire en secret avoir d'innombrables lecteurs
    et que même le plus endurci, le plus marginal et le plus vaillant
    des poètes maudits
    rêve de voir un jour ses vers récités dans la rue par les jeunes gens.

    Sauf qu'au fond
    cet ouragan incontrôlé n'a rien à voir avec la littérature et les lecteurs,
    mais avec le succès et la célébrité.
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Javier Cercas, anatomie d'une rencontre. .
Rencontre avec Javier Cercas à la librairie L?Arbre à Lettres Mouffetard, le mardi 28 septembre 2010, à l?occasion de la parution de son livre : Anatomie d?un instant paru aux éditions Actes Sud javier cercas








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