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ISBN : 2330059655
Éditeur : Actes Sud (2015)

Note moyenne : 4.05/5 (sur 108 notes)
Résumé :
Dans une université américaine, un écrivain débutant, qui pourrait s’appeler Cercas, se lie d’amitié avec un vétéran du Viêtnam anéanti par le poids de son passé. A son retour en Espagne, le succès de l’un de ses romans le propulse soudain au firmament et, gorgé de suffisance, il ne voit pas qu’il a perdu son âme. Un drame se produit auquel, peut-être, il faudrait survivre. Aux portes de l’enfer, qui s’ouvrent béantes sur le mépri... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
michfred
michfred20 août 2016
  • Livres 5.00/5
Encore une fois, je reviens à Javier Cercas que Pecosa, avec tout son talent, m'a fait apprécier. Il me reste deux livres traduits en français à découvrir : A petites foulées, son premier roman, et A la vitesse de la Lumière, que je viens d'achever.
Une fois de plus Javier Cercas m'a touchée en plein coeur, malgré son phrasé tortueux qui fait penser qu'on visite la coquille d'un gastéropode.
Je suis en effet entrée dans le récit « à petites foulées », circonspectes, et j'ai été soudain emportée à grandes embardées, « à la vitesse de la lumière », à la vitesse de l'émotion, malgré la distance clinique que Cercas introduit toujours entre lui et son sujet, malgré cette ironie, cette cruauté, cette objectivité d'archiviste qui lui permettent de se prendre pour point de départ, point de vue et point de mire de presque tous ses récits sans jamais sombrer dans l'exhibitionnisme ou le narcissisme, sans qu'on se sente jamais tenté de qualifier ses livres d'autobiographiques, alors qu'il le sont quasiment tous, à un degré ou à un autre.

Le début, malgré le titre fulgurant, est, comme souvent chez Cercas, tâtonnant: il met lentement en place la vie de bohême, les amis artistes, les rêves d'avenir, la peur de l'enlisement dans la ville provinciale de Gérone, la tentation de Barcelone, les interminables discussions dans les petits bistrots enfumés, quand tout à coup, comme une trouée dans le brouillard, éclate, pour le narrateur , l'opportunité inespérée d'un poste d'assistant d'espagnol à la faculté américaine d'Urbana.
Mais une fois à Urbana, le récit à nouveau tâtonne, tourne , littéralement autour du sujet, car le narrateur, apprenti – romancier, y fait la rencontre d'un ancien vétéran du Vietnam, plein de silences et de culpabilité, Rodney Falk, un fin lettré, amoureux de Hemingway mais le coeur à jamais en enfer. Cercas verrait bien Rodney en sujet de son prochain roman, si le sujet, décidément récalcitrant, ne lui glissait entre les mains.
Retour à la case Barcelone. Cercas s'est mis à écrire et à publier. Son premier livre qui porte un regard caustique sur l'université américaine- Rodney n'y apparaît qu'en silhouette- passe inaperçu, mais le second, Les Soldats de Salamine, est accueilli par un succès fulgurant, foudroyant, qui fait sauter toutes les digues : griseries d'ego, bouffées d'orgueil, inlassables beuveries, folle fatuité, honteuses trahisons…Tant d' Hybris attire les foudres du destin qui fond simultanément, à la vitesse de la lumière, sur l'auteur qui a oublié l'homme qu'il était et sur son (futur) sujet qui ne peut oublier, lui, l'homme que la sale guerre vietnamienne a fait de lui. Sur celui qui , en Espagne, est en train de perdre son âme et celui qui , en Amérique, ne peut malgré tous ses efforts la retrouver tout à fait.
Une étrange symétrie s'imprime dans les dernières pages de ce récit entre celui que l'écriture a failli perdre et celui que le silence, plus que la parole tardive, a perdu.
Bouleversante conclusion, qui évite tous les pièges de la facilité ou du romanesque et retrouve le chemin de l'amitié vraie, de la simplicité, du réconfort.
On ferme ce livre à la fois tâtonnant et fulgurant, le coeur serré.
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blandine5674
blandine567425 août 2016
  • Livres 5.00/5
Rien à dire de négatif (même en cherchant) : l'écriture est belle et souvent profonde, l'histoire est bien menée et forte. Quel écrivain ! Il m'a souvent fait penser à Sorj Chalendon. le narrateur espagnol part deux ans aux USA (tout comme l'auteur !?) et deviendra l'ami de son collègue, qui a fait la guerre du Vietnam. Puis, il y aura un chassé-croisé où l'on attend, comme lui, des nouvelles et des réponses. C'est aussi des réflexions sur l'écrivain et ses doutes. Sur l'amitié, sur la vie de couple, sur la culpabilité. J'ai adoré la fin toute simple en évidence et en même temps… Un grand roman inoubliable ! Merci à Bookycooky
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claraetlesmots
claraetlesmots18 août 2014
  • Livres 4.00/5
Jamais je ne pensais avoir entre mains un livre qui parle entre autres de la guerre de Vietnam,de la transformation qui s'est opérée chez certains soldats alors qu'ils combattaient et se prenaient pour Dieu en ayant cette possibilité de donner la mort, et surtout sur le sens et le pouvoir de littérature. Pourtant ce roman prenant et riche en émotions traite de ces thèmes par une écriture ô combien remarquable et par l'histoire de deux hommes.
Le narrateur, un étudiant espagnol, a pour ambition de devenir écrivain. Par le plus grand des hasards, on lui propose un poste à l'université d'Urbana. Ainsi, il pourra enseigner sa langue et écrire. Et c'est dans le cadre de son travail qu'il rencontre Rodney Falk. Cet ancien combattant du Vietnam enseigne lui aussi l'espagnol. Peu bavard, Rodney Falk est solitaire, pourtant lui et le narrateur vont devenir amis. Mais Rodney disparaît sans prévenir son ami et sans avoir donné de raison à la faculté. Retourné en Espagne, le narrateur découvre la gloire liée à la publication de ses livres. Marié et père d'un enfant, il s'abandonne à une vie de vices . Il faudra un drame personnel pour qu'il cherche à voir de retour son ancien ami.
Alors qu'il était pacifiste, Rodney Falk s'est engagé. Il a côtoyé l'abominable, il s'est vu devenir un homme qui tue sans éprouver de remords. Pire, il y a pris du plaisir. Revenu au pays, il n'a plus trouvé la paix ( "En apparence, Rodney était certes revenu du Vietnam, mais c'était en réalité comme s'il s'y trouvait encore, ou comme s'il avait ramené le Vietnam chez lui"). le narrateur lui a perdu sa famille, sa dignité à cause de l'ivresse du succès ( "j'aurais au moins dû prévoir que personne n'est vacciné contre le succès et que c'est qu'au moment de l'affronter qu'on comprend que c'est non seulement un malentendu et la joyeuse insolence d'un jour, mais que ce malentendu et cette insolence sont humiliants; j'aurais aussi dû prévoir qu'il était impossible de survivre avec dignité au succès, parce qu'il détruit tel un ivrogne la demeure de l'âme et qu'il est si beau qu'on découvre, même si on se leurre avec des protestations d'orgueil et de démonstrations hygiéniques de cynisme, qu'en réalité on n'avait pas fait autre chose que de le chercher, de même qu'on découvre quand on l'a entre les mains et qu'il est trop tard pour le refuser, qu'il ne sert qu' à nous détruire et à détruire tout ce qui nous entoure. J'aurais dû le prévoir, mais je ne l'ai pas prévu. En conséquence , j'ai perdu tout respect pour la réalité; j'ai aussi perdu mon respect pour la littérature, la seule chose qui juqu'alors avait donné un sens ou une illusion à la réalité."). Deux vies qui ont plus d'un point de jonction, deux hommes qui saignent moralement.
En quête de rédemption, l'écriture qu'il a délaissée donnera au narrateur cette obligation morale d'écrire ce qui n'a pas été dit, ce qui ne se raconte pas.
La construction même du livre à la façon d'un puzzle, où la trame serpente entre passé et présent est magnétique tout comme l'écriture de Javier Cercas. Et la littérature, la vie, la mort, et comment ou pourquoi naît l'écriture et son pouvoir à façonner ou à rendre au plus juste la réalité, la culpabilité jaillissent de ce roman et se plantent en plein coeur.
Un livre tout simplement inoubliable…J'ai eu à de nombreuses reprises des poissons d'eau dans les yeux, le souffle coupé et j'ai relu des passages ou des pages entières tant ce livre m'a plus que remuée !

Lien : http://claraetlesmots.blogsp..
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topocl
topocl03 juillet 2014
  • Livres 4.00/5
A Urbana, dans le Middlewest, le narrateur, jeune écrivain qui n'est jamais qu'un double de Cercas, s'est lié avec Robney, un vétéran de la guerre du Vietnam  hanté par son passé (je fais court, c'est beaucoup plus compliqué et subtil que ça). Pendant des années, le jeune écrivain va souhaiter écrire cette histoire, la différant perpétuellement. Il lui manque quelque chose. Puis peu à peu les pièces du puzzle se combinent. L'écrivain  un temps aveuglé par le succès de son dernier livre (Les Soldats de Salamine à l'évidence) découvre peu à peu les pièces manquantes du puzzle, pour qu'enfin il arrive à mener à bien cette histoire de souffrance et de culpabilité. La propre culpabilité de l'auteur en est un élément primordial, qui lui fera effleurer une meilleure compréhension de son ami.
C'est donc la même histoire, transposée, que Les soldats de Salamine. le parallèle entre les 2 est impressionnant, des coups de téléphone répétés pour retrouver la piste des témoignages manquants jusqu'aux trains  en partance qui interrompent les confidences. On croit, longtemps, lire le même livre.
Mais ici Cercas va beaucoup plus loin, car le narrateur et son « héros » sont des contemporains, des amis, des doubles. L'écrivain aussi est pris dans la culpabilité.
« Trouver des coupables, c'est très facile ; ce qui est difficile, c'est d'accepter qu'il n y en ait pas. »
Et cela donne une dimension émotionnelle qui manquait aux Soldats de Salamine avec de très belles scènes d'intimité. Les diverses rencontres entre les personnages, tous souffrants à leur manière, sont d'une tendresse mélancolique et souvent désespérée. Cercas joue avec un grand talent sur les silences, les regards, les gestes, les non-dits. A la vitesse de la lumière, qui parle de guerre et d'abominations, de la violence et de l'abjection de l'homme, réalise le tour de force d'être aussi un roman d'une grande tendresse. L'amitié y a une expression forte et pudique. La vie est bien différente de ce que la jeunesse en attendait,  mais, quoique complexe et impitoyable, elle n'interdit pas une certaine réconciliation, avec le monde, avec soi-même.
L'écrivain est le seul qui puisse sauver la mémoire de Robney, il le sait, écartelé entre son amitié et l'horreur des actes que son ami a commis. Il sait que cette écriture sera pour lui une délivrance qui lui permettra, peut-être, un départ vers le meilleur. Pardonner à Robney, c'est se pardonner à soi-même. Et tous, Robney, son père, sa femme comptent sur lui pour défendre la mémoire du soldat, même s'ils savent que : « je mentirai sur tout, mais uniquement pour mieux dire la vérité ».

On ne peut qu'être fasciné de  voir s'entremêler le roman et de l'autobiographie, non par une espèce de curiosité morbide, mais parce que c'est le sens-même de l'écriture que Cercas interroge ici : l'écriture donne sens à la vie et la vie donne sens à l'écriture. Qu'est ce que la vérité, qu'est ce que la fiction, qu'est ce que l'art si ce n'est un moyen de survie ?
Ce roman, qui ressemble d'abord à un remake de Les soldats de Salamine, ouvre peu à peu d'autres pistes, il est encore plus achevé, il fouille au plus près l'intimité de l'écrivain, ses interrogations, ses errances et sa possible rédemption.
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carre
carre10 décembre 2011
  • Livres 4.00/5
Que dire de ce roman si ce n'est qu'il m'a bouleversé. Cercas nous emmène à travers l'histoire d'un écrivain reconnu (Cercas lui-même ?) et son ami américain vers des questionnements existentiels. Avec une grande maitrise et une grande virtuosité, le roman résonne en nous bien après la fin de sa lecture. Une belle découverte.
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Citations & extraits (46) Voir plus Ajouter une citation
blandine5674blandine567425 août 2016
L’artiste est celui qui rend visible ce qui est déjà visible et que tout le monde regarde et que personne ne peut ou ne sait ou ne veut voir.
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blandine5674blandine567425 août 2016
Je veux dire que les silences sont plus éloquents que les mots, et que tout l'art du narrateur consiste à savoir se taire à temps : c'est pour ça que, dans le fond, la meilleure façon de raconter une histoire, c'est de ne pas la raconter.
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blandine5674blandine567423 août 2016
En réalité, je crains qu’il ne soit trop intelligent pour être un bon romancier. Il ne cesse de montrer à quel point il est intelligent, au lieu de laisser le roman l’être lui-même.
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michfredmichfred20 août 2016
Il y avait surtout du rock et pas mal de Bob Dylan. Notamment Bringing it All Back Home, un disque avec une chanson que je connaissais bien: It's Alright , Ma (I'm Only Bleeding). Le disque dans les mains, je me suis mis à repasser dans ma tête cette chanson sans consolation qui n'avait pourtant jamais cessé de rendre à Rodney la joie intacte de sa jeunesse, et soudain, tandis qu'en attendant Jenny je me souvenais avec la même précision aussi bien de ses paroles que de sa musique, j'ai eu la certitude qu'au fond cette chanson ne parlait que de Rodney, de la vie annulée de Rodney, car elle parlait de mots sans illusion qui aboient comme des balles et de cimetières bourrés de faux dieux et de solitaires qui pleurent et ont peur et vivent dans un puits conscients que tout n'est que mensonge et qu'ils ont compris trop vite qu'il valait mieux ne pas tenter de comprendre, car elle parlait de tout cela et surtout du fait que celui qui n'est pas occupé à mourir est occupé à vivre. "Maintenant, Rodney ne s'occupe qu'à mourir" ai-je pensé. Et aussi : "Moi, pas encore."
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Nicolas9Nicolas924 août 2016
Ce qu'il y a de pire avec les calomnies et les mensonges, c'est qu'ils finissent toujours par nous contaminer, car il est très difficile de ne pas céder à la tentation de se défendre et de ne pas devenir à son tour menteur et calomniateur.
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Videos de Javier Cercas (9) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Javier Cercas
L'imposteur de Javier Cercas et Elisabeth Beyer aux éditions Actes Sud
En juin 2005, l'histoire d'un paisible nonagénaire barcelonais fait le tour du monde : Enric Marco, le charismatique président de l'Amicale de Mauthausen, qui pendant des décennies a porté la parole des survivants espagnols de l'Holocauste, n'a jamais connu les camps nazis. Et l'Espagne d'affronter sa plus grande imposture, et Javier Cercas sa plus audacieuse création littéraire. Avec une mise en garde à ne pas négliger : « La littérature n'est pas un passe-temps inoffensif mais un danger public. »
http://www.lagriffenoire.com/l-imposteur.html
Vous pouvez commander L?imposteur de Javier Cercas sur le site de la librairie en ligne www.lagriffenoire.com
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