> Jean-Claude Berchet (Éditeur scientifique)

ISBN : 2253160792
Éditeur : Le Livre de Poche (2001)


Note moyenne : 3.87/5 (sur 47 notes) Ajouter à mes livres
Formidable témoin de son temps, spectateur actif d'une époque tourmentée, Chateaubriand traverse le siècle, le fixe et le transfigure dans ces Mémoires. Mémoires ou fiction ? À bien des moments on hésite, tant il met en sc... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Sly, le 10 août 2011

    Sly
    Chateaubriand l'un des plus grands écrivains de son époque nous dévoile dans cette première partie de ces mémoires la première partie de sa vie. La composition des mémoires d'outre-tombe est le fruit en grande partie de sa mémoire, mais elle s'appuie aussi sur de nombreuses notes qu'il avait écrites à différentes époques de sa vie. L'écriture de ses mémoires lui aura pris 45 ans.
    Chateaubriand fait preuve d'une très bonne capacité dans l'analyse de l'esprit humain. Toute sa vie il aura lutté en défense des principes religieux et de l'indépendance des hommes. Il a traversé son époque et s'est appliqué à la peindre sur le vif. Il avoue ne pas réellement tenir à la vie, car elle ne l'a jamais favorisé, lui qui pourtant venait d'un milieu bourgeois. Cette vie qui lui sera souvent ingrate, ne lui donnera pourtant pas le coup de grâce à de nombreuses occasions alors que lui-même en faisait la demande. Faut-il préciser que pour son époque il devait être d'une formidable constitution.
    C'est sûrement dû à ces épreuves, et ce détachement de la vie, qui vont le mener à cultiver un certain besoin d'indépendance et le mener à voyager. Rare sont ceux qui peuvent écrire une autobiographie, et se vanter d'avoir vécut une vie d'aventurier, rencontré les plus grands hommes de sont temps, et les principaux évènements qui ont bouleversé le cours de l'histoire.
    « J'ai traversé plusieurs fois les mers ; J'ai vécu dans la hutte des Sauvages et dans le palais des rois, dans les camps et dans les cités. Voyageur aux champs de la Grèce, pèlerin à Jérusalem, je me suis assis sur toutes sortes de ruines. J'ai vu passer le royaume de Louis XVI et l'empire de Bonaparte ; J'ai partagé l'exile des Bourbons, et j'ai annoncé leur retour. Deux poids qui semblent attachés à ma fortune la font successivement monter et descendre dans une proportion égale : On me prend, on me jette un manteau, pour m'en dépouiller encore. Accoutumé à ces bourrasques, dans quelque port que j'arrive, je me regarde toujours comme un navigateur qui va bientôt remonter sur son vaisseau, et je ne fais à terre aucun établissement solide. »
    « Des auteurs français de ma date, je suis quasi le seul dont la vie ressemble à ses ouvrages : Voyageur, soldat, poète, publiciste, c'est dans les bois que j'ai chanté les bois, sur les vaisseaux que j'ai peint la mer, dans les camps que j'ai parlé des armes, dans l'exil que j'ai appris l'exil, dans les cours, dans les affaires, dans les assemblées, que j'ai étudié les princes, la politique, les lois et l'histoire. »
    « J'écris principalement pour rendre compte de moi à moi-même. Je n'ai jamais été heureux. Je n'ai jamais atteint le bonheur que j'ai poursuivi avec la persévérance qui tient à l'ardeur naturelle de mon âme. Personne ne sait quel était le bonheur que je cherchais ; Personne n'a connu entièrement le fond de mon cœur. La plupart des sentiments y sont restés ensevelis ou ne se sont montrés dans mes ouvrages que comme appliqués à des êtres imaginaires. Aujourd'hui que je regrette encore mes chimères sans les poursuivre, que parvenu au sommet de la vie je descends vers la tombe, je veux avant de mourir, remonter vers mes belles années, expliquer mon inexplicable cœur… »
    Dans ces quelques courts extraits, il est facile de constater tout le génie littéraire de cet auteur. Il est sans doute la personne la mieux placée pour tenter de justifier la rédaction de ces mémoires.
    Si vous en entamer la lecture, cela vous permettra de pénétrer dans l'intimité d'un très grand écrivain, et de découvrir de façon précise une époque. Deux raisons pour vous donner envie de lire cette œuvre.
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 31 mai 2008

    Woland
    Les "Mémoires d'outre-tombe" sont peut-être l'ouvrage le plus connu de Chateaubriand. Les résumer est chose impossible et inciter à les lire, en ces temps voués à la dictature de l'image et du clinquant, relèverait pour certains de la gageure. Pourtant, malgré tout ce qui peut, en eux, heurter notre sensibilité moderne, ces "Mémoires ..." que l'auteur a polis et repolis en les tirant très souvent vers la biographie romancée, méritent non seulement qu'on les lise mais encore qu'on les relise.
    Les douze premiers livres des "Mémoires d'outre-tombe", c'est avant tout Combourg, l'antique château où Chateaubriand passa son enfance et son adolescence. En tous cas, c'est la première image qui nous vient plus tard à l'esprit lorsqu'on évoque ce premier tome. Des pierres descellées sur les chemins de ronde battus des vents ; le souffle du vent s'infiltrant dans des pièces trop hautes d'où la mauvaise saison chasse toute chaleur ; des fantômes que réveillent les histoires gothiques racontées par les dames de Chateaubriand ; un père distant et figé dans une sorte de misanthropie mal dissimulée ; une mère bavarde et pieuse, qui avait dû rêver mieux que cette solitude grandiose mais terrible ; une soeur trop aimée avec qui le futur romancier entretiendra toujours une relation ambiguë et enfin un petit garçon voué au bleu marial par sa nourrice bretonne, qui se transforme peu à peu en un adolescent incertain, romantique avant la lettre, qui rêve aux hiboux et aux horizons lointains, peut-on concevoir meilleur terrain pour une nature d'écrivain ?
    Evidemment, ce premier volume comporte encore bien d'autres choses, dont de saisissants portraits des ténors de la Convention brossés par un oeil visionnaire dans la tourmente révolutionnaire qui va tout emporter. Il y a aussi le mariage de l'auteur, une évocation discrète et gourmée ; des considérations très instructives sur l'idée que Chateaubriand se faisait de la noblesse et de ses représentants - considérations auxquelles, toute sa vie, fait exceptionnel pour n'importe quel homme ambitieux, il restera fidèle ; les descriptions des paysages encore inexplorés de ce qui deviendra les USA ; l'exil temporaire en Angleterre alors que, à Paris, le frère aîné du romancier est fauché par la Terreur et même, cerise sur le gâteau pour le littéraire impénitent, une espèce de mini-essai sur les littératures française et anglaise.
    L'ensemble dans un style unique qui semble jouer au trait d'union entre la langue quasi parfaite des Lumières et les longues tirades parfois fabuleuses, parfois ampoulées qui s'apprêtent à marquer le XIXème siècle commençant. Un prodige, ce style. Lu à haute voix, il se savoure comme quelque mets rare et singulièrement fruité. Lu "dans la tête", il arrive qu'on s'y sente un peu perdu, étourdi par sa cadence hautaine et ses envolées d'oiseau de proie.
    Seule ombre au tableau : le désir forcené de Chateaubriand de se poser en victime du Destin. Comme tout romantique digne de ce nom, il aime les apitoiements et les invocations un peu baroques : Dieu, l'Univers, le Siècle, la Révolution, la Nature, etc ... il les apostrophe tous. Mais compte tenu du plaisir raffiné qu'il nous offre si généreusement, ne peut-on pas lui pardonner cette faiblesse qui nous rappelle finalement que, tout comme nous, Chateaubriand était bien un être humain ? ;o)
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    • Livres 4.00/5
    Par chartel, le 31 août 2011

    chartel
    Kalliope, dans une critique précédente sur ce même site, s'irritait du côté pleurnichard de Chateaubriand. Malgré l'exagération de la remarque je ne peux qu'y souscrire. Il est vrai que le chantre du romantisme se complaisait dans l'auto-flagellation. Certainement les restes d'un catéchisme associant les perversions masochistes à des règles d'or. Mais la religion ne fait pas tout (heureusement !). N'oublions pas que cet aristocrate né sous l'Ancien Régime a vu s'effondrer un monde sous ses yeux et partir en fumée toutes ses espérances de jeune privilégié. Il y avait de quoi sombrer dans un profond pessimisme.
    Plutôt que de m'en irriter, j'ai eu plaisir à entendre cette sourde plainte. le récit autobiographique a cela d'amusant qu'il nous dévoile en creux la personnalité de l'auteur, non seulement à travers ses actes et ses réflexions, bien entendu, mais surtout par ses silences et la tonalité générale de son œuvre. Écrites vers la fin de sa vie, ses Mémoires font entendre la voix d'un homme sensiblement marqué par les vicissitudes d'une vie hors du commun. Rien que cela vaut le détour et évite l'écueil de la monotonie.
    Chateaubriand a le don d'associer les genres. du récit de son enfance bretonne, avec ses premiers émois dans les bois de Combourg où devant les vagues écumantes des côtes malouines, on passe à la chronique historique avec la Révolution à partir de 1789. Puis suit un récit de voyage, avec la découverte du Nouveau monde. Enfin les derniers livres entraînent Chateaubriand dans des carnets de guerre, celle engagée par les princes de l'Europe contre la nouvelle République française, puis par la peinture de l'Angleterre, sa terre d'accueil, après sa désillusion militaire. On ne peut pas faire si dense et si riche en si peu d'années !
    Pleurnichard peut-être, mais alors on n'a jamais si bien pleuré.
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    • Livres 4.00/5
    Par cicou45, le 10 mai 2011

    cicou45
    Les mémoires d'outre-tombe, sont tout d'abord, comme le signale son titre à juste titre, une œuvre posthume. le récit se veut également contenir une large part d'autobiographie. le jeune héros a, tout comme l'auteur, souffert de l'absence ou de relations conflictuelles avec son père. C'est dans cet ouvrage que l'on découvre l'une des plus belle description de célèbres batailles (si tant soit peu qu'une description de bataille puisse être belle). Ce livre comporte aussi les grandes étapes de la vie de Châteaubriand.
    Ayant un arrière fond historique et inclut ainsi l'Ancien Régime, la Révolution de 1789, celle de 1830 et enfin la Monarchie de juillet. Livre historique et romancé de la plus merveilleuse des façons, grâce à le prouesse de son auteur, ce livre est l'un des classiques de la littérature. A lire.
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    • Livres 4.00/5
    Par AmandineMM, le 12 août 2011

    AmandineMM
    J'ai trouvé intéressant de voir la Révolution française et la fin de l'Ancien Régime à travers les yeux d'un aristocrate déchiré entre ce monde qui disparaît et dont il se dit le dernier témoin et ce monde nouveau qui se construit lentement dans le sang. C'est une vision avec un certain recul, mais moins que celle que peuvent avoir les historiens actuels par exemple. Cela se marque notamment dans l'aspect personnel et intime qu'il apporte au genre des mémoires, sans tomber dans l'autobiographie rousseauiste. Ses réflexions sur le temps qui passe et la mort des êtres aimés par exemple sont très touchantes. J'ai retrouvé dans ces Mémoires son style romantique d'Atala et rené, mais en plus mesuré, moins excessif, et donc plus agréable à lire pour moi.
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Citations et extraits

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  • Par Poiesis, le 29 juillet 2011

    J’étais presque mort quand je vins au jour. Le mugissement des vagues soulevées par une bourrasque annonçant l’équinoxe d’automne, empêchait d’entendre mes cris : on m’a souvent conté ces détails ; leur tristesse ne s’est jamais effacée de ma mémoire. Il n’y a pas de jour où, rêvant à ce que j’ai été, je ne revoie en pensée le rocher sur lequel je suis né, la chambre où ma mère m’infligea la vie, la tempête dont le bruit berça mon premier sommeil, le frère infortuné qui me donna un nom que j’ai presque toujours traîné dans le malheur. Le Ciel sembla réunir ces diverses circonstances pour placer dans mon berceau une image de mes destinées.
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  • Par Sly, le 29 juillet 2011

    C'est une mère charmante que la terre ; Nous sortons de son sein : Dans l'enfance, elle nous tient à ses mamelles gonflées de lait et de miel ; Dans la jeunesse et l'âge mûr, elle nous prodigue ses eaux fraîches, ses moissons et ses fruits ; Elle nous offre en tous lieux l'ombre, le bain, la table et le lit ; A notre mort, elle nous rouvre ses entrailles, jette sur notre dépouille une couverture d'herbe et de fleurs, tandis qu'elle nous transforme secrètement dans sa propre substance, pour nous reproduire sous quelque forme gracieuse.
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  • Par Sly, le 21 juillet 2011

    Eve innocente, Eve tombée, l'enchanteresse par qui me venait ma folie, était un mélange ineffable de mystère et de passion. Je la plaçais sur un autel, et je l'adorais ; l'orgueil d'être aimé d'elle augmentait encore mon amour ; marchait-elle ? Je me prosternais pour être foulé sous ses pas, ou pour en baiser la trace ; je me troublais à son sourire, je tremblais au seul son de sa voix ; je frissonnais de désirs, si je touchais ce qu'elle avait touché, l'air exhalé de sa bouche humide pénétrait dans la moelle de mes os, coulait dans mes veines au lieu de sang, un seul de ses regards m'eut fait voler au bout de la terre ; quel désert ne m'eût suffi avec elle ? A ses côtés l'antre des lions se fût changé en palais, et des milliers de siècles eussent été trop courts pour épuiser les feux, dont je me sentais embrasé.
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  • Par Sly, le 24 juillet 2011

    Quelle douce clarté vient éclairer l'Orient ! Est-ce la jeune aurore qui entrouvre au monde ses beaux yeux chargés des langueurs du sommeil ! Déesse charmante, hâte-toi ! Quitte la couche nuptiale, prends la robe de pourpre ; Qu'une ceinture moelleuse la retienne dans ses noeuds ; Que nulle chaussure ne presse tes pieds délicats ; Qu'aucun ornement ne profane tes belles mains faites pour entrouvrir les portes du jour. Mais tu te lèves déjà sur la colline ombreuse. tes cheveux d'or tombent en bouclent humides sur ton col de rose. De ta bouche s'exhale un souffle pur et parfumé. Tendre déité, toute la nature sourit à ta présence ; Toi seule verses des larmes, et les fleurs naissent.
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  • Par Sly, le 24 juillet 2011

    Chaste déesse ! Déesse si pure, que jamais même les roses de la pudeur ne se mêlent à tes tendres clartés, j'ose te prendre pour confidente de mes sentiments. Je n'ai point, non plus que toi, à rougir de mon propre coeur. Mais quelques fois le souvenir du jugement injuste et aveugle des hommes couvre mon front de nuages, ainsi que le tien. Comme toi, les erreurs et les misères de ce monde inspirent mes rêveries. mais plus heureuse que moi, citoyenne des cieux, tu conserves toujours la sérénité ; Les tempêtes et les orages qui s'élèvent de notre globe, glissent sur ton disque paisible. Déesse aimable à ma tristesse, verse ton froid repos dans mon âme.
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Sur les pas de Chateaubriand au château de Combourg L' Académie Chateaubriand décerne chaque année un "prix Combourg" à un écrivain dont le style rend hommage au célèbre écrivain.








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