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> Louis Fabulet (Traducteur)

ISBN : 2070715213
Éditeur : Gallimard (1990)


Note moyenne : 3.83/5 (sur 195 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
En plein XIXe siècle, dans le pays qui est en passe de devenir le plus industrialisé du monde, l'écrivain Henry David Thoreau tourne le dos à la civilisation et s'installe seul, dans les bois, à un mille de tout voisinage, dans une cabane qu'il a construite lui-même, au... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par colimasson, le 12 décembre 2014

    colimasson
    En 1845, Henry David Thoreau prit la décision d'abandonner non seulement la plupart de ses biens matériels, mais aussi toutes ses certitudes et assurances morales pour se retirer dans les bois autour de l'étang de Walden. Il rêve de construire une habitation qui soit comme le wigwam des indiens : un édifice rapidement construit et aussitôt démontable, qui s'adapte à une existence de semi-nomadisme ne dépendant que de la volonté de ses habitants ; un édifice empruntant tout ce qu'il peut aux offrandes de la nature et de la sympathie humaine et dépendant le moins possible de ces facilités modernes qui épargnent du temps et du savoir en requérant de l'argent, et donc du travail.

    Henry David Thoreau renverse la conception d'émancipation généralement liée au travail : et s'il était la cause de la pauvreté ? Lorsqu'il professait à l'université, Henry David Thoreau avait dû se contraindre à investir dans une présentation de soi soignée, à prendre régulièrement un transport pour se rendre sur son lieu de travail ou, s'il cheminait à pieds, et de toute façon en s'éreintant à l'enseignement, à dépenser son énergie vitale. le coût cumulé de la tenue, des bains, des transports ou de la nourriture nécessaires en plus grande quantité était-il vraiment moindre que le salaire octroyé en conséquent ? S'il l'était, la différence ne semblait toutefois pas assez significative pour compenser la perte de temps et de liberté dévorés par le travail. Ce qu'il a compris, Henry David Thoreau essayera de l'expliquer au paysan Baker, un de ses proches voisins :

    « Je tentai de l'aider de mon expérience, lui disant qu'il était l'un de mes plus proches voisins, et que moi aussi qui venais ici pêcher et avais l'air d'un fainéant, gagnais ma vie tout comme lui ; que j'habitais une maison bien close, claire et propre, qui coûtait à peine plus que le loyer annuel auquel revient d'ordinaire une ruine comme la sienne ; et comment, s'il le voulait, il pourrait en un mois ou deux se bâtir un palais à lui ; que je ne consommais thé, café, beurre, lait, ni viande fraîche, et qu'ainsi je n'avais pas à travailler pour me les procurer ; d'un autre côté, que ne travaillant pas dur, je n'avais pas à manger dur, et qu'il ne m'en coûtait qu'une bagatelle pour me nourrir ; mais que lui, commençant par le thé, le café, le beurre, le lait et le bœuf, il avait à travailler dur pour les payer, et que lorsqu'il avait travaillé dur, il avait encore à manger dur pour réparer la dépense de son système ; qu'ainsi c'était bonnet blanc, blanc bonnet — ou, pour mieux dire, pas bonnet blanc, blanc bonnet du tout — attendu qu'il était de mauvaise humeur, et que par-dessus le marché il gaspillait sa vie […]. »

    Henry David Thoreau pose les bases d'un nouveau système de valeurs : l'argent représente non pas de nouvelles potentialités de vie, mais le coût de la vie requise en échange du temps perdu pour l'acquérir. Cette conception draine un rejet de la communauté en amont et en aval. Refuser de travailler, c'est refuser de croire aux valeurs en vigueur, qu'il s'agisse de celles de nos ancêtres comme de celles de nos contemporains.

    « Nulle façon de penser ou d'agir, si ancienne soit-elle, ne saurait être acceptée sans preuve. Ce que chacun répète en écho ou passe sous silence comme vrai aujourd'hui, peut demain se révéler mensonge, simple fumée de l'opinion, que d'aucuns avaient prise pour le nuage appelé à répandre sur les champs une pluie fertilisante. Ce que les vieilles gens disent que vous ne pouvez faire, vous vous apercevez, en l'essayant, que vous le pouvez fort bien. Aux vieilles gens les vieux gestes, aux nouveaux venus les gestes nouveaux. Les vieilles gens ne savaient peut-être pas suffisamment, jadis, aller chercher du combustible pour faire Marcher le feu ; les nouveaux venus mettent un peu de bois sec sous un pot, et les voilà emportés autour du globe avec la vitesse des oiseaux, de façon à tuer les vieilles gens, comme on dit. »

    Quiconque voudrait essayer de vivre sans aucune source de revenu se rendrait en même temps indépendant de ce mimétisme qui veut nous faire croire qu'un homme ne peut pas se suffire à lui-même. Mais ce n'est pas encore le plus outrageant. En refusant de se mettre à contribution de la communauté par le travail, l'individu autosuffisant menace les constitutions mêmes de la société et rejette ce que Rousseau appelle le « contrat social ». Cette attitude éminemment égoïste stipule que le don de son âme et de son temps ne vaut pas la considération de la communauté, qui n'est qu'un résidu mal organisé de préjugés, d'illusions et de craintes. On ne gagne rien à se donner pour cet amas de poules picoreuses alors que la vie attend, à proximité, recouverte par les bois étranges.

    Dans le dénuement ascétique qu'il recherche, Henry David Thoreau se dépouille de tous les costumes trop lourds nécessaires à la vie en société. Il faut être fou pour piétiner ces vestiges de l'humanité –il faut être fou ou il faut avoir été profondément déçu par ses récompenses puériles. La démarche est celle d'un mystique qui fonctionne à l'énergie de l'espoir, habitant des lieux physiques ou spirituels qui continuent à creuser en lui le manque jusqu'à ce qu'il trouve le lieu de son bien-être absolu. Pour cela, il faut se détacher de la vie profane qui se traîne sur les routes pouilleuses de la civilisation. Qu'est-ce que la culture, sinon un sucre lancé en pitance à un pauvre chien affamé pour satisfaire provisoirement son besoin de vivre ? Quelques hommes ont peut-être su mener une existence à la hauteur de ce qu'ils méritaient, et ceux-ci ont transmis leur expérience authentique aux générations suivantes par le biais de leurs écrits, mais l'erreur consiste à nous faire croire que nous pouvons nous contenter de l'expérience abstraite de ces récits. Il nous faudrait plutôt les vivre à nouveau ! et les transcender ensuite, en leur conférant le grain de sel supplémentaire de notre âme. le rejet de la facticité engendrée par la vie en société nécessite peut-être de connaître une solitude accrue mais elle permet de saisir pratiquement le sentiment cosmique de son appartenance à l'univers. La vie peut alors et seulement exploser.

    « Ce qu'il me fallait, c'était vivre abondamment, sucer toute la moelle de la vie, vivre assez résolument, assez en Spartiate, pour mettre en déroute tout ce qui n'était pas la vie, couper un large andain et tondre ras, acculer la vie dans un coin, la réduire à sa plus simple expression, et, si elle se découvrait mesquine, eh bien, alors ! en tirer l'entière, authentique mesquinerie, puis divulguer sa mesquinerie au monde ; ou si elle était sublime, le savoir par expérience, et pouvoir en rendre un compte fidèle dans ma suivante excursion. »

    Lorsqu'il avait fini de vaquer à ses quelques occupations quotidiennes –ramasser des haricots, se promener, parfois pêcher ou recevoir un ami-, Henry David Thoreau se plongeait dans des états de contemplation proches de la méditation. Riche de connaître l'interconnexion des choses, il peut observer toute chose dans l'immédiat et dans l'absolu et retrouver ici ce qui existe là-bas. Une vie devient la vie et si les autres savaient, ils n'auraient pas besoin de vivre avec leurs illusions de progrès, de luxe ou d'abondance.

    « Je regardai par la fenêtre, et voyez ! où hier c'était la glace froide et grise, là s'étendait l'étang transparent, déjà calme et rempli d'espoir comme en un soir d'été, reflétant d'un soir d'été le ciel en son sein, quoiqu'il n'en fût pas de visible là-haut, comme s'il était d'intelligence avec quelque horizon lointain. J'entendis tout là-bas un merle, le premier que j'eusse entendu depuis des milliers d'années, me sembla-t-il, et dont je n'oublierai l'accent d'ici d'autres milliers d'années, — le même chant suave et puissant qu'au temps jadis. »

    Henry David Thoreau a vécu deux ans, deux mois et deux jours dans les bois qui entourent Walden. Il semble n'avoir pas eu besoin de défaire son prototype de wigwam européen pour s'installer ailleurs dans les bois. L'expérience de contemplation semble lui avoir finalement permis de comprendre que le nomadisme est un mouvement similaire à celui qui happe ses contemporains en quête de progrès, et que l'homme spirituellement accompli ne trouve plus le besoin intrinsèque de se confronter à ce qui semble être l'étranger. Il peut éventuellement vouloir se déplacer, voir d'autres contrées, rencontrer d'autres personnes, mais s'il a vraiment compris le sens de l'unité, il ne le fera pas en réponse à un pressant besoin intérieur mais comme manière poétique d'éprouver l'harmonie du monde. Mais ceci, Henry David Thoreau le savait, tout le monde n'est pas prêt à vouloir le comprendre. Il faut alors retourner auprès de l'humanité et accomplir ce retour transcendé que le Zarathoustra de Nietzsche effectue lui aussi : "Ainsi parlait Zarathoustra et il quitta sa caverne, ardent et fort comme le soleil du matin qui surgit des sombres montagnes. »

    Lien : http://colimasson.blogspot.fr/2014/12/walden-ou-la-vie-dans-les-bois..
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    • Livres 4.00/5
    Par loreleirocks, le 08 juillet 2014

    loreleirocks
    Je commence l'été et la saison au ralenti avec un tas d'un peu plus d'une vingtaine de livres et un choix d'ouverture difficile. Ce sera donc un petit Rick Bass pas encore lu... mais attendez-donc un peu ! Deux page et déjà plusieurs références à Thoreau et Walden. du coup ce sera Walden avant The Wild Marsh... autant s'instruire en se divertissant!
    Le monsieur étant contemporain et poteau d'Emerson, je craignais rencontrer quelques passages obscurs pour mon neurone. Et bien non ! Thoreau, c'est clair, c'est limpide, comme l'eau de Walden Pond.
    Enfin, je m'entend. Vers la fin, je me demandais parfois où certains chapitres avaient l'intention de mener le lecteur. Mais tout s'éclairait à un moment ou un autre.
    En plus, c'est bourré d'humour (sérieusement, faut en avoir pour parler d'expérience de la nature sauvage à moins de 2 miles de Concord!), de références littéraires classiques (grecques, latines, chinoises, indiennes...), anglaises également avec de la poésie, ou plus contemporaines de Thoreau, mais aussi, et là, c'est vraiment intéressant il me semble, un tas de mentions scientifiques de l'époque notamment de Darwin! Bref, c'est très, très riche.
    Ensuite, si on monte d'un niveau, ça se complique. J'ai beaucoup apprécié le soin du détail dans la description de Walden Pond à travers les saisons, de la géologie à la vie animale en passant par la végétation et bien sûr, quelques visiteurs et réguliers de la région. Parce qu'au delà de la réflexion sur la société (je vais y venir), Thoreau est surtout un observateur attentif et un naturaliste, un poète dans un environnement qu'il dépeint avec génie et amour.
    Et enfin, la réflexion sur la société humaine.
    Je ne suis pas très sûre de la manière de formuler l'effet de Walden sur moi.
    J'étais particulièrement intéressée par les références aux avancées technologiques du XIXº et encore plus par l'avis de Thoreau, notamment sur le progrès pour le progrès, la course à la modernité et l'acceptation des routes toutes tracées par sociétés et gouvernement sans questionnement quand à la pertinence et l'utilité de ces routes et mouvements de masse.
    Pour résumer, j'ai été surprise par la modernité des observations et propositions de Thoreau quand au superflu qu'il soit matériel, oral ou occupationnel, à la modération comme solution à bien des choses (pas d'ascétisme, merci), mais surtout, cette annonce de réaction à la politique de conquête du gouvernement américain (et européen), c'est l'époque de la guerre contre le Mexique pour obtenir ses territoires du nord (Colorado, Nouveau Mexique, Nevada, Californie...), son outrage face à l'esclavage que le gouvernement favorise encore à l'époque de manière détournée (Fugitive Slave Act de 1850 qui implique que tout esclave en fuite dans les états du nord non-esclavagistes doivent être renvoyés à leur "maître" dans le sud), tous ces sujets qui seront à la base de Civil Disobedience. Que je lirai également sous peu.
    La seule difficulté que j'ai rencontrée est son histoire d'élévation spirituelle. Je n'avais pas été particulièrement marquée par ce côté-là chez Emerson, mais peut-être devrais-je relire Nature... En réalité, je m'attendais à une avant-garde évidente, inspiration pour les Nature Writers du nord ouest américain dans leur vision d'une nature où tout est lié, tout a sa place, ni plus élevée, ni moins, qu'il soit question d'insecte, animal, végétal ou d'humain. Là, l'impression est que Thoreau exclut l'homme de cette logique hormis dans sa destruction insensée et sa soif de domination. J'ai presque l'impression d'une contradiction dans son discours, entre une nature de laquelle on doit se rapprocher dans sa logique et son apparente simplicité, et un exceptionnalisme humain subtilement tissé, mais que l'on ressent dans les passages sur le spirituel. Mais peut-être est-ce seulement mon impression faussée par une incompréhension.
    En dehors de ce petit détail, oui, je comprend les références si fréquentes à Thoreau et son Walden, à la minutie de son étude et au détail de son observation des rouages de la Nature, au plaisir de profiter au quotidien d'un environnement sublime, sans (trop) d'interférences humaines, au besoin de préserver cet environnement sans concession à la civilisation.
    Très, très instructif, vraiment très agréable et surtout absolument abordable !
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    • Livres 5.00/5
    Par Carosand, le 25 mai 2013

    Carosand
    Ce livre emprunté à la bibliothèque devrait intégrer prochainement ma bibliothèque personnelle tant j'aurai le plaisir de replonger dans la prose de Thoreau tout comme IVRE DE LIVRES dont la critique démontre l'attachement à ce texte perpétuellement méditatif.
    Thoreau nous fait l'apologie d'une vie saine loin de l'agitation des villes et des contraintes liées à la société moderne et castratrice. La vie comme on devrait la savourer avec le rien et le tout qui nous entourent et qui nous échappent quand les autres par profit veulent nous en interdire la jouissance.
    A la différence de nombreux philosophes compréhensibles pour une minorité intellectuelle prétentieuse, Thoreau parle vrai à tous de la vie originelle qui nous habite de façon simple et "naturellement poétique".
    Une bible indispensable !
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    • Livres 4.00/5
    Par Davjo, le 20 mars 2013

    Davjo
    Cette lecture d'un homme qui se contente de peu et qui prend ce que la nature lui donne, qu'il s'agisse du bois pour se chauffer ou de ce qu'elle apporte à ses cinq sens reste une leçon de vie qui fouette la raison de l'homme du XXIe siècle. Je ne vais pas sortir le couplet sur la société de consommation, Thoreau narrateur est un anachorète qui vit tellement loin de ça que ça n'aurait pas de sens. Mais quand on regarde la date, 1854, et ce que les USA sont devenus, ça laisse pensif. On se demande comment est reçue/étudié cette oeuvre aujourd'hui.
    Ce qui m'en reste, les descriptions très concrètes de la nature, le passage des saisons, un vent de fraîcheur dans le cerveau.
    Thoreau se permet de longs développements sur l'économie, puis il passe à de belles descriptions de la nature, le réveil du printemps, les étangs gelés et les beautés du dégel, les cendres encore ardentes de l'été, les animaux, chats-huant sages sorciers de minuit, le soliloque de l'écureuil rouge, le retour des pinsons et des gélinottes . L'écrivain a des talents de menuisier, de bûcheron, et il construit lui-même sa maison. Puis il publie dans le corps de son texte le tableau de ce qu'elle lui a coûté. Son plus grand talent est de se contenter de peu.
    Ce qui l'entoure devient le monde entier, les Bruits, la Solitude, son Champs de haricots, le Village, les Étangs ..Quand il rencontre un tourbier qui vit difficilement, il lui vante son mode de vie frugal, sans café, ni thé, ni viande. Il préfère se passer de tout et élève cette ascèse à une forme de philosophie sévère, monomaniaque et têtue. L'homme pousse l'austérité jusqu'à son extrémité plutôt que de subir la loi de la société.
    Ce n'est pas une lecture facile, c'est le genre de classique où il faut parfois accepter de s'ennuyer, s'accrocher en vrai bon lecteur, parce que c'est ton socle, ce qui te fonde, le réservoir de mot-images qui reste en soi, comme un sédiment mémoriel. Et on est récompensé par des bonheurs d'écriture. Au détour d'une page, on tombe sur la description d'une chouette qu'il épie dans un paysage de neige, ou de l'écureuil rouge qui vient se nourrir à sa fenêtre.

    Lien : http://killing-ego.blogspot.fr/2013/03/le-retour-la-nature-de-thorea..
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    • Livres 4.00/5
    Par Cosaque, le 12 novembre 2014

    Cosaque
    « Être philosophe ne consiste pas simplement à avoir de subtiles pensées, ni même à fonder une école, mais à chérir assez la sagesse pour mener une vie conforme à ses préceptes, une vie de simplicité, d'indépendance, de magnanimité et de confiance. »
    Voilà une déclaration qui résonne comme un programme, une voie à suivre, ce que Thoreau a tenté durant son expérience de plus de deux années au fond des bois. Il s'agissait, pour lui, de tester ses capacités à la rupture d'avec la civilisation et de ses facilités matérielles. Cette espèce de compte rendu, est une ode à la liberté et à la singularité qui ne peuvent s'obtenir que par l'abandon de toutes les complexités matérielles et sociales. Pour Henry David Thoreau, les sociétés technologiques par l'obligation d'apprendre à se servir d'outils de plus en plus complexes engendrent une spécialisation croissante qui fragmente l'individu.
    Ce constat d'un machinisme qui aliène l'humanité, Henry David Thoreau l'a fait au milieu du XIXe siècle, aujourd'hui en notre début de XXIe nous sommes immergés dans un bain technologique en toute insouciance, sans doute parce que la quantité et la diversité des objets techniques qui nous environnent atteint un niveau jusqu'alors inédit. Nous pouvons, cependant légitimement nous poser la question de notre liberté individuelle. Est-ce que nous Pouvons nous permettre de faire machine arrière ? Sommes-nous en train de devenir des mutants, des espèces de cyborgs ? Est-ce grave ? À souhaiter ? À craindre ?
    Je ne sais pas, je n'ai pas d'idées précises, ou plutôt si, mais elles sont contradictoires et ont tendance à s'annuler. Je ressens néanmoins une sorte de malaise quand je vois mes contemporains incapables de percevoir que la pluie va tomber autrement qu'en consultant leur smartphone, alors qu'il est si simple de lever la tête et de regarder le ciel. C'est dans cet état d'esprit de trouble quant aux conséquences de notre vie indissociablement lié à un environnement technique toujours plus envahissant que j'ai abordé la lecture de Walden : ou la vie dans les bois.

    Un élément que j'ai apprécié c'est sa volonté de ne s'adresser à son lecteur qu'en son nom propre et de son point de vue, sans chercher à bâtir un système universel qui répondrait à tout. Ceci se manifeste par l'usage de la première personne. Il s'agit donc d'une personne particulière qui s'adresse au lecteur avec toute sa subjectivité, et de ce fait avec toute sa sincérité. Il y a chez Thoreau un désir de cultiver la singularité alliée à une certaine colère de constater que le monde social exige l'inverse. Ainsi il voit dans les vêtements un élément qui sert à marquer le rang sur l'échelle hiérarchique de la société.
    « Les rois et les reines qui ne portent leurs vêtements qu'une fois, bien qu'ils soient faits par un tailleur ou une couturière à la mesure de leurs majestés, […] ne sont que des porte-manteaux de bois sur lesquels on pend les vêtements propres. »
    Cessons de réduire notre être à celui d'un simple porte-manteaux, et ramenons le rôle du vêtement à sa fonction première de protection contre les intempéries. Ce qui vaut pour les vêtements le vaut également pour tous ces objets qui sont plus des marqueurs sociaux que devant répondre à une réelle utilité. C'est pourquoi il apparaît pour Thoreau que la solution pour éviter de tomber dans ce piège est de s'éloigner des villes et de se rapprocher de la nature.
    Dans son récit l'auteur exprime un amour profond et sincère de la vie animale et végétale des bois rythmées par le balancement des saisons. La maison qu'il s'est fabriquée est telle qu'elle reste en contacte avec la vie extérieure du bois : il n'y a pas de rupture. Il y a de très belles pages sur ses rencontres avec divers animaux, lièvre qui s'enfuit ou chouette qui s'éveille. L'observation des poissons à travers la glace de l'étang en hiver est un joli moment de poésie. D'ailleurs cet aspect poétique se retrouve dans des parties qui se veulent comme des exposés objectifs et scientifiques, par exemple sa description de la formation de la glace. Le caractère de poétique de Thoreau l'amène à proposer des explications « scientifiques » tout à fait naïves voire enfantines. Il en va ainsi de l'analogie cosmique des formes qu'il tire de la contemplation des divers métamorphoses que subit du sable sur un talus lors du dégel ; ou de l'organisation topographique des océans dont il croit tenir la clé par le sondage qu'il opère dans son étang de Walden.
    Walden : ou la vie dans les bois, malgré l'obscurité poétique de certains passages, respire un dynamisme et un optimisme très agréable, en ces temps de pessimisme voire de désespoir. Thoreau espérait et cherchait un chemin vers une forme de sérénité heureuse, et il nous a livré là un récit de l'une de ses tentatives. Libre à nous de nous en saisir et de les adapter à notre vie.
    NOTE : Si vous voulez un compte rendu de lecture plus précis et objectif, je vous conseille la lecture de celle de « loreleirocks » (très bien faite) dans la page des critiques sur Walden.
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Citations et extraits

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  • Par colimasson, le 18 décembre 2014

    A l’état sauvage toute famille possède un abri valant les meilleurs, et suffisant pour ses besoins primitifs et plus simples ; mais je ne crois pas exagérer en disant que si les oiseaux du ciel ont leurs nids, les renards leurs tanières, et les sauvages leurs wigwams, il n’est pas dans la société civilisée moderne plus de la moitié des familles qui possède un abri. Dans les grandes villes et cités, où prévaut spécialement la civilisation, le nombre de ceux qui possèdent un abri n’est que l’infime minorité. Le reste paie pour ce vêtement le plus extérieur de tous, devenu indispensable été comme hiver, un tribut annuel qui suffirait à l’achat d’un village entier de wigwams indiens, mais qui pour l’instant contribue au maintien de sa pauvreté sa vie durant.
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  • Par colimasson, le 20 décembre 2014

    Le coût d’une chose est le montant de ce que j’appellerai la vie requise en échange, immédiatement ou à la longue.

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  • Par colimasson, le 14 décembre 2014

    La plupart des luxes, et beaucoup de ce qu’on appelle les conforts de la vie, ne sont pas seulement non indispensables, mais constituent de véritables entraves à l’élévation de l’humanité.

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  • Par colimasson, le 16 décembre 2014

    Le philosophe est en avance sur son temps, même dans la forme extérieure de sa vie. Il n’est pas nourri, abrité, vêtu, chauffé comme ses contemporains. Comment un homme peut-il être un philosophe et ne pas maintenir sa chaleur vitale mieux que ses contemporains ?

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  • Par colimasson, le 13 décembre 2014

    Nulle façon de penser ou d’agir, si ancienne soit-elle, ne saurait être acceptée sans preuve. Ce que chacun répète en écho ou passe sous silence comme vrai aujourd’hui, peut demain se révéler mensonge, simple fumée de l’opinion, que d’aucuns avaient prise pour le nuage appelé à répandre sur les champs une pluie fertilisante. Ce que les vieilles gens disent que vous ne pouvez faire, vous vous apercevez, en l’essayant, que vous le pouvez fort bien. Aux vieilles gens les vieux gestes, aux nouveaux venus les gestes nouveaux. Les vieilles gens ne savaient peut-être pas suffisamment, jadis, aller chercher du combustible pour faire marcher le feu ; les nouveaux venus mettent un peu de bois sec sous un pot, et les voilà emportés autour du globe avec la vitesse des oiseaux, de façon à tuer les vieilles gens, comme on dit.
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