paru en 1932 sous le titre "
Ces plaisirs" et réédité en 1941 sous celui de "
Le Pur et l'Impur".
"Écouter, c'est une application qui vieillit le visage, courbature les muscles du cou, et roidit les paupières à force de tenir les yeux fixés sur celui qui parle... C'est une sorte de débauche studieuse... Hausser jusqu'à son sens secret une litanie de mots ternes, et l'acrimonie jusqu'à la douleur, jusqu'à la sauvage envie..."
Colette a observé, a écouté. Elle a fréquenté (sans y toucher) une fumerie d'opium où elle a entendu Charlotte chanter son chant d'opiomane. Elle a croisé Don Juan lassé de tant de conquêtes, elle a posé les questions que chacun se pose devant le leurre vécu par les travestis des deux sexes. Elle nous livre les portraits de la Chevalière (Missy), de la poétesse autodestructrice
Renée Vivien. Elle évoque les "Ladies of Llangollen". Elle nous transporte dans un monde que l'on sent plein de tristesse, voire de douleur, dans sa quête sentimentale rarement aboutie, rarement assumée. Elle-même a dit : "On s'apercevra peut-être un jour que c'est là mon meilleur livre..." Ce livre soulève le voile (en 1932!) sur les moeurs parallèles, dissimulées dans une ombre qui ne se dissipera que bien des années plus tard. En cela, ces écrits deviennent un témoignage de l'audace d'une femme qui n'hésita pas à écrire sur ce sujet en considérant ceux que l'on marginalisait.