En 1900, paraît "
Claudine à l'école" écrit quelques mois auparavant, à l'instigation de Willy, son premier mari, dont elle deviendra un nègre parmi d'autres (Curnonsky, Debussy, Vincent d'Indy,Vuillermoz,
Carco...).
Le premier "Claudine/
Colette (fiction/réalité) décrit les aventures d'une adolescente sauvageonne, impertinente, au milieu d'autres adolescentes face à un corps professoral quelque peu inhabituel. L'histoire se passe sur fond de village resserré sur lui-même, d'une nature omniprésente. La jeune Claudine vit entre Fanchette
La Chatte, Mélie la vieille servante et un père original, inexistant, permissif qui lui octroie une liberté peu coutumière. Claudine mène à la baguette tout ce petit monde où elle n'aurait pas dû se trouver. Quelques relations sulfureuses, des adolescentes un tantinet perverses, certains portraits et des descriptions qui ont tant choqué et blessé le Saint-Sauveur- en Puisaye de l'époque, non,
Claudine à l'école n'est pas Martine à l'école. Dès ce premier livre, le style incomparable de cet écrivain est présent. Bien sûr le ton y est primesautier mais de nombreux passages sont déjà des pages d'anthologie; les portraits y sont vifs, percutants, pittoresques. Dans l'entourage du couple, nul n'est dupe de la véritable identité de l'auteur et c'est ainsi que Catulle Mendès déclara à
Colette :"C'est vous, n'est-ce pas l'auteur des Claudine... Mais non, mais non, je ne vous pose pas de question, n'exagérez pas votre embarras... Dans... je ne sais pas, moi... dans vingt ans, trente ans, cela se saura. Alors vous verrez ce que c'est que d'avoir, en littérature, créé un type."
C'est ainsi que pour beaucoup, le nom de
Colette est associé à celui de Claudine sur qui elle portera d'ailleurs, un jugement sévère.
"Je ne trouvai pas mon premier livre très bon, ni les trois suivants. Avec le temps, je n'ai guère changé d'avis, et je juge assez sévèrement toutes les Claudine. Elles font l'enfant et la follette sans discrétion... Et je m'en veux que par allusions, ces Claudine révèlent l'insouciance de nuire." (
Mes apprentissages).
Sorte de journal intime qui se poursuivra en passant par
Claudine à Paris (parution en 1901),
Claudine en ménage (parution en 1902) pour aboutir à la parution en 1903 de
Claudine/
Colette s'en va. de chrysalide,
Colette devient ce beau papillon qui butinera un suc de plus en plus puissant, honorant à jamais les lettres françaises.
Rien n'oblige à lire les Claudine pour découvrir l'oeuvre de
Colette mais elles font partie de son histoire et de son évolution, et ma foi, j'y ai pris du plaisir!