ISBN : 2070362426
Éditeur : Gallimard (1972)


Note moyenne : 4.13/5 (sur 63 notes) Ajouter à mes livres
LES RACINES DU CIEL.La viande ! C'était l'aspiration la plus ancienne, la plus réelle, et la plus universelle de l'humanité. Il pensa à Morel et à ses éléphants et sourit amèrement. Pour l'homme blanc, l'éléphant avait été pendant longtemps uniquement de l'ivoire et pou... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 29 février 2008

    Woland
    En fait, je viens de terminer "Les racines du ciel", qui parut en 1956 sous le nom de Romain Gary. Et je tiens à déclarer tout de suite combien il m'a été agréable - et poignant - de découvrir ici un grand romancier auprès duquel j'étais jusque là passée peut-être en raison du battage médiatique qui a été fait autour de lui.
    J'irai même jusqu'à dire qu'il y a, chez Romain Gary, quelque chose du romancier universel. Pour reprendre une expression trop galvaudée de nos jours et devenue parfaitement utopiste, Romain Gary pouvait prétendre au titre de "citoyen du monde."
    Il était né à Wilnio, dans une Lituanie russifiée, et se définissait lui-même comme "un cosaque un peu tartare mâtiné de juif." Définition qui, en cette époque où les communautarismes fleurissent dans tous les sens, telles de hideuses et démoniaques mauvaises herbes, me paraît extrêmement révélatrice : Gary ne se définissait pas en effet en fonction de son appartenance religieuse ou de celle de ses ancêtres mais bel et bien en fonction de ses racines nationales. Il était bien trop intelligent, bien trop sensible aussi pour tomber dans le piège du nationalisme, dont il dénonce d'ailleurs dans ce roman les fondements éternels. Cette grâce, ce don qu'il avait reçu du Grand Dieu Thot lui-même, lui permet de porter sur toutes et tous un regard qui tend à la fraternité universelle, apolitique et a-religieuse (ça existe, ce terme ? )
    "Les racines du ciel" est un roman où se mêlent allègrement les flash-backs et les points de vue autour d'une figure quasi messianique, Morel, le Français obstiné qui, revenu des camps nazis, a choisi de lutter pour que soit sauvegardée la vie des grands éléphants d'Afrique. Une multitude de personnes s'expriment sur Morel, présentent ses faits et gestes, lui prêtent ou lui reconnaissent des intentions réelles ou supposées et ce qui avait commencé comme une entreprise vaguement ridicule, avec un homme débraillé errant en Afrique Equatoriale Française serrant, dans sa vieille serviette de cuir, une pétition contre les massacres d'éléphants qu'il cherchait désespérément à faire signer par l'un ou par l'autre, se termine en une apothéose grandiose qui fixe l'Espoir dans l'Eternité.
    Très vite, le lecteur est conquis non seulement par Morel et son charisme mais aussi par l'atmosphère que sait créer l'écrivain - et c'est là le signe d'un romancier béni de Dieu, celui qui sait insuffler à ses créatures un souffle tel qu'elles quittent bientôt leur statut de marionnettes pour prendre corps et vie.
    Très vite aussi, il comprend que, au-delà des éléphants d'Afrique, c'est une certaine idée de la dignité humaine, certes mais surtout universelle (car elle englobe toutes les formes de vie, du moins est-ce l'impression que j'ai ressentie) que Morel veut à tout prix sauver. "Nous avons tous nos éléphants à sauver," voilà ce que nous dit Gary, "trouvez-les en vous-mêmes et vous verrez, votre vie en sera illuminée. Vous deviendrez peut-être fou et l'on vous prendra certainement pour un fou mais vous aurez gagné. Et, à travers votre victoire, c'est l'univers tout entier qui triomphera dans ses forces positives."
    Il y a, dans "Les racines du ciel", un souffle prodigieux et qui rappelle Hugo sans les lourdeurs du grand ancêtre et du XIXème siècle. Ajoutez à cela un humour échevelé et une façon unique de renvoyer tout le monde dos à dos. Si l'on excepte le personnage de Waïtari, le "César noir" qui laisse présager, dès 1956, toutes les horreurs qui s'abattront sur l'Afrique avec ce que Gary nomme "la colonisation intérieure" et qu'il définit comme la pire des colonisations possibles, (encore y a-t-il un instant très bref où le journaliste Abe Fields, considérant Waïtari qui s'éloigne, nous fait prendre celui-ci en pitié), aucun héros n'apparaît bêtement manichéen. Tous sont complexes, le comble de la complexité se répartissant entre Habib, l'éternel contrebandier, et le Néerlandais Haas, qui capture des éléphanteaux pour le compte des zoos occidentaux mais qui n'en espère pas moins que Morel a trouvé refuge quelque part ...
    Quant au style ... Ma foi, c'est un style que certains trouveront trop "travaillé" mais que, en ce qui me concerne, j'apprécie énormément.
    Enfin, "Les racines du ciel" m'ont permis de lire la meilleure définition du général de Gaulle qui ait jamais été faite - je crois : " De Gaulle, un homme qui lui aussi croyait aux éléphants."
    La fierté de Gary, on la sent presque palpable à ce moment-là - et à d'autres aussi. Fierté d'être un creuset où, dès la naissance, est tombé le germe de l'humanisme universel. Fierté de savoir de manière innée que, au delà des nationalités et des religions qui les séparent trop souvent pour le pire, les hommes en fait ne sont pas si différents que ça dans leurs rêves. Simplement, il arrive qu'ils les interprètent mal et qu'ils mettent les mauvais mots là où ils n'ont pas leur place.
    Attachement aussi à un idéal, à "unLe certaine idée", de la France sans doute, mais aussi de l'Humanité en général.
    Et puis lucidité, parfois terrible car, dans un passage, Gary définit la France elle-même comme un éléphant. Lucidité qui pousse à s'interroger sur la position qui aurait été celle du romancier en ces temps d'inquiétude et de paroxysmes intégristes que nous traversons. J'ose espérer qu'elle aurait été assez différente de celle qu'il affichait dans sa "Lettre aux Juifs de France" en 1970.
    En résumé, si vous voulez recharger vos batteries en énergie, en espoir et en bonheur, lisez "Les racines du ciel" : si vous croyez malgré tout que notre monde peut changer, ce livre est un incontournable.
    Sinon, un site sur Gary et Ajar :
    http://www.romaingary.org/oeuvres.php
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    • Livres 5.00/5
    Par brigittelascombe, le 20 juin 2011

    brigittelascombe
    Qui suis je?
    Cette quête d'identité Roman Kacew né le 8 mai 1914 à Moscou, qui a connu l'exil en Lituanie suite à la chute du tsar Nicolas II en 1917, puis à Varsovie en 1922, puis en France en 1927,est devenu militaire,aviateur,diplomate, écrivain sous le nom de Romain Gary, puis sous le pseudonyme Emile Ajar, cette histoire des origines est perceptible dans les romans de l'auteur et en particulier dans "Les racines du ciel" prix Goncourt en 1956.
    Momo et Madame Rosa (de La vie devant soi), rêvaient de lions, Morel, lui le héros de ce roman rêvait d'éléphants en liberté lorsqu'il était dans les camps de concentration.
    A sa sortie, il n'aura de cesse que de partir en Afrique pour faire cesser leur extermination.
    La première patie du roman parle de ce problème contemporain concernant cette faune à protéger.
    La deuxième partie soulève la question: Qui est réellement Morel? et Qu'est ce qui pousse un homme à agir dans certaines conditions?
    Ce récit est fait à plusieurs voix, celle de Morel et de plusieurs témoins.
    Autour de l'aventurier, on retrouve Minna l'allemande qui signe la pétition à ses côtés,Forsyte son compagnon,Forsyte le major américain,Scholster l'officier qui traque Morel puis finit par arrêter Waitiri l'africain suite au massacre de dizaines d'éléphants.
    Un superbe roman, un hymne à la nature aussi, où l'on retrouve l'amitié, la solitude et la séparation thèmes chers à l'auteur.
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    • Livres 4.00/5
    Par Emma-saru, le 25 avril 2010

    Emma-saru
    Un très grand et beau roman à mon sens d'autant qu'il pointe du doigts des problèmes dont nous ne prendront la mesure qu'un demi siècle plus tard ou presque. Romain Gary était un écologiste avant l'heure, et je ne peux m'empêcher de penser à cette magnifique lettre à l'éléphant qu'il écrivit pour le Figaro Littéraire en mars 1968. Une ode à ce géant massacré pour assouvir notre cupidité...
    "C'est ainsi, monsieur et cher éléphant, que nous nous trouvons, vous et moi, sur le même bateau, poussé vers l'oubli par le même vent puissant du rationalisme absolu. Dans une société, vraiment matérialiste et réaliste, poètes, écrivains, artistes, rêveurs et éléphants ne sont plus que des gêneurs." R. Gary
    Un livre à lire, une livre pour réfléchir. Un incontournable de ma bibliothèque.
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    • Livres 3.00/5
    Par Co, le 02 septembre 2008

    Co
    Premier Prix Goncourt de Romain Gary (qui en obtint un deuxième sous le Pseudo Emile Ajar pour La Vie devant soi), Les racines du ciel n'est à vrai dire pas mon préféré de Gary même si ce roman, atypique, mérite d'être lu. Pour le style de Gary, qui écrit toujours aussi bien, et pour cette histoire un peu étonnante d'un jeune homme qui veut à tout prix sauver les éléphants d'Afrique, bien avant que les questions d'écologie et de sauvegarde de la nature deviennet à la mode (on est dans les années 50, empire colonial etc...). A moins que ces éléphants ne représentent peut-être autre chose. Au lecteur d'en décider.
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Citations et extraits

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  • Par Sarahcarabin, le 30 octobre 2009

    C'était un gars qui avait confiance en nous, d'une manière totale et inébranlable, et c'était quelque chose d'aussi élémentaire, d'aussi irraisonné que la mer, ou le vent - quelque chose, ma foi, qui finissait par ressembler comme deux gouttes d'eau à la force même de la vérité. Je dus vraiment faire un effort pour me défendre - pour ne pas succomber sous cette étonnante naïveté. Il croyait vraiment que les gens avaient encore assez de générosité, par les temps que nous vivons, pour s'occuper non seulement d'eux-mêmes, mais encore des éléphants. Qu'il y avait dans leur coeur encore assez de place. C'était à pleurer. Je restais là, muet, à le regarder, à l'admirer, devrais-je plutôt dire, avec son air sombre, obstiné, et sa serviette bourrée de toutes les pétitions, de tous les manifestes que vous povuez imaginer. Désopilant, si vous voulez, mais aussi désarmant, parce qu'on le sentait tout pénétré de ces belles choses que l'homme s'est racontées sur lui-même dans ses moments d'inspiration. Et, de plus, têtu, - avec une révoltante application de maître d'école qui s'est mis en tête de faire faire ses devoirs à l'humanité, et qui n'hésiterait pas à la punir, si elle se conduisait mal. Vous voyez que c'était un malade dangereusement contagieux.
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  • Par brigittelascombe, le 20 juin 2011

    Quand vous n'en pouvez plus, faites comme moi: pensez à des troupeaux d'éléphants en liberté en train de courir vers l'Afrique, des centaines et des centaines de bêtes magnifiques auxquelles rien ne résiste, pas même un mur,pas même un barbelé, qui foncent à travers les espaces ouverts et qui cassent tout sur leur passage, qui renversent tout et tant qu'ils sont vivants, rien ne peut les arrêter- la liberté quoi!
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  • Par Pluc, le 27 février 2011

    Vers dix heures du soir, il traversèrent Sionville, roulèrent le long du fleuve, entre les manguiers (…). La nuit avait une présence, un corps, une vie bruissante ; on sentait ses sueurs, son intimité ; dans l'épaisseur du jardin, le chœur des insectes était une pulsation intense qui donnait à l'obscurité des flancs palpitants, une respiration précipitée (…).
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  • Par adonisos, le 13 mars 2009

    Avec mon vieux Dwala, nous avons toujours été au premier rang de ceux qui défendaient l’Afrique noire contre la pénétration de cette odieuse bête blindée que l’on appelle Occident, et nous avions lutté vaillamment pour préserver nos noirs intacts p.145
    Toujours gai, avec ça, de la gaité de qui est allé au fond des choses et en est revenu rassuré p.206
    Quand vous n’en pouvez plus, faites comme moi : pensez à des troupeaux d’éléphants en liberté en train de courir à travers l’Afrique ; des centaines et des centaines de bêtes magnifiques auxquelles rien ne résiste, pas un mur, pas un barbelé, qui foncent à travers les grands espaces ouverts et qui cassent tout sur leur passage, qui renversent tout, tant qu’ils sont vivants, rien ne peut les arrêter – la liberté, quoi ! p.211
    L’Afrique ne s’éveillera à son destin que lorsqu’elle aura cessé d’être le jardon zoologique du monde... Lorsqu’on viendra ici, non pour regarder nos négresses à plateaux, mais nos villes et nos richesses enfin exploitées à notre seul profit.
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  • Par Malachi, le 29 juin 2009

    Un cavalier apparut un instant parmi les roseaux de l’autre rive, lancé au galop : le major américain, qui paraissait fuir quelque chose d’inexorable, peut être le crépuscule lui-même ; il passait ainsi chaque soir à la même heure depuis des mois, comme s’il faisait corps avec quelque aiguille invisible l’entraînant irrésistiblement avec elle sur ce cadran dont Minna connaissait si bien chaque repère : quelques arbres, trois cabanes d’un village de pêcheurs, quelques pirogues, une ligne d’horizon brouillée par les herbes, le bouche du Chari vers le Logone et plus loin, à l’est, le palmier solitaire de Fort Foureau, et de nouveau le ciel immense, comme l’absence de quelqu’un.
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Vidéo de Romain Gary

Lecture de textes de Romain Gary et de Eric Moreau à l'occasion d'une soirée hommage de l'écrivain Romain Gary. Filmé à l'hôtel de ville de Paris.








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