ISBN : 2070373673
Éditeur : Gallimard (1982)


Note moyenne : 3.92/5 (sur 53 notes) Ajouter à mes livres
Deux naufragés de l'existence se rencontrent par hasard et tentent l'impossible : s'unir "le temps d'une révolte, d'une brève lutte, d'un refus du malheur", faire coïncider deux fragments de vie pour continuer de faire semblant de vivre. Tout en... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 3.00/5
    Par Malaura, le 27 octobre 2011

    Malaura
    Sait-on jamais comment naissent les histoires d'amour ?
    Le destin frappe sans crier gare, à moins que ce ne soit le hasard, ou encore, peut-être est-ce les dieux-singes qui provoquent ces rencontres impossibles, insensées ?… « Des dieux-singes qui dansent sur notre dos, invisibles, sous couvert de destin, de fatalité, d'aveugle hasard, et nous versons nos vies pour leur verser à boire. Peut-être se réunissent-ils chaque soir, regardent-ils en bas et discutent-ils la qualité du programme » ?...
    Entre Michel et Lydia, la rencontre est abrupte comme une collision. Il descend d'un taxi et la heurte en ouvrant la portière, pains, œufs, lait…sur le trottoir.
    Un seul regard et il sait que c'est elle.
    Elle, avec ses longs cheveux blancs tumultueux, ses rides autour des yeux, son air désemparé.
    Elle, qui remplacera Yannick, la femme chérie, adorée, idolâtrée, avec laquelle il formait le couple parfait mais qui, atteinte d'un cancer incurable, souhaite mourir seule, dans la dignité. Auparavant elle lui a fait promettre de retrouver une autre femme pour « profaner le malheur » et perpétuer l'amour, «je suis obligée de te quitter. Je te serai une autre femme. Va vers elle, trouve-là, donne-lui ce que je te laisse, il faut que cela demeure. La plus cruelle façon de m'oublier, ce serait de ne plus aimer.»
    Mais Lydia est-elle à même d'accepter cet amour que lui offre Michel, un inconnu rencontré sur le bord d'un trottoir ?
    La vérité est que la vie les a jetés aux orties l'un et l'autre…
    Six mois plus tôt, le bonheur que Lydia croyait acquis lui a été ravi. Sa petite fille est morte dans un accident de voiture et le conducteur, son mari Alain, en porte irrémédiablement les séquelles. Atteint de jargonaphasie, il a perdu tout contrôle du langage. Lydia se sent honteuse ne plus arriver à aimer ce qu'il est devenu, la culpabilité et le chagrin la rongent.
    Alors…alors peut-on entrer en amour comme on entre en résistance ? « Il ne suffit pas d'être malheureux séparément pour être heureux ensemble »…
    Pendant toute une nuit, ces deux-là vont s'aimer, se découvrir, s'épauler, s'entraider, se raccrocher l'un à l'autre, unir leur détresse, laisser parler leur cœur, partager leur vision du couple et de l'amour.
    Ces « deux désespoirs qui se rencontrent » pourront-ils devenir un espoir pour demain ?
    Si le sujet est triste, grave et douloureux, Romain Gary réussit à en délivrer une très jolie histoire douce-amère, aux ambiances tamisées, aux contours clairs, harmonieux, chargés d'espoir.
    Au côté de ces deux êtres en déroute, des personnages loufoques et pathétiques - comme Sonia la russe ou Señor Galba le dresseur de chiens - soulagent un peu la souffrance, impriment un brin de drôlerie et apportent une touche de gaité par leur exubérance et leur loquacité.
    La rencontre de Michel et de Lydia se déploie au gré de nombreux dialogues pleins de finesse, d'à-propos, d'un sens de la formule et de l'ironie douce, venant atténuer l'austérité du deuil, de la perte et de l'affliction.
    Adapté au cinéma en 1979 par Costa-Gavras, sur un scénario de Milan Kundera, avec Romy Schneider et Yves Montand dans les rôles-titres, « Clair de femme » combine force et faiblesse, désespoir et détermination, instants poignants de détresse et moments de dérision.
    Romain Gary, qui avait pris sa revanche face aux critiques assassines en obtenant un second Prix Goncourt avec le beau roman « La Vie Devant Soi » écrit sous le pseudonyme d'Emile Ajar, offre avec « Clair de femme » un très bel hymne à l'amour, et particulièrement un hommage au couple, cette patrie où « un homme vit une femme et une femme vit un homme ».
    De très belles phrases que l'on aimerait toutes citer, émaillent ce récit profondément tendre et émouvant, sensible et subtil.
    Auteur de nombreux romans, « Les racines du ciel », « Charge d'âme », « Les cerfs-volants »…celui qui refusait de vieillir s'est suicidé le 2 décembre 1980 en se tirant une balle dans la bouche.
    « Lorsqu'on a aimé une femme de tous ses yeux, de tous ses matins, de toutes les forêts, champs, sources et oiseaux, on sait qu'on ne l'a pas encore aimée assez et que le monde n'est qu'un commencement de tout ce qui vous reste à faire. »
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    Critique de qualité ? (19 votes positifs)
  • Par asphodele85, le 08 juin 2011

    asphodele85
    OU L'AMOUR AU-DELÀ DE LA MORT…
    Ce livre, vous l'aurez deviné est bien plus qu'un coup de cœur, c'est le cœur entier qui se dissout entre les lignes, qui frissonne, rit aussi, car le sujet grave est traité avec une autodérision exceptionnelle. Parce que les mots nous collent à la peau comme une larme retenue, translucide et qui ne veut pas couler de notre paupière refermée, un instant de grâce que nous voulons prolonger, pour ne pas arriver à la fin, comme les deux héros Michel et Lydia qui roulent doucement dans la nuit parisienne de peur d'arriver quelque part. Surtout elle. Lui sait ce qu'il a à faire et ce qu'il veut malgré son ivresse. Soûl d'alcool et aussi soûl de malheur. « Même si nous étions dans l'étreinte comme deux souvenirs », la mort ne lui a pas tout pris. Et la mort imminente de Yannik, sa femme, don double, sa patrie, doit continuer à travers une autre, tel qu'elle le lui a demandé et tel qu'il le lui a promis. Comment ne pas imaginer Jean Seberg dans les quelques pages où il nous parle de cette douceur blonde, cet « éClair de femme » et peut-être, l'amour tel qu'il aurait dû être entre eux. Et le titre aurait pu être « EClair de femme » tant il en parle de cet éclair. Mais il dit aussi cela de l'amour : «Et je ne vous dis pas qu'on ne peut pas vivre sans amour : on peut et c'est même ce qu'il y a de si dégueulasse. Les organes continuent à assurer la bonne marche physiologique, et le simulacre peut se prolonger longtemps, jusqu'au moment où la fin du fonctionnement rend le cadavre légitime ».
    L'HISTOIRE
    Une fin d'après-midi pluvieuse, Michel, pilote de ligne en congé sans solde est débarqué brusquement d'un taxi (et de sa vie) rue de Varennes. Il heurte Lydia qui tombe là à point nommé pour régler sa course, car il n'a que des dollars sur lui. Ils vont s'agripper l'un à l'autre tels deux naufragés et se raconter par bribes leur histoire tout en poursuivant une course échevelée dans des univers cosmopolites d'un Paris qui abrite leur nuit interminable à la lumière de néons indifférents. Ils vont se prendre, sans passion et mettre le doux nom « d'entraide » sur leur relation balbutiante. Ils se lâchent un moment, le temps pour Michel de rencontrer Señor Galba, clown triste dans un cabaret de seconde zone. Et nous avons droit à une scène d'anthologie tragi-comique où un caniche teint en rose va danser un paso-doble avec un chimpanzé… « le numéro de ma vie » dira Señor Galba en vantant cette prouesse pathétique pour Michel qui s'aperçoit que l'homme, cardiaque, a peur de mourir avant son autre caniche, Matto Grosso, qui le suit du coin de l'œil en permanence, il a peur de la smrt, ce mot russe qui désigne si bien la mort par sa sonorité vipérine. Il sympathise avec lui et en oublie son sac de voyage dans sa loge où il s'est alcoolisé un peu plus. Après, Il retrouve Lydia, seule depuis un an, elle a quitté son mari devenu aphasique jargonneux (les pires logorrhéiques puisqu'ils parlent sans cesse par onomatopées incompréhensibles) et qui cherche « à l'aimer encore plus depuis qu'elle ne l'aime plus ». A savoir que sa petite fille est morte dans l'accident qui a rendu son mari infirme. Ils vont donc à la soirée d'anniversaire que donne Sonia pour son fils adoré, la belle-mère juive et russe, un sourire implacable vissé sur la face, malgré des yeux qui disent la pire cruauté. La réception, grandiose est une mascarade décadente de sourires ouverts sur des dentiers, du caviar à la louche et de faux tsiganes qui font se pâmer les vieillards présents, enchâssés dans leurs souvenirs et leurs bijoux, témoins d'une grandeur passée et fanée. La belle-mère est une publicité pour un dentifrice tant son sourire ne désarme pas, Michel demande en douce à Lydia si elle l'enlève pour dormir ! Elle croit encore que les juifs ont le malheur dans les veines et jubile d'avoir repris son fils à Lydia, victoire mesquine sur ce malheur qu'elle béatifie alors que Lydia veut rester vraie, vivante et agnostique. Michel se moque de tout et tout le monde met sur le compte de l'ivresse ses réparties pleines d'humour.
    « - pirojkis (ce sont de petits pâtés), troïka, volga, koulibiak… » et Sonia le prend aussitôt pour un russe !
    Lydia sait que Yannik a demandé à Michel de partir pour abréger sa leucémie, qu'à l'heure où ils dérivent dans Paris, elle est peut-être passée à l'acte. Lydia interroge et il répond : « pourquoi puisque je l'aimais tant, ne me suis-je pas allongé à ses côtés ? « « Mais elle voulait rester vivante et heureuse et cela veut dire maintenant vous et moi ». Il veut donner une chance à l'impossible, recréer l'image indéfectible du couple, « où tout ce qui féminin est homme, tout ce qui est masculin est femme » en continuant l'amour, la femme avec une autre, perpétuer Yannik, ce qu'elle voulait au cours de ce qu'il appelle « les hasards d'une dérive et d'une main tendue ».
    Mais plus la nuit avance, quand on croit qu'il va tomber, au fur et à mesure que l'alcool coule dans ses veines, plus l'humour et l'amour, comme un voile de pudeur posé sur l'indicible lui fait raconter Yannik : « Un jour elle m'a dit : jusque là et pas plus loin. Ce n'était pas seulement le refus de souffrir : c'était un goût de plénitude. Elle avait trop le goût de la plénitude pour lécher les restes dans l'assiette. « Pas question, tu parles comme si tu étais le seul à aimer. S'il est une idée qui m'est insupportable, c'est de mourir en emportant avec moi ma raison de vivre (…). Alors promets-moi. Promets-moi de ne pas faire de ton chagrin une facilité, une dérobade. (…) Nous avons été heureux et cela nous crée des obligations à l'égard du bonheur ».
    Il regarde déjà Lydia avec amour, ses cheveux qui ont blanchi trop vite, ses petits sillons autour des yeux sont autant de signes rassurants, comme s'ils avaient déjà vécu vingt ans ensemble. Mais elle qui ne sait plus ce qu'est l'amour a peur, terriblement peur d'être érigée soudain en cathédrale, elle qui ne côtoie que son deux-pièces de 80 m2. Il lui propose juste d'essayer, de partir à Caracas comme il le prévoit depuis deux jours sans parvenir à franchir la salle d'embarquement, il ne veut pas lui faire habiter une vérité qui ne serait pas habitable : « le néant ne m'intéresse pas, précisément parce qu'il existe ». Il veut qu'elle partage sa vie par « fraternité », afin de profaner enfin le malheur, de lui tordre le cou une bonne fois pour toutes. Donner une chance à l'impossible, plutôt que de cogner leur malheur comme deux coques de noix dérisoires sur un océan déchaîné, il veut l'essence de l'amour dans ce qu'il a d'absolu. Alors il lui rapporte les derniers mots de Yannik : « Je ne veux pas partir comme une voleuse ; il faut que tu m'aides à rester femme ; la plus cruelle façon de m'oublier, ce serait de ne plus aimer. Dis-lui… » Et, comme pour lui-même il ajoute : « le sens de la vie a un goût de lèvres. C'est là que je prends naissance. C'est de là que je suis. »
    Lydia entend-elle vraiment, partagée entre l'envie d'être enfin une autre, d'échapper à sa belle-famille et de ne pas être cette cathédrale, trop haute pour elle. Elle veut, quand l'aube viendra, commencer par le début, par le bas, redescendre du clocher sacré où il l'a placée. Ramper vers lui plutôt que de descendre d'un trône en Majesté. « Et quelle femme accepterait d'être seulement un temple d'où l'on vient adorer l'Eternité »…
    Alors, iront-ils plus loin ensemble ? L'aube leur sera-t-elle fatale ? Yannik s'est-elle suicidée ? Señor Galba a-t-il échappé à la smrt ? Autant de questions que l'on se pose jusqu'à la fin et auxquelles je ne répondrais pas, pour vous laisser un peu de ce livre que je me retiens de citer en entier ! Mais je ne peux m'empêcher de vous en mettre celle-ci que je trouve particulièrement belle, bien que le livre en regorge comme il déborde d'humour ! Précipitez-vous dessus et consommez-le doucement, comme on savoure un grand cru, comme on serre un enfant dans ses bras, avec tendresse et délicatesse. Parce que Romain Gary nous donne ici aussi, une belle leçon de tolérance, d'humanité face à l'inhumanité de la mort et le tout enveloppé avec précaution, comme s'il ne voulait pas se répandre mais plutôt s'épancher, murmurer alors qu'un cri déchirant, un seul lui traverse l'âme, un éClair de femme
    « Aimer est la seule richesse qui croît avec la prodigalité. Plus on donne et plus il vous reste. J'ai vécu d'une femme et je ne sais pas comment on peut vivre autrement ».
    Coup de coeur exceptionnel !
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    • Livres 5.00/5
    Par lilicrapota, le 10 février 2012

    lilicrapota
    lu et relu et relu et rerelu
    un de mes livres de chevet
    impossible de faire une critique dessus car il me faudrait des pages, des pages, et des pages
    le gary qui ressemble le plus à un ajar...
    à ne pas manquer!
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    • Livres 4.00/5
    Par Lectureshumaines, le 04 novembre 2011

    Lectureshumaines
    C'est la deuxième fois que je lis un roman de Romain Gary. La vie devant soi m'a tellement émue que j'étais vraiment effrayée à l'idée d'ouvrir un autre livre de cet auteur et de me prendre une baffe romanesque en pleine face (pardonnez mon langage)
    J'ai pris mon courage à deux mains car il serait bien bête de ne pas lire ces grands auteurs de peur de l'impact qu'ils pourraient avoir sur nous.
    Clair de femme est un livre plein de douceur et de douleur. L'écriture marie délicatesse et force, à l'image des deux protagonistes de l'œuvre.
    Michel et Lydia se rencontrent au détour d'une rue, à partir d'un moment de vie on ne peut plus banal et leurs douleurs respectives les feront s'accrocher l'un à l'autre le temps d'une nuit.
    Le sujet du livre est délicat : comment continuer à vivre après la perte d'un être profondément aimé. Lydia vit depuis quelque temps dans cette situation, Michel lui le découvre ce soir là. En côtoyant Lydia, Michel cherche à fuir ce qu'il ne peut changer tout en restant près de la personne qu'il aime plus que tout, reconstruisant son couple à travers Lydia.
    Niveau relationnel, la situation de Michel et Lydia, aussi émouvante soit-elle, est empreinte de malaise, de fuite et de compréhension. Comment accepter ce que demande Michel ? Michel ne veut que le bonheur, refusant de s'apitoyer sur sa douleur. Lydia a peur de bafouer la mémoire des êtres disparus, s'empêchant de vivre pleinement, sauf pour Michel cette nuit là. Si ces deux personnages peuvent se soutenir le long d'une nuit, ils ne pourront pas s'entre-aider, la demande de l'un ne correspondant pas au besoin de l'autre.
    Un très beau livre sur le deuil, sur l'amour, sur la construction personnelle. le sujet m'a énormément surpris et il est assez difficile de résumer un tel livre. Voilà un vrai écrivain, sachant manier les belles phrases et les beaux sujets.

    Lien : http://deslectureshumaines.wordpress.com
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    • Livres 4.00/5
    Par Yuko, le 28 septembre 2011

    Yuko
    Tendre et nostalgique, Romain Gary nous entraine sur les tristes chemins de la douleur et de la séparation. Intime et lumineux, son livre regorge d'images, de visages et de sentiments gravés tendrement à l'encre d'une nostalgie sourde... Tout en nuances, Clair de femme rend le plus beau des hommages à la vie, à l'amour et au couple. Une découverte pleine de charme et de tendresse. Une pluie nostalgique d'une beauté fascinante... A découvrir !
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Citations et extraits

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  • Par lanard, le 25 août 2010

    p. 43
    Comment veux-tu distinguer le faux du vrai, quand on crève de solitude? On rencontre un type, on essaie de le rendre intéressant, on l’invente complètement, on l’habille de qualités des pieds à la tête, on ferme les yeux pour mieux le voir, il essaie de donner le change, vous aussi, s’il est beau et con on le trouve intelligent, s’il vous trouve conne, il se sent intelligent, s’il remarque que vous avez les seins qui tombent, il vous trouve de la personnalité, si vous commencez à sentir que c’est un plouc, vous vous dites qu’il faut l’aider, s’il est inculte, vous en avez assez pour deux, s’il veut faire ça tout le temps, vous vous dites qu’il vous aime, s’il n’est pas très porté là-dessus, vous vous dites que ce n’est pas ça qui compte, s’il est radin, c’est parce qu’il a eut une enfance pauvre, s’il est mufle, vous vous dites qu’il est nature, et vous continuez ainsi à faire les pieds et des mains pour nier l’évidence, alors que ça crève les yeux et c’est ce que l’on appelle les problèmes du couple, le problème du couple, quand il n’est plus possible de s’inventer l’un l’autre, et alors, c’est le chagrin, la rancune, la haine, les débris que l’on essaie de faire tenir ensemble à cause des enfants ou tout simplement parce qu’on préfère encore être dans la merde que de se retrouver seule.
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  • Par Co, le 24 septembre 2008

    "Je t'ai appelé et je te parle parce que je suis incapable de penser, et les mots sont justement là pour nous dépanner. Les mots sont des espèces de ballons d'air qui te permettent de flotter à la surface. Je te téléphone pour essayer de me trouver au bout du fil."

    "Yannik, comment est-ce possible, après tant d'années, et c'est toujours là, intact, comme aux premiers jours? Ils disent pourtant : tout passe, tout casse, tout lasse...

    C'est seulement chez ceux qui ne font que passer, casser, se lasser...

    (...)

    C'est paraît-il souvent très difficile, douloureux, ça se décolle, ça fait eau. ça fout le camp...

    Ecoute, Michel, qu'est-ce que c'est cette idée de me réveiller au milieu de la nuit pour me parler des problèmes du couple? C'est la paella qui t'est restée sur l'estomac?

    Je veux savoir pourquoi on a pas de problèmes du couple, bon sang!

    Il y a de mauvaises rencontres, c'est tout. A moi aussi, ça m'est arrivé. A toi aussi. Comment veux-tu distinguer le faux du vrai, quand on crève de solitude? "
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  • Par thursdaynext, le 21 novembre 2010

    Je croyais pourtant que, vu de l'extérieur je n'étais pas trop visible.

    A chaque minutes qui passait, il restait de moins en moins de moi-même, mais il y a aujourd'hui des pneus crevés qui peuvent faire encore mille kilomètres.

    Il vaut peut-être mieux qu'on se parle, parce que sans ça, les choses vont beaucoup trop vite nulle part et après, il faut revenir...

    Prêter à rire, il n'y a rien de plus généreux.

    Il fouilla dans son portefeuille, tira encore une carte de visite...
    - Vous me l'avez déjà donnée, répétai-je
    Il multipliait les preuves d'existence.

    Elle m'observait attentivement, médicalement pour ainsi dire. C'était une curiosité légitime, lorsqu'on reçoit un inconnu qui présente tous les signes extérieurs d'un naufrage. Elle devait se demander s'il y avait d'autres survivants.

    Je n'avais encore jamais vu un sourire aussi immuable et je me demandais si elle l'enlevait pour dormir.

    Tout le monde aujourd'hui exige d'être heureux... même les Juifs !

    Elle conduisait très lentement, comme si elle craignait d'arriver quelque part.

    Les vérités ne sont pas toutes habitables. Souvent, il n'y a pas de chauffage et on y crève de froid.

    Nous "reprendrons nos esprits", comme on dit chez les lucides, ces lucides dont le nom lui-même sonne comme des graisses dans le sang.

    Il se tut et attendit, comme pour me laisser le temps de fouiller ma vie à la recherche d'une réplique.

    Je faisais une remarque optimiste d'une portée générale.

    Elle m'observa attentivement et décida que je pouvais encore servir.
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  • Par Nadael, le 06 janvier 2011

    "Cette soeur inconnue, je veux que tu lui dises combien j'ai besoin d'elle. J'aurais aimé la rencontrer , lui sourire, l'embrasser. Il y a adversité, nous sommes trop biologiques, et notre vie, c'est souvent comme si on avait une étiquette dans le dos : "Agiter avant de s'en servir". Il y a faiblesse sans défense, et cela a toujours voulu dire : lutte. Je suis peut-être terriblement égoïste, mais pourquoi veux-tu que je ne continue pas à vivre et à être heureuse, quand je ne serai plus là? Je te demande de ne pas faire de mon souvenir un petit magot jalousement gardé. Dépense-moi. Donne moi à une autre femme. Au moment de m'endormir, je m'efforcerai de l'imaginer, pour savoir de quoi j'aurai l'air, quel âge j'aurai, comment je m'habillerai, quelle sera cette fois la couleur de mes yeux..."
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  • Par Yuko, le 28 septembre 2011

    Nous sommes montés dans sa voiture. Je me taisais. Pauvre chère "pudeur virile" qui vous serre les mâchoires... et la gorge.
    - Pourquoi ne m'avez-vous pas dit... plus tôt ?
    - Il y en avait déjà bien assez chez vous, Lydia. Il n'y avait plus de place.
    - Vous ne savez donc pas que le malheur des autres, parfois, ça console ?
    - Il ya du vrai, mais je ne crois pas que ce soit votre genre de beauté.
    - Il était convenu entre vous que vous partiriez loin mais vous n'avez pas eu la force de vous éloigner... Vous êtes resté ici... à rôder autour d'elle. Et tout ce que vous me demandez, c'est de vous aider à... à traverser. A passer cette nuit. Vous aviez besoin d'une présence féminine à vos côtés. Le hasard a voulu que ce fût moi. Non, ne protestez pas, je ne vous en veux pas le moins du monde. Au contraire. Cela m'est... proche. Mais pourquoi n'êtes-vous pas parti ? Elle voulait vous épargner. Ou peut-être avait-elle peur que si vous étiez près, elle n'aurait pas le courage... Non, je ne le crois pas. C'était... c'est sûrement une femme courageuse.
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Lecture de textes de Romain Gary et de Eric Moreau à l'occasion d'une soirée hommage de l'écrivain Romain Gary. Filmé à l'hôtel de ville de Paris.








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