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Critiques sur Eldorado (159)
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lehane-fan
25 juin 2012
  • 4/ 5
Le merveilleux , le fantastique , l'incontournable , le légendaire - j'en fais trop là , peut-etre ? - le Soleil des Scorta , je l'avais trouvé...correct tendance grose baffe sur le coin de la truffe ! La chance du débutant qui en était , quand meme , à son troisieme roman , que je m'étais dit ! Que nenni , Eldorado vient confirmer le talent de ce tout jeune auteur Français en traitant d'un sujet d'actualité toujours aussi récurrent avec une justesse de ton ébouriffante ( dixit Kojak ) assortie d'un regard distancié ( dixit Dalida) propre à le crédibiliser !

L'émigration clandestine , une statistique globale objet de bon nombre de fantasmes irraisonnés pour certains ( Hortefeux , Besson...) . Un sujet puissant ou l'humain y aurait enfin toute sa place pour d'autres ! Piracci , Soleiman et Jamal , Boubakar ( rien à voir avec France Gall , merci !) , sont les héros désenchantés de ce conte crépusculaire . Quatre destins uniques , quatre trajectoires distinctes tendant vers un ailleurs sublimé , quatre brutales désillusions confrontées aux murs d'une réalité politique bien trop pragmatique pour leurs reves idéalisés!
Piracci , capitaine de frégate solitaire , se rend compte du non-sens de sa vie ! Sauveteur patenté de ces forçats de la mer Nord-Africains toujours plus nombreux à vouloir rejoindre l'ile de Lampedusa , véritable sésame pour l'Europe , il n'en reste pas moins celui qui les confie aux divers centres de rétention , synonymes de retour au pays assuré , une fois sa mission accomplie . Sa seule échappatoire , démissionner pour tenter d'expier ses fautes passées et renaitre en ce pays qu'il ne connait que par les diverses nationalités qu'il arraisonne : l'Afrique !
Soleiman et Jamal sont freres . D'origine Soudanaise , ils prennent le parti d'un déchirant déracinement au profit d'une vie meilleure , ailleurs...Leur union fusionnelle fait leur force et leur donne le courage nécéssaire à ce périple qu'ils savent dantesque , à défaut d'etre mortel !
Gaudé , d'une plume simple , sensible et évocatrice , place l'humain au coeur de ce drame magnifique et cruel . En véritable conteur fictionnel se basant sur une réalité avérée , il narre magistralement avec force détails le terrifiant voyage de ces otages en devenir ! Otages de passeurs indélicats ; de capitaines de navire n'hésitant pas à les abandonner en pleine mer apres les avoir spoilés de tous leurs biens ; de ces carabiniers frontaliers , beaucoup plus zélés qu'humanistes , toujours prompts à ouvrir le feu sur ces fantomes haves , dépenaillés et affamés mais cependant déterminés comme jamais lorsque vient le temps de l'ultime épreuve !
Leur chimere a un prix qui a souvent le goût du sang...
Un récit coup de poing présentant deux trajectoires diamétralement opposées appelées à se croiser sur fonds de croyance Africaine . le propos est douloureux mais le ton jamais larmoyant ! Gaudé fait dans le factuel vériste en nous brossant magistralement le portrait de ces doux utopistes , véritables aventuriers des temps modernes !
Un beau et grand bouquin à mettre entre toutes les mains afin d'appréhender ce fléau non plus comme un chiffre abstrait mais comme une tragédie concrete mortellement ancrée en l'Humain !

Eldorado , tout ce qui brille n'est pas or...
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litolff
04 octobre 2012
  • 4/ 5
Un beau roman, pétri d'humanité, de ceux qui font réfléchir le lecteur ...
Un thème toujours très d'actualité car la tragédie des Africains qui tentent de gagner clandestinement l'Europe au péril de leurs vies n'est pas près de s'arrêter : tragédie humaine car bon nombre d'entre eux trouveront la mort sur le chemin de l'exil, tragédie identitaire pour tous ceux qui abandonnent leur pays et leur identité dans l'espoir d'un meilleur futur et au prix de leur culture. Et au bout du voyage, pour la plupart, la désillusion et l'effondrement de leurs rêves d'un avenir meilleur... Tragique et lucide, jamais larmoyant, j'ai personnellement été beaucoup plus touchée par Eldorado que par le Soleil des Scorta...
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isabelleisapure
01 novembre 2016
  • 5/ 5
Je m'attends au meilleur lorsque j'ouvre un roman de Laurent Gaudé, je sais que je vais découvrir une histoire exceptionnelle servie par une plume précise et élégante.
Et pourtant je ressors chaque fois, bluffé, émerveillée, étonnée comme à une première découverte.
Après « Ecoutez nos défaites », j'ai eu envie de me replonger dans un texte plus ancien et j'ai choisi « Eldorado ».
En s'emparant du drame des migrants, l'auteur met le doigt là où ça fait mal,
mais il le fait avec respect pour chacun de ces destins brisés.
Quelle soit financière ou mentale, c'est le coeur de la misère qui emplit ces pages. On est tout autant face à une grandeur d'esprit, celle qui fait la noblesse de l'homme, que face à la stupidité aveugle qui en fait toute sa bassesse.
Même si la route et longue, la volonté et la rage des hommes à vouloir gagner leur « Eldorado » est plus forte que les supplices endurés.

"L'herbe sera grasse, dit-il, et les arbres chargés de fruits. de l'or coulera au fond des ruisseaux, et des carrières de diamants à ciel ouvert réverbèreront les rayons du soleil. Les forets frémiront de gibier et les lacs seront poissonneux. Tout sera doux là-bas. Et la vie passera comme une caresse. »

C'est un bel enseignement sur la nature humaine que j'ai lu avec passion, en me laissant porter par les mots de l'auteur, pour les images, les médias s'en chargent quotidiennement.

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rabanne
02 juillet 2016
  • 5/ 5
Avec Laurent Gaudé, il suffit de la première phrase pour être aussitôt envoûté, de la première ligne pour être immédiatement accro ! Une plume comme une évidence, un univers captivant, sans superflu. Gaëlle Josse ou Alice Ferney me procurent le même ressenti, au féminin.
A travers ce récit, l'on plonge dans la réalité de l'immigration clandestine, de ces naufragés du destin, engloutis ou rescapés de la mer, ces victimes d'un espoir perdu, celui de leur "Eldorado" : l'Europe comme une Terre promise, ou bien celle de leur tombeau... C'est aussi les histoires croisées d'êtres en quête, d'identité, de vengeance, de réparation, d'espoir.
Réalité, fiction, conte, voyage s'entremêlent, et peu importe si tout ne semble pas toujours "vraisemblable". Ce qui l'est, pour sûr, c'est l'intense humanité qui se dégage de ce roman !
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michfred
23 octobre 2015
  • 5/ 5
Un fantôme a dû me caresser sans que j'y prenne garde, comme pour Salvatore Piracci, commandant du Zeffiro, du côté de Lampedusa, chargé d'arraisonner les barques -épaves des migrants venus du Soudan ou de Libye . Oui, un fantôme a dû me frôler, en passant. Comme si j'avais fait "entrer chez (moi) une ombre " ...

Des frissons partout.

Un livre plus tout jeune (2001) , mais d'une actualité brûlante, d'une acuité terrible, qui vous traverse comme un coup de poignard et ouvre dans votre confort une route violente et impérieuse dont le sillage n'a pas fini de vous hanter.

Salvatore, le mal nommé, sauve des vagues les malheureux migrants pour mieux les renvoyer dans l'enfer qu'ils cherchent à fuir- Soudan, Libye, Irak, Syrie...la liste s'allonge au fil des drames de l'actualité.

Il les sauve du naufrage pour mieux naufrager leurs rêves d'Eldorado.

L'Eldorado de cette Europe fantasmée, terre d'asile, de paix, de travail et de fraternité...Il les envoie dans des centres de rétention d' où ils seront aiguillés vers leur pays d'origine, vers leur enfer personnel...

Jusqu'au jour où une femme demande à Salvatore une arme pour abattre l'homme d'affaires véreux, armateur du Vittoria, le bateau-poubelle abandonné par son équipage en pleine mer avec tout son chargement d'hommes, de femmes et d'enfants promis à une fin atroce, et responsable, singulièrement, de la mort de son enfant...

Le récit épouse cette prise de conscience de Salvatore et suit le parcours croisé de deux routes inexorables.

Celle de Salvatore, d'Europe en Afrique, vers une sorte d'expiation- rédemption, sans illusion ni foi, dans la solitude et le désespoir.

Celle de Souleiman, d'Afrique en Europe, vers un Eldorado mythique, dans la solidarité farouche d'une fraternité de substitution - son amitié indéfectible pour Boubacar le Boîteux, pour tenter de faire pièce à la solitude et à l'effroi.

Le réalisme violent de certaines scènes- le siège du mur barbelé de la frontière marocaine, à Ceuta- se mêle à la dérive hallucinée de Salvatore, de plus en plus nu, seul, dépouillé de lui-même, jusqu'à atteindre une sorte d'existence poétique et divine, qu'il accepte comme un destin.

Un très beau livre, qui résonne avec une intensité particulièrement dramatique dans le contexte actuel..



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paroles
03 mars 2015
  • 4/ 5
Quelle claque, bon sang ! Voici un roman qui informe bien plus qu'un commentaire journalistique sur la condition des migrants venus d'Afrique, essayant de traverser la Méditerranée, et qui échouent (quand ils survivent) à Lampedusa.
Voici un roman qui vous tient éveillé, la grandeur et la décadence humaines y sont remarquablement dépeintes.
Un petit bémol quand même, je n'ai rien à reprocher à la qualité littéraire du texte, bien au contraire l'écriture est sobre et percutante, non, mon bémol concerne le personnage du commandant Piracci. Je trouve qu'il perd de sa crédibilité au fur et à mesure de son errance, et les dernières pages me semblent inutiles.
Mais ce livre, c'est sûr, laissera son empreinte...
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meyeleb
21 juillet 2012
  • 4/ 5
Après La mort du roi Tsongor, j'avais envie de retourner du côté de chez Laurent Gaudé, histoire de vérifier si le talent narratif, la force de l'émotion, l'art de capter le lecteur, se retrouvaient dans Eldorado. Eh bien je peux dire que j'ai été comblée! L'histoire n'a pourtant pas la force épique de Tsongor, mais elle sait nous prendre par la main, nous entraîner vers d'autres destins, nous rendre acteurs devant la détresse humaine. L'existence du commandant Piracci arrive à ce point névralgique où tout doit changer, où l'homme sent enfin en lui la force de faire des choix, si difficiles soient-ils, qui correspondent le mieux à ses aspirations profondes. C'est dans les yeux des émigrants clandestins en route pour l'Italie qu'il a perçu cette force d'y croire, cette volonté de devenir qui lui manque tant. Quelle errance les attends tous? Par quels rivages devra-t-il lui-même passer, et pour aller où, devenir quoi?
J'ai lu ce roman très vite. J'ai eu l'impression que la mer, implacable et indifférente au sort des hommes, formait une allégorie des multiples destinées humaines, épargnant les uns, submergeant les autres. Un vent tragique souffle encore sur ce roman, saisissant dans le sort des anonymes une sorte de message assez sombre, voire désespéré de la condition humaine.
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marina53
21 juin 2012
  • 4/ 5
Avec un titre aussi évocateur et une première de couverture attirante, le roman de Laurent Gaudé est bien loin de ce que je m'imaginais.
L'auteur traite ici d'un sujet délicat: l'immigration clandestine. Nous suivons le destin tragique de deux hommes: un Africain et un Italien, que rien ne semble rapprocher.
Salvatore Piracci, commandant de la frégate militaire a pour mission d'arrêter les clandestins qui veulent rentrer en Europe. Au hasard d'une rencontre, il se rendra compte de la lassitude et du non-sens de cette vie.
Soleiman, lui, veut absolument rejoindre cette "Belle Europe", par tous les moyens et au prix de nombreux sacrifices.
Avec une écriture poétique et humaniste, Laurent Gaudé nous livre un roman sensible et intimiste, où l'espoir a peu de place.
Une véritable tragédie humaine et contemporaine, qui interpelle quant au sort de tous ces hommes...
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Missbouquin
12 juillet 2013
  • 5/ 5
Il faut trois générations. Les enfants de nos enfants naîtront là-bas chez eux. Ils auront l'appétit que nous leur aurons transmis et l'habilité qui nous manquait. Cela me va. Je demande juste au ciel de me laisser voir nos petits-enfants."

C'est ce qui pousse tous ces jeunes à tenter leur chance et à abattre toutes les frontières. Mais qui pousse Salvatore Piracci, commandant d'une frégate sicilienne, à les intercepter encore et encore ? Son travail ? le sentiment de faire respecter la loi ? de sauver les misérables qui sont abandonnés par leurs passeurs ? Devant l'incapacité de répondre à cette question, le beau commandant va tout quitter pour vivre cette aventure du "bon" côté, celui des migrants qui veulent accéder à l'Eldorado, l'Europe. Parce que tout homme a besoin de croire qu'il existe mieux ailleurs, et que cet ailleurs est à portée de main. "L'Eldorado, commandant. Ils l'avaient au fond des yeux. Ils l'ont voulu jusqu'à ce que leur embarcation se retourne. En cela, ils ont été plus riches que vous et moi. Nous avons le fond de l'oeil sec, nous autres. Et nos vies sont lentes."

Nous voici également aux côtés de Jamal, qui a amassé petit à petit de quoi payer son passage vers l'Espagne, mais pour qui la route ne sera pas non plus facile. Car "Aucune frontière n'est facile à franchir. Il faut forcément abandonner quelque chose derrière soi. [...] Aucune frontière ne vous laisse passer sereinement. Elles blessent toutes." Et qu'ensuite il s'agit de se reconstruire entièrement dans un nouveau pays, qui ne veut pas de toi.

Sans juger, Laurent Gaudé nous livre un magnifique roman plein de beauté et d'horreur, avec une plume qui me transporte toujours autant. Un roman qui hante et qui nous fait voir le monde autrement …
Lien : http://missbouquinaix.wordpr..
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myriampele
25 septembre 2014
  • 5/ 5
J'ai aimé "Ouragan" Mais "Eldorado" m'a vraiment touchée au coeur. Ce récit à plusieurs voix , qui nous emporte sur ces bateaux incertains mais chargés de tous les espoirs, m'a bouleversée. Ce que je retiens de cette excellente écriture: humaine, juste, pudique, c'est que l'espoir de l'homme est immense, et qu'en chaque individu sommeille un besoin de dépassement de soi qui fait "briller ses yeux".
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