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ISBN : 2742769323
Éditeur : Actes Sud (28/09/2007)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 3.97/5 (sur 1132 notes)
Résumé :
À Catane, le commandant Salvatore Piracci travaille à la surveillance des frontières maritimes. Il sillonne la mer, de la Sicile à la petite île de Lampedusa, pour intercepter les bateaux chargés d'émigrés clandestins. Un jour, c'est justement une survivante de l'un de ces bateaux de la mort qui aborde le commandant, et cette rencontre va bouleverser sa vie. Ce roman de l'exil et de l'espoir illustre le destin de ceux qui iront, quoi qu'il arrive, au bout de leurs f... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (205) Voir plus Ajouter une critique
lehane-fan
25 juin 2012
★★★★★
★★★★★
Le merveilleux , le fantastique , l'incontournable , le légendaire - j'en fais trop là , peut-etre ? - le Soleil des Scorta , je l'avais trouvé...correct tendance grose baffe sur le coin de la truffe ! La chance du débutant qui en était , quand meme , à son troisieme roman , que je m'étais dit ! Que nenni , Eldorado vient confirmer le talent de ce tout jeune auteur Français en traitant d'un sujet d'actualité toujours aussi récurrent avec une justesse de ton ébouriffante ( dixit Kojak ) assortie d'un regard distancié ( dixit Dalida) propre à le crédibiliser !
L'émigration clandestine , une statistique globale objet de bon nombre de fantasmes irraisonnés pour certains ( Hortefeux , Besson...) . Un sujet puissant ou l'humain y aurait enfin toute sa place pour d'autres ! Piracci , Soleiman et Jamal , Boubakar ( rien à voir avec France Gall , merci !) , sont les héros désenchantés de ce conte crépusculaire . Quatre destins uniques , quatre trajectoires distinctes tendant vers un ailleurs sublimé , quatre brutales désillusions confrontées aux murs d'une réalité politique bien trop pragmatique pour leurs reves idéalisés!
Piracci , capitaine de frégate solitaire , se rend compte du non-sens de sa vie ! Sauveteur patenté de ces forçats de la mer Nord-Africains toujours plus nombreux à vouloir rejoindre l'ile de Lampedusa , véritable sésame pour l'Europe , il n'en reste pas moins celui qui les confie aux divers centres de rétention , synonymes de retour au pays assuré , une fois sa mission accomplie . Sa seule échappatoire , démissionner pour tenter d'expier ses fautes passées et renaitre en ce pays qu'il ne connait que par les diverses nationalités qu'il arraisonne : l'Afrique !
Soleiman et Jamal sont freres . D'origine Soudanaise , ils prennent le parti d'un déchirant déracinement au profit d'une vie meilleure , ailleurs...Leur union fusionnelle fait leur force et leur donne le courage nécéssaire à ce périple qu'ils savent dantesque , à défaut d'etre mortel !
Gaudé , d'une plume simple , sensible et évocatrice , place l'humain au coeur de ce drame magnifique et cruel . En véritable conteur fictionnel se basant sur une réalité avérée , il narre magistralement avec force détails le terrifiant voyage de ces otages en devenir ! Otages de passeurs indélicats ; de capitaines de navire n'hésitant pas à les abandonner en pleine mer apres les avoir spoilés de tous leurs biens ; de ces carabiniers frontaliers , beaucoup plus zélés qu'humanistes , toujours prompts à ouvrir le feu sur ces fantomes haves , dépenaillés et affamés mais cependant déterminés comme jamais lorsque vient le temps de l'ultime épreuve !
Leur chimere a un prix qui a souvent le goût du sang...
Un récit coup de poing présentant deux trajectoires diamétralement opposées appelées à se croiser sur fonds de croyance Africaine . le propos est douloureux mais le ton jamais larmoyant ! Gaudé fait dans le factuel vériste en nous brossant magistralement le portrait de ces doux utopistes , véritables aventuriers des temps modernes !
Un beau et grand bouquin à mettre entre toutes les mains afin d'appréhender ce fléau non plus comme un chiffre abstrait mais comme une tragédie concrete mortellement ancrée en l'Humain !
Eldorado , tout ce qui brille n'est pas or...
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isabelleisapure
01 novembre 2016
★★★★★
★★★★★
Je m'attends au meilleur lorsque j'ouvre un roman de Laurent Gaudé, je sais que je vais découvrir une histoire exceptionnelle servie par une plume précise et élégante.
Et pourtant je ressors chaque fois, bluffé, émerveillée, étonnée comme à une première découverte.
Après « Ecoutez nos défaites », j'ai eu envie de me replonger dans un texte plus ancien et j'ai choisi « Eldorado ».
En s'emparant du drame des migrants, l'auteur met le doigt là où ça fait mal,
mais il le fait avec respect pour chacun de ces destins brisés.
Quelle soit financière ou mentale, c'est le coeur de la misère qui emplit ces pages. On est tout autant face à une grandeur d'esprit, celle qui fait la noblesse de l'homme, que face à la stupidité aveugle qui en fait toute sa bassesse.
Même si la route et longue, la volonté et la rage des hommes à vouloir gagner leur « Eldorado » est plus forte que les supplices endurés.
"L'herbe sera grasse, dit-il, et les arbres chargés de fruits. de l'or coulera au fond des ruisseaux, et des carrières de diamants à ciel ouvert réverbèreront les rayons du soleil. Les forets frémiront de gibier et les lacs seront poissonneux. Tout sera doux là-bas. Et la vie passera comme une caresse. »
C'est un bel enseignement sur la nature humaine que j'ai lu avec passion, en me laissant porter par les mots de l'auteur, pour les images, les médias s'en chargent quotidiennement.
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litolff
04 octobre 2012
★★★★★
★★★★★
Un beau roman, pétri d'humanité, de ceux qui font réfléchir le lecteur ...
Un thème toujours très d'actualité car la tragédie des Africains qui tentent de gagner clandestinement l'Europe au péril de leurs vies n'est pas près de s'arrêter : tragédie humaine car bon nombre d'entre eux trouveront la mort sur le chemin de l'exil, tragédie identitaire pour tous ceux qui abandonnent leur pays et leur identité dans l'espoir d'un meilleur futur et au prix de leur culture. Et au bout du voyage, pour la plupart, la désillusion et l'effondrement de leurs rêves d'un avenir meilleur... Tragique et lucide, jamais larmoyant, j'ai personnellement été beaucoup plus touchée par Eldorado que par le Soleil des Scorta...
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nadiouchka
21 février 2017
★★★★★
★★★★★
On ne présente plus Laurent Gaudé qui, en 2001, a publié son premier roman « Cris » - qui a obtenu le Prix Goncourt des Lycéens et le Prix des Libraires avec « La Mort du Roi Tsongor » et a été lauréat pour le Prix Goncourt avec « Le Soleil des Scorta ». Ce sont quelques principaux romans car la liste est longue d'autant plus qu'il a écrit également pour le théâtre.
Avec « Eldorado » (publié en 2006), il s'est lancé dans le drame des migrants clandestins qui risquent leur vie pour échapper à la misère dans leurs pays, à la maltraitance et qui n'ont d'autre choix que de s'adresser à des passeurs véreux et sans scrupules.
Ici, l'action se passe en Méditerranée où de pauvres Africains n'ont qu'une obsession : se rendre en Europe qui représente pour eux leur Eldorado.
L'Express a écrit : « Voyage initiatique, sacrifice, vengeance, rédemption : le romancier au grand lyrisme aride manie les thèmes de la tragédie antique avec un souffle toujours épique ». Voilà une belle définition de cet ouvrage car on y trouve cela.
Auparavant, ce mot Eldorado (d'origine espagnole : el dorado : le doré) était utilisé pour les pionniers qui se rendaient en Amérique au moment de la ruée vers l'or.
Mais cet Eldorado-ci, nous parle de Lampedusa (toujours d'actualité malheureusement) et autres lieux aussi peu engageants.
Nous y rencontrons le commandant Piracci qui se rend compte que sa vie est vide de sens.
On rencontre également deux frères qui fuient, mais seul le cadet va continuer car son aîné, se sachant gravement malade, n'a fait que l'accompagner pour être certain de son départ. Déchirante séparation. Alors Soleiman va affronter tous les dangers.
D'autres personnages émergent de cette histoire, tels que Jamal, Boubakar (qui va prendre sous son aile Soleiman jusqu'à ce que la situation se retourne).
C'est un voyage triste et misérable vers ce mythe que représente l'Europe. Les espoirs et désespoirs s'enchaînent avec les souffrances endurées. Mais tout vaut mieux que de rester dans son pays où plus rien de bon n'est à espérer. Alors, quitte à mourir autant le faire en tentant quelque chose.
Les descriptions des tentatives de passer la barrière de Ceuta (érigée pour endiguer l'émigration) sont dures. Il en va de la vie de chacun de la franchir. Et bien entendu, chacun sa peau, tant pis pour ceux qui tombent.
C'est tout au long du livre que l'on assiste à des scènes plus que douloureuses et Laurent Gaudé le fait de belle façon, tout en finesse. Il a le don de nous raconter cette histoire tragique sans jamais tomber dans le pathos et ça nous prend aux tripes.
Malheureusement, dernièrement, il a encore été question de Ceuta, aux actualités, et je me suis dit :
« Bon sang, est-ce que cela s'arrêtera un jour ? Va-t-on enfin trouver une solution ? ». Car c'est tous les jours que des milliers de migrants, venus de différents pays, continuent à risquer leur peau afin de trouver la Terre Promise.
Pauvre Terre Promise où ils n'ont guère de chance de trouver ce qu'ils recherchent. Peut-être un petit répit à leurs souffrances ? Mais c'est la misère qui les guette aussi car cet Eldorado n'est bien qu'une illusion.
C'est un livre magnifique, à lire presque d'une seule traite.
J'ai relevé ceci car c'est vraiment un ressenti qui nous attend lors de la lecture :
« Aucune frontière ne vous laisse passer sereinement. Elles blessent toutes ».
Ainsi Laurent Gaudé a bien confirmé sa réputation d'écrivain de talent ce que prouvent ses autres livres.
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michfred
23 octobre 2015
★★★★★
★★★★★
Un fantôme a dû me caresser sans que j'y prenne garde, comme pour Salvatore Piracci, commandant du Zeffiro, du côté de Lampedusa, chargé d'arraisonner les barques -épaves des migrants venus du Soudan ou de Libye . Oui, un fantôme a dû me frôler, en passant. Comme si j'avais fait "entrer chez (moi) une ombre " ...
Des frissons partout.
Un livre plus tout jeune (2001) , mais d'une actualité brûlante, d'une acuité terrible, qui vous traverse comme un coup de poignard et ouvre dans votre confort une route violente et impérieuse dont le sillage n'a pas fini de vous hanter.
Salvatore, le mal nommé, sauve des vagues les malheureux migrants pour mieux les renvoyer dans l'enfer qu'ils cherchent à fuir- Soudan, Libye, Irak, Syrie...la liste s'allonge au fil des drames de l'actualité.
Il les sauve du naufrage pour mieux naufrager leurs rêves d'Eldorado.
L'Eldorado de cette Europe fantasmée, terre d'asile, de paix, de travail et de fraternité...Il les envoie dans des centres de rétention d' où ils seront aiguillés vers leur pays d'origine, vers leur enfer personnel...
Jusqu'au jour où une femme demande à Salvatore une arme pour abattre l'homme d'affaires véreux, armateur du Vittoria, le bateau-poubelle abandonné par son équipage en pleine mer avec tout son chargement d'hommes, de femmes et d'enfants promis à une fin atroce, et responsable, singulièrement, de la mort de son enfant...
Le récit épouse cette prise de conscience de Salvatore et suit le parcours croisé de deux routes inexorables.
Celle de Salvatore, d'Europe en Afrique, vers une sorte d'expiation- rédemption, sans illusion ni foi, dans la solitude et le désespoir.
Celle de Souleiman, d'Afrique en Europe, vers un Eldorado mythique, dans la solidarité farouche d'une fraternité de substitution - son amitié indéfectible pour Boubacar le Boîteux, pour tenter de faire pièce à la solitude et à l'effroi.
Le réalisme violent de certaines scènes- le siège du mur barbelé de la frontière marocaine, à Ceuta- se mêle à la dérive hallucinée de Salvatore, de plus en plus nu, seul, dépouillé de lui-même, jusqu'à atteindre une sorte d'existence poétique et divine, qu'il accepte comme un destin.
Un très beau livre, qui résonne avec une intensité particulièrement dramatique dans le contexte actuel..

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Citations & extraits (151) Voir plus Ajouter une citation
nadiouchkanadiouchka23 février 2017
Plus tard dans la huit, il aperçut une masse énorme à l’horizon. C’était l’île de Lampedusa. (…) Le rocher qu’ils rêvaient tous d’atteindre, le rocher qu’il avait si longtemps gardé comme un cerbère fidèle lui sembla un caillou laid qu’il fallait abandonner derrière soi au plus vite.
P.136
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nadiouchkanadiouchka24 février 2017
- Si nous nous ruons sur les barrières de Ceuta, de nuit, si nous sommes aussi nombreux à courir avec rage, ils ne pourront pas tous nous arrêter. C’est à cela qu’il faut travailler désormais. La barrière qui sépare Ceuta du Maroc fait six mètres de haut. Mais il est des endroits où elle n’en fait que trois. C’est là que nous attaquerons.
P.177
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nadiouchkanadiouchka23 février 2017
La mère est là. Qui nous attend. Et que nous ne reverrons pas. Elle va mourir ici avant que nous ne puissions la faire venir près de nous. C’est certain et nous le savons tous deux. Elle sait qu’elle voit ses fils pour la dernière fois et elle ne dit rien parce qu’elle ne veut pas risquer de nous décourager. Elle restera seule, ici, avec l’ombre de notre père. Elle nous offre son silence, avec courage. (…) Elle offre son silence. Et il lui faut une force violente pour contenir ses sanglots de mère.
P.50
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nadiouchkanadiouchka21 février 2017
- Vous trouverez toujours des hommes pour exploiter la pauvreté et l’urgence, dit-il.
P.33
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cecilestmartincecilestmartin11 février 2017
La mère est là. Qui nous attend. Et que nous ne reverrons pas. Elle va mourir ici avant que nous ne puissions la faire venir près de nous. C'est certain et nous le savons tous les deux. Elle sait qu'elle voit ses fils pour la dernière fois et elle ne dit rien parce qu'elle ne veut pas risquer de nous décourager. Elle restera seule, ici, avec l'ombre de notre père. Elle nous offre son silence, avec courage. Nous ne partons que parce qu'elle accepte de ne pas nous retenir. Aucun de nous deux n'aurait la force de le faire si elle ne consentait à ce départ. Elle offre son silence. Et il lui faut une force violente pour contenir ses sanglots de mère.
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