"Il y avait dans le monde davantage de méchancetés que vous ne pensiez, et vous l'avez remuée et elle vous a éclaboussé, c'est ça ?"
Cher lecteur, ce satané bouquin ne vous lâchera pas comme ça !
Vous allez le tenir jusqu'au bout, mains crispées aux pages cornées d'angoisse, sueurs froides au front et yeux embués par une hallucinante lecture.
Vous allez courir, chaque page haletante, après la fin, aussi vite que possible.
Vous allez rencontrer une sorte de sorcière, les ombres terrifiantes du Klu Klux Klan, des shérifs corrompus, un croque-mort démoniaque, un tueur psychopathe, un chien avec des boucles d'oreilles et un cheval borgne...entre autres horreurs...
Et encore d'autres, plus ou moins humains.
Mais tous, "méchants" ou "gentils", sont placés là, au bon endroit de ce parcours d'épreuves et tous nous apprendrons quelque chose de la vie ou de la mort.
Cher lecteur, ne comptez sur personne pour vous dévoiler la fin de ce roman stupéfiant !
Vous allez détaler de froid, de faim, de peur dans cette forêt maudite de Harrikin (rien que de prononcer son nom, le sang se glace), au fin fond du Sud dégénéré et perverti de l'Amérique des années 50, dans le Tenessee.
Là où règne le plus fort...le plus fou...
Vous aimez les contes de fée ?
Tant mieux pour vous.
Ou tant pis.
Vous serez servis et ... prévenus !
Ici, y'a bien des sorcières, y'a bien un Chaperon Rouge, y'a bien une galette (qui coûtera très très cher à beaucoup de monde), mais de fée, y'a pas !
Soyez rassuré tout de même, cher lecteur, mieux vaut être à votre place qu'à celle de Kenneth Tyler, notre jeune héros innocent qui croit qu'on peut ouvrir une boîte de Pandore sans payer les pots cassés aux adultes.
L'écriture lyrique de ce récit initiatique de l'américian
William Gay est diaboliquement servie par la traduction impeccable de Jean-Pierre Gratias.
Aux Etats-Unis,
William Gay est "classé" parmi les auteurs dits de "Gothic Fiction", courant littéraire inauguré par l'anglais
Horace Walpole en 1764 avec "
The Castle of Otranto".
Terreur psychologique et physique, malédiction et folie des personnages, insistance sur le thème du double caractérisent ce courant.
William Gay, "ancien du Vietnam" comme on dit pudiquement, n'aurait-il pas convoqué ses cauchemars dans certaines scènes sanglantes ou paysages apocalyptiques.
Derrière ce livre d'horreur sensée se cache aussi l'éternelle ritournelle tragique de la question du Bien et du Mal, de la vie et de la mort.
Un histoire éprouvante, épouvantable.
Un coup de coeur...terrible !