Ce livre se veut une réponse au fameux Cheval d'orgueil de
Pierre Jakez Hélias, livre jugé passéiste et larmoyant et auteur jugé pas assez revendicatif. Mais finalement, c'est plus son succès qu'il lui reproche, succès qui reposerait sur de mauvaises raisons, comme un enterrement d'une Bretagne passéiste et moribonde.
L'emploi du “nous” et le ton belliqueux sont assez désagréables, mais ce livre est à remettre dans son contexte. Publié en 1977 (soit moins de deux ans après la sortie du Cheval d'orgueil), il reflète l'état d'esprit d'une génération issue des Trente Glorieuses et de Mai 68 qui se cherche une identité culturelle et des racines, au-delà de la culture de masse et du consumérisme. En Bretagne, cette génération a été clef pour le renouveau de l'identité bretonne (mise à mal notamment par les mauvaises alliances pendant la seconde guerre mondiale) et elle a ouvert la voie au dynamisme culturel qui fleurit depuis quelques décennies, où la culture s'invente et ne se complaît pas seulement dans la sauvegarde des traditions (en raccourci, la techno bretonnante de Denez Prigent plutôt que les défilés folkloriques…).
Mais pour en arriver là, il a fallu une génération qui s'est cherchée, qui a hésité entre combat indépendantiste et combat culturel. Ce livre en est le témoignage, avec son ton de confrontation qui tente de masquer une argumentation un peu courte.
L'homme aux semelles de vent de
Michel le Bris est dans la même veine, tout aussi horripilant à lire, plein de la même mauvaise foi dans la présentation des arguments…
En y regardant de plus près, on s'aperçoit que la question de la légitimité (est-ce qu'être Breton c'est être né en Bretagne, y vivre, les deux ?) n'est pas tranchée (même si rares sont ceux qui semblent pouvoir prétendre au label). L'identité semble ramenée à la seule question des artistes, ce qui me paraît bien réducteur (moi je fais mes gâteaux au beurre salé, toujours, même dans mes montagnes népalaises. Est-ce que ça aussi ce n'est pas un petit bout d'identité bretonne, même si je n'écris ni poème ni chanson ?).
En définitive, ce livre est intéressant par le témoignage qu'il représente pour ceux intéressés par la question de l'identité bretonne, mais n'est certainement pas à lire pour ses qualités d'analyse. A noter que
Xavier Grall lui-même a reconnu les limites de son ouvrage. J'en retiens quand même à la fin une jolie évocation de
Jack Kerouac à la fin de sa vie et du voyage en Bretagne qu'il n'a jamais fait, et surtout une belle description de Glenmor, ce grand chanteur bourru et poétique qui a si bien mis en notes et en rimes les paysages bretons et ceux qui les habitent.