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ISBN : 2253174807
Éditeur : Le Livre de Poche (2013)


Note moyenne : 2.57/5 (sur 88 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
"Jusqu'où faut-il remonter pour trouver la source d'une tragédie personnelle?

Aux mensonges de la guerre à la génération des grands-parents?

A ceux de mon "héros" de père, parti à la conquête du sommet mythique de l'Annapurna en 1950 et lai... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 2.00/5
    Par mariech, le 06 février 2013

    mariech
    Et bien déception pour moi aussi , je l'ai terminé mais j'ai passé des pages .
    Que penser de l'écriture ? Mais je me suis demandée ( et bien étonnée d'être la seule à poser la question ) si ce livre n'avait pas éte rédigé par un nègre , pour ma part j'en suis presque sûre , on dirait un style d'une autre époque , enfin moi l'écriture ne m'a pas plu du tout .
    Le fond maintenant , déjà relevée par certains , qu'est-ce que c'est que cette appelation ' roman ' , ce n'est pas un roman , sans doute a-t-elle écrit roman pour moins choquer son père ;
    Le début du livre me plaisait un peu , j'aime beaucoup les histoires de famille mais je n'ai pas toujours bien compris la généalogie ou pas eu trop envie de faire l'effort mais après 100 pages , je renacle l'histoire part dans tous les sens .
    Heureusement , il y a quelques moments de grâce comme le dit aussi un autre menbre de Babélio qui ont fait que je me suis accrochée à ma lecture , les passages qui m'ont plu sont le passage sur l'ascension de l' Annapurna avec ce qu'elle suppose être un acte manqué de son père , perdre ses gants et ceux où elle évoque la psychose de son frère , là on ressent un peu d'émotions .
    Bien sûr avoir un père comme Maurice Herzog n'a pas dû être facile , c'est le moins qu'on puisse dire mais pouvait-il envisager une autre attitude que celle qu'il a eue au retour de son exploit , je ne le pense pas , il avait quand même perdu ses doigts et puis voir les exploits des années 50 à l'éclairage des années 2010 ne me paraissent pas réalistes .
    Le portrait de sa mère et de celui de toute sa famille maternelle est hallucinant , Félicité H. a vraiment vécu sur une autre planète .¨et ce côté est intéressant , surtout les anecdotes chez ses grands -parents Pieer et May .
    Pour une note finale , je vais essayer de ne pas être trop sévère , je dois m'en prendre à moi-même car je savais qu'en lisant ce livre cela m'apporterait pas grand chose à ma vie de lectrice . Ce n'est pas un livre que je recommande pour ses qualités littéraires ni pour sa profondeur mais il fallait que je le lise , les critiques m'en avaient donné envie .
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    • Livres 1.00/5
    Par nastie92, le 14 mars 2014

    nastie92
    Passionnée de montagne, grande lectrice de romans d'alpinisme, je ne pouvais qu'être intriguée par ce livre. Mais j'étais méfiante : n'allais-je pas assister à un énième déballage de linge sale familial, exercice que je n'apprécie pas ?
    Bon, le livre n'est pas très épais, je ne risque pas grand-chose, je me lance.
    Félicité Herzog déboulonne la statue de son héros de père, et elle n'y va pas de main morte. Maurice est présenté comme un père défaillant ne se souciant pas de ses enfants, un intrigant prêt à tout pour réussir, et surtout un obsédé sexuel de première catégorie, sautant sur tout ce qui bouge. de l'alpiniste, elle ne dit rien ou presque. À peine murmure-t-elle du bout des lèvres cette interrogation-accusation déjà formulée par tant d'autres : et si la conquête de l'Annapurna n'avait été qu'un mensonge ? Et si son père n'avait pas atteint le sommet ? Accusation ridicule, car si l'on peut reprocher beaucoup de choses à Maurice Herzog, toutes les personnes sérieuses s'intéressant un tant soit peu à l'alpinisme ne mettent pas en doute son ascension victorieuse. Entres autres arguments imparables : la description qu'il a faite du sommet est très précise et correspond en tout point à ce qu'ont vu ceux qui y sont allés après lui, il n'aurait pas pu inventer cela sans y avoir été.
    Non contente de démolir son père, Félicité Herzog s'en prend à toute sa famille. Sa mère est présentée sous un jour peu reluisant. L'auteur lui reproche entre autre ses nombreux amants, qu'elle s'amuse à appeler Numéro 1, Numéro 2, ... Quelle élégance !
    Mais ce n'est pas tout. La demoiselle remonte loin : elle égratigne ses grands-parents, et même ses arrière-grands-parents, dans des pages entières que j'ai trouvées totalement sans intérêt.
    Et ce n'est pas fini ! Félicité Herzog nous raconte un peu son expérience professionnelle aux États-Unis, et devinez quoi ? Ses collègues et supérieurs en prennent pour leur grade : une "psychopathe", un "imposant bellâtre brun"... les portraits étant suffisamment détaillés pour que les intéressés se reconnaissent. Stop ! Trop, c'est trop !
    La première chose que je retiens de ce livre, c'est qu'il m'a profondément ennuyée. La seconde, c'est que l'ensemble est confus, on tape sur l'un et sur l'autre dans le désordre.
    Si cracher par écrit sur toute sa famille et plus a pu faire du bien à son auteur, cette lecture n'a aucun intérêt pour le lecteur. Mademoiselle Herzog est loin d'être la seule à avoir eu une enfance difficile. Elle aurait pu régler ses problèmes entre les quatre murs d'un cabinet d'un psy au lieu de nous offrir tout ce déballage indécent et inutile.
    Les seuls moments où j'ai éprouvé de la compassion pour elle, c'est quand elle parle de son frère schizophrène. Mais cela ne constitue qu'une toute petite partie du livre ; dommage, c'est la plus intéressante.
    Ce livre n'a rien de palpitant, passez votre chemin. Et si voulez découvrir Maurice Herzog l'alpiniste, lisez "ANNAPURNA PREMIER 8000", et l'excellent complément "Annapurna, une affaire de cordée" de David Roberts. Après, libre à vous de vous faire votre opinion sur ce "héros".
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    • Livres 4.00/5
    Par Rolienne, le 18 octobre 2012

    Rolienne
    « Un héros », roman de Félicité HERZOG, Grasset, 2012, 302 pages
    Dans son premier roman, Félicité Herzog, 44 ans, nous raconte les grands épisodes de sa jeunesse. Félicité est la fille de Maurice Herzog, l'alpiniste dont le Général de Gaulle avait fait, en 1958, le premier ministre français de la Jeunesse et des Sports. Mais dans les veines de Félicité coule aussi du sang de Marie Stuart, comme celui de la veuve Clicquot, puisque elle est la petite fille du 13ème Duc de Brissac. Et enfin, Félicité est l'arrière-petite-fille d'Eugène Schneider, le fondateur des aciéries du Creusot.
    Le lecteur de ce début du XXIème siècle a beau se déclarer affranchi du passé, de ses mythologies comme de ses idéologies, et évoluer dans le perpétuel présent d'une mondialisation magique, à défaut d'être heureuse, ce roman le plonge dans quelques pages de l'Histoire de France qui résonnent encore au cœur des générations contemporaines. En effet, quoique nous en dise le marketing techniciste et intemporel, ne sommes nous pas tous des héritiers de régimes anciens, de révolutions industrielles et de guerres nationalistes ?
    L'alliance de la fortune des Schneider et du nom des ducs de Brissac évoquée ici rappelle ce que Proust a décrit dans « Le temps retrouvé » : les aristocraties ruinées après la Première guerre mondiale ont fait des mariages d'argent avec la haute bourgeoisie de la banque et des affaires. Mais le prurit réactionnaire de ses aïeux, autrefois boulangistes et anti-dreyfusistes, se déclinera pendant la Seconde guerre mondiale par la collaboration sous le gouvernement de Vichy.
    Heureusement, les options des Brissac ne résument pas toute l'éthique et l'action de leur caste. Une certaine noblesse française, par exemple la famille de Vogüé, la maison de Broglie ou les adeptes de la branche d'Orléans, ont su s'illustrer dans des voies humanistes, scientifiques et pacifiques. Elle tentait de pratiquer sur le terrain, et dans le monde entier, une hauteur de vue qui faisait fi de l'obsession de l'étiquette et du protocole dont Félicité Herzog nous fait souvenir.
    Signalons par ailleurs une sorte de ratage des espérances idéalistes des parents. Côté Père, l'héroïsme légendaire se réduit à une imposture navrante et narcissique : cet alpiniste n'a pas réalisé l'exploit de l'ascension de l'Annapurna tel qu'il le clame. Par contre, en insatiable Don Juan, les dames étaient bien conquises. Quant à la mère, dont l'intelligence brillante est pétri des lumières de l'agrégation de philosophie, elle se transforme en Simone de Beauvoir qui aurait eu des enfants par erreur.
    A une lointaine époque, on envoyait la jeunesse dorée faire ses preuves sur le champ de bataille. Félicité, elle, pour fuir le passé et l'avenir, prend la direction de Wall Street à New-York, elle endosse le rôle de jeune banquière avec diligence, rage et méticulosité (page 266) :
    « Je m'étais prise au jeu de ces transactions financières qui ne laissent aucun temps de réflexion, aucune respiration pour penser à autre chose qu'au perpétuel mouvement des entreprises industrieuses d'Amérique du Nord et d'Europe qui s'emboîtent et se démontent à la manière de mécanismes d'horlogerie. Gagner beaucoup d'argent offrait pour quelques-uns dans notre génération un horizon indépassable et l'espoir pour moi, de faire revivre les demeures du passé. » page 253
    « Mon attention était entièrement distraite par ce groupuscule composé de funambules de la transaction financière, de clowns de la représentation new-yorkaise, de personnages aussi vivants, naïfs que d'autres étaient douteux, navrants, inutiles. Nous étions tous soudés à ce centre nerveux d'informations et de transactions qui crachait son énergie par une foudre routinière. Il y avait là un afflux de nouveautés, y compris de comportements, une avidité de consommer de la vie, du temps, un mépris pour tout exercice de mémoire, une exigence de technicité tels que mon vieux passé était submergé, saturé, étouffé, enseveli : l'avenir seul comptait. Mort du passé par indifférence, refoulement des émotions, argent devenu jouissance, foi dans la mécanique des chiffres contre esprit de finesse.» (page 265- 266)
    L'auteur semble écrire à la pointe de l'épée, comme si les ancêtres chevaliers avaient légué leur ADN à sa plume. Elle vous tire le portrait, toujours vif et précis, style au vitriol pour peindre les mœurs professionnelles et mondaines, notations gorgées d'émotion pour dévoiler la maladie mentale de son frère, révélateur de la crise de confiance et de cohérence vis-à-vis du clan familial, poésie dans le regard porté sur le parc du château et la forêt.
    Ce roman qui est sans merci n'est pas sans grâce. On souhaite lire les suivants.
    Patricia JARNIER 18 Octobre 2012 Tous droits réservés
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    • Livres 5.00/5
    Par herveGAUTIER, le 23 mars 2014

    herveGAUTIER
    N°600– Novembre 2012.
    Un hérosFélicité Herzog - Grasset.
    Victor Hugo voyait son père comme Un héros, mais je ne suis pas bien sûr que les Vendéens de 1791 dont il mata la révolte partageaient son admiration pour son « sourire si doux ».
    Je ne sais pas pourquoi, mais j'aime assez qu'on fasse tomber les mythes qui, le plus souvent sont hypocrites. La famille, à laquelle on trouve par ailleurs beaucoup de qualités et qui est aussi un pilier de la société, est un des thèmes qui se prête à ces mises au point, surtout quand elles sont nourries par ceux qui ont été les victimes innocentes et surtout impuissantes des ces potentats familiaux qui trouvent ainsi le moyen d'y étendre leur autorité malsaine tout en tissant, à leur seul bénéfice, une image forcément favorable. C'est sa fille, Félicité, qui se charge de cette tâche d'autant plus ingrate qu'elle s'attaque à la statue du commandeur, son propre père, Maurice Herzog. Pour le commun des mortels, cet homme est un ancien résistant, un alpiniste accompli, vainqueur de l'Anapurna en 1950 et même si cet exploit a été enjolivé et contesté, il reste celui dont les doigts ont été amputés par le gel dans cette aventure, l'homme de lettres aussi qui en tira un best-seller. Secrétaire d'État à la jeunesse et aux sports du général De Gaulle, il garde l'aura de ce titre qui fait de lui un homme politique respecté, grand-Croix de la Légion d'Honneur. le père devenu fasciste avec le temps, fut un séducteur impénitent, un père absent et démissionnaire, indifférent et lointain, plus impliqué dans les fonctions officielles et ses succès féminins que dans sa propre famille. Il dit d'ailleurs à Félicité «Tu es ma fille mais tu es une étrangère », un père abrupt, inattendu parfois quand il s'adresse à sa fille en la photographiant et lui déclare sans équivoque, l'avant-bras dressé « Tu verras ma petite, comme toutes les femmes, c'est cela que tu aimeras, un sexe dur qui te fera bien jouir ». Il est vrai que ce n'est pas facile d'être la fille d'Un héros à ce point reconnu, un personnage public couvert d'honneurs et qui entretient, de son vivant, sa propre légende.
    Face à lui, une mère, malheureusement en charge de deux enfants qui lui échappent de plus en plus, peu regardante elle-même sur la fidélité conjugale, elle est davantage faite pour l'enseignement public que pour l'éducation de ses propres enfants.
    L'auteure, née en 1968, tente de se libérer par l'écriture d'un contexte familial qu'elle présente comme délétère «  Je n'étais qu'un petit garçon manqué que la familiarité libidineuse de mon père confortait dans son choix de comportement ». Il reste une « énigme insupportable », son frère aîné Laurent, schizophrène, paranoïaque, mort à trente quatre ans d'un infarctus après avoir été « vagabond des étoiles », « promeneur du monde », enfermé petit à petit dans une maladie qui fera de lui un jeune homme déstructuré qui est persuadé d'être la victime d'un complot international. Dès sa disparition, on ne parle plus de lui et son père n'ira jamais sur sa tombe peut-être parce qu'il ne sera plus jamais « l'enfant sublimé qui devait répondre par miroir aux canons parentaux ». Pour Félicité, il avait été longtemps ce frère, adulé, jalousé et craint, nanti d'un avenir brillant et chargé par avance de perpétrer la lignée alors qu'elle n'était cantonnée que dans un rôle secondaire par ses parents. le frère et la sœur, que tout oppose sont deux-écorchés vifs mais Laurent, plus violent va finir par plonger dans la marginalité puis dans la folie que personne n'avait vue venir. Face à cette famille, Laurent et Félicité sont des « manants » dont l'adolescence a été rendue infernale par un duel fratricide. Ensemble ils sont les héritiers privilégiés mais abandonnés d'une famille d'aristocrates, les grands-parents, duc et duchesse de Brissac d'un côté et la dynastie industrielle Schneider de l'autre. Ses grands-parents maternels, Vieille France, antidreyfusards et arc-boutés sur leur arbre généalogique ont pactisé avec l'Allemagne nazie, mais sa mère, Marie-Pierre, agrégée de philosophie, choisit pour premier mari un jeune inspecteur des Finances, résistant et juif. Elle épousera ensuite Maurice Herzog dont elle divorcera également.
    Il reste à Félicité à entrer véritablement dans la vie. Peut-être à cause du parcours raté de son frère qu'on destinait à la banque ou peut-être parce qu'elle est enfin libérée de l'emprise de cette famille, elle entre comme analyste chez Lazard à New York. Elle connaît cet univers impitoyable de la finance internationale où tout n'est que rentabilité et déshumanisation. Pourtant cette nouvelle vie l'aide à oublier son passé, à tourner la page et à s'installer dans un nouvel univers où elle trouve sa place « Je damais le pion à mes fantômes existants ou futurs, mes faux et mes vrais héros, en m'arrachant brusquement à mon amas de mémoire putride ...J'avais obtenu une place dans une autre fratrie».
    Le véritable héros de ce roman, ce n'est pas le père dont elle livre une image différente de celle que l'histoire a retenu, mais le frère qui a pour elle marqué sa vie de son existence courte mais intense comme le font généralement ceux qui meurent jeunes. Dans ce livre, l'auteure règle ses comptes avec ce père qui ne correspond pas à l'image qu'il avait lui-même tissée autour de lui. Il n'y a rien d'étonnant à cela, d'autant qu'elle le fait avec talent. Ce que je retiens aussi, c'est l'image de ce frère, alternativement surexposée ou floue qui se transforme à la fin en fantôme perpétuellement présent.
    L'éditeur range, par commodité sans doute, ce livre dans la catégorie « Roman ». Ce n'en est pourtant pas un. Non seulement l'auteure a le courage de ne pas avancer masquée en offrant à son lecteur une fiction, une autobiographie qui ne voudrait pas dire son nom, mais surtout elle affronte l'hypocrisie familiale et ses trahisons autant que le lourd passé qu'elle génère, rend hommage à ce frère à la fois redouté et regretté.
    J'ai bien aimé ce livre, notamment parce qu'il est bien écrit. L'écriture, pour celui qui la pratique est une libération et, pour le modeste lecteur que je suis, elle est un plaisir et c'est important.
    ©Hervé GAUTIER – Novembre 2012.http://hervegautier.e-monsite.com

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    • Livres 3.00/5
    Par Madamedub, le 22 décembre 2012

    Madamedub
    Voici un livre surprenant, qui aurait tout aussi bien pu s'appeler « L'héroïsme », ou « Les héros », car il s'interroge, au travers d'histoires vécues, sur les splendeurs et misères de ces figures éternelles.
    Félicité Herzog naît en 1968. Elle est la fille de Maurice Herzog, le vainqueur de l'Annapurna, et de Marie-Pierre de Cossé-Brissac, héritière des aciéries du Creusot et de la duchesse d'Uzès.
    Celle à qui toute sa vie durant on a répété la « chance » qu'elle avait d'avoir un père tellement admirable (il sera ministre sous De Gaulle – et son récit de l'ascension de l' Annapurna se vendra à des millions d'exemplaires) et une vie si confortable, met à mal ces figures bien fragiles de l'héroïsme à la française.
    Son récit se décompose en trois parties, et aborde trois visages de cet héroïsme familial.
    Il ne faut pas s'attendre à trouver dans ce livre la narration fidèle et détaillée de scènes de famille entre Maurice Herzog et sa fille. Il aurait pour cela fallu, en premier lieu, qu'il y eut une vie de famille. le héros avait de nombreuses conquêtes, et avait déjà presque quitté le foyer conjugal quand Félicité est venue au monde – celle qu'il nommera lui-même une « étrangère ». Peu de descriptions du quotidien donc, hormis peut être deux scènes frappantes.
    La première : alors que Félicité n'avait que quatorze ans et prend le soleil déshabillée sur un rocher, son père est frappé par la vision de son corps qui est presque celui d'une femme, et tiens alors à la photographier. Maurice Herzog, déjà décrit comme un « ogre » à femmes, ne s'intéressait alors guère à une fillette. Il lui prête alors ici un rare moment d'attention, et pourtant complètement inapproprié.
    Une autre scène. Maurice Herzog invite sa fille quelques temps plus tard au restaurant, avec deux intentions assumées : qu'elle convainque sa mère de réduire la pension alimentaire (il avait alors deux autres enfants d'une nouvelle épouse) et qu'elle accompagne sa toute jeune maîtresse japonaise dans le beau monde parisien. Plus incroyable encore, le repas s'achève sur une troisième requête, qu'elle l'accompagne à un diner chez Jean-Marie LePen, contre lequel elle tenait des propos virulents.
    Félicité parle de son père en ces termes : « pour sauver les apparences d'une ascension de légende, il a réécrit l'histoire, trahi et négligé son entourage sans jamais avoir le sentiment d'avoir fait mal puisque la société le jugeait si bien. Tout était bon pour parfaire la statue de héros qu'on lui avait demandé d'ériger autour de sa personne. La vérité, pour lui, est une éclipse ».
    Comme d'autres avant ce livre, elle remet en question la célèbre victoire contre l'Annapurna en 1950, auquel le héros avait pourtant sacrifié ses doigts et ses orteils. Au conditionnel, elle imagine le pacte qui aurait pu lier Maurice Herzog à son compagnon de cordée, afin qu'il renonce à un projet qui allait coûter la vie de l'équipée. Déjà évoquée, cette théorie n'a jamais désacralisé ce héros « gaullien », qui avait su rallumer les étoiles françaises après la débâcle de la guerre.
    Débâcle de la guerre et de la collaboration. Sans fard ni détours, Félicité Herzog retrace le parcours trouble de ses grands-parents maternels sous l'occupation, leurs positions antisémites et pro-Pétain. Prenant à revers la tradition familiale de la rédaction de Mémoires, elle expose simplement cette France archaïque et pourtant si fière d'elle et de ses origines.
    Elevés dans cette famille scindée, entre un père adulé par le pays entier et étranger à son foyer, et une mère rebelle mais rentrée dans le rang (elle épouse en première noce un réalisateur juif, Simon Nora, ce qui lui vaudra d'être mise au ban de la famille durant plusieurs années), Félicité et son grand-frère Laurent grandissent comme les deux enfants terribles de Cocteau, entre château d'hiver et résidence parisienne d'été. Issus d'une éducation libertaire, inspirée de Dolto, le frère et la sœur son livrés à eux-mêmes. Et lorsque la violence de Laurent s'abat sur sa sœur, personne n'ose trop s'en mêler.
    Avec émotion, Félicité raconte ce frère avec qui elle a grandit, trop rivaux pour s'aimer, et trop unis pour se séparer. Ce frère écrasé par la dynastie parentale, et qui répondait « ministre » lorsque sa maîtresse d'école lui demandait ce qu'il souhaitait faire à l'âge adulte. Ce frère torturé par la peur de l'échec ou de la faille, la peur de tomber là où son père a tant gravit : « la mégalomanie du fils renvoyait à la mégalomanie du père, qui n'hésitait pas à rapporter dans un de ses livres : d'égal à égal, je dialoguais avec les 8000, les géants qui m'entouraient. Il y avait entre mon père et mon frère, dans cette inconscience, un écho : l'ignorance des réalités, d'eux-mêmes et des autres ».
    Et surtout, la difficulté pour ce frère, à la sortie de ses crises maniaques, d'accepter sa vie telle qu'elle était, loin des délires et des bouffées paranoïaques.
    Ce frère enfin, que l'on retrouvera mort, tombé du haut des escaliers du château familial, à 34 ans.
    Félicité Herzog lui adresse ce livre, comme leur mémoire commune. Elle lui doit, car elle estime avoir vécu en quelque sorte la vie qu'il aurait dû avoir, en choisissant de faire de la finance aux USA, comme il s'y était destiné avant que ne se déclare sa schizophrénie. Comme si dans leurs rapports gémellaires, il n'y avait pas eu assez de place pour deux. N'ont-ils pas eu assez de place ? Ou peut-être justement trop. Félicité s'étonne que dans un milieu où l'on s'attache tant aux apparences, la maladie de Laurent soit autant passée au travers des mailles.
    Récit sur l'héroïsme et ses ravages, Félicité propose un document intéressant. Son écriture est simple, sans prétention. Il s'agit de son premier texte, et il est assez difficile de lui prédire un avenir littéraire. Ce texte est néanmoins poignant, et nous évoque tous les récits des survivants.


    Lien : http://madamedub.com/WordPresse3/
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Critiques presse (3)


  • LeMonde , le 17 décembre 2012
    Le portrait est féroce. Félicité Herzog ne se contente pas de mettre en cause un père négligent, elle déboulonne minutieusement la statue de cette légende française.
    Lire la critique sur le site : LeMonde
  • LaLibreBelgique , le 04 décembre 2012
    En un livre saisissant Félicité Herzog dévisse son “héros” de père.
    Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
  • Lexpress , le 30 octobre 2012
    [Un] premier roman a la portée d'un vrai coup de maître.
    Lire la critique sur le site : Lexpress

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Citations et extraits

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  • Par nastie92, le 21 mars 2014

    Mon père ne connaît pas de lois. C'est un hémiplégique de la sensibilité, sauf à l'égard de ceux qui ont connu des amputations - les mêmes souffrances que lui. Tout est prétexte à compensation. Autrui n'existe pas, sauf à le mythifier davantage. Pour sauver les apparences d'une ascension de légende, il a réécrit l'histoire, trahi et négligé son entourage sans jamais avoir le sentiment d'avoir fait mal puisque la société le jugeait si bien. Tout était bon pour parfaire la statue de héros qu'on lui avait demandé d'ériger autour de sa personne. La vérité, pour lui, est une éclipse. La distinction entre vérité et mensonge, réalité et fiction, responsabilité personnelle et collective, lui est devenue insupportable.
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  • Par nastie92, le 14 mars 2014

    Mais la confrontation inévitable, incontournable de l'après-midi voulait simplement dire que mon père n'était pas un père. Hormis la légende fabuleuse qu'il s'était créée et pour laquelle il combattait pied à pied, il se comportait comme s'il ne voulait pas se transmettre. Jamais, étrangement, il n'emmena l'un de nous, ses enfants, au camp de base de l'Annapurna, nous montrer le lieu de naissance de son épopée.
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  • Par nastie92, le 18 mars 2014

    J'admirais ma mère, si différente des autres, exemplaire dans ses choix de vie, idéaliste, refusant toute compromission de carrière ou de confort. En un mot, libre. J'adhérais donc à n'importe laquelle de ses idées, y compris les plus saugrenues, avec enthousiasme. (...)
    Un jour, tout de même, une dénommée sœur Marie-Ange m'interpella à la sortie d'une classe en me demandant si, à la suite de ces différentes expériences initiatiques, j'envisageais à ma majorité de me livrer à la prostitution.
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  • Par nastie92, le 19 mars 2014

    L'aveuglement général : des parents, des fratries recomposées, des tantes, des curés, des copains, des professeurs. Laurent était passé à travers toutes les mailles du système. Malgré son agressivité effroyable et son comportement étrange, personne n'avait distingué les traits d'une personnalité complexe, des signes d'une éventuelle psychose. On ne pouvait se résoudre à la simple éventualité d'une affection mentale. Il était intolérable à notre univers, dans lequel tout ne devait être que réussite, puissance, filiation superbe, séduction et légende, d'avoir un malade, mental de surcroît.
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  • Par AnneBoulangerPecout, le 03 mai 2014

    Cet homme avait renoncé à être un père. Je le savais, mais le deuil d’un père aimant n’est jamais acquis. Toujours subsistait un dérisoire, misérable espoir qu’il me prenne dans ses bras sans malice et respectueux. Qu’il m’appelle par un petit nom coutumier, par exemple un « ma chérie » tout bête, tout simple, apparemment très commun selon ce que je constatais dans les autres familles mais qui ne m’était jamais arrivé […]. Qu’il marque son autorité, une exhortation à faire des choses utiles, des remontrances pour mes incartades, mes excès, ma désinvolture connue, quel que soit le domaine, quel que soit le sujet. Qu’il exprime un intérêt, voire un scrupule pour mes résultats, mes nombreux accidents, mes anniversaires, mes drames si modestes en comparaison des siens. Mais rien de tout cela n’était et ne serait jamais. Comme pour Laurent, il était un père idéalisé mais inexistant. […] J’étais une adulte avant l’heure ou plutôt une adolescente mal grandie, sans tuteur, poussant sauvagement dans la rosée du matin. (p 146-147)
    A l’adolescence, Laurent montrait déjà une ambition illimitée, sans cadre mais aussi sans réalisme d’aucune sorte. Il nourrissait de grands fantasmes puisés dans l’atelier des grandeurs passées. Tout projet était apprécié à l’aune de l’exploit de l’Annapurna ou de la grandeur des Schneider. A l’heure où les jeunes hommes de son âge pensaient aux prépas pour entrer dans les grandes écoles, Laurent avait pour objectif d’être un capitaine d’industrie ou un grand banquier sans imaginer les étapes à franchir. C’était un fantasme, pas un objectif. Lors de leurs rares discussions, mon père encourageait ses souhaits qui n’allaient pas tarder à devenir délirants, sans examiner la situation de Laurent de manière posée.
    La mégalomanie du fils renvoyait à la mégalomanie du père, qui n’hésitait pas à rapporter dans un de ses livres : « D’égal à égal, je dialoguais avec les 8.000, les géants qui m’entouraient. » Il y avait entre mon père et mon frère, dans cette inconscience, un écho : l’ignorance des réalités, d’eux-mêmes et des autres. (p 167)
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