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> Alzir Hella (Traducteur)

ISBN : 2253146692
Éditeur : Le Livre de Poche

Existe en édition audio



Note moyenne : 4.22/5 (sur 387 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Qui était Marie-Antoinette, faite, l'année de ses quinze ans et par raison d'Etat, reine de France ? Une débauchée futile piégée dans l'affaire du collier ? La pire ennemie de la Révolution ? Une sainte pour la Restauration ? Marie-Antoinette rétablit la courbe d'un des... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Marple, le 02 mars 2014

    Marple
    Encore une fois, je suis impressionnée et charmée par le talent de Stefan Zweig pour la biographie : son art de choisir dans l'histoire des personnages passionnants par leur destinée, leurs qualités ou leurs contradictions, son don pour saisir et transmettre leurs motivations, leurs pensées et leurs sentiments, le tout avec selon les moments le sens de la formule qui fait mouche ou un style si juste qu'il s'efface devant le récit.
    De fait, Marie-Antoinette m'a conquise, du début chez l'austère et puissante impératrice Marie-Thérèse à la fin sur l'échafaud. Cette jeune fille tourbillonnante et frivole, incapable de s'appliquer à l'étude ou à tout autre sujet sérieux, est pourtant une femme bonne, aimante et non dénuée d'intelligence. Mais elle est mariée à un roi faible et à un homme peu viril, elle vit loin de sa famille sage et pleine de bon conseil, et la cour de Versailles est faite de faux-semblants et de tentations...
    À force de fêtes, de dépenses et d'injustice, "l'Autrichienne" devient très impopulaire auprès des Francais, alors même que le temps, la maternité et l'amour l'ont rendue plus réfléchie, plus économe et plus digne. Trop tard ! La révolution est en route, et ce n'est pas son mari Louis-XVI-Le-mou qui pourra arrêter quoi que ce soit, ni même les familles royales française et autrichienne qui sont trop pressées de ramasser les miettes du pouvoir ou des territoires pour intervenir...
    Alors Marie-Antoinette doit se battre seule, ou presque, pour sauver sa couronne, sa famille, sa vie et sa dignité... Courageuse et forte, elle montre au peuple et à l'histoire son vrai visage, celui d'une reine de France et d'une digne fille de l'impératrice Marie-Thérèse, qui garde son bon cœur et la tête haute dans la déchéance, lors de son procès ou devant son bourreau.
    Oups, j'ai fait un résumé, pourtant un tel destin ne tient pas en 3 paragraphes... surtout que Stefan Zweig l'enrichit d'analyse psychologique, d'anecdotes piquantes, amusantes ou pertinentes, d'explications sur les événements tels l'affaire du collier ou la fuite à Varenne, d'une foule de portraits de royalistes, de révolutionnaires ou d'hésitants comme La Fayette ou Mirabeau, de quelques clichés sur la sexualité, d'extraits de correspondance, et même de traits d'humour sur le roi, le coiffeur ou Mme Étiquette... En un mot : bravo, à Marie-Antoinette et à son auteur !
    Lu dans le cadre du challenge Zweig de Sofy74
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    • Livres 5.00/5
    Par Erveine2014, le 18 janvier 2014

    Erveine2014
    Stéfan Sweig où la réhabilitation de Marie-Antoinette.
    Une écriture riche et haletante qui nous conduit dans l’antichambre de la reine à l’époque du déclin royaliste. Passons la tête et nous y découvrons notre jeune roi dont l’esprit encore en culotte courte se joue plutôt des rouages d’une mécanique plutôt qu’à conduire une garde sautant en selle sous l’impulsion d’ordres mystérieux.
    La reine guère plus mature n’a pas non plus rangé ses jouets et rêve de liberté. Elle quitte Vienne à 14 ans pour regagner le palais. Port altier et fort belle la dauphine ne passera pas inaperçue, un petit bien pour un grand mal. On aurait mis un laidron c’eut été plus raisonnable, pour le reste fallait demander à Geneviève (de Fontenay voyons !).
    Et là, c’est la mise à nue, précisément de la reine, circulez Messieurs y a rien à voir !
    Stefan Sweig nous opère un décryptage des sens et coule l’essence de toute l’histoire de France. La transparence des personnages nous éclaire sur bien des points de cette sombre histoire.
    Les complots ourdis tour à tour, contre le roi, contre la reine, d’autant que cette dernière tarde maintenant à programmer la gestation du futur héritier. C’est tout de même pour ça qu’elle est là. Pour œuvrer à la réconciliation des deux pays, en assurer le maintien et asseoir la descendance du roi sur le trône.
    Aussi Marie-Antoinette voit-elle ses aspirations de liberté contrariées par l’austérité de la demeure et mille yeux rivés sur elle, ceux d’en haut peu bienveillants et ceux d’en bas, le peuple, pourtant plus clément, qui gronde au fur et à mesure que s’édifie sur sa tête, une choucroute ou au choix, une immense pièce montée. Paris a faim et les sans-culottes eux sortent (heu !) les crocs...
    Je vous abandonne un moment à la consistance du texte pour revenir à l’ultime tumulte.
    Après le passage de cette sanglante révolution, une question subsiste encore. Fallait-il tuer le roi ? Et encore ou encore moins la reine ?
    N’était-elle point déjà morte et de la pire façon bien avant de parvenir à l’échafaud. Passée en si peu de temps d’un hôtel cinq étoiles au cachot et séparée de ses enfants.
    Tandis qu’on la disait si peu encline aux études et plutôt dissipée, voilà qu’on la découvre entre quatre murs habitée par une vraie intelligence qui transparait dans ses écrits. Son dernier souffle s’exprimant dans une lettre adressée à ses enfants où elle leur déconseille vivement toute idée de vengeance et leur recommande l’espoir. Elle leur rappelle les valeurs qui ont unis leur famille et aspire pour eux à une vie heureuse.
    Et puis ce dernier questionnement, hormis bien sûr toute complicité féminine ?
    Est-ce Fersen qui alluma cette étincelle qui brilla toujours dans le regard de Marie-Antoinette ? L’amour a-t-il été consommé entre ces deux personnages ? Lecteurs à vos lunettes, démêlons l’intrigue pour répondre à cette question brûlante. Au roi, le tic-tac de l’horloge et à la reine celui du cœur !...
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    • Livres 4.00/5
    Par ladesiderienne, le 05 février 2014

    ladesiderienne
    Je pense que la plume de Stefan Zweig est magique, c'est-à-dire qu'elle peut rendre attrayant n'importe quel sujet traité par l'auteur. La preuve : moi, qui d'ordinaire n'éprouve pas de sympathie particulière pour L Histoire, rebutée entre autres par les dates et la généalogie des Rois impossibles à mémoriser, je dois vous avouer que j'ai savouré pleinement ce moment passé aux côtés de la reine la plus célèbre de France.
    A travers cette biographie de Marie-Antoinette, l'étude psychologique que Stefan Zweig nous propose, tout en finesse et avec une précision d'horloger, nous montre combien le caractère de ceux qui ont le pouvoir peut influencer le cours de l'Histoire. Bien que sans complaisance, ce portrait reste cependant plein d'humanité. L'auteur décortique et tente de nous expliquer les attitudes, les paroles, les réactions de la future dauphine, à peine sortie de l'adolescence, à son arrivée en France, de la jeune Reine frivole dans les jardins de Versailles et enfin de la femme vieillie avant l'âge par les événements et meurtrie dans son cœur de mère, qui monte les marches vers l'échafaud.
    Comme il le dit lui-même à la fin du livre, l'auteur a fait le tri parmi les témoignages et les écrits de l'époque, conservant seulement ceux susceptibles d'être authentiques si bien que le récit est d'un tel réalisme que mon libre-arbitre a fait une abstraction complète des faits et gestes qui auraient pu être malgré tout romancés.
    Voilà le genre de récit indispensable à la culture qui aide à comprendre un pan de notre Histoire. 17/20
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    • Livres 5.00/5
    Par Woland, le 21 février 2014

    Woland
    Marie-Antoinette
    Traduction : Alzir Hella
    ISBN : 9782253146698
    Avec celle de "Marie Stuart", certainement la biographie la plus connue de Zweig, celle dont le lecteur le moins averti en la matière vous citera le titre sans hésiter. La figure, il faut bien le dire, est emblématique : archiduchesse d'Autriche, puis reine de France, et enfin "veuve Capet" et martyre sacrifiée à la Révolution française, Marie-Antoinette reste même, selon moult témoignages, le fantôme le plus célèbre de Trianon où, si l'on a bien de la chance - par exemple au mois d'août, par une journée très, très orageuse - elle vient au-devant du visiteur ébahi, s'avançant avec une grâce et une majesté sans pareilles à travers quelque invisible faille temporelle. Chez le biographe, on est tout aussi emblématique : grand nouvelliste et romancier, Zweig a, peut-être à un plus haut degré encore si possible, le don d'investir un destin historique et de le raconter à un lecteur fasciné pour qui, brusquement, l'Histoire majuscule s'anime d'un seul coup, le temps de cinq cents pages détaillées, haletantes ... et incontestablement littéraires.
    Cette qualité de l'écriture, je l'ai particulièrement ressentie avec la biographie de Marie-Antoinette. Pourquoi ? Eh ! bien, si l'on percevait bien l'admiration que portait Zweig à Marie Ière d'Ecosse, avec Marie-Antoinette, c'est la passion amoureuse - quoique platonique Wink- qui s'affiche sans complexe. L'auteur en eut-il conscience, du temps où il travaillait sur son manuscrit ? Qui pourra le dire avec certitude ? Mais le fait est là : Zweig est bel et bien amoureux de Marie-Antoinette. Pourtant, véritable tour de force pour un biographe, il va se garder avec panache de tous les pièges tendus par l'hagiographie et nous restituer l'un des portraits les plus prenants, les plus justes et aussi les plus modernes de l'épouse de Louis XVI.
    Le seul petit bémol, c'est justement la manière dont Zweig traite le malheureux monarque. On ne peut pas dire qu'il lui fasse beaucoup de cadeaux, reproduisant peut-être sans le savoir ce mépris universel qui veut qu'un roi, un vrai, doive faire preuve d'un appétit sexuel qui, aux yeux de ses sujets, va de pair avec la poigne, juste mais ferme, avec laquelle on se doit de tenir un royaume. Louis XVI, on le sait, souffrait d'un phimosis qui l'empêcha pendant trop longtemps d'entretenir avec sa jeune et jolie épouse une relation maritale équilibrée. Se sentant sans nul doute en état d'infériorité même s'il ne l'avouait pas et reconnaissant inconsciemment à sa femme le droit de lui en vouloir et de le mépriser, le petit-fils du trop galant Louis XV eut pour elle de telles faiblesses qu'il lui passa pratiquement tout, tant ses manières de tête-de-linotte insolente et capricieuse que sa soif de toilettes et de joyaux. Dans une lettre demeurée célèbre et adressée à sa mère, Marie-Thérèse, impératrice d'Autriche, à qui elle écrivait régulièrement, Marie-Antoinette ne parle-t-elle pas de son époux comme du "pauvre homme" ? Marie-Thérèse et son ambassadeur en France, Mercy d'Argenteau, auront beau faire et refaire la leçon à la petite archiduchesse devenue reine de France, rien n'y fera et, quand Marie-Antoinette comprendra ses erreurs, il sera beaucoup trop tard - pour elle comme pour la monarchie française.
    Quoi que l'on pense d'elle, on ne peut cependant nier que ses problèmes conjugaux ont dû gravement peser sur son destin. D'ailleurs, à la naissance de son premier enfant, la reine commence à s'apaiser. Insensiblement, elle mûrit, elle songe à l'avenir du Dauphin mais, là encore, Zweig y tient, elle ne dispose pas du soutien conjugal qu'il lui eût fallu. Dans la vie politique aussi, Louis XVI demeure "un pauvre homme." Ici, on peut tomber d'accord ou non avec le biographe mais force est de reconnaître, même si la bonté du roi, sa bonne volonté et son courage devant la Mort ne sauraient être mis en doute, que Louis XVI n'était pas fait pour gouverner et moins encore pour mener à bien la gigantesque réforme politique et économique - notamment fiscale - qu'exigeait à l'époque la situation du royaume. De là à dire que, si Louis XVI n'eût pas été l'aîné, un de ses frères aurait été à même de faire mieux et de tuer dans l'oeuf une Révolution qui grondait depuis déjà tant d'années, c'est un autre débat.
    Mais revenons à Marie-Antoinette et à l'audace avec laquelle Stefan Zweig envisage ses relations avec Fersen. On peut dire que, jusqu'à lui, aucun biographe mémorable n'avait osé prétendre que la relation entretenue par la reine avec l'officier suédois était tout, sauf platonique. Les Goncourt eux-mêmes, pourtant si misogynes par nature, écartent avec horreur toute hypothèse graveleuse dans l'(excellent) ouvrage qu'ils consacrent à Marie-Antoinette. Zweig, lui, est l'un des tout premiers à s'affirmer certain de la réalité charnelle de cette liaison qui fit couler tant d'encre. Il ne jette pas la pierre à son héroïne, pas plus qu'à son chevalier servant et laisse même à Louis XVI le bénéfice d'une certaine "compréhension" dans l'affaire. A ce trio au destin si tragique - deux d'entre eux périrent sur l'échafaud et le troisième mourut lynché - il confère une dignité et une humanité qui forcent le respect. "Qu'eussions-nous fait à leur place ?" s'interrogent les lecteurs honnêtes. Bonne question qui, grâce au génie de Zweig - car cet homme est un biographe de génie, on ne peut en douter un seul instant - nous rend toute l'affaire beaucoup plus délicate et prétexte à questions complexes.
    De sa naissance heureuse à Vienne, au palais impérial, jusqu'à la planche ensanglantée de la guillotine, toute la vie de Marie-Antoinette défile sous nos yeux avec ses enfantillages, ses caprices, ses erreurs, ses coups de coeur et cette prise de conscience si brutale qui, un jour, va lui permettre de mourir avec vaillance, en digne fille de Marie-Thérèse. Le mystère de Marie-Antoinette réside d'ailleurs avant tout en cet instant où, de reine de parade trop préoccupée de toilettes et de cheveux poudrés, elle se transforme en reine véritable, s'intéressant enfin mais trop tard à la politique, se défendant pied à pied et défendant ses enfants contre les excès des extrémistes révolutionnaires, veuve-symbole dépouillée même de ses enfants et rongée par un cancer qu'on ignore et enfin, reine encore et à jamais, et grande, et majestueuse, mais aussi simple femme lassée d'une existence qui lui offrit autant de cadeaux qu'elle lui fit subir d'avanies, seule avec Samson et son aide sous les montants de la guillotine.
    Si vous avez le moindre atome de sympathie pour Marie-Antoinette, vous aimerez la biographie de Stefan Zweig. C'est l'une des meilleures - et c'est aussi l'une des plus modernes. ;o)
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    • Livres 5.00/5
    Par lisamclivres, le 26 septembre 2012

    lisamclivres
    Comment ne pas aimer cette oeuvre de Zweig qui reste comme une référence à la fois, dans les biographies de Marie-Antoinette et dans sa propre bibliographie.
    L'excellent travail de recherche, l'amour et le respect qu'il voue au personnage, et son talent de fin psychologue, sont autant de qualités qui font de ce livre un véritable joyaux historique et psychologique.
    Certes, on sent l'attachement incroyable qu'il portait à la Reine de France (ou plutôt à l'archiduchesse d'Autriche), mais il ne dissimule aucuns de ses travers et penchants. Il qualifie Marie-Antoine, à la fois, de femme charmante, séduisante et adorable, mais également de mondaine outrancière, d'une intelligence peu développée et d'un détachement déconcertant face à ses obligations de Reine. Mais tous ces points, positifs ou négatifs, sont toujours appuyés par une analyse toute en finesse de la psychologie de Marie-Antoinette.
    C'est ça qui fait la force de cette biographie. Zweig ne se contente pas d'énoncer des faits historiques, il devine certaines causes et certains aboutissements en étudiant le caractère psychologique de plusieurs protagonistes qui ont participé à la vie et à la chute de Marie-Antoinette. le Roi Louis XVI est le premier à être également "analysé" par Zweig. Il nous apprend tellement de choses sur le caractère apathique bien connu de ce Roi.
    De sa sublime plume, Zweig nous emporte dans son univers (presque un plaidoyer) et l'on a presque l'impression de l'entendre lui-même nous narrer cette histoire. On est pendu à ses lèvres (ici à son texte). Pour preuve, le passage sur l'hypothétique relation amoureuse et adultérine de Marie-Antoinette et du comte Fersen. Un régal! Zweig parle à son lecteur et lui fait partager ses pensées, ses analyses. Quel honneur ultime de paraître participer avec lui à cette analyse! On a l'impression d'être sur les bancs d'une université avec Zweig comme conférencier... Magique!
    J'invite vraiment tout le monde à découvrir cette Marie-Antoinette, celle de Zweig, par cette approche psychologique qui fait parler des faits historiques.
    Marie-Antoinette était une Reine qui n'a jamais compris, ou alors trop tard, la souffrance de son peuple, sans en être vraiment consciente, et qui n'a jamais pris le bon chemin lorsqu'un croisement se présentait dans les choix de sa vie.
    Elle sera la victime de son impopularité et de calomnies toutes les plus absurdes et infâmes les unes que les autres.
    Cette biographie restera celle d'une femme au destin hors du commun, et Zweig nous le fait partager.
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 24 février 2014

    [...] ... Première question : en admettant, d'accord avec la morale bourgeoise, l'idée de faute si Marie-Antoinette s'est donnée complètement à Fersen, qui l'accuse de ce don complet ? Parmi ses contemporains il n'y en a que trois, des hommes d'importance, il est vrai, et non de vulgaires bavards ; ce sont même des initiés à qui on peut reconnaître une connaissance parfaite de la situation : Napoléon, Talleyrand et Saint-Priest, le ministre de Louis XVI, ce témoin quotidien de tous les événements de la cour. Tous trois soutiennent sans réserve que Marie-Antoinette a été la maîtresse de Fersen, et ils le font de façon à ne laisser aucun doute. Saint-Priest, le plus au courant de la situation, est le plus précis dans les détails. Sans animosité contre la reine, parfaitement objectif, il parle des visites nocturnes de Fersen à Trianon, à Saint-Cloud et aux Tuileries, dont l'accès secret avait été permis par La Fayette à Fersen seul. Il parle de la complicité de la Polignac, qui paraissait fort approuver que la faveur de la reine fût tombée justement sur un étranger, qui ne chercherait à tirer aucun avantage de sa situation de favori. Ecarter trois témoignages de cette importance, comme le font les défenseurs enragés de la vertu, accuser de calomnie Napoléon et Talleyrand, il faut pour cela plus d'audace que pour un examen impartial. Mais, deuxième question : quels sont les contemporains ou témoins d'après qui accuser Marie-Antoinette d'avoir été la maîtresse de Fersen serait une calomnie ? Il n'y en a pas un. Et il est à remarquer que les intimes évitent justement, avec une singulière unanimité, de citer le nom même de Fersen : Mercy, qui pourtant retourne trois fois chaque épingle à cheveux de la reine, ne mentionne pas une seule fois son nom dans les dépêches officielles ; les fidèles de la cour ne parlent jamais, dans leur correspondance, que "d'une certaine personne", à qui on aurait confié des lettres. Mais personne ne prononce son nom ; une conspiration du silence suspecte règne à son sujet pendant tout un siècle, et les premières biographies officielles oublient de propos délibéré de le citer. On ne peut donc pas se défendre de penser qu'un mot d'ordre a été donné après coup, afin que soit oublié aussi radicalement que possible ce destructeur de la romantique légende de la vertu absolue. ... [...]
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  • Par KATE92, le 30 juillet 2013

    La messe commence aux sons de l’orgue ; au Pater Noster on tend un baldaquin argenté au-dessus du jeune couple ; alors seulement le roi signe le contrat de mariage, et après lui, selon un ordre hiérarchique soigneusement observé, tous les parents les plus proches. C’est un document prodigieusement long, plusieurs fois plié ; aujourd’hui encore, sur le parchemin jauni, on lit, maladroits et trébuchants, ces quatre mots : Marie-Antoinette-Josepha-Jeanne, péniblement tracés par la petite main de la fillette de quinze ans, et à côté – « mauvais signe », murmure-t-on une fois de plus – une énorme tache d’encre jaillie de sa plume rebelle, et de la sienne seule parmi tous les signataires.
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  • Par ladesiderienne, le 19 janvier 2014

    Aucun poète ne saurait imaginer contraste plus saisissant que celui de ces époux ; jusque dans les nerfs les plus ténus, dans le rythme du sang, dans les vibrations les plus faibles du tempérament, Marie-Antoinette et Louis XVI sont vraiment à tous les points de vue un modèle d’antithèse. Il est lourd, elle est légère, il est maladroit, elle est souple, il est terne, elle est pétillante, il est apathique, elle est enthousiaste. Et dans le domaine moral : il est indécis, elle est spontanée, il pèse lentement ses réponses, elle lance un « oui » ou un « non » rapide, il est d'une piété rigide, elle est éperdument mondaine, il est humble et modeste, elle est coquette et orgueilleuse, il est méthodique, elle est inconstante, il est économe, elle est dissipatrice, il est trop sérieux, elle est infiniment enjouée, il est calme et profond comme un courant sous-marin elle est toute écume et surface miroitante. C’est dans la solitude qu’il se sent le mieux, elle ne vit qu'au milieu d'une société bruyante. Il aime manger abondamment et longtemps, avec une sorte de contentement animal, et boire des vins lourds ; elle ne touche jamais au vin, mange peu et vite. Son élément à lui est le sommeil, son élément à elle la danse, son monde à lui, le jour, son monde à elle, la nuit ; ainsi les aiguilles au cadran de leur vie s’opposent constamment comme la lune et le soleil.
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  • Par Woland, le 24 février 2014

    [...] ... Non moins fatale est l'influence de la défaillance intime de Louis XVI sur le développement moral de Marie-Antoinette. Suivant la loi des sexes, le même trouble provoque chez la femme et chez l'homme des phénomènes totalement opposés. Quand la vigueur sexuelle d'un homme est soumise à des perturbations on voit apparaître chez lui une certaine gêne, un manque de confiance en soi ; quand une femme s'abandonne sans résultat il se produit inévitablement une agitation, une surexcitation, un déchaînement nerveux. Marie-Antoinette, elle, est une nature tout à fait normale, très féminine, très tendre, destinée à une nombreuse maternité, n'aspirant vraisemblablement qu'à se soumettre à un homme véritable. Mais la fatalité veut que cette femme désireuse et capable d'aimer fasse un mariage anormal, tombe sur un homme qui n'en est pas un. Il est vrai qu'au moment de son union elle n'a que quinze ans, que le déséquilibre sexuel de son mari ne devrait pas encore peser sur elle ; qui oserait soutenir qu'il est contraire à la nature qu'une jeune fille reste vierge jusqu'à sa vingt-deuxième année ! Mais ce qui provoque, dans ce cas particulier, l'ébranlement et la surexcitation dangereuse de ses nerfs, c'est que l'époux, qui lui a été imposé par la raison d'Etat, ne lui laisse pas passer ces sept années dans une chasteté entière, c'est que chaque nuit, ce lourdaud, cet empoté s'essaie en vain et sans cesse sur son jeune corps. Pendant des années sa sexualité est ainsi infructueusement excitée, d'une façon humiliante et offensante qui ne l'affranchit point de sa virginité. Il n'est donc pas nécessaire d'être neurologue pour affirmer que son funeste énervement, sa constante insatisfaction, sa course effrénée aux plaisirs, sont les conséquences typiques d'une perpétuelle excitation sexuelle inassouvie. Parce qu'elle n'a jamais été émue et apaisée au plus profond d'elle-même, cette femme, inconquise encore après sept ans de mariage, a toujours besoin de mouvement et de bruit autour d'elle. Ce qui au début n'était que joyeux enfantillage est peu à peu devenu une soif de plaisirs, nerveuse et maladive, qui scandalise toute la cour et que Marie-Thérèse [= mère de Marie-Antoinette et impératrice d'Autriche] et tous les amis cherchent en vain à combattre. Alors que chez le roi une virilité entravée trouve un dérivatif dans le rude travail de forgeron, dans la passion de la chasse et la fatigue musculaire, chez la reine le sentiment, dirigé sur une voie fausse et sans emploi, se réfugie en de tendres amitiés féminines, en coquetteries avec de jeunes gentilshommes, en amour de la toilette et en autres satisfactions insuffisantes pour son tempérament. Des nuits entières elle fuit le lit conjugal, lieu douloureux de son humiliation, et, tandis que son triste mari se repose des fatigues de la chasse en dormant à poings fermés, elle va traîner jusqu'à des quatre ou cinq heures du matin dans des redoutes d'opéra, des salles de jeux, des soupers, en compagnie douteuse, s'excitant au contact de passions étrangères, reine indigne, parce que tombée sur un époux impuissant. Mais certains moments de violente mélancolie révèlent que cette frivolité, au fond, est sans joie, qu'elle n'est que le contrecoup d'une déception intérieure. Qu'on pense surtout à ce qu'elle écrit à sa mère, à ce cri du coeur, quand sa parente, la duchesse de Chartres [= future duchesse d'Orléans et épouse de celui qui deviendra le tristement célèbre "Philippe-Egalité"] accouche d'un enfant mort-né : "Quoique cela soit terrible, je voudrais pourtant en être là." Mettre au monde un enfant, fût-il mort. Sortir de cet état malheureux et indigne, être enfin comme toutes les autres, et non plus vierge au bout de sept ans de mariage. Qui ne voit pas un désespoir féminin, derrière cette rage de plaisir, ne peut ni expliquer, ni concevoir la transformation extraordinaire qui s'opère dès que Marie-Antoinette devient enfin épouse et mère. Aussitôt ses nerfs se calment sensiblement, une autre Marie-Antoinette apparaît : celle de la seconde moitié de sa vie, volontaire, audacieuse, maîtresse d'elle-même. Mais ce changement vient trop tard. Dans le mariage comme dans l'enfance les premiers événements sont décisifs. Et les années ne peuvent pas réparer la moindre déchirure dans le tissu extrêmement fin et hypersensible de l'âme. Les blessures du sentiment, les plus profondes, les moins visibles, ne connaissent pas de guérison complète. ... [...]
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  • Par ladesiderienne, le 28 janvier 2014

    Née dans un château royal, élevée dans le principe de la légitimité, considérant ses droits monarchiques comme d'origine divine, elle juge d'emblée toute revendication de la nation comme une révolte injustifiée : celui qui exige pour lui-même toutes les libertés et tous les droits est toujours le moins disposé à reconnaître les droits et les libertés d'autrui. Marie-Antoinette ne s'engage dans aucune discussion, ni avec elle-même ni avec les autres ; elle dit comme son frère Joseph : "Mon métier est d'être royaliste." Sa place est en haut, celle du peuple en bas : elle ne veut pas descendre, il ne doit pas monter. Dès la prise de la Bastille, et jusqu'à l'échafaud, elle ne cesse pas de se sentir complètement dans son droit.
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"Lettre d'une inconnue" de Stefan Zweig lu par Léa Drucker et Elsa Zylberstein
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