ISBN : 2070428613
Éditeur : Editions Gallimard
(2003)
Note moyenne : 4/5 (sur 8 notes)
Cahier de verdure, suivi de 'Après beaucoup d'années'1Ajouter à mes livres
Réunit deux recueils de poèmes qui témoignent d'une prise de distance avec les peurs, les douleurs et les alarmes passées, et qui dépeignent la nature comme l'unité de la création.
Indissociable d'une nature qui se fait le creuset de son inspiration, Philippe Jaccottet nous parle à voix basse au cours d'une longue promenade. le pas discret laisse à l'envol de l'alouette la primauté du chant, tandis que se profile un soir d'hiver. "L'enclos du grand jardin avec ses murs couverts de lierre donne toujours son même conseil de calme, de patience, de confiante attente." C'est à cette harmonie que nous invite le poète, conscient que la Poésie apporte un peu de sagesse, fait de lui un "dérisoire survivant"...
Ces eaux, à la fois ivres et pures,
on pourrait presque croire aussi qu'elles rient ...
Elles auraient appris à rire, comme les chèvres,
dans les rochers, la pierraille,
à l'ombre des derniers aigles.
ordre aux bergers absents :
qu'ils retiennent les biches qui s'échappent,
mal conseillées par les nuages,
qu'ils dénouent une à une les tresses des ruisseaux,
qu'ils épargent les herbes rares de la combe
et qu'ils fassent tinter l'ivoire des pierres
dans la montage où chaque arbre se tord en lyre.
Je pense quelquefois que si j'écris encore, c'est, ou ce devrait être avant tout pour rassembler les fragments, plus ou moins lumineux et probants, d'une joie dont on serait tenté de croire qu'elle a explosé un jour, il y a longtemps, comme une étoile intérieure, et répandu sa poussière en nous. Qu'un peu de cette poussière s'allume dans un regard, c'est sans doute ce qui nous trouble, nous enchante ou nous égare le plus ; mais c'est, tout bien réfléchi, moins étrange que de surprendre son éclat, ou le reflet de cet éclat fragmenté, dans la nature. Du moins ces reflets auront-ils été pour moi l'origine de bien des rêveries, pas toujours absolument infertiles.
Les couleurs graves des fins d'après-midi, l'hiver : le brun qui tire sur le fauve, le pourpre, le violet ; le vert très sombre, les lointains bleus ; et aujourd'hui, entre l'horizon et de longs nuages peut-être chargés de neige, un morceau de ciel si clair qu'il en paraît juvénile ou angélique. L'enclos du grand jardin avec ses murs couverts de lierre donne toujours son même conseil de calme, de patience, de confiante attente.