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Par Lali, le 09/05/2013
Un manteau de fortune de
Guy Goffette
Un dimanche à Lisbonne
La voix monte du Tage ou tombe
comme le brouillard goutte à goutte.
On dirait qu’à tous les étages
le ciel écoute.
Nul ne se lève,c’est dimanche.
On a rangé le Nouveau Monde
avec le sel, à bord d’un rêve
où la mer penche.
Au loin une guitare insinue
que rien n’existe sur la terre
comme l’absence, et que l’amour
est toujours nu.
Heureux les amants amarrés
que l’ombre garde au fond de l’eau :
ils sont l’âme du diamant,
l’or du fado.
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Par Lali, le 10/05/2013
Un manteau de fortune de
Guy Goffette
Si j’avais vraiment vécu cette vie ou bien
seulement rêvassé dans la lumière
qui baigne ce bureau sous la mer des toits,
si c’est ma langue seule qui brouillait
les signes en chemin, ou la fatigue encore
d’attendre que la pluie cesse
sa vaine dactylographie sur la vitre,
qui peut le dire et qui me refuser
d’avoir un jour marché sur la mer,
renversé le bleu qui lave les oiseaux
et dilapidé l’or du tremble avec le mort
en cachette des voisins? Qui
sinon cet étranger en moi comme un enfant
courant après son ombre, mains tendues
mais l’âme plus courbée que celle du prodigue
soignant ses porcs dans la maison d’exil.
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Par seshat123, le 26/09/2012
Le pêcheur d'eau de
Guy Goffette
Un voile d'éther
Nous avons beau savoir que le ciel n'est rien
qu'une illusion pareille au bonheur quand tout va :
les p'tits bateaux au fil du temps, l'horizon
comme un archet ou comme
la hanche d'une femme dans les bras du sommeil,
tout, tout s'aigrit à la moindre occasion
la vue d'une chambre étroite, la vue d'une rangée
de peupliers sous la fenêtre
- les mêmes peupliers, la même fenêtre,
forme et fond de l'insupportable absence -
beau savoir, oui, que ce n'est qu'un voile d'éther
sur nos yeux blessés, c'est encore pour lui
que nous bradons l'espace et toutes les couleurs.
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Par seshat123, le 31/08/2012
Elle, par bonheur, et toujours nue de
Guy Goffette
Tous les jardins vont à la mer, il suffit de leur lâcher la bride et hop, ni une ni deux, comme les galopins qu'ils n'ont cessé d'être sous leurs airs sages, ils sautent la clôture, les hauts murs du temps, prestes malgré les pommes et les prunes qui leur gonflent les poches. Tous les jardins, tous, vous dis-je, à condition de les laisser faire, d'arrêter de les fixer avec l'air d'une tondeuse à gazon, un rictus de sécateur ou le sourcil froncé de l'architecte planté dans la verdure comme un compas sur une carte de géographie.
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Par Christw, le 29/12/2012
Un été autour du cou de
Guy Goffette
Le soleil pouvait bien se rouler dans le blé comme un perdu, le ciel filer un bleu sans couture, le vieux tambour de la terre résonner comme un neuf: pour moi, le fond de l'air était triste. Triste comme un proviseur, une cour de collège et le tilleul au milieu dans son collier de fer, qui s'en va feuille à feuille; comme le village qu'on quitte, l'odeur du café, les cris des joueurs de cartes quand Julos par Dieu sait quel tour de passe-passe d'une seule main gagne pour la troisième fois la partie; triste comme les soldats de plomb pêle-mêle dans la boîte à chaussures au-dessus de l'armoire et le lapin replet au fond de son clapier obscur, d'avance résigné au four dominical; triste comme tout, rien, cet été au bord de la route parce que le cœur tout à coup clapote dans les larmes.
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Par saphoo, le 02/03/2011
Presqu'elles de
Guy Goffette
La phrase rêvée, la phrase inespérée, la phrase miraculeuse, celle qui mûrissait depuis des siècles à l’ombre de sa main, au revers de la feuille blanche ; celle sur laquelle il peinait jour après jour, nuit après nuit, cigarette sur cigarette et le coeur battu battant à grands coups de cafés noirs ; la phrase à quoi il lui semblait avoir tout sacrifié, confort, famille, maîtresse, et la mer et le soleil et tous les clairs de lune ; celle dont allait dépendre son avenir, la phrase sans laquelle rien n’est possible et la vie même n’a plus de goût, Dan sentit ce matin-là, au réveil, qu’elle était là, juste à portée de sa main, qu’il lui suffirait d’un petit geste de rien du tout pour la tenir à sa merci, car elle flottait dans l’air entre le lit et la fenêtre ouverte et jouait avec la brise dans les plis du rideau en attendant qu’il se lève et s’en saisisse et qu’il la prenne comme une femme, ainsi qu’il avait pris, la veille, pis et repris, frénétique et inépuisable , au cours d’une nuit folle.
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Par seshat123, le 31/08/2012
Elle, par bonheur, et toujours nue de
Guy Goffette
Tout l'hiver 93, la chambre de Pierre a fleuri sous le ciel de Paris. Il y a désormais des roses fraîches dans tous les vases, des étoffes de couleur qui traînent sur les chaises, des bas de soie qui sèchent au-dessus du poêle et, derrière le paravent, au milieu des draps froissés, une fleur plus longue, plus nue, dans les bras de Morphée : Marthe.
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Par saphoo, le 02/03/2011
Elle, par bonheur, et toujours nue de
Guy Goffette
Car Paris est son chevalet. Les ombres et les lumières, son fusain ou sa mine de plomb sur le papier qui tremble : et les jambes des femmes qui font bouger la terre sous les froufrous sont ses pinceaux de rêve
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Par Lali, le 30/10/2011
Elle, par bonheur, et toujours nue de
Guy Goffette
La gloire de Bonnard, sa raison d’être, c’est de peindre ce qui lui plaît, comme il lui plaît, quand il lui plaît et tant pris si ça défrise le goût du jour.
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Par saphoo, le 02/03/2011
Elle, par bonheur, et toujours nue de
Guy Goffette
Pardonnez-moi, Pierre, mais Marthe fut à moi tout de suite. Comme un champ de blé mûr quand l’orage menace, et je me suis jeté dedans, roulé, vautré, pareil à un jeune chien.
Comprenez bien, j’étais seul et désœuvré entre deux trains dans une ville du Nord, écrasée de soleil cet été-là. Entré par aventure et besoin de fraîcheur dans ce musée à colonnade et fronton impérieux qui domine la place, à deux pas de la gare, je me disais que cette sorte de temple devait bien recéler certain coin d’ombre et de silence propice aux tourments du cœur.
C’est au détour d’une des salles où la chaleur me poursuivait -et je n’arrêtais pas de m’éponger le cou, le visage, les mains- que je la vis. Disons, pour être juste, que je vis une jeune femme venir à moi dont j’ignorais tout, sinon qu’elle était nue, sinon qu’elle était belle, et son éclat, d’un coup me rafraîchit jusqu’au ventre. Elle tourna tout son corps lentement vers la lumière d’une grande baie où tombait la neige d’un rideau de mousseline et, dans ce mouvement, toute cambrée à contre-jour, elle m’aspergea, comme une brassée de fougères mouillées, du parfum de sa chair et me fit défaillir. Je dus m’asseoir, l’air hagard et comme frappé d’insolation. D’un coup, l’eau de Cologne emplit toute la pièce et se mit à ruisseler sur mon cou.
A cet instant-là, Pierre, avant même que j’aie pu esquisser un geste, tendre la main, soulever l’écran de fine poussière qui me séparait d’elle, Marthe fut à moi.
J’en oubliai le canapé rose, et le miroir, et le tub que vous aviez soigneusement disposés autour d’elle comme l’hommage d’un roi ; j’oubliai que ce n’était là qu’un décor, et que cette Eve déhanchée en ballerines noires, croupe frémissante et mamelon tendu, n’était qu’un morceau de toile peinte, 124 x 108 cm, un tableau de musée. J’oubliai tout, l’heure, les murs, la ville et son étuve, ma vie boiteuse, ce que j’étais venu chercher ici.Tout.
Tout parce qu’une femme soudain, à corps et à cri dans le silence, venait d’effacer d’un trait de lumière toutes les femmes de ma vie ; parce qu’une femme d’un seul mouvement devant moi me découvrait la femme, celle qui précède la mémoire et lui donne forme et couleurs dans le désir insatiable -et la mort souvent nous a saisis avant que nous l’ayons tenue tout entière entre nos yeux
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