J'étais un peu sur la défensive au moment d'ouvrir cette œuvre autobiographique. Je crains, en effet, les romans trop psychanalytiques. Mais toutes mes réticences se sont dissipées dès les premières lignes du roman.
D'une part à cause de son originalité dans la structure formelle.
Michel Leiris organise son récit selon plusieurs thématiques ce qui change des romans chronologiques. Ces thèmes sont principalement les mythes classiques, notamment ceux – je les découvrais au passage – de Judith et de Lucrèce. Je ne vais pas vous les présenter maintenant, lisez le roman,
Michel Leiris prend le temps de nous éclairer sur ces modèles. Il est vrai que l'éducation bourgeoise de ce dernier est extrêmement prégnante, car il bénéficia d'une culture classique très riche, lui offrant ainsi la possibilité de se construire en tant qu'homme et d'élaborer une pensée cohérente et structurante à partir de ces références.
D'autre part à cause de son intégrité dans sa manière d'assumer son point de vue.
Michel Leiris parle de lui, essentiellement de lui. Il ne s'appesantit donc pas, ni sur de quelconques descriptions de son environnement, ni sur les portraits de ses proches. Tout se concentre sur les réflexions de l'auteur, ses souvenirs intérieurs, ses rêves, ses phantasmes ou ses angoisses.
Michel Leiris n'hésite pas également à s'exposer en tant qu'écrivain. Les récits de ses souvenirs sont comme enchâssés dans un cadre plus large où l'auteur nous fait part de ses principes, de ses doutes et de ses hésitations. L'exigence formelle de cette oeuvre rend sa lecture passionnante, d'autant plus qu'elle se fait rare dans le tout venant de la littérature contemporaine.